maghreb - afrique occidentale
Le gouvernement ivoirien réclame des drones
Un rapport du Secrétaire General l'Onu présenté Mardi au Conseil de sécurité recommande une réduction progressive des forces de l'Onuci en Côte d'Ivoire. Le président ivoirien Alassane Ouattara, qui ne laisse toujours pas la Cour pénale internationale juger ceux de ses partisans qui sont soupçonnés de crimes de guerre pendant les affrontements de 2011 (3 000 morts dans l'Ouest du pays), a réclamé mardi à l'ONU des drones pour surveiller sa frontière avec le Liberia (imatin.net).
Les partisans de l'ex-président Gbagbo en ce moment jugé par la CPI reprochent à A. Ouattara d'organiser de faux incidents dans l'Ouest du pays pour légitimer le refus d'une liberté provisoire pour Gbagbo et l'arrestation des opposants : "C’est ainsi que les 12, 21 et 23 mars, trois attaques sont enregistrées dans l’ouest du pays (Zilébly, Tiobly et Petit Guiglo,). Elles auraient provoqué la mort au front de … Oulaï Tarzan, un patriote notoire qui a fait les beaux jours des groupes d’autodéfense, même si ses proches ont saisi les médias pour affirmer qu’il est bel et bien vivant et qu’il n’a participé à aucune des attaques susvisées. [Le ministre de l'intérieur] Hambak s’y déplace quand même pour annoncer qu’il sait « qui … a financé et nous travaillons avec des pays voisins afin de les mettre aux arrêts ». Puis, c’est le commissariat du 17e arrondissement à Abidjan qui est mitraillé. Il n’en faut pas plus, pour que la presse proche du RDR fasse un lien entre les auteurs de ces attaques et les auteurs des assassinats de Directeurs Généraux(DG) courant mars 2013 ou encore se demande qui a intérêt à endeuiller la campagne pour les élections locales auxquelles le Front populaire ivoirien (FPI) a décidé de ne pas participer. Bref, le bouc-émissaire semble tout trouvé : les pro-Gbagbo.", peut-on lire dans Notre Voie du 16 avril.
Le régime repose sur une majorité élue avec seulement 36 % de participation aux élections législatives de décembre 2011.
Libye : les victimes de l'OTAN demandent justice
Aurélie Moreau dans La Libre Belgique du 17 avril consacre un article aux victimes des bombardements de l'OTAN en Libye. Elle cite par exemple un cas : "Ali Hamid, toujours impassible, déplie une couverture jaunie par le temps. Elle contient des débris dont l’aileron d’une bombe à précision laser GBU-12 de 270 kilos. Cette bombe à la particularité d’être équipée d’un système infrarouge qui signale la présence de personnes au sol. "Or, si le pilote n’était pas en mesure de déterminer si ces personnes étaient des militaires, il aurait dû - en vertu du droit humanitaire international - annuler immédiatement le raid", signale l’ONG Human Rights Watch dans un rapport accablant. (...) Selon le "New York Times", huit pays ont bombardé la Libye : la Belgique, le Canada, le Danemark, la France, l’Italie, la Norvège, le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Actuellement en service dans les forces armées américaine, canadienne, colombienne et les différentes forces aériennes de l’Otan, le GBU-12 était également utilisé par les F-16 belges envoyés en Libye, selon diverses coupures de presse. Sollicités à plusieurs reprises, ni l’Otan ni les responsables de l’opération belge en Libye n’ont souhaité confirmer cette information."
Occidentaux contre Qataris et Soudanais en République centrafricaine et au Tchad ?
La coalition Séléka a pris le pouvoir par les armes à Bangui (Centrafrique). En janvier le régime de Bozize (un allié de la France et des USA qui avait eu le tort de se rapprocher un peu trop de la Chine ces derniers temps) avait accusé ce groupe d'être dirigé par Moussa Mohammed Dhaffane et Nourredine Younous Adim Birema, wahabbites formés en Arabie Saoudite et au Qatar. Le ministre de la défense sud-africain Pikkie Greeff demande à la Cour Pénale internationale d'inculper le nouveau président autoproclamé Michel Djotodia. Djotodia a cependant donné des gages de stabilité au pays en maintenant le premier ministre Nicolas Tiangaye au pouvoir.
Mercredi la puissance pétrolière et militaire montante qui soutenait Bozizé, le Tchad, réunit la communauté économique des Etats de l'Afrique centrale. Le président sud-africain Jacob Zuma y participera.
A Doha au Qatar un rebelle tchadien Timan Erdimi leader de la coalition Union des forces de résistance a affirmé vouloir renverser le régime du président tchadien Idriss Déby. L’opposant souhaite rallier à sa cause l’ANCD de Mahamat Nouri, mais aussi les « déçus » de la Séléka centrafricaine, qui accusent leur mouvement d’être désormais "à la solde du Tchad". Il a invité les rebelles à se concentrer au Soudan, et pourrait tirer profit de l'implication des Tchadiens au Mali pour renverser le régime de N'Djamena.
Le commandant de l'AFRICOM à Brazzaville
Le commandant militaire américain pour l’Afrique (AFRICOM), le général Carter F. Ham a été reçu jeudi 12 juillet par le président Denis Sassou N’Guesso à Brazzaville.
Les gardes côtes américains assistent le Congo dans la mise en œuvre des dispositions du Code international sur la sureté des navires et des installations portuaires (Code ISPS).
Denis Sassous-Nguesso, au pouvoir depuis plus de 25 ans (il est revenu au pouvoir après un coup d'Etat en 1997 au terme d'une éclipse de 5 ans, avec l'aide d'Elf et la bénédiction des grands médias occidentaux malgré les massacres commis), et une des principales fortunes d'Afrique en raison notamment de sa mainmise sur pétrole du Congo et des sociétés contrôlées par sa famille est la cible depuis 2007, comme le président de la Guinée équatoriale Teodoro Obiang et Omar Bongo Odimba du Gabon d'une offensive judiciaire en France dans le cadre d'une affaire dite des "bien mal acquis" menée par Me William Bourdon avocat, à travers son association Sherpa, financée notamment par l’Open Society Institute du spéculateur George Soros qui dispose de nombreux actifs en Afrique et la faction française de l’ONG Transparency International financée notamment par le gouvernement britannique, les pétroliers Exxon, Shell et BP.
Mais le président congolais, qui rivalise avec son homoogue camerounais pour prendre le leadership de la Françafrique laissé vacant par le décès du gabonais Omar Bongo, a su conserver une image positive à Washington auprès des démocrates pourtant devenus méfiants à l'égard des autocrates africains. Il a investi pour ce faire beaucoup d'argent auprès de lobbying comme Trout Cacheris, GrayLoeffler, Private Public Solutions, Chlopak, Leonard, Schechter and Associates pour agir non seulement contre les fonds vautours (des fonds d’investissement spéculatifs qui tiennent leur surnom de leurs pratiques qui consistent à racheter à très bas prix des parts de la dette de pays du Sud et d’intenter ensuite des procès contre ces pays afin d’obtenir le paiement intégral de la valeur faciale des créances, intérêts compris) mais aussi pour se donner une image de champion de la lutte contre le réchauffement climatique et se poser en gardien des ressources du bassin du fleuve Congo. Il s'est rendu en fin septembre 2009 au sommet de la Conservation Caucus Foundation à Washington (qui regoupe de sénateurs et représentats démocrates et républicains) pour demander aux Etats-Unis de financer la conservation du patimoine naturel du bassin (où deux tiers de la forêt est menacé à l'horizon 2040), alors même que la Fondation Heinrich Böll la même année l'a accusé d'avoir accepté un projet d'exploitation de sables bitumineux par ENI qui menace directement la forêt et que la production de grumes a été mulipliée par 5 en 10 ans, au profit de multinationales dans le cadre de contrat léonins, voire de la propre fille du président. Cette image environnementaliste a été à nouveau orchestrée au sommet Rio+20 le 20 juin dernier.
Malgré des désaccords passagers (le soutien de Sassou Nguesso à Kadhafi en 2011, son hostilité persistante au régime de Kagame au Rwanda et à Joseph Kabila qu'il accuse de travailler secrètement pour Kagame) l'alliance américano-congolaise paraît donc rester au beau fixe. Il s'agit peut-être aussi là d'un effet de compensation de la relative froideur du président français François Hollande qui, après avoir dénoncé pendant la campagne présidentielle l'accueil du président congolais par M. Sarkozy, aurait ostensiblement refusé une visite de M. Sassou Nguesso à Paris le mois dernier, préférant s'afficher aux côtés du président du Gabon (auquel il avait déjà envoyé une émissaire avant son élection)...
Libye : élections, tortures et business
Au lendemain des élections législatives en Libye, les grands médias occidentaux soucieux de cautionner le nouveau régime politique imposé par l'OTAN ont annoncé la victoire des libéraux de l'Alliance des forces nationales, sous la houlette de Mahmoud Jibril, face aux Frères Musulmans du Parti pour la justice et le développement de Mohamed Sawan dans les grandes villes, et l'échec des autonomistes de Benghazi, mécontents de la répartition des sièges à l'assemblée constituante à faire échouer la tenue du scrutin (ils avaient détruit le bureau de la commission électorale à Adjdabia et ordonné la fermeture des entreprises de raffinage de pétrole de Syrte).
Les Frères musulmans paieraient ainsi le prix de leur proximité avec Seif-el-Islam Kadhafi (actuellement détenu à Zeitan) après qu'il eût fait libérer 150 d'entre eux en 2003 (ils avaient boycotté la conférence de l'opposition à Londres en 2005 appelant au renversement du régime) ainsi que leurs liens trop visibles avec le Qatar. Toutefois l'avance de Jibril, candidat des Occidentaux, président du Conseil national de transition et ancien patron des réformes économiques sous Kadhafi, est toute relative. En outre 80 des 200 sièges de l'assemblée constituante seulement sont attribués aux partis politiques, les autres des "indépendants". Ce montage a été suggéré par les "spin doctors" américains logés à l'hôtel Rixos en vue de marginaliser les Frères musulmans et les salafistes comme Abdelhakim Belhadj, et devrait conduire de toute façon à un gouvernement d'union nationale entre islamistes et libéraux en vue de l'élaboration d'une constitution qui débouchera seulement en 2013 sur l'élction d'une assemblée législative définitive.
Ce que les médias occidentaux oublient de dire, c'est que, comme en Irak en 2004, ou en Haïti sous l'occupation de l'ONU, les élections sous le nouveau régime ne sont pas démocratiques puisque tous les courants d'expression ne sont pas libres de concourir au scrutin (notamment les partisans de l'ancien régime) et que le règne des milices compromet la liberté d'expression et de pensée.
Début juillet Amnesty International a publié un rapport d'enquête sur des faits des mois de mai et juin dernier intitulé « Libya: rule of law or rule of militias ? » (Libye règne de la loi ou règne des milices ?).
Le rapport cite notamment le cas de Hasna Shaeeb (Chahib, en retranscription française), une femme de 31 ans, enlevée à son domicile de Tripoli en octobre dernier par des hommes en tenue militaire et transférée à l'ancien Bureau du fonds de dotation islamique dans la capitale. Elle a été accusée d'avoir été une loyaliste pro-Kadhafi et un sniper. On l'a faite s'asseoir sur une chaise avec ses mains menottées dans le dos et elle a reçu des décharges électriques à sa jambe droite, aux parties intimes et la tête. Les gardes a menacé d'introduire sa mère dans la cellule et de la violer, et ont versé de l'urine sur elle.
Le Mali dans la spirale des ingérences
Samedi 30 juin, sept des seize mausolées de Tombouctou, inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, ont été détruits par les Wahhabites, puis les destructions se sont poursuivies dansles jours qui ont suivi, puis le 2 juillet ce sont les mosquées de la ville qui ont été prises pour cibles. Les Occidentaux craignent qu’ils ne s’en prennent désormais aux dizaines de milliers de manuscrits de la ville dont certains remontent au Moyen-Age. Ces textes rédigés en arabe ou en peul sur des omoplates de chameaux, des peaux de moutons ou de l’écorce, ces textes traitent de théologie, d’histoire, de géographie, d’astronomie, de musique, de littérature, de botanique, de généalogie, d’anatomie (des manuscrits qui avaient déjà été largement négligés par la soi disant communauté internationale qui n'a débloqué des fonds pour leur conservation que le 3 juillet dernier - cf l'Express).
Ces exactions s'ajoutent aux nombreux assassinats, pillages et viols commis dans la région depuis six mois. Elles s'insèrent dans un plan d'instauration d'un Islam rigoriste au Nord Mali qui était resté jusque là étranger à la culture salafiste.
A Tombouctou, le responsable des destructions est Sanda Ould Boumama, narco-trafiquant proche de l'AQMI (Al Qaida Maghreb), présenté à tort par les agences occidentales selon des sources locales comme un porte parole de Ansar Dine. A Gao, la ville a été prise le 27 juin par le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO). Le MUJAO considéré comme dissident de l'AQMI est un mouvement mauritanien qui a notamment enlevé quatre personnes à Tindouf en 2011. Il protège dans ses rangs des membres du Croissant rouge du Qatar qui contribuent ainsi à légitimer son action à Gao... (sur les relations entre le Qatar et le gouvernement français de M. Hollande voir Le Parisien du 23 juin dernier).
La ministre malienne de la culture en visite à St Petersbourg s'est prononcée pour une intervention de l'ONU en faveur de la sauvegarde du patrimoine culturel de son pays, et le Maroc fait pression pour une action en ce sens des pays islamiques. L'Algérie jusqu'ici sur une ligne de non-ingérence a reçu diverses demandes d'intervention militaire du gouvernement malien.
Tandis que le Niger (pourtant hostile à la présence de bases françaises sur son sol) fait pression sur la France pour intervenir militairement, les Etats-Unis pour leur part ont déconseillé à la CEDEAO de le faire estimant que le contingent de 3 300 hommes prévu pour intervenir au Mali devrait rester dans la partie sud du pays. Le ministre des affaires étrangères français M. Fabius hier s'est dit confiant qu'une résolution du conseil de sécurité de l'ONU autoriserait prochainement l'usage de la force au Nord Mali (alors que celui-ci début juin encore jouait la carte de l'attentisme). Mais en Afrique des voix comme celle du président guinéen Alpha Conde estiment qu'un envoi de troupes au nord du pays ne serait légitime que si elle était sollicitée par un gouvernement d'union nationale malien, qui n'existe pas en ce moment (du fait notamment ds tergiversations de a CEDEAO sur le sujet).
Les effets secondaires de l'intervention militaire des Occidentaux en Libye en 2011 qui ont contribué à transformer l'Ouest africain en un nouvel Afghanistan semble vouer la région à la spirale des interventions extérieures incessantes.
Guinée-Bissau : un bloc lusophone contre les anglophones et les francophones
Le 12 avril dernier, dans l'entre-deux tours des élections présidentielles, le président intérimaire de la Guinée-Bissau (voisine du Sénégal) Raimundo Pereira et le Premier ministre Carlos Gomes Junior (favori du second tour) ont été arrêtés par un «commandement militaire» basé à l'état-major de l'armée, qui dénonçait la signature d'un accord secret avec l'Angola.Les militaires ont ensuite engagé des discussions avec d'ex-opposants pour former un gouvernement d'"union". Le coup d'Etat a suscité des condamnations internationales unanimes y compris de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) qui a décidé d'envoyer une force de maintien de l'ordre dans ce pays.
Le 7 mai lors de la réunion du conseil de sécurité des Naitons-Unis, le Rwandais Joseph Mutaboba, chef du Bureau intégré des Nations unies pour la consolidation de la paix en Guinée-Bissau (Uniogbis) révélait dans un langage codé la lutte d'influence entre Angola et Nigéria qui se joue en Guinée-Bissau. « La communauté internationale se doit d'être unie dans son engagement. Il est essentiel que tous les partenaires internationaux se mettent d'accord sur une réponse commune », expliquait-il. De l'avis de nombreux analystes l'Angola s'emploie via la CPLP (la Communauté des pays de langue portugaise) à faire condamner les putschistes tandis que le Nigeria a convaincu la Cedeao (et notamment les francophones - Sénégal et Burkina Faso) de leur être plus favorable.
L'Angola en 2011 a soutenu discrètement Laurent Gbagbo en Côte d'ivoire. Des accords commerciaux ont été signés avec la Guinée-Bisau, qui prévoyaient notamment qu'une société angolaise qui exploite un gisement de bauxite construise un port en eau profonde ainsi qu'une ligne de chemin de fer vers le Mali, risquant ainsi de concurrencer le port de Dakar.
Des soldats angolais (Missang) puis des armes lourdes (y compris de schars d'assaut) ont été acheminées dans ce pays sans que l'armée bissau-guinéenne n'en soit avertie. Voyant dès avant les élections présidentielles que cette présence inquiétait l'armée bissau-guinéenne coutumière des coups d'Etat Luanda avait annoncé un possible retrait.
Le 18 mai soit le jour même où un contingent de la Cedeao (plus de 600 hommes) débarquait en Guinée Bissau, l'Angola et le Portugal faisaient adopter à l'unanimité au Conseil de sécurité une résolution sanctionnant les auteurs du coup d'Etat bissau-guinéen (alors que jusqu'ici l'ONU avait pris l'habitude de laisser la Cedeao agir en première ligne pour ensuite s'aligner sur elle (sur l'affaire malienne). Boundi Ouoba du journal bukinabe Le Pays laisse entendre qu'il y a là une instrumentalisation dangereuse du Conseil de Sécurité de l'ONU par l'Angola.
L'épisode illustre la montée en puissance de l'Angola dans la région.
L'Angola défend une position ambiguë depuis quelques mois à l'égard des puissances occidentales. Hostile à la reconnaissance du Conseil national de Transition libyen en septembre 2011, il s'est abstenu sur la résolution qui condamne le régime syrien, comme sur celle qui prône une enquête au Sri Lanka, allant en cela moins loin que son allié traditionnel cubain par exemple. Il compte d'ailleur envoyer 3 000 hommes pour combattre les islamistes en Somalie aux côtés de l'Ethopie, alliée des USA. En novembre dernier, le président angolais avait annoncé son intention d'acheter des parts dans des grands groupes industriels portugais comme Energias de Portugal et REN (alors pourtant que deux tiers des Angolais vivent avec moins d'un dollar par jour ou que seuls 25 % des enfants sont scolarisés). La banque angolaise BIC a acheté le Banco Português de Negócios et une société de Luanda s'est procuré la principale fabriquant de meubles du Portugal (le Brésil aussi, premier employeur en Angola, investit massivement au Portugal). L'Angola est aujourd'hui une des économies les plus dynamiques du Golfe de Guinée avec le Nigéria et le Ghana.
Se dirige-t-on en Afrique de l'Ouest vers une opposition ponctuelle entre un bloc luso-brésilo-angolais d'une part et les anglophones et les francophones d'autre part ?
Le Qatar et le pétrole du Sahel
L'émirat du Qatar, sous-traitant des opérations occidentales en Libye et en Syrie, fer de lance avec les pétromonarchies voisine de la répression du "printemps arabe" au Bahrein, qui ne cesse de racheter des actifs en Europe et de propager sa propagande via la chaîne Al-Jazeera, est aussi actif au Sahel.
Selon le journal malien l'Indépendant, le vendredi 6 avril dernier (le lendemain de l'enlèvement du consul d'Algérie par le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest), un cargo qatariote a atterri à l’aéroport de Gao pour livrer des armes et des stupéfiants aux rebelles. Un comité d’accueil a été formé autour de l’appareil sous la conduite d’Iyad Ag Ghaly, leader touareg du mouvement islamiste salafiste Ansar Eddine qui contrôle Tombouctou et Kidal en coopération avec l'AQMI. Celui-ci, ancien consul du Mali à Djeddah (Arabie Saoudite), avait profité dans les années 2000 de son statut de diplomate pour nouer des relations avec des organisations islamiques de la région. Au point que l’Arabie Saoudite, son pays d’accréditation, l’avait menacé d’expulsion en 2010. Revenu au Mali il y a organisé le développement de l'islamisme. Selon d'autres sources maliennes, juste après la prise de Tessalit le 10 mars 2012 par les nationalistes touaregs du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), un avion cargo du Qatar avait aussi atterri dans cette localité avant de déverser une importante quantité d’armes sophistiquées, des munitions et des 4×4 pour le compte des assaillant, probablement lorsque Ansar Eddine a évincé le MNLA de la région.
Depuis lors des islamistes affluent du Sud du Niger, du Tchad et du Nigeria (Boko Haram) dans le Nord du Mali, plaçant l'Algérie par principe non-interventionniste dans la position délicate d'accepter soit le développement de l'insurrection islamiste à sa frontière sud, soit une intervention militaire de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) très contrôlée par les Etats-Unis et la France. Le nouveau régime malien, issu d'un coup d'Etat récent mené par des mutins proches de Washington, lui, est déjà engagé dans les négociations avec la CEDEAO pour la restitution du pouvoir aux civils et le règlement de la crise du Nord.
Outre son engagement au Mali, le Qatar fait aussi pression sur la Mauritanie voisine. En janvier dernier il se brouillait avec l'homme fort de Mauritanie, le président Ould Abdel Aziz, en tentant de lui donner des leçons de droits de l'homme (ce qui n'est pourtant pas le fort de l'émir du Qatar). Le Figaro du 12 janvier dernier, plus précis relate même ainsi les faits : "L'émir a voulu donner certaines directives au président Abdel Aziz, usant d'un ton quasi comminatoire, et menaçant d'utiliser sa chaîne al-Jazeera pour faire éclater une révolution en Mauritanie, comme en Tunisie et en Egypte. Le chef de l'Etat mauritanien, un militaire, a alors explosé et a congédié l'émir"... Ce faisant Ould Abdel Aziz (dont le geste a été salué par des groupes non-gouvernementaux mauritaniens comme l'initiative nationale pour la sauvegarde de la constitution de Salka Mint Sid'Ahmed) compromettait provisoirement le développement d'un projet de prospection pétrolière mené dans ce pays conjointement avec Total (la coopération Total-Qatar est ancienne et remonte à 1936...). Mais Total et le Qatar pourraient bien utiliser les pressions de la rue en Mauritanie pour imposer à nouveau leurs desiderata : hier des milliers de jeunes manifestaient à Nouakchott pour exiger le départ du président. Un de ses principaux organisateurs, le petit parti (5 députés sur 95) islamiste Tewassoul bizarrement qualifié de "modéré" par les agences occidentales, a appelé au "Djihad politique" le 21 avril.
L'odeur du pétrole pourrait bien motiver également l'action du Qatar au Mali, car le bassin pétrolier de Taoudéni dont les réserves ont été découvertes récemment couvre les deux pays ainsi que le Niger (1,5 million de kilomètres carrés)... Total et Sipex, filiale internationale de la Sonatrach, société nationale algérienne, ont signé en 2011 un accord visant à unir leurs forces pour obtenir des concessions dans ces pays du Sahel.
Ainsi le chaos sahélien ne serait pas une perte pour tout le monde...
Persécutions racistes, profanation de cimetière et sécession en Libye
En septembre dernier le blog de l'Atlas alternatif a attiré l'attention des lecteurs sur le sort de la ville libyenne essentiellement peuplée de Noirs (ancien centre de trafic d'esclave où vivaient les descendants d'esclaves libérés) de Tawergha (ou Tawarga selon les conventions transcriptions retenues) apparemment victimes de nettoyage ethnique (les villages de Tomina, de Kararim ont également été vidés).
En février dernier une vidéo a circulé sur Internet parfois présentée comme montrant des habitants de cette ville faits prisonniers et traités de façon humiliante (parqués dans une cage, traités de chiens - insulte suprême pour un musulman - et forcés à manger l'ancien drapeau libyen).
Selon Russia Today, les Noirs libyens qui n'ont pu fuir le pays seraient 5 000 dans des centres de détention.
Le 16 février dernier Amnesty International a publié un rapport sur ce sujet. Selon Donatella Rovera en janvier et début février, des délégués d'Amnesty se sont rendus dans onze centres de détention contrôlés par les ex-rebelles dans le centre et l'ouest de la Libye et dans dix d'entre eux les prisonniers ont fait état de tortures.
En janvier un rapport d'ONG arabes " Report of the Independent Civil Society Fact-Finding Mission to Libya" a été publié qui, tout en détaillant la répression à balles réelles du "Printemps libyen" et les crimes de guerre commis par les kadhafistes à Misrata et Zawiya notamment, dénonçait l'absence de système judiciaire dans la "nouvelle Libye" post-Kadhafi, critiquait la détention sans jugement de 28 prisonniers qui n'ont pas été des hauts responsables de l'ancien régime à Sibrata, les tortures au centre de Zawiya (om se trouvent des dizaines d'ex soldats noirs d'origine malienne et tchadienne). A propos de Tawergha ce rapport précise que si certains de ses anciens résidents se sont rendus coupables d'atrocités aux côtés des forces kadhafistes, notamment contre Misrata (cf l'exemple de la vente d'une fille de Misrata comme esclave à 7 000 dinars) la population a été victime de "rumeurs" et d'un "mythe urbain" instaurant une culpabilité collective sur cette ville, légitimant ensuite toutes les exactions des rebelles contre elle. Il confirme le rapport de Human Rights Watch sur l'existence d'un nettoyage ethnique systématique dans cette ville, et aborde aussi le problème des victimes directes des frappes de l'OTAN.
Un "comité international des juristes pour la Défense des Libyens" composé d'intellectuels qui ont souvent manifesté leur sympathie pour l'ancien régime libyen (et dirigé par avocat de l'ex-Premier ministre libyen Baghdadi Mahmoudi) devait quant à lui se réunir le 10 mars à Tunis pour évoquer les violations des droits de l'homme en Libye.
La barbarie des milices libyennes ne vise pas seulement les Noirs mais aussi les alliés occidentaux du Conseil national de Transition. Le 29 février une vidéo sur YouTube a été téléchargée montrant la profanation par des miliciens du cimetière de guerre anglais et italien de Benghazi.
Par ailleurs à Barqa le 6 mars dernier un "congrès" a nommé un Conseil suprême chargé de gouverner la nouvelle entité baptisée Cyrénaïque. La présidence du Congrès a été confiée au cheikh Ahmed Zoubaïr, cousin de l'ancien roi Idriss al-Senoussi renversé par Kadhafi. Le président du CNT les a accusés d'être financés par des pays arabes, mais Zoubaïr a démenti cette accusation.En tout cas M. Adnane Manser, consul de Tunisie à Benghazi était présent à la réunion de ce congrès, ce qui lui a valu d'être rappelé par son gouvernement à titre de sanction aujourd'hui 15 mars. Le ministre algérien des Affaires étrangères Mourad Medelci a déclaré quant à lui que son pays restait engagé à soutenir l'intégrité territoriale de la Libye comme celle du Mali.
Tout en manifestant son attachement formel à l'unité libyenne dans un cadre fédéral, le gouvernement autoproclamé de Cyrénaïque s'est doté de sa propre armée et certains experts affirment que son but est de priver le reste de la Libye des dividendes pétroliers de cette région.
Malgré cela les autorités centrales du CNT à Tripoli minimisent les risques d'anarchie dans le pays. La production de pétrole représente 75 % de ce qu'elle était à l'époque de Kadhafi et la petite bourse de Tripoli (un marché de 3 milliards de dollars contre 65 milliards au Caire) vient de réouvrir après un an de fermeture. Des élections législatives sont prévues pour le mois de juin.
La France soutient-elle la guérilla touarègue au Mali ?
Depuis le 17 janvier dernier une guerre ouverte violente oppose le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) à l'armée malienne dans le Nord de ce pays. Le MNA créé en novembre 2010 se présentait comme un mouvement souhaitant « défendre et valoriser la politique pacifique » et disait « rejeter et condamner la violenceet le terrorisme sous toutes leurs formes ». Mais en octobre 2011 avec la chute de Kadhafi, il a fusionné avec les mercenaires touaregs de l'ex-guide libyen dans un "mouvement de libération nationale" armé.
De l'avis de commentateurs comme Cheick Tandina du journal Le Prétoire, le gouvernement malien peinerait à obtenir des soutiens de ses voisins qui ont reçu comme instruction des Occidentaux de combattre en priorité Al Qaïda au Maghreb Islamique(AQMI) responsable de nombreux enlèvements.
Au Mali, on va même jusqu'à avancer que la France aurait une sympathie pour le MNLA. Sekou Kyassou Diallo, dans une contribution à Maliweb explique : "Les fondateurs du MNLA auraient contacté, par le biais de certaines hautes personnalités maliennes à Bamako, le Quai d’Orsay qui leur aurait accordé une audience. Au cours de cet entretien, ils auraient promis de pouvoir lutter contre AQMI et de faire libérer les otages français retenus dans le nord malien sans versement de rançon. Ils auraient dit au passage que les autorités de Bamako, que Paris soupçonne d’ailleurs d’être impliquées dans les prises d’otages et autres, seraient les complices de AQMI au Sahel. / Très enchanté par leurs promesses de mettre fin au désordre dans le septentrion malien, le Quai d’Orsay aurait promis de se ranger sur leurs positions pour un départ. C’est cela qui explique d’ailleurs le fait que le ministre français des affaires étrangères, Alain Juppé, a fait publiquement l’éloge des premiers « succès » de ces bandits (des atrocités qu’un ministre d’Etat commente avec plaisir !). Comme pour lancer un signal fort (expression qu’il aime) à Koulouba qu’il y a bien d’autres alternatives de lutter contre les ravisseurs d’otages et leurs complices tapis dans l’ombre. /Cela explique aussi le fait que Paris a accepté d’accueillir les rebelles sur le sol français, de leur donner la possibilité de s’exprimer dans les médias français champions de l’intox et du mensonge, et de leur permettre même de manifester."
Oumar Babi dans Le Canard Déchaîné du 13 février 2012 va dans le même sens : selon lui lorsque M. Juppé le 7 février a déclaré que « la rébellion touareg a remporté, récemment, d’importants succès militaires » et appelé à un cessez-le-feu immédiat, il a apporté "de l’eau au moulin de ceux qui pensent, mordicus, que la France n’est pas étrangère à la crise du Nord-Mali". Le Mali au moment de son indépendance a opté pour une voie socialiste non-alignée. Si dans les années 70 le régime militaire a quelque peu dévié de cette voie, depuis la démocratie une partie de la majorité gouvernementale continue de défendre cette option ce qui s'est notamment traduit en 2009 par la résistance du Mali à signer l'accord migratoire que le gouvernement de MM. Sarkozy-Fillon voulait lui imposer.
Il semble que les guérillas soient de plus en plus interpénétrées au Sahel occidental, ce qui logiquement devrait inciter la France à ne pas les soutenir (c'est d'ailleurs la position officielle du ministre de la coopération français). Le gouvernement de Bamako a fait état d’une connexion avérée entre les rebelles touaregs du MNLA et l'AQMI. Les soupçons qui pèsent concernant la collaboration entre les Touaregs et les djihadistes (que le MNLA dément) tiennent notamment à la manière dont les soldats maliens ont été exécutés par eux après la prise des villes. Le Mali accuse aussi le Front Polisario sahraoui d'être le principal vecteur du trafic de drogue et des rapts d’Occidentaux pour le compte d’Al Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi). Une activité lucrative qui est devenue indispensable pour le Polisario depuis la chute de Kadhafi, son ancien allié et fournisseur en devises.
Pour l'heure on ne trouve pas en France de soutiens importants affichés pour le MNLA. Leur responsable des droits de l'homme est journaliste à France culture et à Radio France internationale. Des mouvements régionalistes comme Corsica Libera ou certains milieux occitanistes ont proclamé leur sympathie, mais il ne semble pas y avoir de lobby réellement puissant derrière ces Touaregs maliens (de même que le soutien que leur porterait le gouvernement mauritanien - ainsi qu'à l'Aqmi - n'est pas démontré). L'évolution des prises de positions de la France à leur égard doit en tout cas être suivie en gardant à l'esprit la possibilité de convergences d'intérêt entre leurs velléités sécessionnistes et le besoin qu'a Paris de renforcer sa présence militaire au Sahel (et donc la possibilité pour la France de les utilités face à la souveraineté du Mali et du Niger).
Sans doute pour limiter les effets de contagion, le gouvernement du Niger voisin, qui a vu se mettre en place un front kadhafiste sur son territoire à la fin de l'an dernier a procédé à l'arrestation de Saadi Kadhafi, un des derniers fils vivants du guide libyen. Le refus de l'extrader vers Tripoli a valu au Niger l'expulsion humiliante de son ambassadeurs sous les huées de jeunes miliciens islamistes (cf vidéo ci-dessous). L'effet domino possible sur ce pays où sévit aussi un mouvement de libération touareg n'est pas négligeable, de même qu'au Burkina Faso.
La Libye quant à elle en ce moment est abandonnée au règne des milices. L'autorité du Conseil national de transition n'y est pas reconnue. Le 26 janvier Médecins sans frontières a dénoncé 115 cas de torture à Misrata. Le gouvernement officiel ne cesse de décevoir ses mentors occidentaux. Il y a cinq jours son ambassadeur a provoqué l'indignation à la commission des droits de l'homme de l'ONU en déclarant que les gays affectaient "la perpétuation et la reproduction du genre humain".
Une guerre des communiqués a opposé hier les pro-kadhafistes annonçant la mort de la journaliste Hala al-Misrati (cf ci-dessous) et les autorités de Tripoli qui ont démenti.