europe de l'est - russie
L'OTAN à la conquête de l'Arctique
L'establishment canadien a récemment haussé le ton contre la Russie. Le 1er août, le ministre de la Défense Peter MacKay a été paraphrasé comme "avertissant la Russie que les chasseurs Canuck décolleront pour accueillir tout appareil non autorisé". Pourtant aucun avion russe n'a récemment violé l'espace aérien canadien. Ces déclarations s'inscrivent dans le cadre d'un regain d'activité de l'OTAN dans la zone. La Norvège a récemment déménagé son quartier général de commandement opérationnel dans le Cercle Arctique et le Danemark a annoncé des plans visant à établir un Commandement Arctique tous services, une force de réaction arctique et un renforcement militaire à la base aérienne de Thulé au Groenland, à partager avec ses alliés de l'OTAN. La Grande-Bretagne, la Finlande et la Suède s'impliquent elles aussi de plus en plus. L'année dernière la Norvège a acheté 48 chasseurs Lockheed F-35 "en raison de leur aptitude à des patrouilles dans l'Arctique. En mars, ce pays a effectué un très important exercice de pratique militaire de l'Arctique impliquant 7 000 soldats de 13 pays dans lequel un pays fictif appelé Northland s'est emparé des plateformes pétrolières offshore.Les 28- 29 janvier derniers le secrétaire général de l'OTAN avait annoncé la couleur : “ Le Grand Nord va nécessiter encore plus d'attention de la part de l'Alliance dans les années à venir." Comme la calotte glaciaire diminue, la possibilité augmente d'extraction des richesses en minéraux et des gisements énergétiques du Grand Nord.
“ A notre sommet de Bucarest de l'an dernier, nous avons convenu de quelques principes directeurs pour le rôle de l'OTAN dans la sécurité de l'énergie....", rapporte le Directeur de « Stop NATO international » Rick Rozoff. (La zne arctique recèlerait un quart des ressources pétrolières mondiales).
L'implication de l'OTAN dans le cercle polaire ne va pas sans rivalité entre ses membres, les USA s'arrogeant notamment une exclusivité d'accès à l'Arctique par le détroit de Béring au détriment d'une partie des eaux territoriales canadiennes;
Le lieutenant général Dana Atkins, commandant de l' US Air Force, a souligné mi-juillet que "l'Arctique deviendra de plus en plus important stratégiquement dans l'avenir, non seulement en raison de la valeur estimée à des trillions de dollars de pétrole et de gaz naturel inexploités sous sa surface, mais aussi en raison des occasions croissantes pour des expéditions maritimes dans la zone, " ce qui pourrait permettre "à un navire de voyager de l'Asie à l'Europe pour diminuer de moitié ses frais en passant par cet itinéraire plutôt que via le canal de Panama". Au même moment le Pentagone a tenu ses manœuvres de guerre Northern Edge [[(bordure nordique ]] en Alaska, situé entre la Russie et le Canada et à l'intérieur d'une bonne partie du Cercle Arctique, "avec plus de 9 000 soldats, des navires et des avions de guerre. L'Air Force, la Navy, l'Armée, le Corps des Marines et le personnel de la Garde Côtière y ont pris part avec des avions en combat aérien simulé.
La Russie, qui est la seule nation dans le monde à avoir une triade nucléaire - bombardiers stratégiques, missiles balistiques terrestres à longue portée et missiles balistiques lancés par sous-marins - capables de se défendre contre une première attaque nucléaire venant des États-Unis et leurs alliés, a répliqué en organisant des exercices à grande échelle de sous-marins nucléaires sous la calotte glacière arctique, exercices qui comprenaient " le déploiement de plusieurs sous-marins nucléaires d'attaque ... dans la zone de lancement pour assurer la sécurité à … deux sous-marins stratégiques" lançant des missiles balistiques et qui ont aidé ces derniers à éviter d'être détectés par les défenses US. Les Etats-Unis et leur alliés s'efforcent d'anéantir cette dernière possibilité de défense russe en déployant des missiles intercepteurs et des bases de radar en République tchèque, en Pologne, en Norvège, en Grande-Bretagne, en Alaska (y compris les îles Aléoutiennes), au Japon, en Australie et partout ailleurs où cela pourrait rendre inutiles la dissuasion nucléaire et les capacités de représailles russes - et chinoises - et par conséquent préparer le terrain pour le lancement d'une première frappe nucléaire qui serait lancée avec une impunité présumée.
Comme l'explique Rick Rozoff "Le Cercle arctique est l'endroit où la Russie est en train de concentrer sa dernière ligne de défense contre une telle menace. Si les États-Unis et l'OTAN, utilisant le Canada comme leur avant-garde, affrontent et expulsent la Russie de l'Arctique, la possibilité d'un chantage nucléaire et d'attaques non-provoquées augmente de façon exponentielle." Rozoff soupçonne le vice-président d'Obama, John Biden, un fervent partisan des "révolutions colorées" à l'Est, d'être un adepte des thèses de l'ancien conseiller de Carter et Clinton Zbigniew Brzezinski qui souhaitait faire éclater la Russie. Dans ce dispositif, le Canada pourrait jouer un rôle analogue à celui de la Géorgie dans le Caucase : celui de l'agent provocateur "victime" de la réaction d'autodéfense russe que l'on pourrait ainsi instrumentaliser pour évincer la Russie de l'Arctique.
F. Delorca
Une nouvelle "révolution orange" en Moldavie ?
Le président communiste Voronine (au pouvoir depuis 2001) après avoir pendant un temps joué la carte de l'adhésion à l'Union européenne s'était rapproché de Moscou, renonçant à la perspective d'un rattachement avec la Roumanie, voulu par les nationalistes de ce pays. Mais ce rêve du rattachement (qui a provoqué la sécession de la Transnistrie en 1991, aujourd'hui en passe de se réconcilier avec Voronine), un rêve qui mêle l'aspiration à rejoindre l'Union européenne à de vieux relents russophobes (dont les effets les pires se manifestèrent dans les années 1940), est loin d'être épuisé, à Chisinau comme à Bucarest, d'autant que beaucoup de Moldaves depuis 2002 ont acquis la double nationalité moldave-roumaine, tolérée par le gouvernement (notamment pour faciliter les perspectives de migration vers l'Union européenne).
Dimanche dernier à l'issue de la victoire du parti communiste (au pouvoir) au terme d'élections jugées régulières par l'OSCE. A l'annonce des résultats, des manifestants protestant contre la victoire du Parti communiste aux législatives de dimanche avaient pénétré en force dans les bureaux de la présidence et dans l'enceinte du Parlement. D'emblée l'idée qu'il pouvait s'agir d'une "révolution colorée" manipulée de l'extérieur, comme en Ukraine ou en Géorgie, est venue à l'esprit des observateurs. Un député russe, Vladimir Pekhtine, a proposé de l'appeler la "révolution des lilas". Reuters hier témoignait de l'arrivée massive par bus entiers de gens de Roumanie pour soutenir les manifestations à Chisinau, une façon d'organiser des manifestations "spontanées" comme on en vit déjà à Belgrade, à Kiev, à Tbilissi.
Le président moldave Vladimir Voronine a accusé la Roumanie d'être impliquée dans les violentes émeutes. Il a expulsé l'ambassadeur de Roumanie, et approuvé dans la foulée l'introduction d'un régime de visas avec la Roumanie (la Roumanie a introduit un régime de visas pour les Moldaves après son adhésion à Union européenne en 2007). Il a déclaré aujourd'hui que les "sponsors des troubles" de Chisinau avaient quitté le pays et que 118 organisateurs des violences avaient été arrêtés tout en évitant de réprimer violemment les collégiens et lycéens mobilisés par les opposants. Les médias atlantistes français, à commencer par Le Monde, donnent la parole ce soir aux partisans des insurgés. La BBC qui rapporte les propos du responsable de son service Russie Mark Grigoryan estime toutefois que le PC moldave bénéficie du soutien populaire et que les émeutiers ont peu de chances d'obtenir gain de cause.
FD
"Etats-Unis à la conquête de l'Est" de Manon Loizeau
Vers un revirement d'alliance en Transdniestrie-Pridnestrovie ?
Alors que les autorités pridnestroviennes (transdniestriennes) s'appliquent depuis plusieurs mois à développer le multipartisme dans leur pays en vue d'obtenir une reconnaissance européenne, et mettent en avant leur refus de la référence communiste (http://www.tiraspoltimes.com/features/igor_smirnov_pridnestrovies_khozyain_president.html), l'ambassadeur des Etats-Unis en Moldavie, Michael Kirby, a été accueilli avec tous les honneurs le 19 juillet à Tiraspol. Il a même reçu une décoration du parti "Proriv" (La Percée), une organisation qui affiche l'image du Che sur ses enseignes (http://www.tiraspoltimes.com/news/american_ambassadors_tiraspol_visit_a_public_diplomacy_win.html) et constitue une sorte d'Otpor local - à ceci près qu'il était jusque là anti-OTAN (http://www.tiraspoltimes.com/interviews/alena_arshinova_we_are_prepared_to_make_a_sacrifice_for_sovereign_statehood.html), ce qui lui valait d'être affectueusement comparée aux Jeunesses hitlériennes (http://www.transdniestria.com/independent-transdniestria-news/transdniestriacubaeurope.html) par Oazu Nantoi, ancien fondateur du Parti social démocrate à Chisinau (http://www.azi.md/news?ID=43575).
Cette visite intervient à l'heure où la Moldavie amorce un rapprochement avec Moscou. Voilà qui pourrait augurer de quelques rebondissements dans la guerre du gaz qui se joue autour de ce pays(http://www.voltairenet.org/article149653.html).
L'avenir de la Transnistrie en question
Entre la Moldavie et l'Ukraine perdure une sorte de "Jurassic Park de l'époque soviétique", du moins est-ce ainsi que de nombreux visiteurs la décrivent, où les statues de Lénine et les faucilles et les marteaux n'ont pas été supprimés : la République autoproclamée de Transnistrie. Il s'agit d'une zone à population principalement russe, ukrainienne et moldave qui, au début des années 1990, a vu plutôt d'un mauvais oeil la proclamation d'indépendance de la Moldavie - dont tout laissait croire qu'elle se fondrait dans une "Grande Roumanie". Une autre minorité, les Gagaouzes (des Turcs), restait également fidèle à l'URSS, mais seuls les Transnistriens purent acquérir une indépendance de fait à l'égard des Moldaves grâce à la protection de la 14 ème armée russe. L'armée russe ne garde plus qu'une présence allégée sur place, mais un "force de maintien de la paix" à dominante russe est restée, et l'enclave transnistrienne (capitale Tiraspol) a perduré depuis plus de quinze ans, hors d'atteinte du gouvernement moldave (basé à Chisinau). 
La Transnistrie est aujourd'hui une des rares régions d'Europe qui restent au moins partiellement à l'abri du néo-libéralisme triomphant - c'est la "Cuba de l'Europe" selon certains journalistes http://www.transdniestria.com/independent-transdniestria-news/transdniestriacubaeurope.html. C'est aussi, et surtout, une des clés du remaniement possible des frontières en Europe de l'Est, à l'heure où les nationalistes albanais du Kosovo réclament à cor et à cri l'indépendance du berceau de la culture serbe.
Vladimir Poutine a en effet fait savoir qu'il n'excluait pas de reconnaître la Transnistrie, ainsi que d'autres "Républiques" informelles restées fidèles à la Russie comme l'Abkhazie ou l'Ossétie du Sud, en cas de reconnaissance unilatérale par les Occidentaux de l'indépendance du Kosovo.
Il est en cela soutenu par au moins une partie lobby serbe aux Etats-Unis. James Jatras, avocat, ancien analyste en politique étrangère pour le groupe républicain au Sénat déclarait le 28 mars 2007 dans le Tiraspol Times que la Transnistrie, du point de vue de ses structures étatiques, était plus qualifiée pour demander l'indépendance que le Kosovo.M. Jatras le 8 septembre 2004 avait été choisi par Slobodan Milosevic pour s'exprimer sur l'alliance entre Bill Clinton et les islamistes en Bosnie (http://archquo.nouvelobs.com/cgi/articles?ad=europe/20040908.OBS6510.html&datebase=20040908 ). Il est membre de l'American Council for Kosovo (http://www.savekosovo.org/ ) et raisonne beaucoup (peut-être beaucoup trop) en termes de péril intégriste (http://www.orthodoxytoday.org/articles6/BorojevicJatras.php ). Mais sa comparaison entre les enclaves pro-russes et la province à majorité albanaise mérite qu'on s'y intéresse.
Cependant la Russie garde deux fers au feu, et pourrait aussi négocier avec Chisinau la fin de la République de Transnistrie si la Moldavie retournait dans le giron russe (http://www.transdniestria.com/independent-transdniestria-news/possibletransdniestriaagreemen.html). Certains observateurs ont du reste remarqué que Vladimir Poutine se montrait ces derniers temps plus sévère à l'égard de la Géorgie qu'à l'égard de la Moldavie (http://www.moldpres.md/default.asp?Lang=en&ID=68533 ).
Le ralliement de la Moldavie à Moscou ne pourrait toutefois résulter que d'un revirement à 180 dégrés. Le Parti communiste au pouvoir à Chisinau reste pour l'heure tourné vers l'OTAN. Samedi 16 juin la Moldavie a encore envoyé un nouveau contingent en Irak (http://www.tiraspoltimes.com/news/pmr_says_no_thanks_as_moldova_ships_more_soldiers_to_iraq.html)
La Chine, elle, fidèle à sa tradition hostile aux sécessionnismes, penche clairement du côté de la Moldavie. Au début du mois de juin le général de division Ion Ursu, directeur des services de sécurité et d'information moldaves, était à Pékin pour y discuter des méthodes de lutte contre le séparatisme (http://www.kommersant.com/p-10869/China_Moldova/ ).
Le bras de fer prévisible entre Moscou et Washington sur le Kosovo, sur les questions de défense et sur le partage des sphères d'influence (et du pétrole) en Asie centrale et dans le Caucase, ne manquera sans doute pas de remettre régulièrement sur la table dans les mois qui viennent l'avenir de la Transnistrie. Affaire à suivre...
La Russie dans le collimateur ?
Après que les Etats-Unis aient échoué à démontrer (et pour cause…) que leur dispositif anti-missile en Europe de l’Est n’avait par pour but de neutraliser la force de dissuasion nucléaire russe, le président russe Vladimir Poutine a annoncé que la Russie suspendrait l’application du traité limitant les armes conventionnelles (http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2007/04/26/AR2007042600430.html?hpid=topnews ). La course aux armements serait donc relancée comme nous l’avions déjà suggéré le 24 février dernier.
Sur le front idéologique, la polémique entre la Russie et l'Estonie enfle depuis l'annonce du démantèlement du Monument des libérateurs de Tallinn, lequel pourrait impliquer le déplacement des cadavres de soldats de l'Armée Rouge enterrés sous le monument. Si de tels démantèlements ont également eu lieu en Russie (à Khimki, et encore sans profanation de sépulture), dans les pays baltes ils s’inscrivent dans un contexte de révisionnisme historique très sensible. En 2004 l'Estonie avait été contrainte de démanteler un monument dédié aux combattants antisoviétiques et représentant un soldat en uniforme SS, érigé à Lihula, dans l'ouest du pays, à l'initiative de la commune (http://www.liberation.fr/actualite/monde/238722.FR.php ).
Dans l’ensemble de l’Europe de l’Est alors que les initiatives anticommunistes se développent en Ukraine (http://english.communist.ru/2007/04/24/in-ukraine-the-trial-over-communism-will-be-held.htm) et en Pologne (ce qui a ému l’opinion publique occidentale du fait qu’elles touchent d’anciens membres de Solidarinosc – cf AFP 27 avril 2007), le tabou anti-nazi, lui, est de plus en plus fragilisé, comme l’a montré l’affaire des morceaux de sucre à l’effigie d’Hitler vendus en Croatie en février dernier (http://strange.blosker.com/link/croatia-probes-why-hitler-image-on-sugar-packets-7475)