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Le blog de l'Atlas alternatif / L'autre info sur le monde

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La montée de l'Extrême droite en Europe de l'Est

10 Décembre 2010 , Rédigé par Atlasaltern Publié dans #Balkans

Voici l'intégralité de l'article de Frédéric Delorca, publié en deux parties dans les numéros de décembre 2010 et janvier 2011 de la revue de l'Association Républicaine des Anciens Combattants "Le Réveil des combattants".

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La montée de l’Extrême droite en Europe de l’Est

Les échauffourées qui ont accompagné le match Italie-Serbie à Gênes le 12 octobre au soir, deux jours seulement après les émeutes provoquées par les ultranationalistes en marge de la Gay Pride du 10 octobre à Belgrade (émeutes qui ont fait plus d’une centaine de blessés, essentiellement des policiers serbes) sont venues rappelé combien le mélange détonnant d’hooliganisme, de machisme homophobe et de nationalisme exacerbé se porte aujourd’hui bien en Europe de l’Est, sous le discours lénifiant pro-européiste de la plupart des gouvernements. Plus généralement c’est dans l’ensemble de l’ex-Europe de l’Est que ressurgissent aujourd’hui les passions nationalistes, la xénophobie et les vieilles nostalgies des années 30-40, un phénomène qui n’est pas complètement nouveau (on l’avait constaté déjà avec l’effondrement des régimes soviétique dans les années 1990), et qui a trouvé un regain de vigueur sous la férule des dogmes néo-libéraux.

Les Balkans occidentaux

Le cas serbe est évidemment spectaculaire. Ce n’est sans doute pas dans tous les pays que l’extrême droite peut mobiliser 6 000 casseurs pour affronter 5 000 policiers et les conduire à saccager le siège de deux grands partis politique - le Parti démocrate et le Parti socialiste (l’ancien parti de Milosevic devenu pro-européiste). A Zagreb en Croatie, et à Sofia en Bulgarie, ou encore dans l’habituellement très sage Estonie en 2006, les homophobes extrémistes n’étaient qu’une poignée pour tenter de contrecarrer les différentes gay pride au cours des cinq dernières années.
balkans.jpg
Sans doute la Serbie est elle aujourd’hui le pays des Balkans où l’extrême droite est la plus puissante. Le parti radical d’extrême droite n’a jamais recueilli moins d’un tiers des voix depuis la chute de Slobodan Milosevic. Aux élection présidentielles de février 2008, son candidat Tomislav Nikolic a même recueilli plus de 47 % des voix au second tour (dans un scrutin disputé où a participation a dépassé les 60 %). Et rien n’indique que la récente scission au sein de sa direction doive le vouer au déclin.

La Serbie paie ici les conséquences de sa diabolisation auprès des pas occidentaux, malgré sa capitulation inconditionnelle sur tous les dossiers (à l’exception de celui de la reconnaissance du Kosovo). Le pays a largement perdu sa souveraineté. Le cadre institutionnel, qui a liquidé la République fédérale de Yougoslave, est issu d’une « révolution colorée » téléguidée depuis Washington (la première du genre) en octobre 2000. Belgrade a été sommé d’extrader vers le très douteux tribunal international pour les crimes de guerres en ex-Yougoslavie quatre de ses généraux et un amiral. Sur le plan économique le pays a privatisé les fleurons de son économie, et l’ancien quartier populaire fief de la gauche dans la capitale « Nouveau Belgrade » est le paradis des grandes banques occidentales.

Les récompenses reçues pour l’alignement humiliant de la Serbie ont été des plus minces : l’adhésion à l’Union européenne promise par certains a été sans cesse retardée. Dans un premier temps il était reproché à Belgrade de ne pas fournir suffisamment d’efforts pour retrouver le général bosno-serbe Mladic accusé de crime contre l’humanité à Srebenica. Aujourd’hui la procédure d’adhésion est bloquée… par les Pays-Bas, alors qu’elle avait été promise en septembre par le grands pays de l’Union en échange du renoncement de la Serbie à la présentation devant l’assemblée générale des Nations-Unies (où elle compte de nombreux soutiens) d’une motion dénonçant la reconnaissance unilatérale du Kosovo. Par ailleurs le pays reste menacé par divers irrédentismes au Sanjak et en Voïvodine.

Dans ce contexte, et alors qu’à gauche le parti socialiste (dont le président Milosevic est mort à la Haye dans des conditions étranges, peut-être épuisé par le rythme d’un procès qui échouait à démontrer la véracité des charges portée contre lui) s’est piteusement rallié aux européiste, le parti radical peut capitaliser sur son image de parti « anti-impérialiste » pro-russe, dont le leader est incarcéré à La Haye et qui se réclame d’une longue tradition remontant à son homonyme fondé en 1881 (à l’époque de la lutte contre l’Autriche-Hongrie), et de la résistance des monarchistes tchetniks face à l’hitlérisme.

Mais la Serbie n’est pas le seul pays à l’Ouest des Balkans où l’ultranationalisme et la xénophobie prospèrent. En Bosnie Herzégovine, les élections parlementaires et législatives du 3 octobre dernier, ont confirmé chez les Serbes comme chez les Croates de ce pays de fait administré par l’Occident, dans chacune des entités ethniques issues des accord de Dayton, la victoire des partis nationalistes et un refus de cohabiter dans une nation multiculturelle. En Février 2010 est né en Bosnie un  Mouvement de la fierté nationale bosniaque d’inspiration néo-nazie a été créé. Il se réclame du souvenir de la division SS Handschar  et proclame que « les Juifs, les Roms, les Tchetniks, les séparatistes croates, Tito, les communistes, les homosexuels et les Noirs » sont ses principaux ennemis. La nostalgie nazie (oustachi) est aussi répandue en Croatie. Au Kosovo les violences et harcèlements contre la minorité serbe se poursuivent, le Conseil de l’Europe dénonce régulièrement le racisme anti-rom en Albanie, et en 2006 le ministre des affaires étrangères albanais Besnik Mustafaj agitait encore la perspective de créer une grande Albanie.

Si les causes de ces résurgences sont multiples, nul doute que l’incapacité de l’Union européenne et des Etats-Unis à offrir une voie de développement et de cohabitation aux peuples des Balkans après avoir joué les pompiers pyromanes dans l’éclatement de l’ex-Yougoslavie.

Plus à l’Est aussi

Aux marches orientales de l’Union européenne aussi le nationalisme et la xénophobie se portent bien. Le 27 juillet 2008, la ville de Lviv, ancienne Lemberg, capitale de la Galicie, organisait en partenariat avec la télévision locale une grande manifestation en l'honneur de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), le courant nationaliste ukrainien qui avait collaboré avec les nazis (avant de les combattre) et de la SS Galicia, une unité supplétive de la SS constituée de nazis ukrainiens ayant commis des massacres de civils, notamment en ex-Yougoslavie.« Aussi surprenant que cela puisse paraître, quand la Crimée vit tout entière dans la nostalgie de l'URSS, la Galicie, naguère polonaise et intégrée aujourd'hui à l'Ukraine, très nationaliste, est quant à elle nostalgique de son allégeance à l'occupant nazi » écrivait en des termes un peu schématiques l’essayiste et romancier Michaël Prazan, le 15 septembre 2008, dans un blog lié au journal Le Monde. Le chef de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUM) Stepan Bandera a des rues à son nom, des monuments et des musées à sa gloire dans plusieurs villes d’Ukraine occidentale.

Ce néo-nazisme galicien s’oppose à des formes d’ultra-nationalisme russe qui présentent des traits similaires en ce qui concerne le racisme, l’antisémitisme et l’homophobie notamment, et sont disséminées dans plusieurs dizaines de mouvements allant du parti national bolchévique au mouvement Pamyat. Ces tendances marginalisées au cous des dernières années sur l’échiquier politique par la prédominance du parti de Poutine Russie unie continuent à entretenir des tensions dans la société à travers divers incidents relatés dans la presse.

L’orientation idéologique du Conseil de l’Europe, qui depuis des années place le nazisme sur un pied d’égalité avec le communisme, n’est pas pour rien dans la banalisation de l’ultra-nationalisme de ces pays. De même la politique offensive de George W. Bush, à peine atténuée depuis peu par Barack Obama, qui, à travers des révolutions de couleur en Ukraine et en Géorgie, recherchait systématiquement l’encerclement de la Russie, a aussi joué un rôle considérable dans le renouveau des thématiques nationales.

Parmi les nouveaux membres de l’Union européenne

euro.jpgMais le fléau ultra-nationaliste, dans des versions volontiers fascisantes, revient aussi en force désormais à l’intérieur des frontières de l’Union européenne elle-même, particulièrement dans les pays autrefois alliés aux puissances de l’Axe, où le communisme n’a été imposé que de façon artificielle par l’occupation de l’Armée rouge.

Le cas topique qui a inquiété dans les années 2000 est celui de la Lettonie où des rassemblements de nostalgiques des divisions SS se tenaient annuellement sans émouvoir outre-mesure les gouvernements en place à Riga, ni non plus susciter de réactions hostiles de la part des gouvernement d’Europe occidentale. Ces rassemblements néo-nazis ont fini par susciter une certaine agitation à Londres en mars dernier lorsque les partisans de Tony Blair ont reproché au parti conservateur anglais de former un groupe commun au Parlement européen avec le parti « Pour la patrie et la liberté/LNKK » (un parti membre de la coalition gouuvernementale à Riga ouvertement associé à ce réjouissances fascisantes, qui avait recueilli près de 30 % des suffrages aux premières élections des députés lettons au Parlement européen, et qui a heureusement divisé par 4 son score en 2007). Le secrétaire d’Etat étatsunien Hilary Clinton, sous la pression d’organisations juives, avait déjà convoqué David Cameron à sujet en octobre 2009.

Dans l’ensemble cependant la polémique est restée circonscrite à la campagne électorale britannique. Les grands journaux des autres pays n’en ont guère parlé, pas plus qu’ils ne se sont émus de la marche des nationalistes à Vilnius aux cris de « La Lituanie aux Lituaniens » le 11 mars dernier, ni des exercices paramilitaires très douteux organisés chaque année en Estonie avec la bénédiction des autorités de Tallin, en l’honneur du groupe Erna qui, en 1941, livrait des informations aux nazis sur les mouvements de l’Armée rouge. Comme l’ont noté des observateurs perspicaces, on attend toujours que les autorités des pays baltes déploient le même zêle à arrêter les retraites de Waffen SS qu’elles ne l’ont fait à mettre sous les verrous des agents de l’ancien régime communiste. Aucun ancien criminel d’extrême droite n’a été arrêté dans cette région depuis la chute de l’Union soviétique.

La Lituanie reste aujourd’hui un mélange particulièrement détonnant pour l’Union européenne. Pays où vit la plus forte minorité russe (25 % de la population, et une minorité unie derrière le mouvement de gauche « Centre de l’harmonie » qui a recueilli près de 20 % aux élections européennes), il est aussi celui qui connaît un traitement de choc à la mode argentine : obligé par les financiers internationaux de s’accrocher à l’euro fort tout en réduisant drastiquement ses coûts de production pour maintenir sa compétitivité extérieure, il a subi une récession plus violente que celle des Etats-Unis en 1929. Le PNB a chuté de 24 % en deux ans (2008-2009), et le chômage (très faiblement indemnisé) a bondi à plus 20 %. La bonne recette pour cultiver le nihilisme politique.

La Hongrie, autre allié historique du Reich allemand, est aussi à l’avant-garde de la renaissance du fascisme. Le parti Jobbik, un mouvement xénophobe né dans des cercles estudiantins en 2003, qui insiste sur la préservation des identités historiques (le souvenir de l'amiral Horthy), le christianisme, la culture hongroise, la famille ou encore l'autorité, a recueilli 12 % aux dernières élections législatives d’avril 2010, soit presque autant que le parti socialiste au pouvoir jusqu’alors (et des piques à près de 30 % dans les zones à fortes densités de Rom).

L’exemple magyar est un cas intéressant où des formes fascisantes naissent sur le terreau d’un patriotisme conservateur populaire. Jobbik a grandi à l’ombre du Fidesz (Union Civique Hongroise) qui, alors que le parti socialiste hongrois (ex communiste) s’est rallié corps et âme aux politiques néo-libérales, se présente comme un rempart à la mondialisation. Ce parti depuis quelques années promet de donner des passeports hongrois à tous les ressortissants des minorités hors de son territoire (en Roumanie, en Serbie, en Slovaquie), et contribue à banaliser la diffusion de la carte de la Grande Hongrie de 1914. Le Fidesz au pouvoir depuis avril dernier avec le soutien d’une majorité écrasante, aurait pu renverser par la force le socialiste (social-libéral) Ferenc Gyurcsány dès octobre 2006. Celui-ci avait provoqué une insurrection populaire contre lui en avouant avoir menti aux Hongrois pour se faire réélire et leur avoir présenté des promesses qu’il ne tiendrait pas. Le Fidesz ayant hésité à renverser le gouvernement à ce moment-là, le Jobbik a pu se présenter comme le parti de la surenchère légitime (« le plus à droite et le plus juste » comme l’indique son nom en magyar).

Comme en Lettonie, la crise financière est pour beaucoup dans ce repli nationaliste en Hongrie : diminution de salaires de la fonction publique et des retraites, hausse des impôts, baisse du produit national brut de 7 % en 2009.

Les deux récents entrants dans l’Union européenne, la Bulgarie et la Roumanie - deux pays sous tutelle du FMI – ont aussi voté massivement pour des partis ultranationalistes, aux discours assez similaires. Au premier tour de l'élection présidentielle bulgare de 2006, la candidat du parti ultranationaliste et xénophobe Ataka (Attaque), Volen Siderov, était arrivé second, avec 21,5% des voix, derrière le président socialiste sortant Georgi Parvanov. En 2005, le parti Attaka avait réalisé des affiches montrant une carte de la Bulgarie recouverte de drapeaux turcs et israéliens, pour bien montrer qu'il considère le pays comme « occupé ». Ses militants ont aussi beaucoup exploité la phrase prêtée au président israélien Shimon Peres à l’hôtel Hilton de Tel-Aviv l0 octobre 2007 « De la part d’un petit pays comme le notre, c’est presque stupéfiant. Je vois que nous achetons Manhattan, la Hongrie, la Roumanie et la Pologne ». En Roumanie, le Parti de la Grande Roumanie (Romania Mare) est plutôt sur le déclin (il est passé sous la barre des 5 % en 2009) mais la cure d’austérité dans laquelle le pays est plongé pourrait lui profiter.

Certes certains pays, notamment ceux qui ont été jadis les plus opprimés par le nazisme comme la République tchèque ou la Pologne, échappent aux résurgences du fascisme (ce qui n’exclut cependant pas le développement en leur sein de mouvements nationaux-conservateurs). En outre la volatilité de l’électorat en Europe de l’Est peut toujours faire espérer un déclin rapide de certains partis d’extrême droite aujourd’hui portés par les conséquences de la crise financièee (le cas s’est déjà vérifié dans les années 1990). Mais ces phénomènes récents en tout état de cause traduisent un malaise, qui imprègne profondément aujourd’hui l’Europe centrale et orientale, un malaise qui signe l’incapacité des puissances occidentales, et de la technostructure bruxelloise, à proposer au continent européen des options démocratiques et pacifiques auxquelles les populations seraient en mesure d’adhérer sur le long terme.

Frédéric Delorca

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Albanie : cette fronde anti-Berisha dont on parle si peu

1 Juillet 2010 , Rédigé par Atlasaltern Publié dans #Balkans

Son Parlement boycotté par l'opposition (65 députés sur 140) ne fonctionne plus depuis le 28 juin 2009. 200 sympathisants du Parti socialiste de ce pays dont plusieurs députés sont en grève de la faim depuis le 30 avril dernier pour obtenir un nouveau décompte des voix de lélection législative de 2009. Manifestations et contre-manifestations  se succèdent. Ce pays c'est l'Albanie. L'Union européenne (UE) a annoncé que ce blocage risquait de compromettre la politique de libéralisation des visas avec ce pays. Pour le reste, elle demeure passive. Selon certains, les dirigeants européens miseraient ainsi sur l'épuisement progressif du Parti socialiste. Il est vrai que le premier ministre de droite Sali Berisha, accusé de fraude électorale, garde le soutien de la droite européenne : en avril dernier la Fondation Robert Shuman le recevait à Bruxelles en présence de Joseph Daul, président du Parti populaire européen. Deux mois plus tard, ce dernier se rendait à Tirana pour demander aux socialistes d'arrêter leur boycott, et se vantait d'avoir été à l'initiative d'une résolution du Parlement européen en faveur d'une politique d'assouplissement des visas.

 balkans.jpg

Pourtant la politique de Sali Berisha reste des plus douteuses. Quand il prend des initiatives, il s'emploie surtout à réviser les manuels d'histoire pour salir la mémoire des résistants antifascistes et à cimenter l'unité nationale autour du souvenir de Mère Teresa (pourtant née en macédoine). Il souhaite aussi construire une centrale nucléaire en partenariat avec son ami Berlusconi, qui a proclamé récemment son goût pour les prostituées albanaises, alors pourtant que le coût de cette centrale serait égal à la moitié du PNB du pays !  

 

En début de semaine le président Bérisha avait laissé entrevoir un signe d'assouplissement en envisageant une loi de réforme du code électoral. Mais la situation s'est à nouveau tendu le 30 juin.

 

L'Albanie est un des pays les plus pauvres de l'Europe avec un PNB par habitant de 2 730 dollars en 2005. Un million d'Albanais sur les 4 que comptait le pays a émigré à l'étranger au cours des quinze dernières années.

 

Dans le système économique albanais, les mafias spécialisées dans le trafic d’êtres humains et de la drogue jouent un rôle important surtout dans le nord du pays, à structure clanique, qui est aussi depuis 1945 traditionnellement le fief des anti-comunistes et de la droite nationaliste - alors que le Sud peuplé de travailleurs agricoles tosks était la base sociale du régime d'Enver Hodja. Bérisha lui-même est originaire des populations gheg du nord et y recrutait sa garde prétorienne dans les années 1990, du temps où il fut président de la République.

 

Une partie de ces mafias du Nord liées à l'UCK kosovare sont impliquées dans des affaires de trafic d'organes de civils serbes qui remontent à 1998-99 qui font l'objet d'investigations de l'ONU et du Tribunal pénal international. Les réticences de l'Albanie à coopérer avec l'ONU sur ce dossier jouent en sa défaveur aux yeux de l'UE. Mais selon le Washington Times Washington aurait continué de soutenir les albano-kosovars et leur aspiration à l'indépendance en 2008 largement par crainte des violences que ceux-ci pouvaient développer à l'encontre même de leurs protecteurs occidentaux. Le lobbying pro-kosovar des occidentaux dans les conférences internationales se poursuit en tout cas avec la participation active de l'ancien président Clinton.

 

Aujourd'hui Sali Berisha a beau proclamer qu'il a réprimé la mafia, l'Albanie qui a intégré l'OTAN en 2008 et entretient un contingent en Afghanistan malgré son faible budget militaire, est très loin de pouvoir envisager une intégration prochaine à l'UE, comme elle l'avait  espéré pendant un temps. La poursuite de la crise politique pourrait même déboucher sur une situation insurrectionnelle comme le pays l'a connue en 1997.

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Grèce : l'impérialisme au sein de l'Union européenne

18 Février 2010 , Rédigé par Atlasaltern Publié dans #Balkans

balkans.jpgL'impérialisme des structures capitalistes occidentales s'exerce au sein de l'Union européenne sur les peuples qui pourtant à d'autres égards en tirent profit. Tel est le cas des Grecs en ce début d'année.

La Grèce a fait l'objet d'une offensive spéculative au début du mois de février. Certains hedge funds américains ont tenté de gagner beaucoup d'argent en pariant sur une explosion du prix des "credit default swap" (CDS)  grecs, jouant ouvertement sur la faillite de la Grèce. Le CDS du pays a bondi de 120 points de base en octobre à 419 le mardi 9 février. Ce qui signifiait que le marché évaluait à 29 % la probabilité que la Grèce fasse défaut dans les cinq ans à venir, selon la banque Natixis.

A titre de comparaison
, avec des finances publiques pourtant dégradées, le Roumanie affichait un CDS de "seulement" 265. Alors pourtant que son déficit public pour 2009 s'élevait à 12,7% du PIB (moins que la Grande-Bretagne et de l'Italie, et assez proche de celui de l'Espagne) les marchés financiers se sont polarisés sur ce pays, faute de confiance dans la capacité du nouveau gouvernement à redresser la situation économique du pays.

Réunis le 11 février à Bruxelles pour un sommet extraordinaire, les Vingt-sept membres de l'Union européenne craignant un risque de contagion à toute la zone commençait à inquiéter sérieusement les diplomates de tous bords, ont imposé à la Grèce une série de mesures d'austérité, analysée par les commentateurs comme une mise sous tutelle pure et simple, en attendant que ses finances se rétablissent. Chaque mois, Athènes devra d’ailleurs rendre compte à la Commission européenne, a confirmé le président français Nicolas Sarkozy.

Sur ordre de l'Union européenne, le ministre socialiste des finances a annoncé une batterie de mesures qui devrait aussi permettre d'économiser quelque 350 millions d'euros :  gel des salaires des fonctionnaires et des députés, octroi d'allocations exceptionnelles, entre 300 et 500, aux salariés qui perçoivent moins de 1700 euros, ainsi qu'aux retraités dont la pension est en deçà de 1100 euros ; prélèvement allant de 1000 à 3000 euros sur les hauts revenus situés dans une fourchette de 6000 à 150 000 euros.

Le blog eurocritique "La lettre volée" mentionne l'analyse qu'en fait une contribution de Marshall Auerback, spécialiste des marchés financiers sur le site New Deal 2.0 du Franklin and Eleanor Roosevelt Institute (qui compte le prix nobel Joseph Stiglitz parmi ses meilleures plimes). Sous le titre Greece signs its national suicide pact, son billet compare le soulagement de la Grèce après le "plan de secours" européen à celui d'un passant qui voit s'éloigner le braqueur qui vient de lui soutirer son portefeuille un revolver à la main. Non pas que l'Union européenne ait volé de l'argent à la Grèce, mais bien qu'elle lui a imposé un plan de règlement absurde ("the insanity of self-imposed constraints will be manifest to all soon enough").


De fait, pour Auerback, la Grèce vient de devenir une colonie franco-allemande, puisque ces deux pays ont tenu la plume du plan de règlement.

 

L'auteur renvoie à un autre billet, émanant d'un économiste australien qui a publié un ouvrage sur la politique économique européenne, le soin de mettre en pièces les règles absurdes du pacte de stabilité, cadre de la politique budgétaire européenne (It is often said that the European economies are sclerotic, which is usually taken to mean that their labour markets are overly protected and their welfare systems are overly generous. However,the real European sclerosis is found in the inflexible macroeconomic policy regime that the Euro countries have chosen to contrive). 

 

Donc, il est demandé à la Grèce de réduire de 4% son déficit public en 2010. Auerback écrit  : "c'est le genre de mesure qu'aucun pays souverain n'accepterait, mais la Grèce, comme le reste des pays membres de la zone euro, a délibérément choisi de s'asservir [enslave itself] à un paquet de règles sans aucun fondement théorique".

 

La Grèce n'ayant plus de politique budgétaire (sinon très fortement restrictive), ni de politique de change, ni de politique monétaire, va devoir comprimer ses salaires et écraser sa demande intérieure. Auerback : "c'est la recette pour un suicide national".

 

Conclusion de l'auteur : "le rejet arrogant de la part des technocrates européens de prendre en compte les inquiétudes de ceux qui se sentent menacés par l'engouement soudain pour une union politique et monétaire sans cesse plus étroite, sans aucun contrôle démocratique, ouvre la place à des politiciens populistes à la Jean-Marie le Pen, ainsi qu'à la montée des partis extrémistes dans toute l'Union européenne."

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Mauvaises nouvelles pour Pristina

24 Juin 2009 , Rédigé par Atlasaltern Publié dans #Balkans


Aujourd'hui on apprend l'arrestation  de l'ancien premier ministre albanokosovar Agim Ceku (2 ème à droite sur la photo serrant la main à M. Kouchner et à M. Clark), accusé sur la base d'un mandat d'Interpol de crimes de guerre commis lorsqu’il était colonel des forces croates en 1993, puis lorsqu’il était chef d’état-major des forces kosovares (UÇK) en 1998-99, et encore à nouveau lors des pogroms anti-Serbes au Kosovo en 2004. Il a été placé en garde à vue au point de passage frontalier de Giuechevo alors qu'il pénétrait en Bulgarie depuis la Macédoine voisine dans la nuit de mardi à mercredi.


Selon des sources diplomatiques, les autorités de Belgrade avaient demandé en vain début mai à leurs homologues colombiens de procéder à son extradition de la Colombie où il s'était réfugié vers Belgrade. L’échec aurait été dû à l’intervention directe de Bernard Kouchner.

Il  a deux jours, Human Rights Watch à Londre publiait un rapport sur le sort des Roms du Kosovo : 200 000 personnes en 1999, et dont il ne reste que 20 000 ressortissants aujourd'hui après l'impitoable nettoyage ethnique que leur ont infligé les nationalistes albanais de l'UCK. Le rapport cite notamment la mise à feu et à sang de Roma Mahalla à Kosovska Mitrovica où vivaient 8 000 Roms pour la plupart musulmans, chassés par les extrémistes albanokosovars. Le rapport accuse aussi l'ONU d'avoir construit pour les rescapés des camps à proximité de dépôt de déchets toxiques.

Après l'affaire des trafics d'organes de prisonniers de l'UCK, ces dernières nouvelles ne sont pas bonnes pour l'image des autorités de Pristina qui peinent à obtenir une reconnaissance internationale. Même au dernier sommet de l'Organisation de la conférence islamique de Damas, et malgré les instructions données par le ministre des affaires étrangères britannique David Miliband à l'ensemble des membres de reconnaître l'indépendance du Kosovo, la plupart des pays musulmans s'y sont refusés. Aujourd'hui parmi les 60 pays qui ont reconnu ce pays (moins d'un tiers des membres des Nations unies), à part les pays d'Europe occidentale (sauf l'Espagne) on ne trouve que des nations inféodées aux USA ou à l'Union européenne comme l'Afghanistan, l'Albanie, l'Arabie saoudite, le Costa Rica, le Sénégal (ou pour des raisons historiques la Turquie). La Russie, la Chine, l'Inde, le Brésil, l'Indonésie, l'Afrique du Sud, le Venezuela, l'Argentine, l'Egypte, Cuba, la Syrie, la Libye, l'Azerbaijan, la Corée du Nord, l'Iran et la Bolivie maintiennent leur opposition à toute reconnaissance. 

Il n'est pas sûr que les félicitations adressées par M. Sarkozy à l'entité autoproclamée, dans une lettre ouverte à notre ambassadrice à Pristina  changent grand chose. D'autant qu'il se dit même à Paris que M. Sarkozy, qui accueillait récemment le président serbe Boris Tadic, conscient du poids géopolitique de la Serbie dans les Balkans, ne serait pas aussi fanatique du nationalisme albanokosovar que son ministre des affaires étrangères.

FD

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NB : ci dessous photo d'une manif de Serbes du Kosovo arborant une affiche pro-Chavez (2008)


Post scriptum au 26 juin 2009 : La justice bulgare a finalement libéré le criminel de guerre Ceku poursuivi par la Serbie et Interpol. Le ministre serbe des affaires étrangères Vuk Jeremić a dénoncé un coup "dévastateur" porté au droit international (mais l'Occident n'est plus à un près à l'égard de de la Serbie). Jeudi, le parquet bulgare avait relevé "un manque de preuves que M. Ceku ait commis les crimes dont il est accusé" et a estimé que la Serbie n'était pas compétente pour le juger.M. Ceku, qui n'est cependant pas autorisé à quitter la Bulgarie avant le 2 juillet, limite jusqu'à laquelle le Parquet bulgare peut faire appel de la décision (mais vu la position du parquet susmentionnée, il et peu probable qu'un revirement ait lieu).

 

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La Serbie s'accroche à l'Union européenne, malgré le "non" irlandais

20 Juin 2008 , Rédigé par Atlasaltern Publié dans #Balkans

Bien que le président français Sarkozy ait déclaré à Prague (Le Monde du 17 juin 2008) qu'il excluait tout élargissement de l'Union européenne (notamment à la Croatie) si le traité de Lisbonne n'était pas ratifié (un propos tenu pour faire pression sur les Tchèques, réticents à enterrer le "non" irlandais au traité), la perspective d'élargissement continue à restructurer la vie politique de la Serbie. L'ancien parti de Slobodan Milosevic, le Parti socialiste de Serbie (SPS) et le parti pro-occidental, le Parti démocratique (DS) qui l'a chassé du pouvoir en 2000 seraient prêts à former un gouvernement après l'échec des tractations avec les partis souveraintistes (le DSS de Vojislav Kostunica et le SRS de Tomislav Nikolic).

La cause de ce revirement d'alliance est la promesse faite par Bruxelles à Belgrade de signer un Accord d'association avec elle, prélude à une adhésion possible de la Serbie à l'UE si les pro-occidentaux dirigent le gouvernement. Le SPS, dont l'appui est nécessaire aux pro- ou aux anti-européens pour avoir la majorité au Parlement voit dans le ralliement à l'européisme une occasion de se réhabiliter au regard des pouvoirs occidentaux (comme l'avait déjà tenté du reste Slobodan Milosevic à plusieurs reprises, notamment en signant les accords de Dayton sur la Bosnie en 1995).

Dans une déclaration Večernje novosti, aujourd'hui 20 juin, le leader du Parti radical (SRS) tirait déjà les leçons des dernières semaines de négociation et imputait la défection du SPS au Premier ministre sortant Vojislav Kostunica. Selon lui, puisque le leader du SPS Ivica Dačić était au départ d'accord pour une alliance avec les souverainistes, Kostunica aurait dû dialoguer davantage avec le Parti des retraités associés et Serbie unie, qui étaient coalisés avec le SPS et ont été les premiers à lui demander de rechercher plutôt l'alliance avec les pro-occidentaux. Nikolic estime dans cette interview que Kostunica "n'a pas vraiment voulu" former un gouvernement avec son parti et le SPS, et fait également sa propre autocritique sur le score plus modeste que prévu du SRS aux élections, notamment en Voïvodine (http://www.b92.net/eng/news/politics-article.php?yyyy=2008&mm=06&dd=20&nav_id=51246). Les membres de la coalition d'opposition DSS-SRS-NS considèrent toutefois que le clivage avec le SPS ne s'est pas fait sur la question de l'Accord d'association, mais sur le fait de savoir si Belgrade accepterait de le signer alors que celui-ci ne prévoit pas explicitement que le Kosovo reste dans sa juridiction. La volte-face du SPS obscurcit en tout cas le sens du dernier scrutin législatif qui avait donné la majorité aux partis favorables au maintien de la question du Kosovo au centre des négociations avec l'Union européenne (http://www.b92.net/eng/news/politics-article.php?yyyy=2008&mm=06&dd=22&nav_id=51288).

FD
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Elargissement de l'OTAN limité à la Croatie et à l'Albanie

4 Avril 2008 , Rédigé par Atlasaltern Publié dans #Balkans

Les Etats-Unis, le Canada et les pays d'Europe centrale voulaient élargir l'OTAN à l'Ukraine et à la Géorgie. La France et l'Allemagne, soucieuses de ménager la Russie, ont fait échouer le projet au sommet de l'OTAN de Bucarest cette semaine.


Le ministre des affaires étrangères français, M. Kouchner à la tribune de l'Assemblée nationale mardi où il plaidait pour l'envoi de près d'un millier de soldats français dans les zones de combat en Afghanistan ( http://www.lcpan.fr/rattrapage_eve_afg_010408.asp?tc=eve_afg_010408), nouvelle idole de l'acteur américain pourtant hostile à la guerre d'Irak George Clooney qui souhaite qu'il soit un jour Président de la République(http://www.tvmag.com/article/Film/36598/EXCLUSIF_TV_Magazine_a_rencontre_George_Clooney.html), a déclaré que la position de la France à Bucarest serait la preuve que Paris peut encore s'opposer à Washington - ce qui pourrait laisser penser qu'il s'agit d'un rideau de fumée pour cacher l'alignement de la France sur Washington sur d'autres dossiers, notamment celui de l'entrée dans le commandement intégré promise pour l'horizon 2009.

Une dépêche d'Associated Press aujourd'hui voyait dans cette division de l'OTAN un succès pour M. Poutine. La Géorgie et l'Ukraine, déçues ont laissé entendre que la dépendance énergétique de la France et de l'Allemagne à l'égard de Moscou expliquait leur position anti-Washington sur ce dossier (http://wiredispatch.com/news/?id=113378). Des sondages récents montraient qu'en Ukraine 60 % de l'opinion publique était hostile à l'entrée du pays dans l'OTAN et le président de ce pays avait promis un référendum sur ce thème (http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/04/02/l-adhesion-a-l-otan-divise-l-ukraine-geographiquement-et-politiquement_1029991_3214.html#ens_id=1020072).

La France et l'Espagne se sont opposées par ailleurs conjointement, par solidarité avec la Grèce, à l'entrée de la Macédoine dans l'OTAN tant qu'elle ne modifie pas son nom (El Mundo http://www.elmundo.es/elmundo/2008/04/03/internacional/1207216253.html).

L'OTAN sera donc étendue dans un premier temps seulement à la Croatie et à l'Albanie. Le jour même de l'annonce de cette extension, le tribunal pénal international publiait l'acquittement de Ramush Haradinaj (Reuters 3 avril), chef de clan albanais du Kosovo, ancien commandant de l'UCK, et ancien premier-ministre du Kosovo impliqué dans des crimes de guerre en 1999 - une mesure qui montre le soutien inconditionnel des Occidentaux aux Albanais, et risque d'accroître le ressentiment nationaliste en Serbie. On notera que Le Conseil d'Etat français, statuant sur un recours contre la décision du 16 mai 2006 du Conseil d'Administration de l'Office Français de protection des réfugiés et apatrides établissant une liste complémentaire de pays d'origine sûrs, a, par décision du 13 février 2008, annulé partiellement cette seconde liste, en procédant au retrait de l'Albanie et du Niger (http://www.ofpra.gouv.fr/annonce.html?dtd_id=16&xmld_id=3117), ce qui signifie en clair que les juridictions françaises ne considèrent pas l'Albanie comme un pays qui accorde des garanties de sécurité politique suffisantes à ses ressortissants (qui peuvent donc avoir plus de chances d'obtenir l'asile politique en France).

La Moldavie, dont les troupes participent à l'occupation de l'Irak, a aussi discrètement fait savoir son intérêt pour une éventuelle adhésion à l'OTAN. Son président Vladimir Voronin était présent au sommet, au grand dam des Transnistriens (http://www.tiraspoltimes.com/news/moldova_at_nato_summit_with_bush_condi.html).

Si le climat se réchauffe entre Washington et Chisinau, il se tend entre M. Bush et M. Loukachenko : Washington mécontent de la création d'une coentreprise pétrolière biélorusso-vénézuélienne qui exploite le gisement de pétrole de Guara Este  au Vénézuéla (d'après ce qu'affirme le gouvernement biélorusse) a bloqué les comptes du groupe pétrochimique public Belneftekhim et de ses filiales. En représailles, il y a dix jours, Minsk a demandé à Washington de réduire les effectifs de son ambassade en Biélorussie (http://fr.rian.ru/world/20080324/102091344.html). Les services de renseignement biélorusses ont dénoncé le 25 mars l'existence d'un réseau d'espionnage américain sur leur sol (http://fr.rian.ru/world/20080325/102191410.html).

FD
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L'extrémisme occidental, jouant contre ses propres intérêts, pousse la Serbie dans les bras de la Russie

29 Janvier 2008 , Rédigé par Atlasaltern Publié dans #Balkans

Copie-de-gas-20pipeline-copie-1.jpg L'intransigeance des Occidentaux sur la question du Kosovo a déjà fait une victime collatérale : la politique énergétique des Etats-Unis en Europe.

Le président serbe Boris Tadic et le premier ministre Vojislav Kostunica ont signé vendredi dernier à Moscou un accord pour trente ans qui vend à la compagnie russe Gazprom 51 % des parts de la compagnie gazière d'Etat serbe NIS, et ce au prix qu'avaient demandé les Russes. Dans le cadre de cet accord, un gazoduc de 10 milliards de mètres cubes sera construit à travers la Serbie, et Gazprom contrôlera 78 % du marché de détail des carburants dérivés du pétrole dans ce pays, 12 % allant à un autre géant russe, Loukoil . Pour compléter le dispositif, Gazprom a signé avec la compagnie autrichienne OMV un accord prévoyant le transfert au monopole russe du gaz de 50% de Central Europe Gas Hub (CEGH), filiale d'OMV Gas International, et dont le siège se trouve dans la ville autrichienne de Baumgarten. Il ne manque plus à Gazprom qu'un accord avec la Hongrie, pour espérer pouvoir mettre en service son dispositif de gazoduc South Stream. Budapest va donc pouvoir faire monter les enchères. Si la Hongrie ne parvient pas à s'entendre avec Moscou, Gazprom peut utiliser un itinéraire alternatif passant de la Bulgarie en Grèce puis, par la Méditerranée, en Italie. Mais, dans ce cas, le projet de gazoduc en Serbie sera dans l'impasse (http://www.kommersant.com/p846202/r_500/natural_gas_pipelines/).

Les autorités américaines ont manifesté une inquiétude particulière au sujet du développement de la coopération énergétique entre la Russie et la Serbie et rappelé à l'Union européenne leur préférence pour le projet de gazoduc de Nabucco, destiné à acheminer du gaz en Autriche via la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie. Peut-être pour apaiser l'interventionnisme états-unien, les autorités iraniennes la semaine dernière ont annoncé être prêtes à accorder des ressources pour Nabucco... (http://fr.rian.ru/business/20080128/97862287.html).

Face à cela l'offre de l'Union européenne à l'égard de la Serbie (qui pourtant depuis un siècle regarde davantage vers l'Ouest que vers la Russie) reste timide. Alors que l'Autriche avait convaincu en 2006 l'Union de ne plus exiger de la Croatie la coopération avec le TPIY pour intégrer l'Empire européen, les Pays-Bas, dans un bel élan anti-fédéraliste, ont maintenu, contre les autres Etats de l'Union, un veto sur la signature d'un accord de stabilisation et d'association tant que le général Ratko Mladic n'était pas livré à ce tribunal (source : RFI). Ce veto néerlandais fait l'affaire du nationaliste Tomislav Nikolic, vainqueur du premier tour de l'élection présidentielle serbe, qui dit ne rien attendre de l'Union européenne tant que celle-ci veut arracher le Kosovo à la Serbie et affirme même regretter que la Serbie "ne soit pas une province de la Russie" (http://www.dw-world.de/popups/popup_printcontent/0,,3087792,00.html). (NB : En dépit de ces appels du pied de M. Nikolic, V. Poutine continue toutefois de soutenir Boris Tadic.)

Les Européens, présidés en ce moment par les Slovènes, ont malgré tout proposé un accord réduit aux Serbes (sur les visas, le dialogue politique), leur promettant même à demi-mots une entrée à terme dans l'Union, pourvu qu'ils ne votent pas pour M. Nikolic. La question pèsera lourd sur l'issue du second tour du scrutin, y compris sur les conditions du soutien du premier ministre Kostunica à son frère ennemi Tadic.

Du côté états-unien, les menaces contre la Serbie et la Russie ne sont pas l'apanage des néo-conservateurs. Dans un article publié dans le Guardian du 28 janvier 2008, Morton Abramowitz suggère que l'OTAN augmente sa présence militaire au Kosovo pour empêcher les Serbes de cette province de faire sécession en cas de déclaration unilatérale d'indépendance de la part des représentants albanais, et exorte à s'opposer aux positions de Moscou si la Russie dans la foulée reconnaît l'indépendance de l'Abkhazie (hypothèse pourtant exclue par la Russie http://fr.rian.ru/world/20080129/97954887.html). Morton Abramowitz, fondateur de l’International crisis group et surtout éminence grise de l’administration Clinton pendant la guerre du Kosovo auprès de l’UÇK, soutient en ce moment Barak Obama à l'élection présidentielle. Richard Holbrooke, lui, qui fut l'artisan de la politique clintonienne pro-UÇK à Rambouillet en 1999, et qui conseille maintenant Hillary Clinton, expliquait dans Le Monde du 25 janvier : "Notre défi,
c'est assurer un leadership (des Etats-Unis), mais sans hégémonie" (
http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2008/01/25/richard-holdbrooke-l-administration-bush-ne-pourra-pas-attaquer-l-iran_1003828_829254.html#ens_id=904503). La nuance sémantique n'est pas énorme... Les électeurs états-uniens n'ont guère le choix qu'entre les auteurs des bombardements contre la Serbie, et les promoteurs de la guerre d'Irak. undefined

La situation actuelle dans les Balkans ne cesse cependant de provoquer des inquiétudes qui s'expriment dans des forums peu médiatisés. Ainsi par exemple l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe le 22 janvier dernier a-t-elle très sérieusement contesté un projet de résolution élaboré par le représentant britannique Lord Russell-Johnston jugé trop favorable au point de vue occidental. A l'occasion des débats de cette assemblée, la représentante du PC tchèque Katerina Konecna a comparé l'enlèvement du Kosovo à la Serbie au démantèlement de la Tchécoslovaquie par les accords de Munich. La délégation d'Azerbaïdjan à cette occasion a dénoncé le risque que la sécession du Kosovo ait des effets désastreux sur un autre conflit "gelé" de l'ère post-soviétique, celui du Nagorny-Karabakh (http://www.kommersant.com/p844517/r_527/PACE_Kosovo_EU/ ).

A l'heure où la marine russe reprend ses patrouilles dans l'Atlantique et en Méditerrannée pour la première fois depuis 1992 (http://fr.rian.ru/defense/20080129/97934362.html), l 'Europe et son allié états-unien avancent chaque jour davantage dans une logique de guerre froide, qui pourrait, en de nombreux points, dégénérer en conflits ouverts.

FD
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Les pressions sur la Serbie continuent

7 Septembre 2007 , Rédigé par Atlasaltern Publié dans #Balkans

Dans les Balkans les Occidentaux gardent deux objectifs : intégrer la Serbie dans l'OTAN et obtenir l'indépendance du Kosovo.

Pour atteindre le premier objectif, toujours le même élément de chantage : pas d'entrée dans l'Union européenne (UE), sans adhésion préalable à l'OTAN. L'adhésion préalable de la Serbie : c'est-à-dire l'installation de bases américaines sur son territoire, l'obligation pour son gouvernement d'investir de l'argent dans la modernisation de l'armée pour que ce pays pauvre puisse appuyer l'effort de guerre américain en Afghanistan ou ailleurs.

Le haut-fonctionnaire européen catalan Josep Lloveras, ex-éminence de l’Union européenne au Centrafrique (http://www.delcaf.cec.eu.int/fr/quoideneuf/changement_personnel_DCCE.htm) aujourd’hui représentant de l’UE en Serbie, chaud partisan apparemment de la fusion euro-étatsunienne a affirmé cette semaine : “Les intégrations européennes et atlantiques sont des processus cohérents et complémentaires et doivent être perçus comme tels » (http://www.b92.net/eng/news/politics-article.php?yyyy=2007&mm=09&dd=07&nav_category=92&nav_id=43591). Pourtant Belgrade trouve encore un peu la force de résister aux sirènes atlantistes. Le 5 septembre Vuk Jeremić, ministre serbe des affaires étrangères, qui présentait les objectifs du programme du Partenariat pour la Paix à Bruxelles s’est bien gardé de faire figurer l’adhésion à l’OTAN parmi les points de son programme, préférant s’en tenir à une participation active au Partenariat pour la Paix déjà existant « La Serbie ne pourra jamais oublier les événements tragiques de 1999 » a-t-il eu la dignité de dire à ses interlocuteurs de l’OTAN (en 1999 l’OTAN a gratuitement détruit les infrastructures de la Serbie, tué 2 000 civils et diabolisé ce pays sur des bases mensongères devant l’opinion publique mondiale). http://www.b92.net/eng/news/politics-article.php?yyyy=2007&mm=09&dd=05&nav_category=90&nav_id=43521 

En ce qui concerne l'indépendance du Kosovo, le chantage à l'adhésion européenne ne suffit pas non plus, car il faut aussi convaincre Russes et Chinois au Conseil de Sécurité. O certes, le président Bush comme à son habitude est prêt à reconnaître le Kosovo sans passer par l'ONU. Mais tout de même un Kosovo, reconnu seulement par la moitié des pays de la planète, cela ferait désordre - surtout si d'autres provinces sécessionnistes (la Transnistrie par exemple …) obtiennent la même chose ailleurs...

A Belgrade, on commence à rappeler certaines évidences : que le Kosovo étant une province serbe, si les nationalistes albanais proclament une indépendance unilatérale le 10 décembre comme ils l’ont annoncé, rien ne s'opposera à l'entrée de l'armée serbe dans la province pour y maintenir l'ordre. C'est ce qu'a déclaré le secrétaire d’Etat, Dušan Proroković membre du parti du premier-ministre Koštunica, dans l’International Herald Tribune mercredi 5 septembre, tandis que le ministre des affaires étrangères Vuk Jeremić, membre du parti, plus pro-occidental, du président Tadić, quant à lui, démentait le propos de son subordonné. Malgré le démenti, l'évidence juridique énoncée par Dušan Proroković ne plait guère aux Occidentaux qui entendent tenir en respect la petite Serbie. Tom Casey, le porte parole du Département d’Etat  américain a annoncé son intention de demander à Belgrade des « éclaircissements ». Cristina Gallach, porte-parole du représentant de la diplomatie européenne Javier Solana (ex politicien socialiste espagnol, et ex secrétaire général de l’OTAN qui pilotait le volet politique des bombardements sur la Serbie en 1999), a mis en demeure la Serbie d’éviter le “vocabulaire incendiaire” (http://www.b92.net/eng/news/politics-article.php?yyyy=2007&mm=09&dd=07&nav_category=92&nav_id=43576) – pareille mise en demeure n’a évidemment pas été adressée en des termes semblables aux séparatistes albanais qui ont pourtant été les premiers à agiter la menace d’une action unilatérale.

Le diplomate autrichien Wolfgang Petritsch, qui était émissaire de l’Union européenne à Rambouillet sur le Kosovo, et dont le pays a tant fait pour l’éclatement de la Yougoslavie (cf l’article de Diana Johnstone dans l’Atlas alternatif) a justifié dans Die Presse cette semaine la position européenne en ces termes : depuis 1999 "une thèse internationale s’est développée à propos de la responsabilité de chaque Etat de protéger ses citoyens". Selon lui, « la Serbie a directement enfreint cela au Kosovo dans les années 1990 par l’expulsion systématique de 850 000 Albanais, qui avait été manifestement planifiée » (or en réalité, la thèse de l’expulsion planifiée des Albanais a été démentie dans de nombreux ouvrages, et invalidée devant le Tribunal pénal international – et ce mensonge permet de faire oublier les milliers de Serbes, Roms, et autres membres de minorités persécutés, non protégés par la KFOR et le gouvernement nationaliste albanais depuis 1999), et « quelqu’un à Belgrade devra expliquer ce qu’ils ont à offrir aux deux millions de citoyens de la province, pour l’abandon de la recherche de l’indépendance » (pour mémoire on rappellera cependant que dès le début des années 1990 les nationalistes albanais du Kosovo sont entrés dans un processus de refus des institutions yougoslaves, et de création d’une société parallèle, que Milošević en 1999 a proposé de restaurer l’autonomie en vigueur dans les années 1980, qui avait pourtant généré de nombreux abus, et que le gouvernement néo-libéral qui lui a succédé a continué de soutenir l’idée d’une autonomie élargie).

Petritsch s’est laissé aller à l’expression de regrets devant le fait que l’Occident n’ait pas pu arracher le Kosovo à la Serbie dès 1999, ce qui lui aurait évité de devoir l’enlever à l’actuel gouvernement pro-occidental de Belgrade. Mais il a reconnu, un brin nostalgique, qu’hélas la Russie ne l’aurait pas permis même à l’époque d’Eltsine (http://www.b92.net/eng/news/politics-article.php?yyyy=2007&mm=09&dd=07&nav_category=92&nav_id=43575)

Mais la réécriture de l’histoire ne suffit pas à assurer le consensus au niveau européen sur l’affaire serbe. L’Espagne et la Grèce ne sont toujours pas prêtes à reconnaître l’indépendance du Kosovo comme les presse de le faire Washington. Il est vrai que Madrid ne tient pas à ce que le Kosovo indépendant (ou tout autre pays dans le monde) en retour reconnaisse l’indépendance de la Catalogne… L’aveuglement euro-états-unien après avoir semé le chaos au Proche-Orient va-t-il provoquer à nouveau le désordre au sein même du continent européen ?

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Motion du Parlement serbe

25 Juillet 2007 , Rédigé par Atlasaltern Publié dans #Balkans

Une résolution ferme a été adoptée par 217 voix contre 12 dans la nuit du 24 au 25 juillet 2007 par le Parlement de Serbie pour faire face au chantage à la violence des nationalistes albano-kosovars qui menacent de proclamer l'indépendance de leur province avec le soutien unilatéral de certaines puissances occidentales (http://www.b92.net/eng/insight/strategies.php?yyyy=2007&mm=07&nav_id=42611).

La coalition néo-libérale au pouvoir, le Parti radical de Serbie, le Parti socialiste de Serbie et le Parti des Roms ont voté cette motion. Seul le Parti libéral démocrate a voté contre.

La Serbie, qui a fait pourtant toutes les concessions requises par l'Occident pour livrer d'importants officiers militaires, et des dirigeants politiques au Tribunal pénal pénal international, privatiser ses industries et aligner toute sa relecture de l'histoire sur la rhétorique de l'OTAN (intégrant même le Partenariat stratégique avec l'Alliance atlantique) se trouve aujourd'hui le dos au mur, menacée dans son intégrité territoriale.

George W. Bush lors de sa visite en Albanie en juin dernier avait défié la communauté internationale en annonçant que les Etats-Unis reconnaîtraient unilatéralement l'indépendance du Kosovo (une option aujourd'hui artificiellement adoucie sous la forme d'une reconnaissance "coordonnée" de UE et des USA), montrant par là, comme pendant la guerre d'Irak, son mépris pour les Nations-Unies. Cette déclaration est intervenue alors que le Kosovo ne remplit même pas les critères de protection des droits des minorités longtemps avancés comme une condition sine qua non de son indépendance. Des pays comme la Russie, la Chine, mais aussi (et on ne le dit jamais en Occident) des membres non permanents du Conseil de sécurité de l'ONU comme l'Afrique du Sud, l'Indonésie, et le Ghana (http://byzantinesacredart.com/blog/2007/04/ahtisaari-proposal-dead.html) se sont clairement opposés à la remise en cause de la souveraineté de la République de Serbie.

Pourtant, le 25 juillet au matin (ce matin), les médias dominants inversaient les rôles, et faisaient croire que c'étaient la petite Serbie, tenue en otage économiquement et politiquement de l'Occident, et son allié moscovite, qui menaçaient le monde. "Belgrade défie une nouvelle fois la communauté internationale sur le Kosovo" titrait Euronews (http://fr.news.yahoo.com/euronews/20070725/twl-belgrade-defie-une-nouvelle-fois-la-115566a_1.html). Les Occidentaux poursuivent ainsi obstinément leur politique constante depuis 1990 de soutien aux séparatismes en ex-Yougoslavie au risque (et parfois dans le but) de provoquer de nouveaux conflits dans les Balkans.

Le Kosovo n'est pas la seule province serbe en cause. Hier le journal albanais Korrieri daily a révélé qu'Ismail Prentić, le leader de l'Armée de Libération du Sandžak (un groupe djihadiste wahhabite basé dans la région de Novi Pazar au sud-ouest de la Serbie - http://www.freerepublic.com/focus/f-news/1820573/posts), tué par les forces spéciales serbes en avril avait sa base arrière au nord de l'Albanie, après s'être réfugié pendant un temps au Kosovo et en Macédoine. Des bombes ont été retrouvées récemment dans sa cachette albanaise (http://www.b92.net/eng/news/in_focus.php?id=119). L'effet domino d'une indépendance du Kosovo dans la région, en Serbie, mais aussi en Macédoine, au Montenegro (où les Albanais peuvent faire sécession), et en Bosnie-Herzégovine (où les Serbes peuvent faire de même) demeure imprévisible.

 

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Indépendance du Kosovo : comme une lettre à la poste ?

21 Mars 2007 , Rédigé par Georges Berghezan Publié dans #Balkans

 

 

 

La dernière série de pourparlers entre représentants serbes et kosovars albanais s’est achevée le 10 mars et, comme prévu, aucun accord n’a été conclu. La « proposition » de résolution du statut du Kosovo de l’émissaire de l’ONU, Martti Ahtisaari, a été acceptée par Pristina, qui y voit le pas décisif vers l’indépendance de la province, et rejetée par Belgrade, refusant l’amputation de 15 % de son territoire.

 

Car, même si son document ne cite pas le mot « indépendance », c’est bien ce qui est offert par Ahtisaari : le Kosovo se verrait octroyer tous les attributs réservés aux Etats souverains : constitution, hymne, drapeau, droit d’adhérer à des organisations internationales, comme l’ONU, et de créer une armée, bien que devant être « légèrement armée ».

 

Jusqu’à présent, le processus s’est passé anicroche, ou presque. Géré sous la responsabilité de l’ONU, occupé par une force sous commandement de l’OTAN (KFOR), le Kosovo n’en était pas moins resté, depuis 1999, une partie intégrante de la Serbie, qui a continué à y déployer des structures administratives dans les régions où subsistent des Serbes et d’autres minorités. Pendant ce temps, la majorité albanaise – de plus en plus écrasante en conséquence d’un implacable nettoyage ethnique – attendait avec une impatience croissante la matérialisation des promesses d’indépendance faites par les leaders occidentaux dans la foulée des bombardements de l’OTAN de 1999.

 

On ne pourra pas reprocher à l’ancien président finlandais d’avoir caché son jeu : déjà, la veille de la première série de « négociations » serbo-albanaises, en février 2006, Ahtisaari avait manifesté toute son impartialité en se prononçant pour l’indépendance du Kosovo dans une interview au Spiegel allemand. Dès lors, ces « négociations » ne pouvaient aboutir au moindre rapprochement entre les parties, la position albanaise – l’indépendance et seulement l’indépendance – étant bétonnée par le « médiateur », lui-même porte-parole des grandes puissances occidentales, tandis que la proposition serbe d’une autonomie maximale n’était jamais prise en compte.

 

Une première version du « plan Ahtisaari » a été rejetée à la mi-février par le parlement serbe, lors de sa session inaugurale, trois semaines après des élections ayant confirmé la polarisation de l’échiquier politique : le Parti radical, nationaliste, est resté le principal parti de Serbie, mais est condamné à l’opposition face à une probable coalition autour du Parti démocrate, pro-occidental, et Parti démocrate serbe du Premier ministre sortant Kostunica. Jusqu’à présent, la question du Kosovo continue de faire l’unanimité de l’essentiel de la classe politique serbe.

 

A Pristina, malgré une violente manifestation de partisans de l’indépendance sans négociation, le leadership albanais kosovar a accueilli favorablement le plan Ahtisaari. Sur le plan international, les membres occidentaux du Groupe de contact[1], l’Union européenne, Washington et l’OTAN ont également exprimé leur satisfaction. Seule la Russie manifeste clairement son opposition, arguant que le nouveau statut du Kosovo doit être accepté par les deux parties, Pristina, mais aussi Belgrade.

 

Légèrement amendée suite à la dernière série de pourparlers entre Belgrade et de Pristina, la proposition d’Ahtisaari vient d’être transmise au Conseil de sécurité de l’ONU. Celui-ci pourrait en discuter en avril, sous présidence britannique, et produire une résolution qui consacrerait l’indépendance du Kosovo et donnerait un nouveau mandat à une présence internationale. Cette étape semble indispensable car une précédente résolution du Conseil, la 1244 ayant mis fin aux bombardements de l’OTAN contre la Yougoslavie en 1999[2], avait non seulement placé le Kosovo sous tutelle de l’ONU et de l’OTAN, mais également consacré la souveraineté serbe sur la province.

 

Une indépendance très théorique

 

Telle que prévue, l’indépendance du Kosovo ne changerait pas grand-chose à son statut de protectorat, à court terme du moins. En effet, la tutelle de l’ONU passerait à l’Union européenne et des pouvoirs étendus seraient octroyés à un « Représentant civil international », faisant également office de « Représentant spécial de l’UE » qui, sur le modèle du « Haut représentant » contrôlant la Bosnie-Herzégovine depuis près de douze ans, aurait le droit d’annuler toute décision des autorités du Kosovo et de démettre tout responsable, élu ou non. En Bosnie, les plus hauts responsables serbes et croates ont été victimes des pouvoirs exorbitants de cette sorte de vice-roi balkanique, essentiellement parce qu’ils étaient accusés de freiner les réformes centralisatrices exigées par la « communauté internationale ». Sur le plan militaire, le Kosovo continuerait à être occupé par une force de l’OTAN, comptant actuellement 17.000 hommes et dont aucune réduction du niveau n’est prévue dans un avenir proche. Quant à l’indépendance économique, elle relève de la grande illusion : les industries sont toujours à l’arrêt, les services publics ont été démantelés ou souffrent de graves carences par manque de personnel qualifié, le taux de chômage se situe entre 50 et 70 % et serait encore plus élevé sans les nombreux postes et subsides dépendant de l’ONU et de la multitude d’organisations internationales qui s’activent à « construire un Etat », une grande partie du PIB provient du secteur « informel », y compris la grande criminalité et la contrebande dont les profits ont explosé depuis 1999. En outre, la privatisation des entreprises publiques, menée à la va-vite, a été dénoncée par Belgrade, car ce sont les biens de l’Etat serbe qui ont été vendus ou bradés au bénéfice du privé.

 

Comme pour les autres fragments du puzzle ex-yougoslave, Bosnie et Macédoine en tête, l’indépendance du Kosovo n’aurait que peu en commun avec une pleine souveraineté. Cependant, un pas supplémentaire serait franchi : cette fois-ci, ce n’est plus une entité fédérale qui se séparerait, comme l’a encore fait en mai dernier le Monténégro, permettant paradoxalement à la Serbie d’accéder à une indépendance non demandée. Avec la province du Kosovo, c’est une partie intégrante de la Serbie qui ferait sécession, créant incontestablement un précédent. Les conséquences d’une telle décision sont encore difficiles à mesurer, mais les Serbes de Bosnie, dotés de leur propre entité, ont déjà annoncé qu’ils organiseraient un référendum d’indépendance. Côté albanais, cela encouragerait les mouvements centrifuges en Macédoine (où les relations avec la majorité slave restent tendues), voire au Monténégro ou en Grèce. L’objectif d’une « Grande Albanie » (ou d’un « Grand Kosovo ») est loin d’avoir été abandonné par les milieux nationalistes qui considèrent l’indépendance du Kosovo comme une première étape.

 

Une épidémie sécessionniste ?

 

Ce n’est pas un hasard si, au sein de l’UE, les Etats les plus « compréhensifs » envers la position serbe sont, outre le traditionnel allié grec, la Roumanie, l’Espagne et Chypre, des pays confrontés aux revendications autonomistes de leurs minorités. Mais c’est assurément sur le sol de l’ex-URSS que le précédent kosovar aurait des conséquences les plus immédiates. Depuis plusieurs mois, Moscou argue que la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo pourrait être logiquement suivie de celle d’autres régions connaissant des situations similaires, bien que moins médiatisées, notamment l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud (deux « républiques autonomes » de Géorgie en rébellion depuis plus d’une décennie), la Transnistrie (faisant partie de la Moldavie) et le Nagorny Karabakh (enclave arménienne en Azerbaïdjan). Quant à la Chine, qui devrait s’aligner sur la position russe au Conseil de sécurité, elle s’inquiète que l’exemple soit retenu par Taiwan, ses indépendantistes tibétains, voire ouïgours. Et la liste des candidats qui, en Asie ou en Afrique, se sentiraient encouragés par l’accession à l’indépendance du Kosovo pourrait presque indéfiniment être allongée, d’autant plus que les Etats-Unis, en Irak par exemple, encouragent le dépeçage d’Etats jugés trop grands à leur goût.

 

Reste qu’un tel scénario pourrait buter sur un veto russe au Conseil de sécurité, ou une menace de veto qui ajournerait indéfiniment la résolution consacrant l’indépendance. Le nouveau mandat de l’UE au Kosovo serait remis en question, alors que la mission de l’ONU est pratiquement en train de boucler ses valises. Dans l’état actuel des relations entre Moscou et Washington – le pire depuis vingt ans – et avec la multiplication des déclarations de la diplomatie russe rejetant toute solution n’ayant pas l’aval des deux parties, une telle éventualité ne peut être écartée.

 

On en viendrait alors au « plan B », avec déclaration unilatérale d’indépendance par Pristina, indépendance qui serait immédiatement reconnue par les Etats-Unis et certains de leurs alliés européens. L’UE se retrouverait profondément divisée et renoncerait à gouverner la province. De nouvelles violences viseraient le personnel et les installations de l’ONU et les enclaves des minorités, forçant la KFOR à intervenir contre les foules albanaises, ou à se retirer… Ce « plan B » a déjà été évoqué par divers diplomates états-uniens, dont récemment par Richard Holbrooke, le « peacemaker » bosniaque, qui n’hésite pas à prédire une nouvelle guerre dans les Balkans, dont il rejette bien entendu la responsabilité sur la Serbie et, surtout, la Russie.

 

Une autre approche serait de mettre en cause les promesses d’indépendance faites par les responsables occidentaux aux leaders albano-kosovars, au moins depuis les pourparlers de Rambouillet, qui servirent de prétexte aux bombardements de 1999. Belgrade et Moscou ne font que suivre la logique du droit international, garantissant l’intégrité des Etats. Les Etats-Unis restent, eux et plusieurs de leurs alliés dans l’OTAN, fidèles à une logique d’interventionnisme dans les affaires balkaniques, n’ayant mené qu’à l’exacerbation des conflits causés par l’effondrement de la Yougoslavie socialiste. Et dont la longue liste n’est peut-être pas close…

 

Georges Berghezan

Journaliste, contributeur de l'Atlas alternatif

 



 

[1] Le Groupe de contact réunit les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, l’Italie et la Russie à propos de certains dossiers concernant l’ex-Yougoslavie.

[2] Rappelons que c’est le même Martti Ahtisaari qui fut alors chargé de transmettre au président Milosevic les conditions mises par l’OTAN pour l’arrêt de ses frappes.

Cet article a été publié dans Alerte OTAN ! n° 25 (mars 2007), du Comité de surveillance OTAN (CSO, Bruxelles, www.csotan.org/ ) 

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