amerique latine-caraibes
Après l'Irak la Colombie ?
Le 15 juillet dernier le gouvernement colombien a divulgué son projet de mettre sept bases à la disposition de l'armée américaine. Le Venezuela et l'Equateur ont dénoncé la politique belliciste de leur voisin colombien, tandis que le Brésil et le Chili ont également fait part de leur "préoccupation". Ce nouvel accord permettrait à l'armée américaine de compenser la perte de sa seule base en Amérique du sud, située à Manta, en Equateur.La Colombie était en 2006 le pays où sont morts la moitié des syndicalistes assassinés dans le monde. Elle est le troisième bénéficiaire de l'aide militaire étatsunienne derrière Israël et l'Egypte dans le cadre officiel d'un plan de lutte antidrogue (Plan Colombia) qui est en fait une lutte anti-FARC (tandis que par ailleurs les USA soutiennent la narco-répubique autoproclamée du Kosovo et que sous leur occupation la culture du pavot ne cesse d'augmenter en Afghanistan). Dans le cadre du Plan Colombia (que Washington veut exporter au Mexique, au Pakistan et en Afghanitan), les USA ont aussi mobilisé les services spéciaux britanniques et espagnols pour l'encadrement de l'armée colombienne. Si l'aide étatsunienne se chiffre à 5,5 milliards de dollars par an, les alliés européens membres de l'OTAN (France, Allemagne, Royaume-Uni etc) contribuent aussi : ils ont versé pour leur part en 2007 154 millions de dollars d'aide militaire à la Colombie sans aucun débat devant leur opinion publique. M. Uribe, qui est un ami de M. Kouchner, a fait libérer pour lui récemment le criminel de guerre kosovar recherché par la justice internationale Agim Ceku. Les forces spéciales israéliennes aussi sont en Colombie, tout comme elles ont participé au coup d'Etat au Honduras.
Le 1er mars 2008, la Colombie a bombardé une base arrière des FARC en Equateur provoquant la rupture des relations diplomatiques avec ce pays. Dix bombes de 500 kilos communément utilisées en Irak ont été déversées par des avions dont on soupçonne qu'ils furent américains (car les avions colombiens ne peuvent transporter de telles bombes).
En avril 2008 le colonel Jim Russell commandant des opérations de l'US Airforce dan le Sud a demandé que des soldats soient retirés d'Irak pour être déployés en Amérique latine. A partir du 12 juillet 2008, la 4ème flotte états-unienne a recommencé à patrouiller au large des côtes latino-américaines pour la première fois depuis 1950. En mai 2008 un avion de combat étatsunien en provenance des Antilles néerlandaises a violé l'espace aérien vénézuélien. Selon Caracas, il s'agissait d'une mission d'espionage sur l'île de La Orchila pour tester les radars vénézuéliens, tandis que Washington a parlé d'une erreur de navigation.
Pour se défendre, le Venezuela, qui se sent menacé, a proposé en mars dernier de mettre des bases aériennes à la disposition des bombardiers russes et son président Hugo Chavez a annoncé mercredi la signature en septembre d'un nouveau contrat d'armement "important" avec Moscou, comprenant l'achat d'une quarantaine de chars. Le président Chavez accuse "l'empire américain" de vouloir utiliser les bases colombiennes pour s'approprier le riche bassin pétrolifère de l'Orénoque dans le sud-est de son pays. Dans l'Etat pétrolifère de Zulia, un mouvement sécessionniste se développe depuis plusieurs années "Rumbo Propio" soutenu par les grands médias de l'oligarchie vénézolo-américaine.
L'étau se resserre autour de Vénézuela tandis que les USA, qui utilisent les bases de la Guyane française, peuvent aussi compter désormais sur le Panama qui a élu un président de droite en mai dernier. Avec ses nouvelles bases, la Colombie, pourra aussi menacer la zone andine au sud-ouest et la zone amazonienne où les enjeux stratégiques sont importants. " D'abord c'est le pétrole, ensuite ce sera le minerai de fer et l'eau. Aujourd'hui ils veulent envahir l'Iraq, ne vous étonnez pas si demain ils décident d'envahir l'Amazonie " avait déclaré l'économiste égyptien et contributeur de l'Atlas alternatif Samir Amin lors du deuxième forum social pan-amazonien de janvier 2003 à Bélem. Pour mémoire le 13 août dernier les delegués des peuples indigènes de Colombie ont dénoncé devant le Comité pour l'élimination des discriminations raciales des Nations Unies les persécutions dont ils sont l'objet par le gouvernement de Bogota. Karmen Ramírez Boscán, dirigeante de l'Organización Nacional Indígena de Colombia (ONIC) a critiqué les divers effets néfaste de la future présence des bases étatsuniennes dans leur zone, y compris en termes des risques de diffusion du commerce sexuel et de viols des femmes indigènes.
F. Delorca
Honduras : le risque d'une guerre civile
Après la rupture des négociations entre putschistes et partisans du président Zelaya, le Front National de Résistance a organisé une manifestation contre le coup d’Etat au Honduras devant l’Assemblée Nationale (Congreso de la República) dans le centre de la capitale hondurienne à Tegucigalpa. Le Secrétaire International du Mouvement Communal du Honduras, José María Meza, a accusé le Gouvernement des USA finance le régime putschiste conduit par Roberto Micheletti et le général Romeo Vásquez Velásquez. Lors d’un entretien téléphonique diffusé sur une chaîne vénézuélienne de télévision, Venezolana de Televisión, ce leader du mouvement social du Honduras a précisé que “ce financement s’effectuait sous couvert “d’aide humanitaire” acheminée par la base de Soto Cano’(ce financement est confirmé par un chercheur québecquois dans un article publié dans le Devoir, mais celui-ci insiste tout de même sur la position un peu plus modérée de l'admiistration Obama que cellede Bush à l'époque du coup d'Etat vénézuélien, et ce notamment à cause de la forte mobilisation de l'Amérique latine derrière Zelaya). On peut aussi se reporter au dossier de Michel Collon sur les contacts de l'ambassadeur étatsunien Hugo Llorens avec les militaires putschistes dès avant le coup d'Etat. A Washington l'ex-candidat à la présidence McCain et la mafia cubaine exilée à Miami entretiennent le lobbying en faveur du coup d'Etat. 
José María Meza a par ailleurs dénoncé les assassinats dont ont été victimes à leurs domiciles Roger Iván Bados et José Murillo, dirigeants du Parti de l’Unification Démocratique qui soutient et organise des manifestations dans la ville de San Pedro Sula pour exiger le retour du Président Manuel Zelaya. Le bilan de la répression militaire depuis le coup d'Etat serait de 4 assassinats et plus d'un millier d'arrestations (notamment les militaires ont tiré sur la foule lors de la tentative de retour du président Zelaya à l'aéroport de Tegucigalpa appuyée par les présidents Fernando Lugo, Rafael Correa et Cristina Fernandez-Kirchner, une répression dissimulée par les grands médias occidentaux).
Les syndicats Central General de Trabajadores (CGT), la Confederación de Trabajadores de Honduras (CTH) et Confederación Unitaria de Trabajadores de Honduras (CUTH), les syndicats d'enseignants ont lancé un mot d'ordre de grève générale contre le nouveau pouvoir hondurien dirigé par le chef d'entreprise Roberto Micheletti.
Des actions de solidarité avec le peuple hondurien se poursuivent en Europe et dans le monde. Voir vidéo ci dessous d'un rassemblement le 2 juillet dernier.
FD
Coup d'Etat au Honduras : les USA ne changent pas
L'Union européenne a condamné dimanche l'arrestation par les forces armées du président du Honduras, Manuel Zelaya, et réclamé sa libération "immédiate", a annoncé la présidence tchèque de l'UE. A Washington, le président Barack Obama s'est déclaré "très préoccupé" et a demandé aux "acteurs politiques et sociaux" de ce pays d'Amérique centrale de respecter la démocratie et l'état de droit.
La modération des termes du président Obama suggère que les Etats-Unis sont directement derrière ce coup d'Etat. Eva Golinger, journaliste basée au Venezuela, note entre autre indices que Martha Diaz, coordinatrice de l'ONG Grupo Paz y Democracia financée par l'agence américaine USAID a qualifié le coup d'Etat de "transition vers la démocratie". Selon le New-York Times les Etats-Unis étaient au courant du projet de coup d'Etat.
Elu président en janvier 2006, M. Zelaya avait opéré un net virage à gauche et s'était rapproché des dirigeants de gauche antilibéraux de la région. Depuis plusieurs décennies le Honduras était un des piliers de la politique réactionnaire en Amérique centrale. Ceux qui s'attendaient à une évolution positive de la diplomatie étatsunienne sous le mandat du président Obama reçoivent là un bien mauvais signal.
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PS 30 juin : Face à la résistance populaire, l'armée a dû faire marche arrière. Dans les jours qui ont suivile putsch seuls se sont encore risquées à le défendre diverses opinions conservatrices comme celle journal des exilés cubains de Miami le Miami Herald, ou du journaliste Gérard Thomas qui, dans le journal Libération en France, estimait mardi que le président hondurien était démis "dimanche par les militaires, sur ordre de la justice" et accusait le président Zelaya (en citant le sociologue Gilles Bataillon, collaborateur des revues réactionnaires françaises Communisme - dirigée par S. Courtois - et Commentaire) d'incarner une «classe politique inepte, uniquement préoccupée d’assurer sa réélection». Le président américain Obama a fini pour sa part par ademttre que ce putsch était illégal. Pour un beau récit du rôle des ambassadeurs de Cuba, du Vénézuela et du Nicaragua dans la défense du ministre des affaires étrangères honduriens, voir le témoignage de F. Castro en français.
Les indigènes amazoniens face aux néo-libéraux au Pérou
Depuis deux mois, l'Association interethnique de la Jungle péruvienne (AIDESEP) organise des protestations et blocus ponctuels de routes, oléoducs ou fleuves dans le nord-est amazonien du pays. Elle rejette des décrets-lois de 2007-08 du gouvernement qui permettent l'exploitation sauvage des ressources hydriques, forestières et minières.Cette association dit représenter 65 groupes ethniques, réparties en 1300 communautés, soit 600 000 personnes.
Le 6 juin, le président social-démocrate défenseur du néo-libéralisme Alan Garcia a mené une sanglante répression au point de blocage de La Bragua. Le ministre de la Défense Antero Flores Araoz avait 7 juin confirmé à l'AFP un bilan de 23 policiers et 11 indigènes tués, alourdi depuis d'un décès policier. Des sources indigènes ont fait état avec insistance depuis samedi d'un bilan bien plus lourd, notamment de victimes indiennes allant d'une douzaine à près de 30, mais de corps escamotés.
La veille les Indiens révoltés qui craignent d'être dépossédés de leurs terres avaient pris trente-huit policiers en otage.
Le Premier ministre péruvien Alan Yehude Simon devant une commission parlementaire s'en est pris lundi aux médias étrangers, accusés d'avoir déformé les faits, les chiffres, et indûment blâmé le gouvernement. Le gouvernemnt péruvien, de plus en plus cripé, a aussi mis en cause le Venezuela et la Bolivie. Le chef de l'AIDESEP Alberto Pizango a demandé et obtenu l'asile politique à l'ambassade du Nicaragua. Mais ses suppléants Walter Kateguiri et Daisy Zapata ont annoncé une poursuite de la lutte.
La Coordinadora Andina de las Organizaciones Indígenas (CAOI) qui représente les Amérindiens des pays andins a annoncé sin intentition de traduire Alan Garcia devant la justice internationale. Position soutenue en Espagne par Izquieda unida.
Première victoire pour l'AIDESEP, le Parlement du Pérou a suspendu mercredi le Décret 1090 dit "Loi forestière et de faune sylvestre", et un autre décret lié pour favoriser la reprise du dialogue.
Le Mexique et la grippe porcine
multinationale Granjas Carroll et plus encore celle du gouvernement néo-libéral mexicain qui a si considérablement affaibli son système de santé. Le journal mexicain de gauche la Jornada se fait l'écho de sa lettre. Les relations cubano-mexicaines sont mauvaises. Mais par delà cette circonstance conjoncturelle, dans la lettre de Castro, se profile une déception profonde à l'égard d'une évolution "droitière" d'un Mexique qui, tout au long du 20 ème siècle, à la suite de la révolution d'Emiliano Zapata, était devenu, malgré tout (malgré les compromis passés avec le bourgeoisie) un des pays les plus sociaux-démocrates du sous-continent.L'OMS de son côté a démenti l'hypothèse du scentifique australien à la retraite Adrian Gibbs selon laquelle le virus aurait été fabriqué en laboratoire. L'origine du virus reste pour l'instant inconnue.
Evo Morales à Moscou et à Paris
Le president de Bolivie, Evo Morales, est arrivé à Moscou le 15 février, pour la première visite d'un chef de l'Etat bolivien en Russie. Au menu de la visite de 24 h un accord avec Gazprom pour l'exploitation d'un gisement de gaz bolivien. Un accord de coopération dans la lutte contre la drogue et de coopération militaire (la livraison d'hélicoptères, mais Morales serait moins porté sur les achats d'armes à la Russie que Chavez au Vénézuela) sera également en discussion (on n'est plus au temps où la lutte contre la drogue servait de prétexte aux Etats-Unis pour étendre leur contrôle militaire en Amérique latine).
Dans une déclaration commune Medvedev et Morales ont condamné l'embargo contre Cuba. Morales a reçu par ailleurs le titre de docteur honoris causa de l'université d'Etat des sciences humaines (Erbol, diario.net).
Mardi Morales passera par Paris pour négocier avec Bolloré des droits d'exploitation sur les mines de lithium boliviennes (la Bolivie possède plus de la moitié des réserves mondiales, utiles notamment pour la construction de voitures électriques). Il devrait s'entretenir avec Sarkozy.
Le gouvernement bolivien, après sa victoire au référendum constitutionnel de janvier (un texte marqué par des compromis avec les partis de droite), poursuit une politique de souveraineté et de désengagement à l'égard de la tutelle états-unienne. En septembre 2008, il avait expulsé l'ambassadeur états-unien Philip Goldberg accusé de soutenir les sécessionnistes réactionnaires de Santa Cruz. Cette politique de non-alignement a valu à la Bolivie de devenir le siège du parlement de l'Unión Suramericana de Naciones (UNASUR) créée en 2008 et actuellement présidée par le Chili. Pendant l'attaque sur Gaza, le gouvernement d'Evo Morales a suspendu ses relations diplomatiques avec l'Etat d'Israël et annoncé son intention de déférer ce pays devant la Cour pénale internationale.
Chavez à Pékin et à Moscou
Le 27 septembre, Chavez était à Moscou. A l'issue de sa visite, il a annoncé la création d'un consortium entre les compagnies pétrolières Gazprom (entourée d'autres compagnies russes) et PDVSA qui opèrera non seulement au Venezuela (elle pourrait exploiter une partie des gisements de Carabobo également promis à la brésilienne et Pétrobras et l'indienne ONGC) mais aussi dans les pays d'Amérique latine favorables à la Russie comme Cuba et la Bolivie. Le premier ministre russe M. Poutine a affiché son intention de collaborer avec le Venezuela dans le domaine de l'énergie nucléaire civile. La création d'une banque russo-vénézuélienne est aussi prévue.
Le président russe Dmitry Medvedev a multiplié les signes d'amitié à l'intention de Chavez, le remerciant pour son soutien actif à la Russie face à la Géorgie, et pour avoir autorisé des bombardiers stratégiques russes Tu-160 à se poser à Caracas le 10 septembre dernier. La Russie allouera au Venezuela un crédit de 1 milliard de dollars pour la coopération militaire et technique.
Les échanges commerciaux entre Moscou et Caracas ont dépassé 1,1 milliard de dollars en 2007, coopération militaire et technique comprise (http://fr.rian.ru/world/20080926/117118554.html). Entre Caracas et Pékin ils sont de l'ordre de 8 milliards, alors qu'ils étaient presque nuls il y a dix ans (à titre de comparaison le montant total des exportations vénézéliennes tourne autour de 20 milliards de dollars).
Toutefois, le magazine Kommersant cette semaine exprimait quelque crainte des milieux d'affaire russes que ces accords puissent être remis en cause par une éventuelle victoire de l'opposition vénézuélienne aux élections de novembre (http://www.kommersant.com/p1032593/Russia_and_Venezuela_negotiating_big_deals/).
La visite de Chavez à Moscou intervient alors que les réactions russo-américaines se sont tendues après la guerre provoquée par M. Saakachvili dans le Caucase (M. Medvedev a déclaré le 12 septembre que "les Russes ont perdu les dernières illusions sur un ordre mondial juste") et que le Vénézuéla a expulsé l'ambassadeur des Etats-Unis à Caracas en solidarité avec la Bolivie (où l'ambassadeur américain, lui aussi expulsé, complotait avec les préfets sécessionnistes).
FD
Venezuela-Europe-Afrique
Les opposants Leopoldo López de Un Nuevo Tiempo, maire de Chacao, et Juan José Molina, député du Parti Podemos, ont échoué à faire adopter par la conférence des présidents de groupes du Parlement européen un projet d'inscription à l'ordre du jour en urgence de la "déshabilitation" de M. López. Celui-ci a fait l'objet d'un déshabilitation (inhabilitación) a exercer ses fonctions de maire en raison de détournements de fonds et réception de fonds de la société pétrolière PDVSA. Par l'intermédiaire de l'ex-ambassadeur Milos Alcalay et du Parti populaire européen (conservateur), Leopoldo López espérait une inscription urgente de cette affaire à l'ordre du jour (http://www.aporrea.org/oposicion/n120096.html), comme il avait tenté de l'obtenir peu de temps auparavant en vain auprès de la commission des droits de l'homme de l'organisation sud-américaine du Mercosur (http://www.fmcenteresnoticia.com.ve/node/11667). L'épisode montre que l'opposition vénézuélienne mise toujours sur l'ingérence des puissances étrangères dans les affaires de son pays pour mettre en difficulté le gouvernement bolivarien.
Le 2 septembre Hugo Chavez était en Afrique du Sud. Au menu des discussions, un accord énergétique, mais aussi l'avenir du Mouvement des non-alignés et du groupe des 77 (130 pays dont la Chine) - http://www.aporrea.org/venezuelaexterior/n119925.html.A l'occasion de cette visite Hugo Chavez a souligné que l'Afrique était la "mère de l'Amérique du Sud" (http://www.int.iol.co.za/index.php?set_id=1&click_id=3045&art_id=vn20080905054951341C271072), et exigé des excuses des Occidentaux pour les génocides commis sur ce continent (http://www.romandie.com/infos/news2/080902151919.94xqd3wd.asp). A l'heure où le candidat républicain à la présidence des Etats-Unis McCain et sa colistière martèlent qu'ils ne veulent plus que les Etats-Unis soient dépendants du pétrole vénézuélien (http://www.aporrea.org/venezuelaexterior/n120047.html), le partenariat stratégique avec l'Afrique du Sud implique que la société sud-africaine PetroSA obtiendra des concessions dans la vallée de l'Orénoque. Il n'est pas encore clair cependant que le pétrole sera livré à l'Afrique du Sud à prix réduit, mais la livraison d'Etat à Etat devrait au moins réduire le coût des intermédiaires. En outre, selon la presse sud-africaine, des obstacles techniques demeurent : le pétrole vénézuélien est lourd, alors que les raffineries sud-africaines sont étudiées pour raffiner du brut léger comme le pétrole iranien.
Chavez au banquet présidentiel offert par M. Mbeki a aussi évoqué la création d'une Banque du Sud pour remplacer le FMi et la banque mondiale, et à laquelle les directeurs de banques centrales des pays membres reconnaîtraient toute autorité ce qui déjà fait grincer des dents la presse de droite comme le Pretoria News (http://www.int.iol.co.za/index.php?set_id=1&click_id=3045&art_id=vn20080905054951341C271072). Néanmoins non seulement l'ANC (parti au pouvoir) et le Parti communiste, mais aussi le parti d'opposition Mouvement démocratique uni (UDM) se sont réjouis de la signature de l'accord pétrolier (http://www.int.iol.co.za/index.php?set_id=1&click_id=3045&art_id=nw20080903104816566C757423).
La diplomatie du pétrole vénézuélien touche aussi la France, puisque Jean-Paul Legrand, maire adjoint de Creil, publie cette semaine dans l'Humanité Dimanche une lettre incitant les élus municipaux à négocier avec le Vénézuéla l'achat de pétrole à prix réduit pouvant bénéficier aux plus pauvres. Le cercle bolivarien de Paris s'est déjà fait l'écho de son activisme dans ce sens (http://cbparis.over-blog.com/article-21971944.html). Cet élu raconte son voyage à Caracas sur son blog : http://www.creil-avenir.com/article-22170233.html. Pour mémoire on peut rappeler que l'ancien maire travailliste de Londres avant de perdre les dernières élections avait signé avec les autorités vénézuéliennes un accord de livraison de pétrole à bas prix pour les transports en commun londoniens (http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=71109).
FD
Vème sommet Union européenne-Amérique latine et Caraibes
Nous publions ci-dessous l'article de F. Delorca paru dans le mensuel Bastille-République-Nations du 28 mai 2008 (amisbrn@yahoo.fr) (le titre est l'oeuvre du journal) à propos du Vème sommet Union européenne-Amérique latine et Caraibes :
Les cow-boys et les Andins
Le cinquième sommet Union européenne - Amérique latine et Caraïbes (UE-ALC), s’est déroulé du 13 au 16 mai dans la capitale du Pérou, Lima, plus précisément au cœur du quartier bunkérisé de la bibliothèque et du Musée de la Nation. Pas moins de 85 000 soldats et policiers avaient été mobilisés pour l’occasion. Quand la fine-fleur de l’eurocratie se déplace dans le Nouveau monde, la première règle qui semble s’imposer est de se placer à l’abri du monde réel. C’est en tout cas ce à quoi a veillé le président péruvien Alan García, un social-démocrate libre-échangiste qui fut élu en 2006 face à un souverainiste en jouant sur le thème de la peur du bolivarisme.
Ainsi, les chefs d’Etat et de gouvernement (53 au total, un record en partie dû à l’élargissement récent de l’UE), et les responsables de la Commission européenne n’auront pas vu la grève des mineurs et des travailleurs sociaux péruviens (des « radicaux », des « ratés », des « chouineurs » selon le Premier ministre hôte, Jorge del Castillo) déclenchée en guise de bienvenue aux visiteurs étrangers ; ni le contre-sommet (« sommet des peuples ») organisé par les mouvements sociaux latino-américains au même moment. Du coup, ils n’auront pas croisé non plus… les journalistes. Ceux-ci, entravés par le dispositif policier et les contretemps de l’organisation, n’eurent finalement qu’un très faible accès au travail des délégations. Mieux – ou pire : lors de la conférence de presse du Premier ministre de l’ex-puissance coloniale, José-Luis Zapatero, les journalistes latino-américains furent invités à quitter la salle sous prétexte de mise en ordre des chaises… et remplacés dans l’intervalle par des confrères espagnols triés sur le volet. L’organisation des travaux à huis clos se sera finalement imposée comme la solution optimale. Et tant pis pour la médiatisation.
Il est vrai qu’en Amérique du sud, les peuples ont parfois tendance à porter au pouvoir des adversaires affirmés de la globalisation, qui viennent jusque dans les rencontres entre chefs d’Etat se faire protester contre l’ordre des choses. Quelques mois plus tôt, en novembre 2007, lors du 17ème sommet ibéro-américain, le président vénézuélien Hugo Chavez avait eu une prise de bec mémorable avec le roi d’Espagne devant les caméras. Il menaçait de récidiver, ayant, la semaine précédente, qualifié Angela Merkel de représentante « de la droite allemande qui a soutenu Adolf Hitler », pour conclure : « Madame la chancelière, vous pouvez aller au ... », interrompant sa phrase d’un air entendu. Celle-ci avait en effet appelé les dirigeants latino-américains à prendre leurs distances avec Caracas. A Lima, le Vénézuélien et l’Allemande se sont finalement salués chaleureusement devant les caméras.
Le président García avait d’ailleurs dû reconnaître qu’il n’y avait pas de dispositif pour empêcher son homologue de Caracas de s’exprimer. Même la venue de Carla Bruni, épouse du président français, avec promesse de séance de photo au Machu Picchu, le tout annoncé par la presse péruvienne comme la principale attraction du sommet, n’allait pas suffire à museler les contestataires. Du reste, le couple Sarkozy s’est décommandé, tout comme Gordon Brown et Silvio Berlusconi. François Fillon avait certes été dépêché, mais le forfait de l’hôte de l’Elysée a provoqué un certain dépit parmi les dirigeants sud-américains. Une occasion manquée, ont regretté certains sous couvert d’anonymat, pour rétablir des liens d’amitié qui se sont distendus ces dernières années.
Le sommet devait être consacré à deux axes majeurs : « pauvreté, inégalités et inclusion », et « développement durable : environnement, changement climatique et énergie ». Des intitulés pompeux, mais sans grandes conséquences. Les choses sérieuses, la partie strictement économique, relevaient plutôt du forum des milieux d’affaires réuni en parallèle le 15 mai. A défaut d’un engagement ferme à augmenter l’aide au développement, qui stagne à 0,7 % du PIB pour l’ensemble de l’Union, la Commission européenne apportait sa friandise environnementale : un plan baptisé Euroclima contre le changement climatique, abondé à hauteur de 5 millions d’euros pour l’Amérique latine. Au fil des tables rondes, la nouvelle marotte de l’UE, les biocarburants, a aussi été évoquée : Bruxelles veut porter leur part dans les transports à 5,75% en 2010, et 10% en 2020. Une telle perspective qui peut séduire le Brésil, largement engagé dans l’aventure en partenariat avec les Etats-Unis, effraie les pays andins qui voient leurs paysans planter du grain pour faire rouler les voitures européennes au lieu de nourrir leur population pauvre. Il n’est guère surprenant, dès lors, que les récentes émeutes de la faim dans le monde aient quelque peu contribué à éclipser ce volet des négociations. A la demande notamment du représentant cubain, les chefs d’Etat auront même consenti à inclure dans la déclaration finale une mention de l’urgence à aider « les pays les plus vulnérables et les populations affectées par les prix élevés des denrées alimentaires ».
Au total, la tonalité de la presse internationale faisait écho à l’atmosphère « apaisée » du sommet. La radio institutionnelle allemande, Deutsche Welle concluait le 18 mai sur un « Happy end », en passant sous silence les propositions abandonnées en cours de route, telles que celle, présentée par Hugo Chavez, de créer un fond d’aide pour les pays victimes de la flambée des prix des denrées alimentaires, celle de son homologue bolivien Evo Morales en vue de délivrer des prêts sans intérêts aux populations démunies, ou encore celle de l’équatorien Rafael Correa pour empêcher la surexploitation du pétrole en Amazonie. Il est vrai que de compromis en déclarations qui n’engagent à rien, tout le monde a fini par obtenir un motif de satisfaction dans cette grand’messe – même La Havane a décroché une condamnation unanime en bonne et due forme de l’embargo étatsunien imposé à Cuba.
Le thème du libre échange, quant à lui, avait été soigneusement relégué en marge du sommet, dans des échanges de vues bilatéraux. C’est que les enjeux sont de taille et les points de vue difficiles à concilier. Si l’on agrège les vingt-sept pays-membres, l’Union européenne est le deuxième partenaire économique de la région Amérique latine/Caraïbes. Le volume des échanges bilatéraux s’élève à quelque 160 milliards d’euros par an. En 2007, environ 14% des exportations latino-américaines étaient destinées à l’UE. Les firmes de l’UE représentent la première source d’investissement dans de nombreux pays latino-américains. Les stocks d’investissements européens dans la région s’élèvent à quelque 400 milliards d’euros, soit environ 12% des investissements directs à l’étrangers totaux des Vingt-sept. Pour beaucoup de pays du sous-continent, les échanges avec l’Europe sont un moyen d’échapper à l’emprise du grand voisin yankee.
Or, si le libre-échange est acquis dans le cadre d’accords d’association avec la Chili et le Mexique, le bât blesse avec certains pays de la Communauté andine des Nations (CAN). Les représentants « bolivariens » d’Equateur et de Bolivie rejettent toujours le projet qui dort dans les tiroirs de Bruxelles. Ils lui reprochent de contenir des clauses en matière de propriété intellectuelle, d’interdiction des nationalisations, et de régime des investissements étrangers qui menacent la souveraineté des peuples. Le président paraguayen nouvellement élu, Fernando Lugo, a lui aussi insisté sur la nécessité de défendre l’indépendance des nations. A défaut de consensus andin, Javier Solana se consolera par la signature probable à court terme d’un accord bilatéral avec la Colombie, sur le modèle de celui que cette dernière a déjà paraphé avec Washington, voire d’un traité de libre-échange avec le Pérou… N’est-ce pas là ce que le Hongrois Rákosi nommait jadis « la tactique du salami » ? Plus que jamais cow-boy de l’UE, le Haut-représentant Solana, avant d’arriver à Lima, avait surtout fait le crochet par Bogota pour soutenir le président colombien, dont les liens avec les paramilitaires sont connus, dans son combat contre les guérilleros des FARC.
Avec les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay), les négociations sont au point mort depuis 2004 pour cause de désaccord sur les subventions et des barrières douanières agricoles. Leur reprise dépend de l’issue du « cycle de Doha » (les négociations engagées depuis 2001 dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce) – c’est en tout cas ce qu’a indiqué à Lima le commissaire européen Peter Mandelson. Le sujet est donc renvoyé à des discussions ultérieures.
Bien loin du sommet officiel, mais au même moment et dans la même ville, le « Tribunal permanent des peuples », présidé par le chanoine belge François Houtart, a symboliquement condamné le système d’exploitation économique dans lequel sont inscrites les relations UE-Amérique latine, et notamment l’action de 26 multinationales européennes. Le 19 mai, l’ONG britannique Christian Aid publiait un rapport selon lequel les grands groupes des pays développés volent aux pays latino-américains quelque 50 milliards de dollars d’impôts chaque année. Le nouveau système fiscal bolivien y est cité en exemple, le Pérou d’Alan García blâmé pour son laxisme. Peut-être un thème de discussion pour le prochain sommet ALC-UE, qui se tiendra à Madrid en 2010 ?
FREDERIC DELORCA
Chavez toujours dans la ligne de mire
Malgré la réconciliation officielle entre le président vénézuélien Hugo Chavez et son homologue colombien Alvaro Uribe, le 7 mars, au sommet du Groupe de Rio à Saint Domingue après l'attaque colombienne contre la base arrière des FARC au début de ce mois (http://atlasalternatif.over-blog.com/article-17274250.html), l'Equateur a continué de tenter d'obtenir une condamnation en bonne et due forme de l'agression militaire perpétrée par le gouvernement de Bogota. La réunion des ministres des affaires étrangères de l'Organisation des Etats américains (OEA) à Washington le 17 mars a fait apparaître que, si douze pays latino-américains - dont le Vénézuela, la Bolivie, l'Argentine et le Brésil - soutenaient la démarche équatorienne, 3, dont le Mexique (dont le président pro-américain a été élu dans des conditions douteuses) et évidemment la Colombie et son mentor étatsunien continuent de s'opposer à toute résolution allant dans ce sens (http://www.aporrea.org/ddhh/n110964.htmlà. Un consensus latinoaméricain plus net est finalement apparu le 19 mars laissant les Etats-Unis seuls sur une position selon laquelle le souci d'autodéfense pouvait légitimer l'atteinte à la souveraineté des Etats (http://www.congresobolivariano.org/modules.php?name=News&file=article&sid=4243). L'OEA a mandaté son secrétaire général pour rétablir la confiance entre Cuzco et Bogota en vue d'une restauration des relations diplomatiques avant l'assemblée générale de l'organisation début juin en Colombie (http://www2.elcomercio.com/noticiaEC.asp?id_noticia=178793&id_seccion=3).
Pendant ce temps la Maison Blanche et divers lobbies et médias (comme le Wall Street Journal - http://www.zcommunications.org/znet/viewArticle/16904) de droite continuent de tenter d'exploiter la crise colombiano-équatorienne pour diaboliser le Venezuela. George W. Bush le 12 mars a accusé Chavez de soutenir les "terroristes" des FARC. L'administration présidentielle a lancé le 10 mars une enquête légale préliminaire en vue d'inscrire le Vénézuéla dans sa liste des Etats qui "soutiennent le terrorisme" (liste qui comprend déjà la Corée du Nord, Cuba, le Soudan, la Syrie et l'Iran). Vendredi 14 mars, la représentante républicaine de Floride Ileana Ros-Lehtinen (dont la presse cubaine fournit un curriculum vitae éloquent sur http://www.granma.cu/espanol/2005/marzo/mier30/14ros.html) et l'inévitable Connie Mack (http://delorca.over-blog.com/article-6779493.html) ont introduit le 14 mars une résolution à la Chambre des représentants en vue d'inscrire le Vénézuéla sur la liste des Etats qui sponsorisent le terrorisme.
Selon les sources gouvernementales américaines, le raid colombien du 1er mars aurait permis de saisir quatre ordinateurs comprenant un document selon lequel le Vénézuela était sur le point de verser 300 millions de dollars aux FARC. Le gouvernement vénézuélien a démenti ces allégations. Les FARC ont fait de même dans un communiqué adressé à Télésur dans lequel elles déclarent que les Colombiens ou les forces spéciales américaines n'auraient pu accéder à l'ordinateur dun numéro 2 des FARC assassiné Raúl Reyes comme ils le prétendent : "même avec un blindage spécial" l'ordinateur ne pouvait résister au bombardement, affirme le communiqué (http://www.aporrea.org/internacionales/n111066.html).
Caracas fait déjà l'objet de sanctions étatsunienne telles qu'un embargo sur les ventes d'armes car l'administration Bush l'accuse de ne pas suffisamment coopérer avec elle dans la "lutte anti-terroriste" et la politique anti-drogue. Son inscription sur la liste des Etats sponsor du terrorisme pourrait compromettre les relations économiques entre les deux pays, et notamment la possibilité juridique de poursuivre les livraisons de pétrole (le Venezuela est le quatrième fournisseur des Etats-Unis, ce qui n'est pas de nature à apaiser les tensions sur le marché mondial des hydrocarbures (http://www.informationclearinghouse.info/article19511.htm).
FD