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Victoire de justesse pour Nicolas Maduro
James Petras avait annoncé 56 % pour Nicolas Maduro, la révolution bolivarienne devra se contenter de 50, 6 %, ce qui expose aux contestations de la droite.
Le jour même de l'élection hier le challenger de Nicolas Maduro, Enrique Capriles (présenté comme un homme du centre gauche par les grands médias mais, ancien gouverneur de Miranda compromis dans e coup d'Etat de 2002 et a répression contre les misisons sociales) avait mis en cause le rôle des médias publics et des forces armées chargées de surveiller le scrutin. Aujourd'hui le chef du commando stratégique opérationnel, le général Wilmer Barrientos a déclaré que les Forces armées bolivariennes seraient garantes du respect de la victoire de Maduro.
Nouvel échec de la gauche anti-libérale au Mexique
Après avoir manqué de peu la présidence de la République en 2006 (à l'époque dans un contexte de soupçon de fraude au profit du candidat de droite), le candidat antilibéral Andrés Manuel López Obrador s'incline cette foi-ci face à un candidat médiatique du Parti révolutionnaire institutionnel (membre de l'internationale socialiste comme M. Hollande et MM.Papandréou, Ben Ali et Moubarak, au pouvoir au Mexique de 1928 à 2000), Enrique Peña Nieto. Son homologue candidat aux présidentielles de la gauche antilbérale française résume sur son blog en ces termes les raisons qui ont pu conduire à ce nouvel échec : "Andrés Manuel López Obrador, a été l’objet d’une campagne systématique de dénigrement et de calomnies par les chaînes de télévision et la grande presse. Son extrémisme populiste, son caractère agressif, ses goûts politiques dangereux, son amitié pour Chavez et Cuba ont été abondamment et méthodiquement dénoncés.(...)Des milliers de « porte-monnaie électroniques » ont été distribués dans certaines circonscriptions et ne seront activés qu’après les élections en cas de victoire. Par exemple des cartes de crédit pour achats dans la chaîne de supermarchés Soriana. De même la distribution de denrées alimentaires ou de matériaux de construction en échange du vote est une pratique courante, désormais parfaitement documentée sur Facebook et Youtube."
López Obrador a annoncé qu'il contestera le résultat devant le tribunal électoral, mais il paraît assez isolé : aucune des grandes voix de sa mouvance - Marcelo Ebrard, actuel maire modéré du district fédéral de Mexico et dauphin naturel d'Obrador, Cuauthémoc Cárdenas, ancien candidat à la présidence, Juan Ramón de la Fuente, une autorité morale reconnue - n'ont soutenu cette initiative. Seul le mouvement étudiant #yosoy132 équivalent des "Indignés" le suit encore. Le coup de la défaite est rude pour son parti le Parti de la révolution démocratique, car après des années de règne de la droite et du PRI une occasion immense lui était offerte d'arriver au pouvoir.
Dans une interview au Washington Post jeudi le nouveau président a déclaré qu'il augmentera la coopération avec les Etats-Unis dans le cadre de la lutte contre les cartels de la drogue (responsables de la mort de 60 000 personnes sous le mandat de son prédécesseur), mais refusera la présence d'agents de Washington sur le territoire mexicain. Il continuera cependant à accueillir des instructeurs étatsuniens pour bénéficier de leur expérience dans le domaine de la lutte contre les guérillas en Irak et en Afghanistan, validera la poursuite des vols de drones à des fins de recueillir des informations mais sous la direction du gouvernement mexicain et non de l'administration Obama, et refusera de participer à des exercices conjoints avec les Etats-Unis en Colombie. Cependant Enrique Peña Nieto a annoncé qu'il prendra comme premier conseiller en matière de sécurité le général colombien Oscar Naranjo, ce qui a notamment provoqué la colère des parents des quatre jeunes mexicains civils tués dans le bombardement par le gouvernement de la base arrière de la guérilla des FARC en Equateur en 2008. Naranjo est sous le coup d'un mandat d'arrêt en Equateur depuis novembre 2011 pour l'action illégale de la Colombie dans ce pays et le meurtre d'un ressortissant équatorien au cours de cette opération.
Sur le plan économique Enrique Peña Nieto s'est entouré de diplômés des universités étatsuniennes. Il est signataire avec la droite d'un pacte avec l'équivalent mexicain du MEDEF, et défend, à côté des investissements dans les infrastructures, un agenda néo-libéral : maintien de l'indépendance de la banque centrale, "flexibilisation" du marché du travail (remise en cause des droits sociaux), et privatisation partielle du secteur pétrolier (jusqu'ici freiné par le poids des anti-libéraux aux Parlement, où une majorité qualifiée est requise pour ce type de mesure).
Double offensive des forces de droite au Paraguay et en Bolivie
Suite à l’expulsion de terres occupées par une communauté paysanne qui a mal tourné et fait 17 morts (11 paysans et 6 policiers dont le frère du chef de la sécurité du président) dans des circonstances assez confuses, une enquête est en cours et plusieurs ministres ont démissionné.
Les parlementaires, parmi lesquels le président Fernando Lugo, premier président de gauche du Paraguay en 62 ans, ne jouissait que d'une très faible majorité, ont voté pour mettre en accusation celui-ci pour "manquement à ses devoirs durant cette crise. La menace de mise en accusation avait déjà été soulevée par l'opposition à vingt trois reprises. Le président Lugo a répliqué dans une vidéo à la nation affirmant qu’il ne démissionnerait pas. Le Sénat sans attendre l'issue de l'enquête a élu à la présidence Federico Franco, vice-président de Lugo.
Selon Walter Goobar dans le quotidien Miradas al Sur, ce coup d'Etat parlementaire pourrait avoir été fomenté par les grands propriétaires latifundiaires (représentés par le Partido Colorado) en laision avec la multinationale Monsanto en prévision d'une éventuelle montée des revendications des paysans sans terre qui n'ont pas encore obtenu la réforme agraire promise par Lugo.Le journaliste se fondant sur les travaux de Idilio Méndez Grimaldi rappelle par ailleurs qu'une bataille était engagée entre le groupe Monsanto (qui avait ses entrées dans le journal de droite ABC Color) et le mouvement social paysan sur la question de l'introduction de graines de coton transgénique. Le lobby pro-Monsanto (Unión de Gremios de Producción) avait accusé le 7 juin le président du Service national de qualité et de sûreté des semenses (Seneva, un organisme d'Etat) qui refusait d'homologuer ce coton transgénique de népotisme.
Les pays d'Amérique latine (Mercosur et Unasur) font bloc pour l'instant et refusent de reconnaître le nouveau président. Les Occidentaux pour leur part sont plutôt sur une ligne indulgente. Le gouvernement américain n'a pas parlé de coup d'Etat et s'est seulement dit "préoccupé". Le ministre allemand de la coopération économique Dirk Niebel a pour sa part qualifié le coup d'Etat parlementaire de "processus normal de changement".
Le 22 juin 300 policiers boliviens en grève ont saccagé vendredi des locaux officiels à deux pas du palais présidentiel de La Paz et attaqué à coup de pierres le siège du commandement de la police. Ces policiers grévistes réclament un salaire minimum supérieur à ce qu'ils perçoivent actuellement, la retraite à taux plein et l'annulation d'une loi leur interdisant de manifester. Malgré la signature d'un accord le 24 avec le syndicat de police Anssclapol qui correspond largement aux attentes des grévistes, des policiers de base dans 8 villes ont annoncé poursuivre la lutte. Selon la ministre de la communication Amanda Dávila, il existerait un "plan Tipnis" pour faire converger les demandes de la police avec les revendications des indigènes en colère contre un projet de construction d'autoroute (cf notre billet du 6 octobre 2011) et provoquer l'affrontement avec l'armée pour motiver un coup d'Etat. L'accusation de projet de coup d'Etat a ensuite été reprise par le chef d'Etat Evo Morales lui-même. Le vice ministre du régime intérieur bolivien Jorge Pérez sur Telesur a dénoncé la présence parmi les grévistes de policiers déjà impliqués dans des actes de mutinerie antérieurs et des personnes liées à l'opposition qui ont intérêt à plonger le pays "dans le chaos".
Par ailleurs il convient de signaler que le fondateur de Wikileaks Julian Assange, poursuivi par le pouvoir judiciaire suédois, s'est réfugié à l'ambassade d'Equateur à Londres et demandé l'asile politique au motif que selon lui, les Etats-Unis sont susceptibles de faire pression sur la Suède pour obtenir son extradiction et l'incarcérer dans des conditions non respectueuses des droits de l'homem comme ils l'ont fait avec un de ses informateurs Bradley Manning.
L'Argentine nationalise une filiale de la multinationale pétrolière Repsol
La présidente argentine Kristina Fernandez-Kirchner l'avait déclaré à propos de l'exploitation pétrolière britannique aux Malouines en décembre 2011 : les pays qui ont la force iront chercher les ressources naturelles "où qu'elles soient et comme ils veulent" et avait souligné à cette occasion la nécessité pour les pays du Sud de préparer leur défense. Lundi dernier elle a annoncé sa décision d'exproprier YPF filiale de la compagnie pétrolière espagnole Repsol (une mesure anti-libérale qui s'ajoute au contrôel des changes instauré en novembre 2011). Mme Kirchner a expliqué qu'YPF sous-exploitait les ressources argentine alors que ce pays serait le troisième au monde pour ses réserves de gaz, condamnant, pour la première fois depuis 17 ans l'Argentine à devenir un importateur d'hydrocarbures ce qui pèse très lourdement sur la balance commercial du pays alors que les exportations agricoles diminuent, et sur le fonctionnement de l'industrie qui dépend beaucoup du gaz.
La privatisation d'YPF avait été conduite dans les années 1990 par le parti peroniste auquel Mme Kirchner appartient. déjà en 2011 des gouvernement provinciaux (qui devraient détenir un quart des actions d'YPF après la nationalisation) avaient déjà commencé à annuler des concessions de Repsol-YPF du fait de la baisse de la production. Elle représente un tiers de l'exploitation pétrolière nationale.
Les réactions des Etats et technostructures occidentales ne se sont pas faites attendre.
Les Etats-Unis se sont dits mercredi "très préoccupés", la chef de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton, a qualifié la décision du gouvernement argentin de "très mauvais signal", tandis que le président du conseil espagnol de droite Mariano Rajoy (cette semaine en voyage chez les alliés latino-américains de Washington : le Mexique et la Colombie) a exigé des sanctions financières, mais son ministre des affaires étranges José Manuel García-Margallo a dû fare part de son "profond malaise" devant le manque d'enthousiasme d'Hillary Clinton sur ce dossier, tandis que l'Union européenne elle aussi a refusé de suivre Madrid sur la voie des représailles commerciales.
Le 30 mars,l'Union européenne et douze pays aux côtés des Etats-Unis, avaient exprimé devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC) "leurs inquiétudes permanentes et croissantes sur la nature des mesures restrictives pour le commerce prises par l'Argentine".Les agences occidentales rappellent que sur 46 litiges en attente de règlement au Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements de la Banque mondiale, 25 concernent l'Argentine, le pays qui en a le plus, devant le Venezuela (20).
Malgré les menaces, cette semaine l'opinion publique argentine fait bloc derrière sa présidente. Au Sénat, une large part de l'opposition s'est ralliée au vote de l'ordonnance qui permettra à la présidente de nationaliser YPF.
En Amérique latine, le président du Venezuela, Hugo Chavez, qui lui même avait nationalisé une filiale d'Exxon dans son pays, a félicité par téléphone Mme Kirchner. Le président bolivien Evo Morales qui a aussi nationalisé ses hydrocarbures a soutenu l'initiative de l'Argentine. Pas de réaction de la présidente brésilienne Dilma Rousseff pour l'heure, mais son ministre des Mines et de l'Energie, Edison Lobao, a rappelé devant le Sénat de son pays que "chaque pays a sa souveraineté et le droit de prendre ses decisions".
Malouines : l'Argentine refuse la loi du plus fort
Le Times a révélé hier le plan du gouvernement britannique pour envoyer de nouvelles troupes aux îles Malouines. Cette mesure a fait suite à la récente montée des tensions avec les pays voisins et notamment avec l'Argentine qui revendiqe l'archipel. Déjà 2 000 soldats britanniques stationnent sur l'île ( pour 2 800 habitants). Le premier ministre David Cameron à l'issue d'une réunion de son Conseil national de sécurité le 18 janvier n'avait pas hésité à accuser l'Argentine de "colonialisme" (une attaque qu'on pourrait croire humoristique quand on sait que le Royaume Uni fut la plus grande puissance coloniale de l'histoire, responsable à ce titre de crimes nombreux).
Le 20 décembre l'association de pays d'Amérique du Sud Mercosur avait manifesté sa solidarité avec l'Argentine et adopté une mesure d'interdiction des navires battants pavillon des Malouines dans les ports sud-américains (le pavillon des Malouines est un pavillon de complaisance accordé à diverses nationalités, 25 bateaux seraient concernés dont des bateaux de pêche). Les pays bolivariens comme - le Venezuela, l'Equateur, la Bolivie - mais aussi des pays d'Amérique centale comme le Panama et le Honduras ont aussi soutenu cette mesure. Le lendemain l'ancien chef d'état major de la marine britannique suggérait l'envoi d'un sous-marin nucléaire dans la région et le 17 janvier le "gouvernement autonome" des Malouines a interdit à 3 500 passagers (dont beaucoup d'Argentins) d'un paquebot entre le Chili et le Brésil de faire escale dans l'archipel au motif que certains auraient eu une gastro-antérite.
La guerre des Malouines en 1982 dont on fête bientôt le trentième anniversaire a causé la mort de 649 soldats argentins et 255 Britanniques. Les Malouines font régulièrement l'objet de débats aux Nations-Unies, en tant que territoire où le respect du droit à l'autodétermination fait problème (comme Guam, Porto Rico, le Sahara occidental etc). En 1833 le Royaume-Uni avait expulsé les Argentins de l'archipel. Il tire prétexte aujourd'hui du fait que la population des Malouines exclusivement britannique refuse les négociations pour exclure toute discussion bilatérale avec Buenos Aires (en juin dernier Cameron avait même parlé avec arrogance de "point final de l'histoire", en violation de la résolution 31/49 de l'assemblée générale des Nations-Unies du 1er décembre 1976).
Dans un discours du 20 décembre la présidente argentine Cristina Fernandez-Kirschner a donné au dossier une dimension propre à mobiliser tous les pays du Sud derrière elle en déclarant que les Malouines n'étaient pas un enjeu national argentin mais un thème "global". Elle a souligné que dans le monde actuel les pays qui ont la force iront chercher les ressources naturelles "où qu'elles soient et comme ils veulent". Contraindre Londres à négocier répond donc à un objectif de justice planétaire selon elle pour ne pas cautionner la loi du plus fort.
La Grande-Bretagne surexploite les ressources pétrolières et piscicoles de la région. Dans les années 1980-1990 l'activité de pêche organisée par le gouvernement autonome pro-britannique a profondément détrioré le milieu naturel entraînant la disparition de 90 % des pingouins. Les réserves pétrolières de l'archipel sont quant à elles évaluées à un potentiel de 3,5 millions de barils par jour (exploitées par Argos Resources, Borders and Southern, Falkland Oil & Gas Limited (FOGL), Desire Petroleum, FOGL & Hardman et Rockhopper Exploration).
Par ailleurs il convient de rappeler que les Malouines doivent recevoir 4,6 millions d'euros au titre du Fonds européen de developpement (EDF) entre 2008 et 2013, soit 232 euros par habitant d'après les calculs de la commission, environ 20 fois plus que la Polynésie française ou la Nouvelle Calédonie. Le 22 décembre le président de la chambre des députés argentine a saisi le président du parlement européen Jerzy Buzek en visite à Buenos Aires pour demander à son parlement de reconnaître l'existence d'un litige territorial entre Londres et Buenos Aires. Le but est de faire retirer les Malouines du Traité de Lisbonne qui reconnaît aux Malouines le statut de territoire d'outre-mer du Royaume Uni.
Djibril Cissoko
Haïti-Jamaïque : L'influence occidentale recule dans les Caraïbes
Les pays à fort potentiel économique comme les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) ne sont pas les seuls à résister aux diktats occidentaux. C'est aussi le cas de petits pays pauvres qui bordent la mer des Caraïbes (lesquels d'ailleurs profitent indirectement de l'émancipation des BRICS).
On a cité en 2011 le rapprochement du Surinam et du Guyana avec le Venezuela. La dernière initiative remarquable dans le même registre est celle de la Jamaïque.
Le nouveau premier ministre de cette île Mme Portia Simpson-Miller, du Parti national du peuple (PNP) qui a remporté les élections du 29 décembre dernier face aux travaillistes (centre droit), a déclaré jeudi lors de sa prise de pouvoir son intention de faire sortir son pays du Commonwealth pour en faire une république, ce qui signifie que la reine d'Angleterre cessera d'en être la souveraine.
"J'aime la reine (Elizabeth II) qui est une femme excellente (…), une femme sage et remarquable (…) Mais il est temps d'achever le processus d'accession à l'indépendance", a déclaré Mme Simpson-Miller.
En France le quotidien de droite Le Figaro (le 8 janvier), qui qualifie ce premier ministre de "populiste" note que "cette volonté de rompre les liens avec l'ex-empire apparaît comme un camouflet pour les Britanniques, aux premiers jours de l'année du jubilé de diamant d'Élisabeth II". "Le sentiment républicain progresse en Jamaïque depuis plusieurs décennies, ajoute le quotidien conservateur. En 1975, la chanson de Bob Marley No Woman, no Cry était censée faire référence à la reine." Un référendum devrait prochainement entériner cette réforme constitutionnelle.
Au lendemain de sa prise de fonction le 6 janvier, la chef du gouvernement de la Jamaïque a reçu le vice-président du Conseil d'Etat cubain Esteban Lazo Hernández. L'agence de presse cubaine Granma qui relate cette nouvelle rappelle que l'ancien premier ministre Percival Patterson qui gouverna l'île de 1992 à 2006 et qui appartient au même parti que Mme Simpson-Miller était lui-même un "ami de Cuba". En 2001 il s'était prononcé contre l'exclusion de Cuba du CARICOM (organisation régionale pro-occidentale) qui frappait La Havane depuis plusieurs décennies. Sous son mandat, la Jamaïque avait intégré Petrocaribe, le projet qui permet à la Jamaïque de bénéficier du pétrole bon marché et de prêts à 1 % d'intérêt en provenance du Venezuela. Hugo Chavez a immédiatement appelé Mme Simpson-Miller après son élection pour l'inviter à Caracas. Celle-ci a répondu : "Je suis avec vous et avec le véritable esprit bolivarien" (cf AVN).
La Jamaïque bénéficie des soins attentionnés de nombreux médecins cubains : la Mission miracle, déployée gratuitement par les services médicaux cubains à travers le monde pour traiter les problèmes ophtalmologiques, a soigné 20 000 Jamaïcains, des bons offices qui sont en concurrence avec ceux des pays du Nord comme la mission floridienne Don Daly financée par la Sandals Foundation (la Fondation philanthropique de la chaîne hotelière de luxe Sandals Resorts International qui possède Air jamaica et multiplie les profits malgré la crise économique que connaît l'île).
La Chine est aussi impliquée pour aider le non-alignement jamaïcain. Le 7 janvier la premier ministre et des membres de son gouvernement ont rencontré l'ambassadeur chinois Zheng Qingdianqui pour discuter du prêt de 400 millions d'euros que Pékin va octroyer au Programme jamaïcain d'urgence pour l'emploi (PEEP).
L'élection de Mme Simpson-Miller (qui avait déjà été premier ministre en 2007) a été acquise à une très large majorité (elle détient 42 sièges sur 63 au Parlement). Dans ce pays de 2,8 millions d'habitants où la dette atteint 130 % du PIB, le premier ministre, qui est née dans un ghetto de Kingston, s'est engagée à combattre la pauvreté et créer des emplois. Elle a aussi des positions plus ouvertes que ses adversaires sur des thèmes sociétaux comme l'homosexualité (ce qui lui vaut des accusations au sein de son propre parti d'être financée par des groupes homosexuels étrangers et lui a valu une mise en garde et l'incitation du pasteur Wellesley A Blair membre du PNP dans un de ses prêches pour qu'elle préserve la souveraineté du pays à cet égard aussi).
A une autre échelle, Haïti, malgré le terrible tremblement de terre qui l'a ravagée en 2010, et malgré l'occupation militaire d'une mission de "maintien de la paix" de l'ONU depuis le renversement d'Aristide par les Français et les Américains, tient tête elle aussi aux exigences occidentales en poursuivant son projet de reconstruire un armée de métier pour se défendre.En novembre dernier, le Canada qui est devenu un auxiliaire important de l'ingérence des pays du Nord en Amérique latine (il était monté au créneau aussi après la réélection de Daniel Ortega au Nicaragua à l'automne dernier), avait fait savoir qu'il s'opposait à la recréation de cette armée en raison du coût de l'opération. Quelques jours plus tard tous les Occidentaux avaient déclaré qu'ils ne paieraient pas pour financer ce projet. même l'ancien président costaricain et prix nobel de la paix Oscar Arias avait été mobilisé pour dissuader le Président haïtien Michel Martelly de rétablir l'armée, après que celui-ci eût précisé dans une conférence de presse à la Havane (ce n'est sans doute pas un hasard) où il devait rencontrer Raul Castro, qu'il était prêt à former 500 hommes, pour un coût de 25 milions de dollars qui pourraient être prélevés sur le budget de la police. Une commission a été chargée d'examiner le projet et a rendu un rapport favorable, rendu public le 1er janvier à l'occasion du 208e anniversaire de l'indépendance du pays. Pour beaucoup d'Haïtiens le remplacement de la force de l'ONU par une armée nationale est indispensable à la dignité et à la souveraineté du pays.
Les relations d'Haïti avec le Venezuela et Cuba, comme celle de la Jamaïque avec ces deux pays, sont au beau fixe. Le Venezuela a été le premier pays (juste devant les Etats-Unis en volume) pour les promesses de don à Haïti après le tremblement de terre de 2010, les dons alimentaires en provenance de Caracas ont afflué tout au long de l'année 2010, et les installations énergétiques qui traitent le pétrole vénézuélien bon marché dans le cadre de l'accord Petrocaribe représenterait un cinquième de la consommation d'énergie électrique du pays. Des centaines de médecins cubains officient à Haïti, l'Ecole latinoaméricaine de Médecine (Elam) de Cuba a également formé quelque 700 médecins haïtiens et 300 autres sont en cours de formation dans une annexe de l'Elam à Santiago de Cuba.
Delphine Jaen
Création de la Communauté des Etats d'Amérique latine : une réponse à l'ingérence du Nord
Le 2 décembre trente-trois chefs d’État étaient réunis à Caracas (Venezuela) pour lancer la CELAC. CELAC est l’acronyme espagnol désignant la « Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes » (ou de la Communauté des nations d’Amérique latine et les Caraïbes). Cet organisme comprend tous les Etats du continent américain sauf les Etats-Unis et le Canada. Salué par certains commentateurs comme "un pas de plus dans la marche à la conquête de la seconde indépendance", ce sommet a fixé les plan d'action pour développer le commerce entre les pays membres (actuellement plus réduit en volume que celui avec les pays du Nord), la solidarité financière dans le respect des souverainetés nationales, la protection des migrants, la mise en place entre autres de politiques sociales et politiques énergétiques concertées.
Jusqu'ici l'union régionale la plus vaste ne comprenant pas les USA et le Canada était l'Union des nations d'Amérique du Sud (UNASUR) créée en 2008 à Brasilia et qui se réunissait le même jour à Caracas. Toutefois elle n'incluait pas l'Amérique centrale et les Caraïbes. L'UNASUR a déjà à son actif d'importantes réalisations notamment dans la coopération militaire et spatiale. Le blog Globalspin lié à Time.com, propragandiste des puissances du Nord, estime qu'à la différence de l'UNASUR l'efficacité de la CELAC restera purement rhétorique, et pronostique à cet organisme un avenir court, notamment parce que, selon ce blog, l'espérance de vie de Chavez serait très réduite par son cancer. Elle s'inquiète cependant de voir le Brésil cautionner ce sommet.
Un des facteurs du succès ou de l'échec de la CELAC sera la procédure décisionnaire. Les membres de la nouvelle organisation soutenaient l'idée d'une de prise de décision à l'unaniminté, mais l'Equateur (actuellement dans le collimateur des puissances du Nord sur la question de la liberté de la presse) avec un soutien limité du Mexique a avancé l'idée d'une majorité qualifiée des quatre cinquièmes.
Le président social-démocrate panaméen Ricardo Martinelli, pourtant réputé anti-Chavez, a proposé son pays, qui a candidaté à l'organisme de coopération pétrolière lancée par Cuba et le Venezuela Petrocaribe, comme siège de la CELAC . L'enthousiasme du président du Panama, qui a eu des mots très favorables au président équatorien proche d'Hugo Chavez Rafael Correa sur la presse, et qui a proposé l'existence d'un secrétariat permanent de la CELAC tranche avec la prudence du Brésil qui veut que cet organisme demeure léger et n'a pas voulu en prendre la tête. Ce ralliement d'un pays aussi peu "bolivarien" que le Panama à la CELAC est peut-être le signe que l'organisme a un potentiel qui va bien au delà de la personnalité de Chavez.
Alors que le thème est peu débatu en Europe, il se peut bien que la complaisance des élites étatsuniennes et européennes (y compris de gauche) pour les guerres humanitaires, ait contribué à affermir la volonté de l'Amérique latine de s'unir sans les pays du Nord. Comme le rappelle le chroniqueur Juan Manuel Karg : "Alors que dans une Europe rendue amnésique par les grands médias, on a vu des "intellectuels" de gauche se convertir à la « guerre humanitaire » et défendre peu ou prou une guerre meurtrière en Libye, il est bon de citer la présidente argentine Cristina Fernandez « Quand je vois les pays dits civilisés régler leurs affaires à coups de bombes, je me sens fière d´être sud-américaine »." Pourtant Cristina Fernandez n'est pas la plus radicale des dirigeants latino-américains...
Sanaa Amrani
Victoire des sandinistes aux élections présidentielles au Nicaragua
Le président sortant Daniel Ortega a remporté dimanche dernier les élections présidentielles à uns eul tour au Nicaragua avec 62,66 % des voix, un score qui a confirmé l'adhésion populaire relevée dès le début de la campagne électorale.
Comme l'a noté le journaliste Maurice Lemoine, toujours aussi peu respectueuse de la démocratie, la droite de ce pays conteste les résultats de ces élections. "L’opposition, écrit-il, annonce ne pas reconnaître le triomphe sandiniste. D’après elle – et nombre d’observateurs –, M. Ortega n’avait pas le droit de se représenter à la présidence, l’article 147 de la Constitution interdisant deux mandats successifs. C’est oublier que, en octobre 2009, la Salle constitutionnelle de la Cour suprême de justice (CSJ) a déclaré cet article inapplicable – tout comme les instances similaires l’avaient fait en Colombie, permettant la réélection du « très contesté » Álvaro Uribe, et au Costa Rica, sans que nul n’y trouve à redire, en faveur du « très consensuel » Óscar Arias".
Une fois de plus l'opposition trouve des soutiens à l'étranger. Le Canada qui mène une politique de plus en plus dure dans les conflits impériaux en Afghanistan et en Libye par exemple, a accusé le gouvernement d'avoir entâché ce scrutin de fraude et assure préparer une riposte au niveau de l'Organisation des Etats Américains (OEA). La très conservatrice secrétaire d'Etat canadienne aux affaires américaines Diane Ablonczy a rencontré à ce sujet le secrétaire général de cette Organisation, José Miguel Insulza, à Washington en début de semaine.
Daniel Ortega a reçu les féliciations de la plupart des chefs d'Etat d'Amérique latine et de son allié russe M. Medvedev.
DC
Ingérences et manipulations autour des récents incidents de Bolivie
Le président Évo Morales, dans son discours à l’Assemblée générale des Nations Unies, a dénoncé l’insécurité générée par les nouvelles méthodes des Etats-Unis et de l’Otan visant la déstabilisation et le renversement de gouvernements. La crise économique les pousse vers les pays riches en pétrole, minerais et richesses de toute nature.
Cette déclaration fait suite à une nouvelle tentative de déstabilisation dont a été victime la Bolivie, comme le rappelle dans son article le québecquois Oscar Fortin, à l'occasion de la mise en chantier par une entreprise brésilienne d'une autoroute qui passe par le Territoire Indigène et le Parc National Isiboro Sécure ((TIPNIS) lequel relie les départements de Beni et Cochabamba (ce qui peut à la fois désenclaver des communautés indigènes pour l'accès au soin et l'accès de leurs producteurs aux marchés agricoles, et accélérer l'exploitation de l'Amazonie par les multinationales). Il s’agit d’un parc où vivent plusieurs communautés indiennes. Un certaine nombre de communautés (mais pas toutes car certaines sont favorables à l'autoroute) ont manifesté tout au long de l’été contre le passage de cette route sur leur territoire. Le 15 août dernier, une marche, regroupant près de 600 personnes a été organisée pour protester contre ce projet. Elle avait pour destination la capitale La Paz.
À plusieurs reprises le Président s’est dit ouvert au dialogue et a délégué divers représentants de haut niveau pour entamer des négociations avec les communautés locales et leurs dirigeants. La dernière de ces délégations a été envoyée la semaine du 20 septembre. Le ministre des Relations extérieures, lui-même indien de source, a dirigé cette délégation. Un dérapage imprévisible s'est produit lorsque la délégation gouvernementale, le ministre en tête, a été prise en otage et forcée de marcher en tête de la marche, servant de bouclier humain pour franchir la ligne de protection policière qui était là pour éviter qu’il y ait confrontation avec un autre groupe d’indiens, ceux-là en faveur de la route. Les otages ont pu être libérés et la confrontation entre les deux groupes opposés a pu être évitée. Cet incident a aussitôt été rapporté à la commission des droits de l’homme de l’Organisation des États Américains (OEA). Le lendemain (25 septembre), un responsable des forces policières a donné l’ordre d’évacuer les indiens contestataires et de prendre les moyens nécessaires pour y arriver. Cette répression (qui aurait fait des morts) a soulevé la colère dans tout le pays.
Devant l’ampleur de cette crise, le président Morales a fait appel à la Commission des droits de la personne des Nations Unies, à celle qui la représente en Bolivie, aux représentants des communautés indiennes ainsi qu’à la secrétaire d’UNASUR de participer à l’enquête devant faire toute la lumière sur cet événement et s’assurer que tous les responsables de ces actes aient à répondre de leurs gestes.
Les accusations d'ingérence extérieure dans l'affaire de l'autoroute du TIPNIS présentées à l'ONU par Evo Morales ne sont pas gratuites. La Ligue pour la défense de l'environnement - Liga por la Defensa del Medio Ambiente (LIDEMA) - financée par l'agence publique américaine USAID et par la Fondation Konrad Adenauer qui travaille à la déstabilisation du gouvernement cubain à Bruxelles est présente aux côtés des manifestants et finance des actions parmi les communautés indigènes. Des câbles de Wikileaks ont montré qu'USAID cible spécifiquement les communautés indigènes, ce que le militant Federico Fuentes (auteur d'un livre sur le parti de Morales, le MAS) appelle un "impérialisme vert". Au delà de cette action des ONG mêlée aux marches indigènes, il y a aussi les appels à la démission de Morales dans la presse conservatrice, les homélies de l'église institutionnelle en faveur du "dialogue" (comme si Evo Morales n'avait pas recherché le dialogue depuis le début - la moitié du gouvernement au totals s'est rendue sur place pour discuter).
Dans un article du 27 septembre qui ne cite que la presse de droite, Mathilde Gérard du journal Le Monde semble se réjouir à l'idée que "Malgré les distances prises par Evo Morales avec les violences du week-end, la bataille d'opinions ne joue pas en sa faveur. Le président est en train de perdre le soutien des Indiens, soit la moitié de la population du pays, celle qui avait largement contribué à son ascension politique." Une fois de plus la machine à déstabiliser est en marche.
Nicaragua : Coup d'envoi réussi pour la campagne électorale sandiniste
200 000 personnes étaient présentes samedi 10 septembre dans la capitale régionale et deuxième ville du Nicaragua Matagalpa (110 000 habitants), dans le centre-nord du pays, pour le meeting de lancement de la campagne électorale du président sortant sandiniste Daniel Ortega.
Le président ortega a rappelé à cette occasion le bilan de son action, notamment l'octroi de 136 000 titres de propriété à des paysans expulsés de leur terre (il en promet 150 000 pour son prochain mandat), la prise en charge de l'équipement en lamelles de zinc de 267 000 toits par l'Etat depuis 2007 (le "plan techo"), l'électrification de 156 000 logements. 100 000 Nicaraguayens ont bénéficié de l'opération Milagro (avec l'aide de médecins cubains) pour les soins des yeux. Tous ces chiffres a assuré le président devraient encore augmenter sous son second mandat, tandis que l'accès à la téléphonie mobile devrait toucher 1 million de nicaraguayens en plus dans les cinq prochaines années.
Alors que les sandinistes voient dans cette mobilisation paysanne un signe favorable pour les élections présidentielles qui auront lieu le 6 novembre, la presse de droite nicaraguayenne estime que Matagalpa est un fief sandiniste et qu'une telle mobilisation aurait été impossible dans les districts plus urbains de la zone pacifique. Pourtant il y a seulement sept ans, le Parti libéral constitutionaliste (PLC) faisait jeu égal avec le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) dans cette zone. La démonstration de force du FSLN dans cette ville samedi fut donc un signe fort d'adhésion des paysans de la région à son programme.
Selon la chaîne sandiniste Multinoticias, beaucoup de paysans qui souhaitaient assister au meeting sandiniste n'ont pas pu disposer d'assez de véhicules pour s'y rendre. Une adhésion citoyenne qui est aussi le résultat de l'action conjuguée du gouvernement central et des autorités locales sandinistes : dans ce seul district sept centres de santé ont été créés depuis 2007, la politique de santé et de prévention s'est développée, la mortalité maternelle a baissé de 40 % et la formation intensive de maîtres d'école dans l'école normale José Marti (du nom du libérateur cubain de 1898) rénovée en 2009, a permis de faire reculer l'analphabétisme à un taux de 0,3 % (contre encore plus de 10 % au Honduras voisin).
L'épouse du président Rosario Murillo en sa qualité de coordonatrice du Conseil de la communication et de la citoyenneté a estimé que cette mobilisation manifestait le soutien populaire au projet d'un Nicaragua "plus chrétien, plus socialiste et plus solidaire" (slogan sandiniste qui est aussi la devise de la municipalité sandiniste de Matagalpa).
F. Delorca