Haïti-Jamaïque : L'influence occidentale recule dans les Caraïbes
Les pays à fort potentiel économique comme les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) ne sont pas les seuls à résister aux diktats occidentaux. C'est aussi le cas de petits pays pauvres qui bordent la mer des Caraïbes (lesquels d'ailleurs profitent indirectement de l'émancipation des BRICS).
On a cité en 2011 le rapprochement du Surinam et du Guyana avec le Venezuela. La dernière initiative remarquable dans le même registre est celle de la Jamaïque.
Le nouveau premier ministre de cette île Mme Portia Simpson-Miller, du Parti national du peuple (PNP) qui a remporté les élections du 29 décembre dernier face aux travaillistes (centre droit), a déclaré jeudi lors de sa prise de pouvoir son intention de faire sortir son pays du Commonwealth pour en faire une république, ce qui signifie que la reine d'Angleterre cessera d'en être la souveraine.
"J'aime la reine (Elizabeth II) qui est une femme excellente (…), une femme sage et remarquable (…) Mais il est temps d'achever le processus d'accession à l'indépendance", a déclaré Mme Simpson-Miller.
En France le quotidien de droite Le Figaro (le 8 janvier), qui qualifie ce premier ministre de "populiste" note que "cette volonté de rompre les liens avec l'ex-empire apparaît comme un camouflet pour les Britanniques, aux premiers jours de l'année du jubilé de diamant d'Élisabeth II". "Le sentiment républicain progresse en Jamaïque depuis plusieurs décennies, ajoute le quotidien conservateur. En 1975, la chanson de Bob Marley No Woman, no Cry était censée faire référence à la reine." Un référendum devrait prochainement entériner cette réforme constitutionnelle.
Au lendemain de sa prise de fonction le 6 janvier, la chef du gouvernement de la Jamaïque a reçu le vice-président du Conseil d'Etat cubain Esteban Lazo Hernández. L'agence de presse cubaine Granma qui relate cette nouvelle rappelle que l'ancien premier ministre Percival Patterson qui gouverna l'île de 1992 à 2006 et qui appartient au même parti que Mme Simpson-Miller était lui-même un "ami de Cuba". En 2001 il s'était prononcé contre l'exclusion de Cuba du CARICOM (organisation régionale pro-occidentale) qui frappait La Havane depuis plusieurs décennies. Sous son mandat, la Jamaïque avait intégré Petrocaribe, le projet qui permet à la Jamaïque de bénéficier du pétrole bon marché et de prêts à 1 % d'intérêt en provenance du Venezuela. Hugo Chavez a immédiatement appelé Mme Simpson-Miller après son élection pour l'inviter à Caracas. Celle-ci a répondu : "Je suis avec vous et avec le véritable esprit bolivarien" (cf AVN).
La Jamaïque bénéficie des soins attentionnés de nombreux médecins cubains : la Mission miracle, déployée gratuitement par les services médicaux cubains à travers le monde pour traiter les problèmes ophtalmologiques, a soigné 20 000 Jamaïcains, des bons offices qui sont en concurrence avec ceux des pays du Nord comme la mission floridienne Don Daly financée par la Sandals Foundation (la Fondation philanthropique de la chaîne hotelière de luxe Sandals Resorts International qui possède Air jamaica et multiplie les profits malgré la crise économique que connaît l'île).
La Chine est aussi impliquée pour aider le non-alignement jamaïcain. Le 7 janvier la premier ministre et des membres de son gouvernement ont rencontré l'ambassadeur chinois Zheng Qingdianqui pour discuter du prêt de 400 millions d'euros que Pékin va octroyer au Programme jamaïcain d'urgence pour l'emploi (PEEP).
L'élection de Mme Simpson-Miller (qui avait déjà été premier ministre en 2007) a été acquise à une très large majorité (elle détient 42 sièges sur 63 au Parlement). Dans ce pays de 2,8 millions d'habitants où la dette atteint 130 % du PIB, le premier ministre, qui est née dans un ghetto de Kingston, s'est engagée à combattre la pauvreté et créer des emplois. Elle a aussi des positions plus ouvertes que ses adversaires sur des thèmes sociétaux comme l'homosexualité (ce qui lui vaut des accusations au sein de son propre parti d'être financée par des groupes homosexuels étrangers et lui a valu une mise en garde et l'incitation du pasteur Wellesley A Blair membre du PNP dans un de ses prêches pour qu'elle préserve la souveraineté du pays à cet égard aussi).
A une autre échelle, Haïti, malgré le terrible tremblement de terre qui l'a ravagée en 2010, et malgré l'occupation militaire d'une mission de "maintien de la paix" de l'ONU depuis le renversement d'Aristide par les Français et les Américains, tient tête elle aussi aux exigences occidentales en poursuivant son projet de reconstruire un armée de métier pour se défendre.En novembre dernier, le Canada qui est devenu un auxiliaire important de l'ingérence des pays du Nord en Amérique latine (il était monté au créneau aussi après la réélection de Daniel Ortega au Nicaragua à l'automne dernier), avait fait savoir qu'il s'opposait à la recréation de cette armée en raison du coût de l'opération. Quelques jours plus tard tous les Occidentaux avaient déclaré qu'ils ne paieraient pas pour financer ce projet. même l'ancien président costaricain et prix nobel de la paix Oscar Arias avait été mobilisé pour dissuader le Président haïtien Michel Martelly de rétablir l'armée, après que celui-ci eût précisé dans une conférence de presse à la Havane (ce n'est sans doute pas un hasard) où il devait rencontrer Raul Castro, qu'il était prêt à former 500 hommes, pour un coût de 25 milions de dollars qui pourraient être prélevés sur le budget de la police. Une commission a été chargée d'examiner le projet et a rendu un rapport favorable, rendu public le 1er janvier à l'occasion du 208e anniversaire de l'indépendance du pays. Pour beaucoup d'Haïtiens le remplacement de la force de l'ONU par une armée nationale est indispensable à la dignité et à la souveraineté du pays.
Les relations d'Haïti avec le Venezuela et Cuba, comme celle de la Jamaïque avec ces deux pays, sont au beau fixe. Le Venezuela a été le premier pays (juste devant les Etats-Unis en volume) pour les promesses de don à Haïti après le tremblement de terre de 2010, les dons alimentaires en provenance de Caracas ont afflué tout au long de l'année 2010, et les installations énergétiques qui traitent le pétrole vénézuélien bon marché dans le cadre de l'accord Petrocaribe représenterait un cinquième de la consommation d'énergie électrique du pays. Des centaines de médecins cubains officient à Haïti, l'Ecole latinoaméricaine de Médecine (Elam) de Cuba a également formé quelque 700 médecins haïtiens et 300 autres sont en cours de formation dans une annexe de l'Elam à Santiago de Cuba.
Delphine Jaen
Les Etats-Unis, le Qatar et les islamistes
Le New-York Times du 3 janvier 2012 titrait "Les ouvertures aux islamistes égyptiens inversent la politique de long terme des Etats-Unis" (Overtures to Egypt's Islamists Reverse Longtime US Policy). L'article de David D. Kirpatrick et Steven Lee Myers souligne que Washington désormais s'accommode des Frères musulmans en Egypte depuis que ceux-ci se sont engagés à respecter les règles démocratiques, le libéralisme économique et les traités avec Israël, tandis qu'ils accumulent les frustrations à l'égard du régime militaire qu'ils accusent de vouloir confisquer le pouvoir.
Récemment John Kerry, ex candidat aux présidentielles face à Bush, et aujourd'hui président de la commission des affaires étrangères du Sénat et l'ambassadrice Anne W. Patterson ont rencontré trois hauts responsables du Parti de la justice et de la liberté (Frères musulmans) égyptien, Essam El-Erian, Mohamed Saad Katani et Mohamed Morsi à Washington le 10 décembre dernier. Selon l'administration Obama il s'agirait là d'une nouvelle forme de Realpolitik comme lorsque Reagan a engagé des négociations avec l'URSS sur la course aux armements. Ce renversement d'alliance s'est d'ailleurs illustré lundi dernier lorsque les Etats-Unis ont adressé un ultimatum au gouvernement militaire au sujet des perquisitions chez les ONG pro-occidentales.
En réalité le chemin pour le rapprochement avec les Frères musulmans égyptiens avait été balisé dès le mois de février par le directeur du Renseignement national (National Intelligence) James Clapper, qui, devant la Commission du renseignement de la chambre des représentants, avait présenté les Frères musulmans comme un "groupe hétérogène", "largement laïque", et qui refusait la violence.
Les convergences entre les Frères musulmans et les intérêts américains ne se limitent pas à l'Egypte puisque Washington comme les islamistes ont eu un intérêt commun au renversement du régime de Kadhafi en 2011 et des régimes relativement laïcs d'Algérie et de Syrie aujourd'hui.
Selon certains analystes, la nouvelle stratégie américaine intègrerait même une alliance ponctuelle avec des islamistes sunnites plus radicaux de la mouvance Al-Qaida, qui ont été actifs dans la guerre de Libye (avec notamment le gouverneur militaire de Tripoli Abdelhakim Belhaj et le guide spirituel cheikh Ali Al-Salibi) et aujourd'hui dans l'encadrement de l'Armée syrienne libre (selon le reportage de Daniel Iriarte dans le quotidien espagnol ABC du 17 décembre 2011, deux lieutenants d'Abdelhakim Belhaj dirigeraient cette structure).
Un opérateur de l'alliance entre les Etats-Unis et les Frères musulmans est l'émirat du Qatar. En 2011 ce pays a financé les rebelles libyens de Benghazi, fait passer la motion de la Ligue arabe pour les soutenir, fourni de la logistique depuis les talkie-walkie jusqu'aux Chevrolet SUV, puis des missiles anti-tank français Milan, entraîné des miliciens (encore aujourd'hui il existe un programme d'entraînement de soldats libyens en France financé par le Qatar), lancé une chaîne TV anti-Kadhafi Libya al-Ahrar. Le Qatar aujourd'hui exerce une influence perçue comme de plus en plus encombrante sur le gouvernement libyen (voir Time Magazine du 2 janvier), et pourtant l'émirat ne s'arrête pas là. En Algérie, il finance la chaîne de TV d'Oussama Madani, un des fils de Abassi Madani, ancien président du Front islamique du Salut. En Syrie il a fait passer la motion suspendant le gouvernement de Bachar El Assad de la Ligue arabe et aujourd'hui son premier-ministre cherche à discréditer les témoignages des observateurs de la Ligue arabe à Damas parce que ceux-ci ont relevé que le gouvernement syrien était confronté à des groupes armés. Selon le site Debkafiles du 27 décembre, le Qatar a monté de toute pièce en accord avec l'Arabie saoudite une force mobile d'intervention de 2 5000 hommes dont la moitié est composée de combattants du Groupe combattant islamique en Libye (Islamic Fighting Group in Libya-IFG) et des terroristes du Ansar al-Sunna irakien (responsable d'attentats sanglants), les a convoyés de l'Irak et de Libye jusqu'en Turquie pour suivre un entraînement militaire, et assure la logistique de leurs infrastructures de communication, avec la complicité de l'OTAN.
Le Qatar est d'aileurs de plus en plus imbriqué dans les structures militaires et civiles occidentales. Le fonds souverain qatarien Qatar Holding multiplie les prises de participation dans le capital des grandes entreprises européennes- Hochtief, Volkswagen, Iberdrola, Veolia, ou encore Vinci. Il a porté en décembre sa part d'actions de 7,6 à 10,07% dans le capital du fabricant d'armes français Lagardère (qui contrôle aussi les grands médias de l'hexagone) et lorgnerait vers EADS (voir L'Expansion du 3 janvier 2012)
Mais la nouvelle politique pro-islamiste d'Obama, qui correspond à la tradition démocrate (Jimmy Carter a aidé les islamistes en Afghanistan, Bill Clinton en Bosnie-Herzégovine) heurte les Républicains adeptes du choc des civilisations et leurs alliés en Europe et en Israël.
Divers blogs républicains ont rappelé que les Frères musulmans continuent de vouloir appliquer la charia et à ce titre ne méritent pas d'être taxés de laïques (secular). Les Républicains reprochent aussi à Hillary Clinton d'avoir reçu, du 12 au 15 décembre, à huis clos à Washington des représentants de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) pour discuter de la mise en oeuvre la résolution 16/18 du Conseil des droits de l'homme de l'ONU relative à la lutte contre l'intolérance, la stigmatisation, la discrimination et la violence à l'encontre des personnes sur la base de leur religion ou de leur croyance. Selon eux, le vote de la résolution en mars dernier avait permis de préserver la notion de liberté d'expression, ce que risque de menacer le droit de regard que Mme Clinton accorde à l'OCI au niveau de la mise en oeuvre.
En Europe José Maria Aznar, ancien Premier ministre espagnol et allié important de George W. Bush pendant la guerre d'Irak, invité du blog de CNBCa révélé le 9 décembre 2011 qu’Abdelhakim Belhaj était un des suspects dans les attentats du 11 mars 2004 à Madrid. L'ex-ambassadeur israélien Dore Gold président du Jerusalem Center for Public Affairs a complaisamment relayé l'information dans le Jerusalem Post tout en mettant en garde le public américain contre le fait que les Frères musulmans pourraient un jour s'allier à l'Iran si elle venait à prendre le leadership du Proche-Orient, comme l'avait fait le gouvernement lié aux Frères musulmans du Soudan dans les années 1990.
L'alliance entre Obama et les Frères Musulmans (voire avec certaines tendances d'Al Qaida), dans une relation triangulaire avec les pétro-monarchies est aussi de nature à inquiéter l'Iran et ses alliés du Hezbollah libanais, car nul doute que la force mobile créée par les Qatariens si elle parvenait à s'implanter en Syrie serait aussi d'une grande utilité contre eux. La carte du choc des civilisations chrétiens/musulmans tend ainsi à se transformer dans l'esprit des stratèges en choc chiites/sunnites...
La version audio de ce billet (Radio M) :
Tensions américano-égyptiennes autour des ONG pro-occidentales
Dimanche lors d'une conférence de presse les ministres égyptiens du Plan et de la Coopération internationale Fayza Aboul Naga et de la Justice Adel Abdel Hamid Abdallah ont présenté le point de vue officiel après les protestations internationales contre les perquisitions de locaux de 17 ONG, dont trois américaines (le National Democratic Institute, l'International Republican Institute et Freedom House ) et une allemande (la fondation Konrad Adenauer). Ces associations sont accusées de ne pas avoir obtenu les autorisations nécessaires pour exercer leur activité et recevoir des financements étrangers. Les ministres ont insisté sur le fait que c'est la Justice égyptienne qui a été à l'origine de ce actions.
Le lundi 2 janvier les Etats-Unis ont sommé sans ménagement le gouvernement militaire égyptien de mettre fin aux perquisitions budgétaires et restituer aux ONG les documents confisqués. En arrière plan de cet avertissement, la campagne de certains sénateurs pour la suspension de l'aide (1,3 milliards de dollars par an) versée par les Etats-Unis depuis les accords de Camp David.
Dans le journal Al-Gomhuria le 2 janvier, le rédacteur adjoint d'Al Arabiya.net Farrag Ismail, s'indignait du manque de respect pour la souveraineté de la justice égyptienne que constituait le ton de l'avertissement lancé par le secrétaire à la Défense Leon Panetta au maréchal Mohamed Hussein Tantaoui (le numéro un du nouveau régime égyptien).
Les défenseurs des ONG eux soutiennent que celles-ci se sont bornées à faire de la surveillance électorale sans participer à la campagne et accusent la ministre Faiza Aboul Naga, qui appartenait aux gouvernements antérieurs de Moubarak, de jouer un rôle clé dans l'action anti-ONG tandis que des groupes salafistes eux-mêmes financés par l'étrager ne seraient pas inquiétés. Les attaques contre Faiza Aboul Naga ne sont toutefois pas claires. Certes celle-ci a fait parti du comité politique du Parti national démocratique présidé par Gamal Moubarak le fils du dictateur, mais cette ancienne conseillère de Boutros Ghali à l'ONU, diplomate de carrière, qui cite Arafat, Bouteflika, Mandela et Castro parmi ses modèles semble avoir une sensibilité ouverte au non-alignement, et en octobre dernier ses adversaires du Réseau arabe pour l'Information sur les droits de l'homme à l'inverse l'accusaient au contraire de vouloir "saboter la société civile" (c'est-à-dire les associations non financées par USAID) en collaboration avec l'ambassade des Etats-Unis. Quant au rôle des ONG mentionnées, il n'est pas si anodin qu'il n'y paraît. Un article du présent blog le 6 octobre dernier avait par exemple souligné l'action politique de la fondation Konrad Adenauer aux côtés d'USAID pour soutenir la Ligue pour la Défense de l'Environnement en Bolivie.
Le blogueur américain de gauche David Swanson interviewé par Russia TV commentait quant à lui en ces termes le rôle des ONG : "Nous parlons ici au sujet de beaucoup d'O.N.G.s qui ont différents ordres du jour, certaines parmi les ONG américaines ont des liens avérés avecla CIA et ont tenté d'influencer les résultats des élections dans d'autres pays." "Ce ne sont pas des groupes à travers lesquels les étrangers armés de bonnes intentions peuvent essayer d'aider le peuple de l'Egypte. C'est au peuple de l'Egypte qu'il appartient d'établir une société civile de haut niveau dans son propre pays" a-t-il conclu.
L'Egypte, actuellement engagée dans un processus électoral complexe qui devrait déboucher sur la rédaction d'une nouvelle constitution et l'élection d'un président de la République en juin, est dans une position très vulnérable à l'égard de ses mentors occidentaux alors que le pays s'enlise dans le marasme économique. En juin dernier le gouvernement militaire avait refusé une avance du FMI de 3 milliards d'euros car il ne souhaitait pas augmenter la dette du pays sans mandat populaire, mais cette ligne ne pourra pas être tenue très longtemps. La visite d'une délégation du FMI a été plusieurs fois repoussée.
Delphine Jaen
Kazakhstan : des voix s'élèvent contre l'ingérence occidentale
Le 16 décembre à l'occastion du vingtième anniversaire de l'indépendance du Kazakhstan, des émeutes ont éclaté dans la ville Janaozen causant de nombreux morts chez les manifestants et les forces de l'ordre
Dans une interview du 21 décembre 2011 sur KPRF-TV, Viacheslav Titiokine, membre du comité central du Parti communiste de la fédération de Russie, livrait ses impressions en ces termes sur les événements au Kazakhstan :
"Le Kazakhstan est un des 20 plus grands producteurs de pétrole au monde. Il exploite plus d'un million de barils par jour, et avec une population de 16 millions de personnes, cela pourrait sans doute lui permettre de vivre à un haut niveau de vie. En même temps, nous avons reçu des informations en provenance du Kazakhstan selon lesquelles, malgré la prospérité apparente et le luxe que représente la nouvelle capitale qu'ils ont construite sur un mode assez artificiel au coeur du pays, en réalité les problèmes sociaux s'accumulaient, et le facteur déclencheur a été précisément ces contradictions internes au pays. Les gens qui sont montés pour ainsi dire sur les barricades ont fait face aux forces de l'ordre au Kazakhstan avaient sans doute des motifs pour démontrer leur indignation : ils reçoivent des salaires bas, il y a eu des licenciements massifs. Ca les a aussi gêné de voir que les Chinois qui travaillent là sont mieux payés que les employés locaux. Il y a eu un facteur de discrimation nationale, qui heurte la sensibilité. Au Kazakhstan a surgi très vite une classe sociale de "nouveaux riches". Il y a déjà une demi-douzaine de multimillionnaires (...) alors qu'une couche de la population vit dans la misère absolue. Les gens qui travaillent dans le secteur pétrolier ne perçoivent pas un salaire digne. Pour cela l'accumulation de contradictions sociales d'une manière inévitable a débouché sur cette explosion sociale. (...)
Mais nous devons aussi prêter attention à la manière dont les protestations se sont développées dans les pays du Proche-Orient. Bien sûr dans ces pays il existait encore plus de conditions pour que surgisse une tention sociale. Néanmoins depuis le début tous les observateurs ont signalé l'influence extérieure. Des forces extérieures sont intervenues immédiatement dans les événements. Pourquoi ces forces ont-elles intérêt à déstabiliser le Kazakhstan? Parce que la destabilisation ou le chaos organisé comme ils l'appellent est le moyen pour eux de contrôler ce pays. Le Kazahstan a une grande importance pour l'Occident. C'est une des grandes puissances extractrices de pétrole, qui a gardé des liens forts avec la Russie. (...) Ces forces étrangères ont utilisé l'indignation légitime des gens afin de déstabiliser le Kazakhstan et de l'entraîner dans l'orbite d'influence occidentale. (...) Les forces de l'oligarchie internationale agissent par l'intermédiaire des services secrets de l'OTAN. Et nous avons vu comment ces services ont agi en Yougoslavie, en Ukraine, en Géorgie et ailleurs. C'est la même signature du Renseignement occidental."
Le ministre des affaires étrangères chinois Zhang Hanhuy est allé dans le même sens. Il a manifesté son soutien au gouvernement kazakh et stigmatisé avant-hier les pays extérieurs à la région qui interfèrent dans les affaires des pays asiatiques "sous divers prétextes, les soi-disant droits de l'homme, la démocratie et ainsi de suite de temps en temps". "Le seul résultat d'un tel soin est le chaos, la destruction de la stabilité, a-t-il ajouté. Voyez ce qui se produit le Moyen-Orient et en Afrique du Nord où les personnes armées ont renversé un gouvernement légitime. Et qu'ont-ils donné au peuple, excepté les victimes, le désordre, la pauvreté et le chaos ? Rien !"
Le 19 novembre dernier, le président Nazerbaïev qui pourtant entretient d'excellentes relations avec les Etats-Unis avait condamné les ingérences étrangères en Libye et en Syrie et avait refusé toute action contre l'Iran. En octobre le ministre des affaires étrangères du Kazakhstan en visite à Téhéran s'était aussi opposé à toute intrusion étrangère dans les affaires des pays riverains de la Caspienne pour l'exploitation des ressources (notamment pétrolières) de cette mer.
Mais pour l'heure la présence d'éventuels agents provocateurs étrangers dans les événements de Janaozen n'est pas démontrée. On note seulement les initiatives de Human Right Watch, liée au multi-millionnaire américain Soros, dans la dénonciation de la répression.
Congo : les Occidentaux réservés sur le résultat des élections, mais les Africains solidaires de Kabila
Le 9 décembre (soit avec quatre jours d'avance sur le calendrier prévu), la commission électorale congolaise (CENI) proclamait le président sortant Joseph Kabila vainqueur du scrutin électoral par 49 % des voix contre 33 à Etienne Tshisekedi, 79 ans, ancien premier ministre de la transition démocratique sous Mobutu (mais aussi ministre de l'intérieur de Mobutu peu après l'assassinat de Lumumba) et président de l'Union pour la Démocratie et le progrès social (UDPS), lequel a immédiatement contesté ces résultats.
Vital Kamerhe, autre candidat malheureux a saisi la cour suprême. Selon Kamerhe, 3 000 à 5 000 cartes d'électeurs ont été distribuées à des mineurs par des kabilistes. En outre, des centaines de PC électoraux prouveraient les bourrages d'urnes. Sur le bureau de vote « Collège Jean Calvin » à Lubumbashi (Code/BV: 12001/C), par exemple, la commission électorale accorde 369 voix sur les 494 exprimées à Joseph Kabila contre 74 attribuées à Etienne Tshisekedi, alors que le procès verbal "authentique" signé par les membres du centre présenté par Vamerhe le crédite Kabila de seulement 169 voix.
Semblant pencher en faveur de Tshisekedi, le 14 décembre, les Etats-Unis ont dénoncé de "graves irrégularités" par la voix de la porte-parole du département d'Etat Victoria Nuland.
A l'inverse, le 16 décembre, alors que la Cour Suprême de Justice ne s’était pas encore prononcée, les chefs d’État des pays de la région des Grands Lacs, réunis à Kampala, rendaient leur verdict: l’Ouganda, le Kenya, la Tanzanie, la Zambie, le Burundi, la République Centrafricaine, ont reconnu (à l'exception du Rwanda qui a attendu plus longtemps) la réélection du président Joseph Kabila et appelé «ceux qui ne sont pas satisfaits du résultat de l’élection à l’accepter et à travailler pour reconstruire le pays.» L'Afrique du Sud s'est jointe à eux assez rapidement, probablement pour contrer les tentations d'ingérence des Etats-Unis.
En Belgique, la diaspora congolaise, qui n'a pas le droit de voter au Congo lorsqu'elle a la double nationalité, a largement manifesté en faveur de Tshisekedi. Parmi eux le 17 décembre beaucoup brandissaient des drapeaux nationalistes flamands ainsi que le portrait du chef de la droite indépendantiste flamande, Bart De Wever. Tony Busselen du Parti du travail belge rappelait, quant à lui, dans un reportage du 13 décembre les liens de Tshisekedi avec la dictature de Mobutu, et estimait que malgré ses concessions aux Occidentaux Kabila, qui reste sur une ligne de coopération avec la Chine et les pays émergents, demeurait le seul candidat crédible de la mouvance lumumbiste, de la gauche congolaise et du refus de l'ingérence occidentale.
Le scepticisme des Occidentaux semble se nourrir de certaines dérives autoritaires du régime de Kabila qui avait été pourtant leur homme pendant une décennie (soutenu notamment par le Rwanda après l'assassinat de son père). L’enrichissement de son entourage. La répression de journalistes et d’opposants. L’assassinat en 2010 de Floribert Chebeya, militant des droits de l’homme. Puis l’imposition d’un scrutin présidentiel à un seul tour pour favoriser le chef d’Etat sortant.
Il est peu probable toutefois, compte tenu de l'équilibre des forces sur le continent africain, que Washington et les Européens se rallient d'emblée aux prétentions de Tshisekedi (qui a appelé l'armée a lui obéir doit prêter serment parallèlement à Kabila au stade des Martyrs de Kinshasa vendredi). Certains plaident pour une partage du pouvoir entre le président sortant et son principal opposant comme cela s'est fait en 2007 au Kenya et en 2008 au Zimbabwe. L'ancien ministre belge Louis Michel s'est prononcé en ce sens.
Delphine Jaen
Qui veut la peau du non-alignement algérien ?
Les mauvaises nouvelles s'accumulent pour le gouvernement algérien ces derniers temps.
Non seulement le pays est désormais entouré de gouvernements islamistes au Maroc et en Tunisie (la Tunisie qui d'ailleurs se rapproche d'Israël en ce moment), mais l'armée algérienne a intercepté dans la nuit du 11 au 12 décembre deux 4×4 libyens chargés d’armes (des armes semi-automatiques, lance-roquette et des roquettes) sur son territoire au nord de la région de Djanet. Ces mouvements clandestins d'armes en provenance de Libye dont la destination est inconnue sont de mauvais augure pour l'avenir de la région.
Une autre menace semble se dessiner du côté du Qatar (qui a été dans les affaires libyenne et syrienne un des bras armés des Occidentaux). Selon le site électronique libanais «Libnanews», «l’opposant» algérien Saad Djebbar est régulièrement reçu par l’émir du Qatar qui l’a désigné comme son avocat personnel. Au même moment, Oussama Madani, un des fils de Abassi Madani (l'ancien président du Front islamique du Salut emprisonné après 1991), ouvre une chaîne de télévision, qui, selon le journal Le Temps, serait financée par la Qatar (où il vit, et maintient par ailleurs des liens avec le CNT libyen) et c'est de Doha la capitale de l'émirat que le numéro 2 du FIS a fait savoir qu’il envisage de poursuivre l’Algérie devant des instances judiciaires internationales pour ne pas avoir accepté le retour, sur la scène politique nationale, de son parti politique.
Lors du vote de la Ligue arabe suspendant la Syrie de cette organisation, le chef de la diplomatie qatariote Cheikh Hamad bin Jassem bin Jabr Al Thani aurait lancé à son homologue algérien «ne défendez pas trop la Syrie car quand votre tour arrivera, vous aurez certainement besoin de nous». Doha serait donc en train de rassembler les forces islamistes algériennes contre le régime militaire.
Dans les colonnes du journal Elkhabar le 13 décembre (en arabe ici), le syndicaliste trotskiste américain Alan Benjamin met en cause Washington (il est bizarrement présenté comme le "dirigeant de l’union syndicale des travailleurs" - algérienne ? - aux Etats-Unis mais sa fonction syndicale aux Etats-Unis est en réalité "membre du San Francisco Labor Council", et à ce titre il s'est aussi impliqué contre la guerre d'Irak). A l'issue de la conférence internationale sur les ingérences et les guerres d’occupation, tenue à Alger,il affirme que son pays aurait déjà anticipé la transition démocratique en Algérie, qu'il existerait déjà un "CNT algérien dans les tiroirs de la Maison blanche" et que des personnalités algériennes ont été déjà contactées pour le former. Hélas des noms jusqu'ici n'ont pas été mentionnés. M. Benjamin ne semble pas avoir publié d'éléments concrets sur ce thème, ni en langue en anglaise ni en français.
Louisa Hanoune, secrétaire générale du parti des travailleurs algérien (PT) et résistante historique de la guerre de décolonisation, a de son côté condamné, les manœuvres extérieures auxquelles doit faire face l’Algérie, en citant « la révolution du 17 septembre », appel lancé sur Facebook (et qui serait selon le quotidien Ennahar l'oeuvre de l'écrivain Bernard-Henri Lévy qui est né en Algérie, mais aucune preuve n'est apportée sur ce point - le ministre de l'intérieur M. Ould Kablia dans le même journal met en cause aussi Israël du fait que le 17 septembre est l'anniversaire des accords de Camp David, mais là encore les preuves font défaut). Dans son rapport d'ouverture, en marge de la session ordinaire du bureau politique, organisée au siège de son parti, elle a estimé que cet appel est lancé par une source inconnue qui veut déstabiliser l'union du pays. Elle a accusé, dans ce cadre, les lobbies qui veulent servir les intérêts étrangers et qui œuvrent pour diviser le pays.
Selon Samira Azzegag du journal le Temps, évoquant la situation actuelle en Libye, Mme Hanoune a précisé que ce qui se passe dans le pays voisin n'est pas une révolution, mais une anarchie totale, dictée par une force étrangère et dont l'avenir est incertain. Cette incertitude inquiète l'oratrice qui n'a pas manqué de mettre en garde contre les répercussions «cruciales» de cette crise et de «l'intervention militaire de l'Otan». Et d'enchaîner : «L'Algérie, en tant que pays, ne doit pas reconnaître la légitimité du CNT. Abondant dans ce sens, la première dame du PT est convaincue que la priorité du CNT est de préserver l'intérêt de la France». La reconnaissance de ce conseil n'est autre, aux yeux de Mme Hanoune, qu'une «légitimation de la guerre et de la présence des forces d'occupation étrangères».
Les infiltrations d'armes, et les rumeurs d'ingérence extérieure ne sont en tout cas pas faites pour arranger les relations entre la Libye et l'Algérie, d'autant que les deux pays sont en rivalité sur la question pétrolière : la Libye ayant annoncé qu'elle augmentera sa production pourrait nuire au quota de production au sein de l'OPEP de l'Algérie qui est sa concurrente directe, dans un contexte où tous les producteurs sont enclins à produire plus, et où la consommation occidentale pourrait décroître avec la crise, tirant ainsi les prix vers le bas. Pour lever un sujet de contentieux avec les Libyens et les Occidentaux, les autorités algériennes vont en tout cas cesser d'héberger sur leur territoire Aïcha Kadhafi, qui pourrait prendre la tête d'une chaîne de télévision au Venezuela.
Djibril Cissoko
Elections en Transnistrie : la réponse aux exigences de Berlin
L’Allemagne n’est pas seulement dominatrice au sein de l’Union européenne en ce moment. Elle l’est aussi en Europe de l’Est. A preuve sa politique en vue d’obtenir la disparition de la République autoproclamée de Pridnestrovie (Transnistrie, entre la Moldavie et l'Ukraine).
Selon Cristian Ghinea dans Romania Libera du 9 décembre dernier : « Les Russes ont engagé des pourparlers avec les Allemands autour d'une nouvelle configuration de la sécurité en Europe [un statut pour la Transnistrie, un réglement du conflit gelé contre une libéralisation des visas pour les Russes dans l'UE]./Mais Berlin a exigé des preuves de bonne volonté : si la Russie veut être un partenaire crédible, elle doit au moins démontrer qu'elle est disposée à résoudre le conflit en Transnistrie. ».
A défaut de pouvoir liquider du jour au lendemain le particularisme transnistrien, Moscou se devait au moins de faire semblant d’avoir essayé quelque chose. Aussi, à l’occasion des élections présidentielles du 11 décembre dernier, Dimitri Medvedev a-t-il défendu, contre le père fondateur (et président sortant) de la République transnistrienne, Igor Smirnov (aujourd'hui proche de Russie Juste, les sociaux-démocrates russes, et qui fait campagne sur le thème "La Transnistrie n'est pas à vendre"), son rival le président du Soviet Suprême, Anatoly Kaminski, 61 ans, ancien cadre supérieur de l’industrie laitière moldave à l’époque soviétique. La politique de promotion du parti de challengers face à Smirnov, pour plaire aux Européens remonte d’ailleurs à 2001.
Moscou a investi de lourds moyens pour satisfaire les appétits allemands à l’encontre du sécessionnisme transnistrien et renverser le président Smirnov (versement d’indemnités aux fonctionnaires et retraités, enquête contre le fils de Smirnov accusé d’avoir détourné 5 millions de dollars de l’aide russe, émission à charge de la chaîne NTV contre les Smirnov – cf la vidéo ci-dessous http://www.youtube.com/watch?v=d1HbtgFt4yw le 8 décembre), sans toutefois aller jusqu’à couper les livraisons de gaz à la Pridnestrovie.
Ainsi « si Smirnov reste en place, expliquait Cristian Ghinea avant les élections, il pourra dire aux Européens (lire : aux Allemands) : voyez, nous avons essayé de le remplacer, mais le peuple de Transnistrie le soutient, nous ne contrôlons pas la situation. / Si Kaminski gagne, le Kremlin dira : voilà, nous vous avons mis un plus jeune et plus réformiste à Tiraspol, voyez avec lui. »
Cristian Ghinea précisait que Kaminski non plus n’était pas prêt à sacrifier l’indépendance de son pays qui s’est constitué en 1990 sur les bords du Dniestr sous l’impulsion de la nomenklatura industrielle locale et des fonctionnaire restés fidèles à l’URSS en réaction à la politique de roumanisation de la Moldavie (dans un contexte de fièvre nationaliste qui, alors, promouvait l’idée d’une fusion dans une Grande Roumanie).
Peu de temps avant les élections, les grands médias y étaient allés de leur charge habituelle contre l’entité transnistrienne. Dans un article du 5 décembre dernier un correspondant du Monde, sur la base du témoignage du responsable d’une ONG moldave financée par la National endowment for democracy et USAID, et d’un défenseur de la culture roumaine en Transnistrie avait resservi le cliché du « trou noir de l’Europe » et accusé le régime de Tiraspol de n’avoir « pas seulement changé d'alphabet, avec la promotion du cyrillique, mais aussi de monnaie, de drapeau, d'histoire » (alors que la Transnistrie n’a fait qu’hériter des drapeau, alphabet et symboles en vigueur dans la Moldavie soviétique jusqu’en 1989…- pour une rectification des contrevérités de nos médias sur la Transnistrie, voir le voyage de deux contributeurs de l’Atlas alternatif dans ce pays en 2007, et le livre qui a été publié à ce sujet).
Pour l'heure la publication des résultats ne cesse d'être reportée. Certaines rumeurs évoquent la percée d'un outsider, Y. Chevchouk. On parle aussi de risque de loi martiale. Ces élections sur lesquelles les pays étrangers pèsent très fortement pourraient menacer sérieusement la stabilité de l'entité des bords du Dniestr.
Les Occidentaux avancent leurs pions dans le Sud Caucase
Si les conflits "gelés" dans le Caucase autour de l'Abkhazie (qui a élu un nouveau président en novembre), de l'Ossétie du Sud (qui vient d'avoir des élections présidentielles plus mouvementées) et du Nagorny-Karabakh (sur lequel les négociations se poursuivent, avec les pressions diplomatiques que cela implqiue) ne font plus la "une" de l'actualité, les puissances occidentales gardent un oeil sur cette région et continue d'y avancer ses pions.
Le 7 octobre, le président français M. Sarkozy était à Tbilissi (Géorgie) pour rappeler la vocation européenne de la Géorgie et reprocher à Moscou d'accroître son implantation en Abkhazie et en Ossétie du Sud. Un mois plus tard le 17 novembre, le Parlement européen adoptait une résolution défendant l'intégrité de la Géorgie et qualifiant les Républiques sécessionnistes (qui après plusieurs guerres n'ont aucune envie de réintégrer le giron géorgien) de "territoires occupés" suscitant une lettre de protestation du ministère des affaires étrangères abkhaze, mais cette résolution a valu à son rapporteur Krzysztof Lisek d'être décoré à Tbilissi de l'ordre de Saint Georges huit jours plus tard.
Le soutien européen donne des ailes au bouillant président M. Saakachvili qui vient d'annoncer son intention de créer ex-nihilo une ville nouvelle sur les bords de la Mer noire, Lazica, à deux pas de la frontière abkhaze qui devrait devenir un très grand port de et une cité de 500 000 habitants d'ici dix ans. Le but déclaré de Saakachvili est de concurrencer la capitale Abkhaze Soukhoumi. "En dépit des plans échaffaudés par l'ennemi, nous allons créer cette nouvelle grande ville, qui sera bien plus grande que ne l'est actuellement Soukhoumi, et qui sera une base ferme pour permettre à la Georgie de définitivement retourner dans ses territoires perdus car la Géorgie n'est bien sûr pas envisageable sans l'Abkhazie" a affirmé Saakachvili. Peu de temps après l'élection d'Obama le vice-président Biden avait incité Tbilissi à jouer la carte économique pour créer un pôle d'attraction qui destabiliserait l'Abkhazie, en l'absence de possibilités de la reconquérir militairement (cf le livre Abkhazie).
On apprenait par ailleurs la semaine dernière que le Centre de la politique européenne, la Eurasia Partnership Foundation et “Robert Bosch Stiftung” organiseront demain 14 décembre à Bruxelles une conférence intitulée “La lutte pour l'influence dans le Caucase du Sud: Quel rôle pour l’Union européenne” (un titre qui pose clairement l'enjeu en terme de rivalité avec Moscou). Robert Bosch Stiftung est une fondation financée par la société d'ingénierie multinationale et d'électronique du même nom (mais plus connue sous le nom de Bosch) basée près de Stuttgart. Bosch joue un rôle important dans les pipelines d'Azerbaïdjan, et possède aussi des intérêts industriels en Géorgie. Eurasia Partnership quant à lui, créé en 2008, sous des airs "européens" fait partie en réalité d'un réseau basé à Washington, la Eurasia Foundation. A l'origine financée uniquement par le gouvernement étatsunien, elle reçoit aujourd'hui des fonds diversifiés des agences des Nations Unies, de la « Swedish International Development Cooperation Agency (Sida) », des gouvernements de la Norvège et de la Finlande, de l’Ambassade de Grande-Bretagne et l’Ambassade de Pologne, d' une institution danoise, des fondations allemandes ainsi que d’un certain nombre de firmes privées (Chevron, Microsoft, Philip Morris etc, elle semble d'ailleurs liée à la Fondation Soros puisque une des membres de son conseil d'administration fait partie de l'International Crisis Group). Le président du conseil de gestion est Jan Kalicki, ancien conseiller de Bill Clinton (proche donc des démocrates américains comme Soros) et aujourd'hui attaché à la compagnie pétrolière Chevron.
Sanaa Amrani
Après les législatives russes : l'opposition peut-elle échapper à la récupération occidentale ?
Comme en Libye et en Syrie, la question de la récupération de l'opposition populaire par les puissances occidentales est aujourd'hui d'actualité après que les élections législatives du 4 décembre dernier aient accordé une courte majorité au parti "Russie Unie" de Vladimir Poutine et Dimitri Medvedev.
Dès le 6 décembre la bouillante secrétaire d'Etat américaine Mme Clinton s'est empressée de qualifier d' "injuste" les élections législatives russes et a demandé uen enquête sur les fraudes présumées, à l'heure où se tendent à nouveau les relations entre Moscou et Washington sur le projet de bouclier antimissile de l'OTAN.
Le journaliste belge Jean-Marie Chauvier explique dans un article récent que l’association « Golos », que dirige M. Gregory Melkoyants, est un des principaux relais de l'action des Etats-Unis en Russie. Elle, "a plusieurs implantations régionales, et figure également sur les listes d’ONG assistées par National Endowment for Democracy (NED) la fondation conservatrice créée en 1983 par Ronald Reagan pour combattre l’URSS et le communisme et qui s’emploie, depuis 1991, à étendre l’influence et les clientèles de Washington dans tout l’espace ex-soviétique", précise-t-il. Les Occidentaux peuvent aussi compter sur "de nombreuses associations russes de lutte pour les Droits de l’Homme et les libertés, pour l'inventaire des crimes de l'ère soviétique, contre le racisme et la guerre en Tchétchénie. Parmi ces associations, il ne manque pas de noms connus du public occidental, vu qu’elles sont aussi les sources d’information des journalistes étrangers en poste ou en reportage à Moscou : le centre Youri Levada d’étude de l’opinion publique, la Fondation Andrei Sakharov, le Comité tchétchène de salut national, les associations « Sova », "Memorial" etc…" .
Dans son compte rendu de la manifestation du 10 décembre à Moscou qui a réuni 30 à 40 000 personnes Jean-Marie Chauvier remarque que les libéraux, interlocuteurs privilégiés des Occidentaux, dirigés par Boris Nemtsov ont cherché à voler la vedette aux autres tendances présentes dans le cortège, notamment le Parti communiste (qui dépasse Russie Unie en Moyenne Sibérie - Novossibirsk, Irkoutsk, Argansk, Omsk) et Russie Juste (le parti propulsé par le Kremlin pour concurrencer le PC et qui occupe aujourd'hui l'espace socialdémocrate). De nouvelles manifestations sont prévues les 17, 18 et 24 décembre.
Dans un communiqué du 12 décembre le vice président du comité central du Parti communiste de la fédération de Russie, Vladimir Kachine accuse les libéraux pro-Occidentaux d'essayer de voler la victoire au peuple et rappelle que les libéraux, qui avaient participé à la prise de la Douma par les armes aux côtés de Eltsine, ont été associés à toutes les manipulations de la présidence eltsinienne sont tout aussi autoritaires et aussi peu démocrates que Russie Unie. Le parti communiste a proposé le 7 décembre à Russie Juste une alliance électoral pour que Ziouganov soit le candidat unique de tout "le centre gauche", proposition rejetée le 10 par Russie Juste qui a désigné son propre candidat.
Delphine Jaen
ONU : l'Erythrée à nouveau condamnée
Le 5 décembre le Conseil de sécurité des Nations-Unies a voté par 13 voix pour et 0 contre un renforcement des sanctions économiques contre l'Erythrée, accusée d'apporter une aide militaire aux milices islamistes Shebab en Somalie. La Chine et la Russie se sont abstenues.
La version originale de la résolution rédigée par le Gabon (sous la dictée des Occidentaux selon l'Afrique du Sud) cherchait à interdire tout investissement dans le secteur des minerais du pays et toute importation en provenance de ce pays dans ce domaine, ce qui aurait lourdement contribué à asphyxier son économie dont l'avenir repose sur les découvertes récentes de nombreuses mines. La Russie et la Chine s'y sont opposés et les Occidentaux ont admis qu'elle était trop radicale. La version définitive demande seulement aux entreprises étrangères impliquées dans l'exploitation des minerais à être "vigilantes" pour que leurs ressources ne soient pas employées à la déstabilisation de la région et qui condamne l'usage des impôts de la diaspora érythréenne pour aider les Shebab et demande à l'Eythrée de ne plus "extorquer" de froce des fonds à sa diaspora. Le président érythréen Isaias Afewerki s'est plaint que le conseil de sécrutité ne lui ait même pas laissé le temps de prendre un avion pour pouvoir défendre à New York le point de vue de son pays (un empressement occidental critiqué par l'ambassadeur russe Vitaly Chourkine). L'Erythrée est déjà sous embargo pour les livraisons d'armes et sous interdiction de visa pour ses officiels à destinations des pays occidentaux. La Grande Bretagne a menacé que d'autres sanctions pourraient frapper Asmara dans les mois à venir.
Le Kenya a envahi la Somalie le 16 octobre dernier tirant prétexte de l'enlèvement de touristes occidentaux (dont les milices Shebab ont démenti être les auteurs, et qui selon elles seraient l'oeuvre du gouvernement kenyan lui-même). L'Ethiopie lui a emboité le pas en novembre (alors qu'elle s'était retirée de Somalie en 2009), et les services secrets américains sont très présents dans la région, une ingérence extérieure qui, de l'avis de beaucoup, renforce politiquement les Shebab qui recueillent ainsi à leur profit le sentiment patriotique et anticolonial des populations locales. L'impact de cette guerre sur la population civile est mal connu. Dans le camp de réfugiés somaliens de Daabab au Kenya où s'entassent 500 000 personnes, une épidémie de choléra s'est déclenchée mi-novembre.
Djibril Cissoko