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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 16:18

nicaragua.pngLe président sortant Daniel Ortega a remporté dimanche dernier les élections présidentielles à uns eul tour au Nicaragua avec 62,66 % des voix, un score qui a confirmé l'adhésion populaire relevée dès le début de la campagne électorale.

 

Comme l'a noté le journaliste Maurice Lemoine, toujours aussi peu respectueuse de la démocratie, la droite de ce pays conteste les résultats de ces élections. "L’opposition, écrit-il, annonce ne pas reconnaître le triomphe sandiniste. D’après elle – et nombre d’observateurs –, M. Ortega n’avait pas le droit de se représenter à la présidence, l’article 147 de la Constitution interdisant deux mandats successifs. C’est oublier que, en octobre 2009, la Salle constitutionnelle de la Cour suprême de justice (CSJ) a déclaré cet article inapplicable – tout comme les instances similaires l’avaient fait en Colombie, permettant la réélection du « très contesté » Álvaro Uribe, et au Costa Rica, sans que nul n’y trouve à redire, en faveur du « très consensuel » Óscar Arias".

 

Une fois de plus l'opposition trouve des soutiens à l'étranger. Le Canada qui mène une politique de plus en plus dure dans les conflits impériaux en Afghanistan et en Libye par exemple, a accusé le gouvernement d'avoir entâché ce scrutin de fraude et assure préparer une riposte au niveau de l'Organisation des Etats Américains (OEA). La très conservatrice secrétaire d'Etat canadienne aux affaires américaines Diane Ablonczy a rencontré à ce sujet le secrétaire général de cette Organisation, José Miguel Insulza, à Washington en début de semaine.

 

Daniel Ortega a reçu les féliciations de la plupart des chefs d'Etat d'Amérique latine et de son allié russe M. Medvedev.

 

DC

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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 15:35

drapeaubolivie.pngLe président Évo Morales, dans son discours à l’Assemblée générale des Nations Unies, a dénoncé l’insécurité générée par les nouvelles méthodes des Etats-Unis et de l’Otan visant la déstabilisation et le renversement de gouvernements. La crise économique les pousse vers les pays riches en pétrole, minerais et richesses de toute nature.

 

Cette déclaration fait suite  à une nouvelle tentative de déstabilisation dont a été victime la Bolivie, comme le rappelle dans son article le québecquois Oscar Fortin, à l'occasion de la mise en chantier par une entreprise brésilienne d'une autoroute qui passe par le Territoire Indigène et le Parc National Isiboro Sécure ((TIPNIS) lequel relie les départements
 de Beni et Cochabamba (ce qui peut à la fois désenclaver des communautés indigènes pour l'accès au soin et l'accès de leurs producteurs aux marchés agricoles, et accélérer l'exploitation de l'Amazonie par les multinationales). Il s’agit d’un parc où vivent plusieurs communautés indiennes. Un certaine nombre de communautés (mais pas toutes car certaines sont favorables à l'autoroute) ont manifesté tout au long de l’été contre le passage de cette route sur leur territoire. Le 15 août dernier, une marche, regroupant près de 600 personnes a été organisée pour protester contre ce projet. Elle avait pour destination la capitale La Paz.

 

À plusieurs reprises le Président s’est dit ouvert au dialogue et a délégué divers représentants de haut niveau pour entamer des négociations avec les communautés locales et leurs dirigeants. La dernière de ces délégations a été envoyée la semaine du 20 septembre. Le ministre des Relations extérieures, lui-même indien de source, a dirigé cette délégation. Un dérapage imprévisible s'est produit lorsque la délégation gouvernementale, le ministre en tête, a été prise en otage et forcée de marcher en tête de la marche, servant de bouclier humain pour franchir la ligne de protection policière qui était là pour éviter qu’il y ait confrontation avec un autre groupe d’indiens, ceux-là en faveur de la route. Les otages ont pu être libérés et la confrontation entre les deux groupes opposés a pu être évitée. Cet incident a aussitôt été rapporté à la commission des droits de l’homme de l’Organisation des États Américains (OEA). Le lendemain (25 septembre), un responsable des forces policières a donné l’ordre d’évacuer les indiens contestataires et de prendre les moyens nécessaires pour y arriver. Cette répression (qui aurait fait des morts) a soulevé la colère dans tout le pays.

 

Devant l’ampleur de cette crise, le président Morales a fait appel à la Commission des droits de la personne des Nations Unies, à celle qui la représente en Bolivie, aux représentants des communautés indiennes ainsi qu’à la secrétaire d’UNASUR de participer à l’enquête devant faire toute la lumière sur cet événement et s’assurer que tous les responsables de ces actes aient à répondre de leurs gestes.

 

Les accusations d'ingérence extérieure dans l'affaire de l'autoroute du TIPNIS présentées à l'ONU par Evo Morales ne sont pas gratuites. La Ligue pour la défense de l'environnement - Liga por la Defensa del Medio Ambiente (LIDEMA) - financée par l'agence publique américaine USAID et par la Fondation Konrad Adenauer qui travaille à la déstabilisation du gouvernement cubain à Bruxelles est présente aux côtés des manifestants et finance des actions parmi les communautés indigènes. Des câbles de Wikileaks ont montré qu'USAID cible spécifiquement les communautés indigènes, ce que le militant Federico Fuentes (auteur d'un livre sur le parti de Morales, le MAS) appelle un "impérialisme vert". Au delà de cette action des ONG mêlée aux marches indigènes, il y a aussi les appels à la démission de Morales dans la presse conservatrice, les homélies de l'église institutionnelle en faveur du "dialogue" (comme si Evo Morales n'avait pas recherché le dialogue depuis le début - la moitié du gouvernement au totals s'est rendue sur place pour discuter).

 

Dans un article du 27 septembre qui ne cite que la presse de droite, Mathilde Gérard du journal Le Monde semble se réjouir à l'idée que "Malgré les distances prises par Evo Morales avec les violences du week-end, la bataille d'opinions ne joue pas en sa faveur. Le président est en train de perdre le soutien des Indiens, soit la moitié de la population du pays, celle qui avait largement contribué à son ascension politique." Une fois de plus la machine à déstabiliser est en marche.

 

 

 

 

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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 14:24

nicaragua.png200 000 personnes étaient présentes samedi 10 septembre dans la capitale régionale et deuxième ville du Nicaragua Matagalpa (110 000 habitants), dans le centre-nord du pays, pour le meeting de lancement de la campagne électorale du président sortant sandiniste Daniel Ortega.

 

Le président ortega a rappelé à cette occasion le bilan de son action, notamment l'octroi de 136 000 titres de propriété à des paysans expulsés de leur terre (il en promet 150 000 pour son prochain mandat), la prise en charge de l'équipement en lamelles de zinc de 267 000 toits par l'Etat depuis 2007 (le "plan techo"), l'électrification de 156 000 logements. 100 000 Nicaraguayens ont bénéficié de l'opération Milagro (avec l'aide de médecins cubains) pour les soins des yeux. Tous ces chiffres a assuré le président devraient encore augmenter sous son second mandat, tandis que l'accès à la téléphonie mobile devrait toucher 1 million de nicaraguayens en plus dans les cinq prochaines années.

 

Alors que les sandinistes voient dans cette mobilisation paysanne un signe favorable pour les élections présidentielles qui auront lieu le 6 novembre, la presse de droite nicaraguayenne estime que Matagalpa est un fief sandiniste et qu'une telle mobilisation aurait été impossible dans les districts plus urbains de la zone pacifique. Pourtant il y a seulement sept ans, le Parti libéral constitutionaliste (PLC) faisait jeu égal avec le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) dans cette zone. La démonstration de force du FSLN dans cette ville samedi fut donc un signe fort d'adhésion des paysans de la région à son programme.

 

Selon la chaîne sandiniste Multinoticias, beaucoup de paysans qui souhaitaient assister au meeting sandiniste n'ont pas pu disposer d'assez de véhicules pour s'y rendre. Une adhésion citoyenne qui est aussi le résultat de l'action conjuguée du gouvernement central et des autorités locales sandinistes : dans ce seul district sept centres de santé ont été créés depuis 2007, la politique de santé et de prévention s'est développée, la mortalité maternelle a baissé de 40 % et la formation intensive de maîtres d'école dans l'école normale José Marti (du nom du libérateur cubain de 1898) rénovée en 2009, a permis de faire reculer l'analphabétisme à un taux de 0,3 % (contre encore plus de 10 % au Honduras voisin).

 

L'épouse du président Rosario Murillo en sa qualité de coordonatrice du Conseil de la communication et de la citoyenneté a estimé que cette mobilisation manifestait le soutien populaire au projet d'un Nicaragua "plus chrétien, plus socialiste et plus solidaire" (slogan sandiniste qui est aussi la devise de la municipalité sandiniste de Matagalpa).

 

F. Delorca

 

 

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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 22:02

A la tête d'une coalition électorale Gana Perú (le Pérou gagne) regroupant le  Parti nationaliste péruvien (PNP) qu'il a fondé, le Parti communiste du Pérou, le Parti socialiste et le Parti socialiste révolutionnaire, l'ancien officier Ollanta Humala vient de remporter avec environ 51 % les élections présidentielles face à Keiko Fujimori.

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Il succède ainsi au social démocrate rallié au néo-libéralisme Alan Garcia. La presse conservatrice estime que Humala doit son succès au fait qu'il a pris ses distances avec Hugo Chavez, qu'il s'est engagé à ne pas faire entrer son pays dans l'Alliance bolivarienne pour les Amériques et qu'il souhaite plutôt s'inspirer du modèle brésilien, alors que sa proximité avec Chavez lui aurait fait perdre les élections de 2006.

 

Il n'en demeure pas moins que Humala, d’origine indienne (quechua), veut une redistribution des richesses au profit des régions andines, son programme prévoit également la nationalisation de secteurs stratégiques, et l'adoption d'une nouvelle constitution.

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26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 12:37

p1010387.jpgClaudio Joao Ribeiro da Silva, saigneur d'hévéas et leader de la conservation des forêts et son épouse, Maria do Espirito Santo, ont été pris en embuscade et tués dans l'Etat amazonien du Para, ont indiqué des responsables de la police fédérale et du gouvernement brésiliens.

 

Les victimes étaient militantes de l'organisation fondée par le célèbre conservationniste, Chico Mendes, qui a été lui-même été assassiné par des éleveurs en 1988.

 

En février 2005, la religieuse Dorothy Stang, qui défendait les pauvres et les éleveurs opposés à la destruction de l'Amazonie a été également tuée par balle.

 

Ce double assassinat intervient à l'heure où la chambre basse du Congrès brésilien examinait des amendements à la loi de l'utilisation des terres, auxquels certains reprochent de faire reculer les acquis récents pour protéger l'Amazonie."La Chambre des députés a transformé la loi de protection des forêts en un passeport pour la déforestation et l'expansion débridée de l'agriculture et de l'élevage", a déploré Greenpeace dans un communiqué.

 

La déforestation dans l'Etat  voisind'Amazonie a augmenté de 27 % en un an, d'après les données mêmes du ministère de l'Environnement a révélé récemment le journal  A folha de Sao Paolo.Les observations du satellite Deter montrent qu'entre août 2010 et avril 2011, 1848 km² de forêt ont été anéantis, là où un an avant, durant la même période, 1455 km² d'arbres avaient disparu (soit à chaque fois l'équivalent d'une région française).

 

Contrairement à ce qui se passait dans les années 1970, quand la déforestation était souvent liée à des projets de développement financés par un gouvernement promouvant une colonisation de subsistance, la déforestation actuelle est liée à la compétition internationale introduite par la globalisation capitaliste des années 1990. Les progrès dans l'agriculture et l'élevage permettent désormais de transformer l'Amazonie en une zone rentable pour la culture du soja et l'exploitation extensive des bovins. La subvention étatsunienne à la culture du maïs pour la production d'éthanol est aussi responsable d'une grande partie de ce désastre écologique et social.Comme la demande de biocarburants continue d’augmenter, il se pourrait bien que l’huile de palme — la graine oléagineuse au meilleur rendement- devienne une culture dominante en Amazonie. Ce déboisement en retour modifie le climat local et favorise les feux de forêts. La moitié de la forêt amazonienne pourrait avoir disparu en 2030 (cf Mongabay.com).

 

Selon un rapport de la Banque mondiale, cette réduction aura pour effet l’extinction d’innombrables espèces, la perte de ressources en eau, la réduction des précipitations dans toute la région et l’affaiblissement du puits de carbone le plus important du monde. Le bilan humain n'est pas négligeable non plus : appauvrissement des petits paysans, expropriations par les grandes exploitations, inondations résultant des bouleversements climatiques locaux qui ont tué des dizaines de personnes au cours des dernières années et mis à la rue des milliers d'autres.

 

Le mouvement de déforestation s'accélère avec la reprise de la croissance mondiale au lendemain de la crise financière.

 

Aux Etats-Unis, la première puissance mondiale qui peut peser considérablement sur cette évolution, la sensibilité aux enjeux environnementaux reste inégale.

 

Sous l'administration Obama la CIA a créé un centre de recherche sur le climat et a relancé un programme, abandonné par George Bush, qui permet de partager les images satellites des glaciers et de l’Arctique avec les scientifiques. Des officiels de la CIA ont également sollicité les experts scientifiques pour connaître leur point de vue sur l’impact du changement climatique sur le monde et suivre les actions des pays pour réduire les gaz à effets de serre. Il est vrai que le complexe militaro-industriel étatsunien est lui-même menacé par les évolutions environnementales : plus de 30 bases militaires américaines se situent près des côtes et sont exposées à la hausse du niveau des mers.

 

Sur le dossier particulier de la déforestation tropicale des sénateurs démocrates comme John Kerry and Richard Lugar sont en pointe. Mais les Républicains américains demeurent insensibles. Alors que la déforestation causerait 20 % des changements climatiques via les émissions de gaz à effet de serre (un chiffre, il est vrai, qui prête à débat), les parlementaires républicains ont voté la semaine dernière contre le rapport mis en avant par le Démocrate Henry Waxman dans lequel il est affirmé que « Le réchauffement climatique est indéniable, comme l’atteste les observations relatives à l'augmentation des températures moyennes atmosphériques et océaniques, la fonte généralisée de la neige et des glaces et l'élévation du niveau des mers à l’échelle mondial».


Les appels à la solidarité internationale se multiplient. Selon l'économiste Nicholas Stern, une contribution de 10 à 15 milliards d'euros de la part des pays riches au fond de Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation de la forêt pourrait diminuer de moitié la déforestation. Le gouvernement brésilien lui a créé un Fonds amazonien ouvert aux donnateurs internationaux dans le but de réduire à 5 000 km2 la déforestation à l'horizon 2014-2017. Mais ce genre de fonds, outre qu'il ne peut suffire à compenser les besoins économiques des Etats fédérés brésiliens, est difficilement compatible avec la préservation de la souveraineté du Brésil et le libre-choix de ses options de développement.

 

Dans ce contexte, la sauvegarde de la forêt amazonienne semble difficilement envisageable sans une refonte générale du système économique qui l'encourage.

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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 13:39

Le Mexique fait actuellement l'objet d'une campagne d'ingérence judiciaire tous azimuts.

latinamerica.jpg 

La France tout d'abord a entrepris une campagne médiatique contre le gouvernement mexicain autour de la condamnation de Mme Florence Cassez à 96 ans de prison en 2008 (commuée à 60 ans en 2009).

 

Patronne d'une boutique de Calais, cette femme a eu une liaison avec Israel Vallarta, plusieurs fois condamné, qui a reconnu un meurtre et dix enlèvements. La police mexicaine le soupçonne d'être le chef d'une bande de kidnappeurs. Florence Cassez nie avoir eu connaissance de ces activités criminelles, et dit avoir toujours cru que Vallarta était un vendeur de voiture. Elle a été arrêtée en 2005 dans le cadre d'une mise en scène que la France impute au contexte pré-électoral de l'époque. Les derniers rebondissements du dossier judiciaire depuis 2009, et notamment les vices de procédure constatés, semblent avoir convaincu le président Sarkozy d'en faire un enjeu médiatique, comme en 2007 la détention des infirmières bulgares en 2007 ou la capitivité d'Ingrid Betancourt, pour faire oublier ses déboires politiques du moment. Le gouvernement français a accusé le Mexique de "déni de justice" et décidé de consacrer l'année culturelle du Mexique prévue en 2011 à Mme Cassez. Même si une partie de la gauche et du centre critiquent la gestion par M. Sarkozy de ce dossier, 200 députés français mardi dernier ont posé aux côtés de la famille Cassez (alors que bien peu se mobilisent pour le jeune Français de Palestine Salah Hamouri détenu en Israël).

 

Au Mexique au contraire la mobilisation contre l'ingérence française est de grande ampleur. Même le prestigieux recteur de l'Université nationale autonome du Mexique José Narro Robles haute autorité morale de la gauche mexicaine et latinoaméricaine, a réclamé en Une du journal La Jornada dimanche "le respect de la souveraineté" de son pays

 

La France n'est pas la seule puissance occidentale a vouloir donner des leçons au Mexique.

 

Le 18 février le président du groupe sénatorial du Parti de la révolution démocratique mexicain (membre de l'internationale socialiste), Carlos Navarrete, a qualifié de grave et inacceptable la prétention des Etats-Unis d'envoyer des agents du FBI enquêter sur l'assasinat par le cartel de Zeta d'un agent des migrations étatsunien à San Luis Potosí.

 

9 jours plus tôt la secrétaire américaine à la Sécurité intérieure des Etats-Unis, Janet Napolitano, n'avait pas hésité à évoquer une éventuelle collusion entre barons de la drogue mexicains du cartel des Zetas et terroristes islamistes d'Al-Qaïda, une accusation déjà lancée par le Daily Telegraph en décembre dernier...

 

Suite à l'ambuscade de San Luis Potosí, le sénateur républicain Mickael Mc Caul a incité Washington a faire pression sur le Mexique pour que les agents fédéraux des Etats-Unis en charge de la répression des trafics sur le sol mexicain soient autorisés à porter des armes.

 

Le Mexique qui a enregistré le décès de 30 000 personnes dans le cadre de la guerre contre les mafias lancée par le président Calderon est aujourd'hui donc en lutte sur plusieurs fronts, tandis que la gauche (voir l'éditorial de  la Jornada aujourd'hui) critique la droite mexicaine au pouvoir non seulement pour n'avoir pas su défendre mieux la souveraineté du pays face aux ingérences croissantes des Etats-Unis et de la France, mais aussi de s'être coupé de soutiens potentiels comme Cuba et le Venezuela avec lesquels le président Calderon a rompu récemment. Un isolement que paie le peuple mexicain tout entier du point de vue de sa capacité à défendre ses intérêts sur la scène internationale.

 

 

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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 04:00

petraeus.jpgLe 10 février dernier, les États-Unis ont tenté d’introduire illégalement un chargement d’armes et de drogues, à l’aéroport international d’Ezeiza à 20 km de Buenos Aires (Argentine) dans un énorme Boeing C-17 des Forces aériennes états-uniennes. Cet avion était censé ne transporter que des instructeurs et du matériel nécessaire pour un cours à 'intention du Groupe d’intervention spéciale de la Police fédérale argentine, prévu pour fin février et début mars.  Les autorités aéroportuaires argentines lorsqu'elle ont fait l'inspection du cargo ont découvert des canons, des mitrailleuses et des carabines, ainsi qu’une valise celée qui ne figuraient pas dans liste de matériel prévu à l'origine. Les militaires qui voyageaient à bord de l’avion cargo ont refusé d’ouvrir la valise celée en arguant du fait qu'elle contenait des éléments informatiques que des satellites espions militaires pourraient déceler si la valise était ouverte. Ce ne sera qu’après deux jours d’ardues discussions, que les autorités argentines ont eu accès, dimanche le 13 février, au contenu de cette valise. Ils y ont trouvé des drogues, des équipements de transmission, des dispositifs informatiques de stockage de masse (clé USB) et des appareils scripteurs.

 

Le Département d'Etat étatsunien a convoqué l'ambassadeur d'Argentine pour protester contre cette saisine de matériel, alors que le chef du cabinet de la présidence argentine Aníbal Fernández faisait remarquer qu'une telle introduction clandestine  d'armes aux Etats-Unis en provenance d'un pays du Sud aurait conduit à l'incarcération immédiate des responsables de la cargaison. Le journaliste argentin Horacio Verbitsky dans son article du 13 février estimait en s'appuyant sur le livre de la journaliste du Washington Post Dana Priest The Mission. Waging War and Keeping Peace with America’s Military (2003) que cette livraison d'armes aurait pu être décidée directement par le Pentagone qui jouit d'une grande autonomie dans l'appareil d'Etat étatsunien.

 

Le mercredi 16 février le président bolivien Evo Morales a dénoncé dans cette introduction d'armes et de drogues en Argentine une action  "arbitraire et illégale qui non seulement viole l'intégrité de l'Argentine et des pays latinoaméricains et mais qui démontre aussi que les Etats-Unis participent au commerce de la drogue dans le monde". Il proposera prochainement à l'Union des nations sud-américaines (Unasur) un mécanisme de contrôle systématique des avions militaires étatsuniens.

 

En réponse aux protestations du gouvernement argentin, la porte-parole du Département d’État, Virginia Staab, a argumenté le 15 février que "ce débarquement avait été complètement coordonné et approuvé par le Ministère de Sécurité et le ministère des Affaires étrangères du Gouvernement de l’Argentine". Mais à l'évidence, cette tentative de justification ne vaut pas pour les armes et les drogues non répertoriées qui selon les Argentins représentaient un tiers du volume de l'avion.

 

Reste à déterminer à qui étaient destinés ces équipements clandestins, et contre quel gouvernement ou quelle force politique dans la région ils devaient être utilisés. Beaucoup pensent à la Bolivie qui a déjoué une tentative de coup d'Etat en avril 2008. Mais cette livraison d'armes et de stupéfiants pouvait aussi s'inscrire dans le cadre d'une opération de déstabilisation de plus grande ampleur. Washington a déclaré qu'aucune explication ne sera donnée sur l'usage qui devait être fait de cette cargaison.

 

Frédéric Delorca

 

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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 13:29

Le brésilien Ricardo Seitenfus, diplômé de l’Institut de hautes études internationales de Genève, représentant de l'Organisation d'États Américains (OEA) à Haïti a été destitué le lundi 27 décembre pour avoir critiqué la gestion de l'Organisation de Nations Unies (ONU) dans ce pays dans le journal suisse Le Temps du 20 décembre 2010.

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Seitenfus avait déclaré: "Le système de prévention des litiges dans le cadre du système onusien n’est pas adapté au contexte haïtien. Haïti n’est pas une menace internationale. Nous ne sommes pas en situation de guerre civile. Haïti n’est ni l’Irak ni l’Afghanistan. Et pourtant le Conseil de sécurité, puisqu’il manque d’alternative, a imposé des Casques bleus depuis 2004, après le départ du président Aristide. Depuis 1990, nous en sommes ici à notre huitième mission onusienne. Haïti vit, depuis 1986 et le départ de Jean-Claude Duvalier, ce que j’appelle un conflit de basse intensité. Nous sommes confrontés à des luttes pour le pouvoir entre des acteurs politiques qui ne respectent pas le jeu démocratique. Mais il me semble que Haïti, sur la scène internationale, paie essentiellement sa grande proximité avec les Etats-Unis. Haïti a été l’objet d’une attention négative de la part du système international. Il s’agissait pour l’ONU de geler le pouvoir et de transformer les Haïtiens en prisonniers de leur propre île. L’angoisse des boat people explique pour beaucoup les décisions de l’international vis-à-vis d’Haïti. On veut à tout prix qu’ils restent chez eux."

 

Le dipomate brésilien avait ajouté : "Aujourd’hui, l’ONU applique aveuglément le chapitre 7 de sa charte, elle déploie ses troupes pour imposer son opération de paix. On ne résout rien, on empire. On veut faire de Haïti un pays capitaliste, une plate-forme d’exportation pour le marché américain. C’est absurde. Haïti doit revenir à ce qu’il est, c’est-à-dire un pays essentiellement agricole encore fondamentalement imprégné de droit coutumier. Le pays est sans cesse décrit sous l’angle de sa violence. Mais, sans Etat, le niveau de violence n’atteint pourtant qu’une fraction de celle des pays d’Amérique latine.(...) Quand le taux de chômage atteint 80 %, il est insupportable de déployer une mission de stabilisation. Il n’y a rien à stabiliser et tout à bâtir. (..) Il faut construire des routes, élever des barrages, participer à l’organisation de l’Etat, au système judiciaire. L’ONU dit qu’elle n’a pas de mandat pour cela. Son mandat en Haïti, c’est de maintenir la paix du cimetière"

 

Et à propos des ONG et de l'aide internationale, on relèvera ses propos : " Il existe une relation maléfique ou perverse entre la force des ONG et la faiblesse de l’Etat haïtien. Certaines ONG n’existent qu’à cause du malheur haïtien (...) Face à l’importation massive de biens de consommation pour nourrir les sans-abri, la situation de l’agriculture haïtienne s’est encore péjorée. Le pays offre un champ libre à toutes les expériences humanitaires. Il est inacceptable du point de vue moral de considérer Haïti comme un laboratoire. La reconstruction de Haïti et la promesse que nous faisons miroiter de 11 milliards de dollars attisent les convoitises. Il semble qu’une foule de gens viennent en Haïti, non pas pour Haïti, mais pour faire des affaires. (...) Il faut aller vers la culture haïtienne, il faut aller vers le terroir. Je crois qu’il y a trop de médecins au chevet du malade et la majorité de ces médecins sont des économistes. Or, en Haïti, il faut des anthropologues, des sociologues, des historiens, des politologues et même des théologiens. Haïti est trop complexe pour des gens qui sont pressés. Les coopérants sont pressés. Personne ne prend le temps ni n’a le goût de tenter de comprendre ce que je pourrais appeler l’âme haïtienne. Les Haïtiens l’ont bien saisi, qui nous considèrent, nous la communauté internationale, comme une vache à traire. Ils veulent tirer profit de cette présence et ils le font avec une maestria extraordinaire. Si les Haïtiens nous considèrent seulement par l’argent que nous apportons, c’est parce que nous nous sommes présentés comme cela (...) Pour rester ici, et ne pas être terrassé par ce que je vois, j’ai dû me créer un certain nombre de défenses psychologiques. Je voulais rester une voix indépendante, malgré le poids de l’organisation que je représente. J’ai tenu parce que je voulais exprimer mes doutes profonds et dire au monde que cela suffit. Cela suffit de jouer avec Haïti. Le 12 janvier 2010 m’a appris qu’il existe un potentiel de solidarité extraordinaire dans le monde. Même s’il ne faut pas oublier que, dans les premiers jours, ce sont les Haïtiens tout seuls, les mains nues, qui ont tenté de sauver leurs proches. La compassion a été très importante dans l’urgence. Mais la charité ne peut pas être le moteur des relations internationales. Ce sont l’autonomie, la souveraineté, le commerce équitable, le respect d’autrui qui devraient l’être. Nous devons penser simultanément à offrir des opportunités d’exportation pour Haïti, mais aussi protéger cette agriculture familiale qui est essentielle pour le pays."

 

Haïti demeure toujours dans le plus grand dénuement économique et stagne dans une impasse politique. Après l'organisation d'élections présidentielles le 28 novembre dernier pour respecter les exigences de la communauté internationale malgré la destruction de son appareil d'Etat par le tremblement de terre de janvier 2010, le collège électoral a décidé de suspendre la publication du résultat du premier tour à la demande du président sortant René Préval (beau-père du candidat arrivé second... et qu'on soupçonne d'avoir bénéficié de fraudes) et de l'Organisation des Etats Américains (OEA) - cf Le Post. Préval, qui lui-même a été "réélu" en 2006 après une répartion arbitraire des bulletins blancs par l'ONU sans second tour, a rejeté la demande de l'opposition qui réclame l'annulation de la mascarade électorale de novembre et l'instauration d'un nouveau gouvernement provisoire le 7 février 2011 (date constitutionnelle) pour organiser des élections transparentes. De sérieux doutes sur la légitimité de ces élections planent depuis plusieurs mois. La commission électorale à la demande des Etats-Unis en a exclu le principal parti qui avait gagné toutes les élections précédentes, Fanmi Lavalas de JB Aristide - Mark Weisbrot dans le Guardian du 1er décembre jugeait le degré de pluralisme de ces élections comparable à celui de celles du Myanmar...

 

F. Delorca

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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 13:55

Deux initiatives du Surinam (ex-Guyane hollandaise) ont marqué l'actualité internationale des dix derniers jours dans un sens qui ne peut que déplaire à Washington.

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Le 26 novembre dernier son président, Desi Bouterse, à l'occasion des 35 ans de l'indépendance du pays, accueillait à Paramaribo le président du Venezuela Hugo Chavez. Quatre accords de coopération ont été signés à cette occasion entre les deux pays, sur la base notamment d'échanges d'urée (qui est à la fois un engrais agricole et un stabilisateur d'explosifs, Caracas en a déjà offert au Nicaragua) venezuéliens, contre du riz surinamien, ainsi que des livraisons de pétrole à prix préférentiel dans le cadre de l'accord Petrocaribe. Chavez a souligné que les deux pays s'étaient trop longtemps ignorés l'un l'autre. Les Vénézuéliens vont apporter une aide au Surinam pour le développement agricole. Le Surinam est un pays peu dense de 500 000 habitants qui dispose de grandes réserves d'eau douce (sur la guerre de l'eau des multinationales en Amazonie voir cet article récent en espagnol) et de terres cultivables importantes. Selon Chavez ce pays pourrait être utile pour affronter le problème de la faim dans le monde, et fournir des ressources alimentaires pour les pauvres en échappant à la mainmise des pays du Nord. Le président vénézuélien a fait part de son souhait de faire profiter le Surinam de la coopération que son pays développe avec Cuba, la Biélorussie, et la Russie. Lui-même venait du Guyana avec lequel il entend renforcer la coopération pétrolière et agricole (le Guyana fut un pays d'orientation socialiste assez clairement pro-soviétique au milieu des années 80).

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Le président Bouterse était lui aussi récemment au Guyana voisin où il s'est déclaré impressionné par l'action des médecins bénévoles cubains en ophtalmologie (300 étudiants guyanais sont formés à Cuba en ce moment). 

 

Deuxième source de désagrément pour Washington, le 2 décembre, le ministre de la défense surinamais, Lamure Latour, a rencontré son homologue chinois, Liang Guanglie, à Pékin où il devait rester 4 jours. Déjà en 2007 la Chine avait doté le Surinam de véhicules blindés. La coopération économique entre Pékin et le Surinam quant à elle s'était déjà développée sous le mandat du président Ronald Venetiaan.

 

Le président surinamais Bouterse a exercé une dictature militaire au Surinam dans les années 1980 (à l'époque d'ailleurs il avait eu des relations difficiles avec Fidel Castro) mais il s'est excusé pour les crimes de sa jeunesse, et a légalement été élu dans le cadre d'élections pluralistes en mai et juillet dernier (élections législatives directes puis présidentielles indirectes) par une population jeune qui n'a pas connu le régime militaire.

 

Il a été condamné par contumace à 11 ans de prison en 1999 par un tribunal de l'ancienne puissance coloniale hollandaise. Les Pays-Bas (dont le premier ministre a déclaré qu'il n'accueillerait M. Bouterse que pour le mettre sous les verrous), les libéraux hollandais au Parlement européen, Reporter sans frontières, ont proné un boycott de son gouvernement et aucun chef d'Etat n'a assisté à son intronisation (ce qui n'a cependant pas empêché la France, qui a une frontière commune avec ce pays, de le féliciter pour son élection). 

 

Le Surinam dont l'économie dépend traditionnellement de la bauxite exploitée par les Hollandais a récemment diversifié son économie, ce qui peut favoriser son non-alignement. Mais les influences impérialistes perdurent. Sur le plan économique, la moitié des importations proviennent des Etats-Unis et des Pays-bas.  10 % des recettes budgétaires proviennent de l'aide néerlandaise. Les sources de dépendance ne sont pas seulement financières. En août 2009, les Etats-Unis ont nommé comme ambassadeur à Paramaribo John R. Nay, ancien étudiant missionnaire de l'Eglise adventiste du septième jour. Au Surinam le protestantisme est le deuxième courant religieux (25 %) derrière l'hindouïsme (27 %) et le pays compte 17 congrégations adventistes, peut-être autant de relais d'action possibles pour l'administration Obama.

 

Frédéric Delorca

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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 17:31

L’armée équatorienne a pris d’assaut, le 30 septembre au soir, l’hôpital de Quito. Le président bolivarien Rafael Correa y était était encerclé depuis plusieurs heures par des policiers qui manifestaient contre la loi du Service public récemment votée.

 

Quelques soldats s'étaient joints aux policiers furieux de voir certaines de leurs primes diminuer, tandis que 5 000 habitants de Quito venaient soutenir le président devant l'hôpital. Un groupe de militaires a même pris momentanément le contrôle du principal aéroport du pays, à Quito.

 

Certains partisans du président dénoncent déjà un vaste complot de la droite derrière cette insurrection des policiers. La députée María Augusta Calle d'Alianza País a souligné le rôle de responsables de droite qui le jour même du coup s'indignaient de la baisse des primes des policiers, et surtout le fait que les média privés ont été immédiatement sur place pour filmer les opérations des policiers contre le président. Ces mêmes médias, tandis que le président était encerclé, jouaient la carte du pire, donnant la parole au général Mario Pazmiño (accusé d'avoir aidé l'armée colombienne à effectuer des incursions en territoire équatorien en 2008) qui incitait les équatoriens à retirer immédiatement leur argent des banques - ce qui pouvait provoquer le chaos économique. Selon María Augusta Calle la droite a entretenu auprès des policiers une désinformation concernant le contenu réel de la loi du Service public (qui comporte des avantages substantiels pour la police et les pompiers comme le paiement de leurs heures supplémentaires), et aurait même organisé des pillages à divers endroits du pays. En outre des partisans de l'ancien président de la République le colonel Lucio Gutiérrez auraient tenté d'empêcher la télévision publique équatorienne de continuer à diffuser des informations pendant l'encerclement du président. Le président Correa lui-même aprè sa libération a dénoncé des manoeuvres d'infiltration de la police par la droite.

 

Les Etats-Unis sont également en cause, et pas seulement du fait de leur financement des médias privés et de la façon dont CNN a couvert la tentative de coup d'Etat. Aporrea rappelle qu'un rapport du ministère de la défense équatorien de 2008 expliquait, sur la base de fuites livrées par l'ex agent de la CIA Philip Agee que l'ambassade des Etats-Unis à Quito corrompait un grand nombre d'officiers de la police équatorienne. Trois colonels de la police ont été arrêtés. De nouvelles révélations pourraient apparaître dans les semaines qui viennent.

 

Frédéric Delorca

 

 



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