Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Texte Libre

blog-expert-public.jpg

 

Recherche

8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 15:50

Un an après notre tour d'horizon des enjeux géopolitiques mondiaux publiés par la revue "L'arme et la paix", voici une nouvelle analyse globale qui paraîtra dans le numéro de mars 2012 de cette revue et qui est déjà en ligne sur son site ici. Pour info aussi l'association Initiatives Citoyenneté Défense qui publie cette revue organise un débat intéressant le 17 mars - voir ici. F. Delorca

--------------------

 

Bilan d’une année de rapports de forces planétaires et perspectives pour 2012


Il y a un an j’avais effectué un tour d’horizon pour la revue "L'Arme et la Paix" des grands enjeux géopolitiques planétaires, en traçant notamment des perspectives sur la nouvelle donne que dessinaient la révolution de Tunisie, et les prémices d’Egypte et du Yémen que l’on n’appelait pas encore les « Printemps arabes ». Je soulignais en particulier à l’époque que « l’option la plus favorable à l’émancipation des pays du Sud serait l’installation en Tunisie d’un régime non-aligné, qui influencerait non seulement l’Algérie, mais aussi produirait un effet de contagion en Egypte, voire en Arabie Saoudite », tout en remarquant que l’« hégémonie idéologique des puissances occidentales, relayée par les grands médias planétaires » feraient sans doute obstacle à ces progrès du non-alignement, comme on l’avait vu dans l’unanimité que la France avait rallié derrière elle pour écraser militairement le régime de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire.

jeu_dames.jpgOn peut comparer ce tableau du début de 2011 avec celui que nous avons sous les yeux aujourd’hui. L’année précédente s’ouvrait sur les conséquences d’un vote unanime du Conseil de sécurité de l’ONU contre Gbagbo, et sur arrière-fond de révolte populaire à Tunis. La conjoncture actuelle est marquée par une rupture du consensus – avec le double veto de la Russie et de la Chine sur le dossier Syrien – et des espoirs populaires largement frustrés dans tous les pays où le vent de révolte a soufflé.

Entre l’unanimité et les doubles-vetos s’est déployé un processus de radicalisation de tous les phénomènes : à la fois celle des aspirations très fortes au changement dans le monde arabe, avec l’effet de contagion que nous annoncions de la révolution « du jasmin » sur l’Egypte, le Golfe persique, et même le Yémen, et celle de la poursuite de la stratégie étatsunienne pour tenter de contrôler ces mouvements, voire d’en susciter de nouveaux, en jouant de la suprématie idéologique dont ils jouissent encore, ce qui a poussé les puissances émergentes (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) à durcir leurs positions.

Au chapitre de la mise sous contrôle des « printemps arabes », on peut citer tout un éventail de stratégies qui est allé de la répression militaire pure et simple au Bahrein par le biais du Conseil de coopération du Golfe, à la passation de compromis avec les partis islamistes bénéficiaires de ces révolutions en Tunisie et même en Egypte (où le sénateur démocrate John Kerry a initié ouvertement en décembre une politique de dialogue avec les Frères musulmans autrefois pourtant animés d’un très fort sentiment anti-américain et anti-israélien).

Le phénomène nouveau à partir de février 2011 a été le « coup de pouce » des puissances occidentales aux révoltes populaires dans les pays dont les régimes n’étaient pas vraiment « bien vus », c’est le moins qu’on puisse dire, par les milieux dirigeants européens et nord-américains. L’aspect le plus spectaculaire de cette stratégie s’est joué en Libye, où le régime pour le moins « atypique » du colonel Kadhafi (mi-socialisant mi-rallié aux recettes du FMI, mi-aligné sur les attentes américaines depuis sa réconciliation officielle avec Washington après l’invasion de l’Irak, mi-fidèle à ses anciens idéaux tiersmondistes au sein de l’Union africaine et dans ses liens avec le Venezuela etc), s’est trouvé confronté à une rébellion principalement basée au départ à Benghazi. Profitant du discrédit du régime libyen à l’issue de ses multiples volte-face, et de ses rodomontades contre l’opposition, le Occidentaux ont pu faire adopter sans opposition ouverte des BRICS une résolution visant à « protéger les civils », résolution censée uniquement au départ déboucher sur la création d’une zone d’exclusion aérienne mais qui finalement a pu être interprétée de façon extensive par le bombardement des troupes loyalistes et de nombreuses infrastructures (semble-t-il même civiles). Le pari était audacieux car l’engagement militaire occidental supposait une alliance de fait avec des éléments armés au départ hostiles aux Occidentaux comme les anciens combattants djihadistes d’Afghanistan et d’Irak nombreux à Tripoli et proches de la mouvance Al-Qaida. En outre il s’est heurté à la structure tribale de la Libye – les principales tribus restant fidèles au colonel Kadhafi – ainsi qu’à l’opposition historique entre Cyrénaïque et Tripoitaine laquelle, à l’exception de Misrata, fit bloc derrière le colonel Kadhafi, ce qui n’a cessé de jeter le discrédit tout au long des mois de juin et juillet sur la légitimité de l’intervention occidentale, laquelle d’ailleurs peinait à obtenir des résultats concrets.

La France et la Grand-Bretagne agissant largement comme supplétifs de la puissance américaine – surtout la première d’ailleurs – sont parvenues à sortir de l’impasse en ralliant à leur cause des groupes berbères au Sud-Ouest de Tripoli, ainsi semble-t-il que des hauts responsables de l’armée loyaliste, précipitant la prise de la capitale, puis à l’automne la liquidation physique peu glorieuse du leader libyen au prix du siège de Syrte (et de nombreux crimes de guerre dans cette ville martyr).

L’opération libyenne a permis à l’Occident d’engranger des bénéfices non négligeables : passer pour un allié « naturel » des printemps arabes (ce qu’avait déjà fait à petite échelle Obama en accélérant de fait la chute de Ben Ali à Tunis et de Moubarak au Caire), préparer des ententes avec la mouvance des Frères musulmans dans de nombreux pays, notamment en Turquie (alors que celle-ci renouant avec ses anciennes aspirations impériales s’érigeait de plus en plus en championne de la cause palestinienne face à Israël), créer un précédent applicable à d’autres pays arabes non alignés sur les positions occidentales comme la Syrie.

Au centre de cette nouvelle politique arabe occidentale se trouve désormais l’émirat du Qatar (en lieu et place d’une Arabie saoudite affaiblie) devenu apparemment si incontournable que même le candidat socialiste à l’élection présidentielle en France se sent obligé d’y dépêcher un émissaire. Les ressources pétrolières du Qatar permettent notamment de suppléer les difficultés financières de l’Occident pour armer des milices et répandre une propagande dans le monde arabe (voire dans leur diaspora, en France notamment), ce qui est cependant à double-tranchant, car le sous-traitant qatarien (comme le sous-traitant géorgien dans le Caucase) peut finir par imposer son propre agenda, et impose aussi ses exigences économiques (en termes notamment de rachat d’actifs dans le monde occidental : organes culturels, sociétés d’armement etc.).

Cette habileté et la capacité offensive de l’Occident tout au long de l’année 2011 n’a pas manqué d’inquiéter les grandes puissances, à commencer par la Russie qui, si la logique libyenne prévalait en Syrie (comme beaucoup d’organisation de défense des droits de l’homme le souhaitent), perdrait son dernier soutien militaire au Proche-Orient. La Syrie est un « bon client » pour la mise en œuvre de la stratégie occidentale. Son régime est fortement répressif, qui plus est il est allié de Téhéran, et, avec le basculement progressif de l’Irak dans la sphère iranienne, offre une profondeur stratégique à ce pays jusqu’à la Méditerranée. Son gouvernement étant dominé par une minorité proche du chiisme, Washington peut ainsi compléter sa stratégie d’alliance avec les Frères musulmans par une logique de choc des civilisations « chiites contre sunnites » (au prix au passage du sacrifice de la minorité chrétienne comme en Irak, les chrétiens syriens qui restent largement pro-Assad ne s’y sont pas trompés), reprendre pied au Liban (ou la nouvelle coalition gouvernementale reste hostile aux Occidentaux) et renforcer la pression sur l’Iran (à l’heure où Israël exige une intervention militaire pour empêcher cette puissance de se doter de l’arme nucléaire).

On a là tous les ingrédients d’une accentuation du bras de fer et d’un retour à une logique de guerre froide, la Russie et la Chine ayant bien compris qu’une stratégie de dominos Syrie-Iran viendrait à menacer directement leur intégrité territoriale, notamment en cas de conflit militaire ouvert (du fait en particulier de représailles possibles dans le Caucase et en Asie centrale).

On assiste donc à de très grands redéploiements sur tous les fronts, dans le monde musulman, mais aussi dans les autres zones. Les Etats-Unis forcés de se retirer d’Afghanistan et d’Irak massent leurs forces dans le Golfe persique, et doivent aussi se renforcer dans le Caucase s’ils veulent pouvoir attaquer l’Iran par le Nord (la Turquie ayant annoncé qu’elle refusait de servir de base pour l’OTAN dans une guerre avec Téhéran). Par ailleurs ils cherchent toujours à neutraliser la Russie, avec le dispositif anti-missiles en Europe orientale qui pourrait réduire à néant la force de dissuasion nucléaire russe, sauf si la Russie trouve des parades, dans l’espace notamment. Les Etats-Unis avancent aussi leurs pions en Asie. Obama a annoncé que la réduction des dépenses militaires n’empêcherait pas un renforcement de la présence navale au large de la Chine et une des priorités de Washington est le renforcement des liens avec l’ASEAN (les pays de l’Asie du sud-est) après le basculement de la Birmanie (qui s’ « ouvre » aux Occidentaux et aux Indiens) et la mise en œuvre d’une collaboration militaire avec américanovietnamienne, avec l’Australie (aussi offensive que le Royaume-Uni sur la scène internationale en ce moment), dans le rôle du chien de garde contre Pékin.
usmarine.jpg
En complément des actions militaires, le « soft power » de la « société civile » est aussi largement mobilisé, et devient l’enjeu de luttes complexes de l’Egypte (où le gouvernement militaire de transition, avec, notons le, l’assentiment des Frères musulmans, vient d’interdire l’activité d’ONG pro-Occidentales) à la Biélorussie (où Washington vient de renforcer ses pressions). On ne sait pas toujours d’ailleurs très bien ce qui relève ou pas de la manipulation étrangère : l’attitude très offensive des libéraux en Russie après la contestation des résultats des élections législatives russes en décembre (alors que la principale force d’opposition est le Parti communiste, et qu’il est légitimement celui qui devrait occuper la première place dans la contestation) est-elle encouragée par Washington (on se souvient des déclarations incendiaires d’Hillary Clinton dès la publication des premiers résultats) ? Y a-t-il une influence occidentale dans les émeutes des ouvriers du secteur pétrochimique au Kazakhstan en décembre ?

Dans ce jeu, les rapports de force sont toujours susceptibles de basculer dans un sens ou dans l’autre. En Amérique latine l’évolution reste favorable aux intransigeants, et c’est en partie un effet « collatéral » de la guerre impériale menée en Libye qui a échaudé plus d’un dirigeant dans cette région. Chavez a vaincu son cancer, il reste populaire dans son pays, et il a pu orchestrer la mise en place d’une sorte de « contre-OEA » sans les Etats-Unis : la Communauté des Etats d’Amérique latine. Le Brésil de Dilma Rousseff en partie conforté par la cohésion des BRICS s’en tient à une ligne favorable au non-alignement. L’Argentine aussi, qui, à l’approche du trentenaire de la guerre des Malouines, a réussi à rallier tout le Mercosur dans son bras de fer pour obtenir de la Grande-Bretagne l’amorce d’une négociation en vue du partage de ressources de l’archipel. Mais on ne sait toujours pas bien quel sera le positionnement de pays officiellement « perdus » par l’oligarchie néo-libérale pro-américaine comme le Pérou (dont le président vient contre toute attente de déclarer qu’il n’était pas « de gauche ») ou des petits pays pauvres des  Caraïbes attirés par le pétrole et la résistance idéologique de Chavez comme le Surinam, Haïti (sous occupation étrangère) ou la Jamaïque (en rupture de ban avec le Commonwealth). Même les plus fermes alliés du Venezuela peuvent-ils résister au risque de la destabilisation intérieure ? Le Nicaragua a passé avec succès le test de la réélection de Daniel Ortega, mais la Bolivie a dû affronter la colère de groupes indigènes plus ou moins entretenue par l’oligarchie locale et des ONG européennes. Cuba passera-t-elle le test du changement de génération à la tête de son parti communiste sans rebasculer dans l’orbite étatsunienne ?

En Afrique, la guerre de Libye a paradoxalement renforcé l’Afrique du Sud qui était hostile à l’ingérence occidentale, comme on l’a vu en janvier avec l’échec de la réélection du candidat de la France Jean Ping à la tête de l’Union africaine. Non d’ailleurs du fait que les Etats africains soient tous unanimement hostiles au principe l’ingérence – ils l’ont souvent soutenue sur le dossier ivoirien, et des pays comme le Kenya, l’Ethiopie et l’Ouganda agissent eux-mêmes directement comme sous-traitants de l’ingérence occidentale en Somalie – mais parce que le mépris de l’OTAN et des pays occidentaux à l’égard de l’Union africaine n’a été que trop visible tout au long des bombardements de la Libye.

Mais dans l’ensemble l’orientation politique du continent reste des plus indécises. Si la France a renforcé son leadership dans l’Ouest africain avec l’affaire ivoirienne, la Libye reste pour elle un point d’incertitude. Après l’éclat apparent de la victoire de l’OTAN elle doit, comme le Royaume-Uni et les Etats-Unis faire face au risque de somalisation de ce pays où plus aucune force politique ne semble en mesure de s’imposer face aux autres et où elle doit pour ainsi dire supplier le « Conseil national de transition » (un CNT sous perfusion du Qatar et politiquement très faible) de ne pas instaurer tout de suite une charia intégrale qui ternirait quelque peu l’image de la victoire de la « démocratie » dans les grands médias. Tout le Sahel est déstabilisé par la prolifération des armes et des combattants en provenance de la Libye (Al Qaida Maghreb reste active de la Mauritanie au Niger et le Mali est en proie à une rébellion ouverte des Touaregs). Du côté anglophone les deux Soudan sont au bord de la guerre, les conflits religieux menacent l’intégrité du Nigéria. En Afrique centrale, l’espèce de « patriotisme modéré » qui semblait guider le gouvernement Kabila au Congo va-t-il résister à la montée des partisans de Tsishekedi (idéologiquement lié au souvenir de Mobutu) et à l’éventuelle formation d’un gouvernement d’union nationale que prônent de plus en plus ouvertement les Européens ? Au Zimbabwe l’union nationale n’a pas nui au non-alignement en raison du parrainage sud-africain mais l’issue est bien plus incertaine à Kinshasa.

En Asie, le Pakistan de plus en plus hostile aux Etats-Unis du fait notamment des exactions commises par les drones américains sur son territoire peut-il « rentrer dans le rang » après le retrait américain d’Afghanistan (notamment si les talibans reprennent le pouvoir à Kaboul ou intègrent un gouvernement d’union nationale) ? Sa situation économique peut l’y inciter si Washington trouve les moyens financiers de l’aider, mais ce pays peut aussi trouver plus de soutien auprès de la Chine.

Toute la périphérie Sud de l’ex-URSS demeure instable. Le Haut-Karabakh reste identifié par les services de renseignement occidentaux comme une zone à fort risque de conflit, l’ex-Asie centrale soviétique reste travaillée par des conflits ethniques dangereux qui peuvent aussi déborder sur le Xinjiang chinois et gagner le Tibet (tout comme le Caucase nord pour les Russes reste à la merci d’un retour à la guerre civile).

Toutes ces incertitudes sont des sources d’inquiétude légitime pour Moscou et Pékin. Mais les Occidentaux aussi ont du souci à se faire. Si les Etats-Unis ont pu provisoirement détourner l’attention de leur crise financière en la reportant sur l’Europe, l’affaiblissement de celle-ci n’est pas une très bonne affaire pour eux.

euroEn effet, l’éclatement de la zone euro à la suite d’un effet domino parti de l’insolvabilité de la Grèce serait de nature à remettre en cause tout le projet d’unification de l’Europe occidentale qui était un pilier essentiel de la stratégie étatsunienne depuis 1945. Déjà on voit ressurgir un peu partout un ressentiment à l’égard de l’Allemagne qui a été le principal bénéficiaire de la monnaie unique européenne depuis dix ans, mais dont la prétention à régenter l’équilibre financier des pays méditerranéens en partenariat avec Goldman Sachs n’est pas particulièrement appréciée par les populations.

Du coup c’est toute la stratégie d’extension de l’Union européenne à l’Est qui est en cause. L’entrée d’une Croatie (poussée par l’Autriche) dans une Union européenne menacée d’éclatement est de ce point de vue des plus symptomatiques. Elle s’opère alors que son voisin du Nord, la Hongrie, entre dans un processus de repli sur soi nationaliste et réactionnaire qui semble illustrer le choix assez binaire qui s’offre aux pays d’Europe centrale et orientale : soumission au système oligarchique FMI-Union européenne-OTAN, ou retour aux vieux fantômes des années 30.

Mais, sur le continent européen comme ailleurs, il est très difficile de faire des pronostics. Le pouvoir des technostructures reste fort. En Hongrie le pouvoir des banques occidentales allié à l’ultimatum de la Cour de Justice de l’Union européenne parvient littéralement à étrangler économiquement le gouvernement de Budapest depuis la fin du mois de décembre. Sur le dossier moldave on a vu Berlin convaincre Moscou de lâcher le fondateur de la Transnistrie Igor Smirnov lors des dernières élections législatives, tandis que les pro-européens de Chisinau confortaient leur majorité en ralliant à leur cause des députés communistes. En Serbie, les pro-européens continuent d’ignorer les appels de la minorité serbe du Kosovo, menacée d’absorption par le gouvernement autoproclamé de Pristina, au point que beaucoup de membres de cette minorité ont choisi de prendre la nationalité russe dans l’espoir d’être mieux défendus par Moscou. Et si le gouvernement de Belgrade tente encore de reprendre l’initiative dans les négociations, et a même tenté, malgré ses liens avec Israël, de se rapprocher du Mouvement des non-alignés qu’il a accueilli à Belgrade en 2011 pour le soixantième anniversaire de sa fondation, il reste largement prisonnier du chantage à l’entrée dans l’Union européenne.

Dans ce dispositif les suites de la crise de la dette, et les rapports de forces qui sortiront du processus électoral de grands pays comme la France, la Russie et les Etats-Unis en 2012 seront aussi déterminants que l’issue des guerres et rapports de forces dans les pays du Sud. L’ampleur de la victoire de la gauche ou de celle de la droite en France (avec la part interne de chacune de leurs composantes, suivant notamment que les plus fédéralistes ou les « souverainistes » parviennent à s’imposer) aura une influence sur le maintien de l’alliance avec l’Allemagne, sur la fidélité à l’OTAN dans la confrontation avec les BRICS, sur la stratégie de domination de l’Afrique ou de partenariat avec elle, etc. Aux Etats-Unis l’aptitude d’Obama à se faire réélire et sa marge de réélection orienteront sa faculté de résistance face au bellicisme des néo-conservateurs républicains (et celui d’une grand part de son propre parti) au Congrès. En Russie les résultats des présidentielles seront aussi à suivre de près. Une large victoire de Poutine – sans fraude électorale – serait sans doute un facteur de stabilité, mais ne rend pas impossible pour autant une nouvelle alliance russo-américaine surtout si la situation dans le monde musulman redevenait défavorable aux Etats-Unis (et l’on a vu que l’alliance Washington-Frères musulmans est loin d’être complètement acquise, en Egypte notamment, que la révolte populaire couve encore ici et là, et que la réconciliation nationale palestinienne attise des ardeurs guerrières en Israël contre Gaza qui pourraient à nouveau aggraver la situation américaine dans la région). Le PC russe a récemment vu dans la signature par Vladimir Poutine d’un accord sur le transit des troupes de l’OTAN en Afghanistan par la base d’Oulianovsk un symptôme du risque de renouveau d’alliance russo-américaine (une alliance qui pourrait fonctionner aussi bien contre certains mouvements arabes que contre Téhéran ou Pékin). D’autant que Poutine est aussi susceptible de s’allier aux libéraux pro-occidentaux pour conserver son pouvoir si sa marge de victoire est trop faible. Une victoire du PC russe au second tour de l’élection présidentielle évoquée par certains sondages apparemment favorables à ce parti à l’élection présidentielle augurerait, elle, davantage d’un retour à la logique de guerre de guerre froide, mais l’hypothèse reste quand même assez peu probable.

2012 s’ouvre donc sur une plus grande incertitude que l’année précédente, une incertitude qui peut encore plus que l’année précédente favoriser chez les stratèges la tentation du « coup de poker » pour sortir de certaines impasses, et donc accentuer les risques de conflits (le plus fort risque étant concentré sur l’Iran), ce qui devrait inciter nos concitoyens à se montrer très vigilants et à maintenir la pression sur nos gouvernants dans le sens de la modération.

Frédéric Delorca

Coordinateur du Blog de l’Atlas alternatif
Auteur entre autres d’ « Abkhazie, A la découverte d’une ‘République’ de survivants » (Ed. du Cygne, 2010).

Repost 0
1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 10:19

 Le 18e sommet de l'Union africaine (UA) s'est achèvé lundi 30 janvier 2012, à Addis-Abeba, sur un triste constat pour l'unité de ce continent. Ni le président sortant gabonais Jean Ping (69 ans) ni la Sudafricaine Nkosazana Dlamini-Zuma (63 ans) ne sont parvenus à s'imposer à la tête de l'organisation, de sorte que provisoirement le mandat du premier a été prolongé pour six mois.

 

ua.jpgL'issue du scrutin (32 voix pour Ping, 20 bulletins blancs à l'issue du quatrième tour) est négative pour l'image de l'unité africaine, mais elle marque surtout un revers pour le renouveau de la Françafrique et plus largement de l'impérialisme occidental, en Libye notamment.

 

Comme le souligne Thomas Yonkeu d'Afrik.com, "lors de la rébellion libyenne, l’Afrique du Sud a reproché officieusement à Jean Ping sa fébrilité et son manque de fermeté, de n’avoir pas su apaiser les tensions anti-khadafistes et plus encore, de n’avoir pas réussi à exprimer le plus clairement et fermement possible son opposition à l’intervention de l’Otan en Libye".

 

L'actuelle ministre sudafricaine de l’intérieur et ex-épouse du président Jacob Zuma, Nkosazana Dlamini-Zuma, quant à elle était perçue comme une partisane du fédéralisme africain, prête à renforcer la commission de l'UA comme un véritable Exécutif du continent. Outre l'Est africain anglophone (Rwanda, Tanzanie), elle semblait pouvoir aussi avant l'élection bénéficier de l'appui de l'Angola, du Congo-Kinshasa, de la Guinée équatoriale, de Sao Tome et du Cameroun. En revanche elle ne pouvait pas compter sur le Kenya ou le Rwanda. Sa candidature était indentifiée non seulement au mécontentement de l'Afrique du Sud devant la passivité de Jean Ping pendant l'agression libyenne, mais aussi au soutien de Pretoria à Laurent Gbagbo en Côte d'Ivoire, soutien qui a, lui, mécontenté des pays anglophones comme le Nigéria (lequel a valorisé par ailleurs positivement l'action ou l'inaction de Jean Ping en Libye).

 

Certains journaux africains anglophones accusent Paris d'avoir téléguidé le vote des francophones au cours des trois premiers tours tandis que l'Afrique australe faisait bloc derrière Nkosazana Dlamini-Zuma. "Le sommet s'est terminé aux première heures d'hier [30 janvier] alors que la majorité des Etats francophones continuait d'empêcher tout progrès, tandi que des rapports indiquaient qu'ils prenaient leurs instructions en Europe, en particulier de la France", notait ainsi le quotidien zimbabwéen pro-Mugabe  The Herald.

 

Ainsi face aux pression de Paris, et malgré le retrait de Nkosazana Dlamini-Zuma au quatrième tour, l'échec final de Jean Ping à réunir les deux tiers des voix nécessaires à sa réelection peut être lu comme une victoire de Pretoria et de la vision qu'elle défendait du non-alignement africain sur les dossiers ivoirien et libyen. "Bien que leur candudate ait été deuxième et évincée de la course, les délégués de l'Afrique du Sud ont chanté et dansé quand le résultat a été annoncé, écrit le quotidien sud-africain The Daily News . Pourquoi ? Parce que, comme un d'entre eux l'a expliqué, l'objectif principal était de déloger Ping – que l'Afrique du Sud considérait comme un “pion de l'Ouest”, qui faisait acte de soumission, en particulier à la France, la vieille puissance coloniale de son pays natal".

 

Voilà donc que le mépris dans lequel l'ardeur interventionniste du président français a tenu les pays africains en 2011 se paye aujourd'hui d'une perte d'influence sensible de la France au sein de l'Union africaine (dont le nouveau siège à Addis Abeba a été financé gratuitement par la Chine) et le renforcement de l'Afrique du Sud comme champion de l'anti-néo-colonialisme, trois semaines après le début de la célébration du centenaire du Congrès national africain, au pouvoir à Pretoria, qui est le plus ancien mouvement de libération d'Afrique.

 

Repost 0
Published by Atlasaltern - dans Afrique australe
commenter cet article
25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 10:49

ahmadinejad.jpgLes dernières tensions irano-occidentales (assassinats ciblés de chercheurs iraniens par les service israéliens, embargo européen, australien et japonais sur les importations de pétrole, doublement du nombre des porte-avions étatsuniens au large de l'Iran, appels de John Bolton de l'Institut de l'entreprise américaine pour la recherche sur les politiques publiques néoconservateur en faveur de frappres préventives) n'ont pas des effets déstabilisateurs seulement au Proche-Orient. Elles contribuent aussi à la militarisation du Caucase (frontière nord de l'Iran).

 

Le chef d'Etat major russe Nicolaï Makarov (grand spécialiste de la modernisation de l'appareil de défense russe qui avait souligné récemment les risques d'une doctrine russe trop centrée sur le nucléaire) a annoncé le 18 janvier dernier (dans une Russie où les manifestations contre les résultats des élection législatives se sont progressivement épuisées) que les exercices militaires qui ont lieu tous les ans dans le Sud de la Russie (strategic command-and-staff exercise) vont cette année prendre ne ampleur particulière mobilisant conjointement tout l'appareil de sécurité russe, civil et militaire, et auront lieu non seulement en Russie mais aussi en Abkhazie, en Ossétie du Sud et en Arménie. Comme le précise le politologue Sergueï Konovalov"les propos du général sont appuyés par des actions concrètes. Des sources officielles du district militaire du sud signalent l'arrivée, dans les unités stationnées dans le Caucase du Nord, d'environ deux dizaines de véhicules de commandement et d'état-major modernisés (ils sont présents dans la direction de chaque bataillon d'infanterie motorisée ou de tanks), qui à titre de système de localisation et de reconnaissance utilisent le système GLONASS (GPS russe). Ce système équipe d’ailleurs tous les nouveaux hélicoptères et avions de combat (leur parc dans la région sud est renouvelé à presque 100%), qui assurent le renseignement dans la zone de responsabilité, ainsi que les systèmes d'artillerie et de DCA. Les troupes se sont elles aussi vu fournir un nouveau système de contrôle automatisé des forces de défense antiaérienne Barnaoul-T. Ce système contrôle déjà l'espace aérien non seulement de la Russie, mais aussi au-dessus de l'ensemble du Caucase du Sud. Ceci est important, car la 102e base militaire russe, stationnée en Arménie, est séparée du groupe principal de la région sud."


stbasile_spasskayatower_red_square_moscow.hires.jpg

Les officiels russes ne cachent pas que ce déploiement de force s'inscrit en partie en prévision de scénarios d'attaque de l'Iran pour protéger les intérêts russes dans la région. Il s'agit notamment de prendre en compte le fait qu'en cas d'attaque contre l'Iran, l'Azerbaïdjan pourrait être mobilisé comme base pour l'armée américaine  (puisque la Turquie refuse de jouer ce rôle), et faire l'objet à ce titre de représailles de Téhéran (sur la capacité de représailles de l'Iran en cas de guerre voir notamment Strategic Culture Foundation).

 

Ces manoeuvres russes sont programmées parallèlement  à un vaste plan de reprise en main politique du Caucase par Moscou, plan qui s'inscrit dans le projet plus vaste de Vladimir Poutine d'Union eurasiatique (et qui s'accompagne aussi d'un volet financier, la Russie cherchant à remettre de l'ordre dans ses aides à l'Abkhazie et à l'Ossétie du Sud comme elle l'a fait en Transnistrie). Un des aspects intéressants de la politique russe envers le Caucase pourrait d'ailleurs se porter sur l'accueil des Circassiens de Syrie qui ont saisi M. Medvedev d'une demande de rapatriement au Caucase nord (mais qui laisse Moscou dubitatif à cause des problèmes de coexistence religieuse).

 

georgie.pngMais l'annonce des manoeuvres militaires a été immédiatement interprétée par Tbilissi comme une menace contre la Géorgie (qui elle même a organisé des opérations militaires d'entraînement conjoint avec les Etats-Unis en 2011). Les relations avec la Géorgie ont déjà été passablement aggravées ces derniers mois par le projet de Saakachvili de ruiner économiquement le port de Soukhoumi et par la possible implication de Tbilissi dans le projet de bouclier antimissile américain. La Turquie a déjà mis en fonction vers mi-janvier au service de l'OTAN un radar d'alerte qui inquiète Moscou. La Russie aujourd'hui menace d'installer des missiles Iskander tournés vers le Caucase pour dissuader la Géorgie de continuer à s'armer auprès des Etats-Unis et d'Israël. D. Medvedev avait fait de même sur sa frontière occidentale en annoncé l'installation de ces mêmes missiles à Kaliningrad en réplique à l'installation du bouclier de l'OTAN en République tchèque. Les précautions de Moscou ne sont pas un luxe en ce moment. Hier l'ex-président géorgien Chevardnadze dans Gruzyia Online a explicitement accusé Mikheil Saakachvili d'être prêt à pousser à une guerre contre l'Iran pour garder son siège présidentiel, tout comme il avait provoqué la guerre contre la Russie en août 2008. Déjà le président géorgien a accepté la construction d'hôpitaux militaires sur son sol directement destinés à soigner les blessés après le déclenchement du conflit avec Téhéran. La surenchère belliciste des néo-conservateurs américains et de Mikheil Saakachvili entraînent ainsi mécaniquement le développement de la stratégie de dissuasion russe basée sur le déploiement de missiles Iskander et la mise en place de nouvelles forces d'intervention militaire.

 

Dans ce contexte de montée des tensions caucasiennes, le vote par le Sénat français le 23 janvier d'une nouvelle loi de censure mémorielle à la demande d'organisations arméniennes (et conformément à une promesse de M. Sarkozy faite en octobre) affaiblit les chances de la France de concourir à la paix dans la région. Outre les pertes économique chiffrées en milliards d'euros que le vote de cette loi pourrait provoquer si Ankara prenait des mesures de rétorsion économique, celui-ci compromet d'ores-et-déjà le rôle de médiation de Paris dans le conflit du Haut-Karabakh (au sein du groupe dit de Minsk). Ali Ahmedov, secrétaire exécutif du Parti de Nouvel Azerbaïdjan (YAP) au pouvoir à Bakou a déclaré à ce sujet mercredi 24 janvier : "Une loi tellement absurde et infondée montre que la France se présente ouvertement comme un défenseur de l'Arménie (…) alors qu'elle devrait garder sa neutralité en tant que coprésident du Groupe de Minsk de l'OSCE (…) La France a trahi sa mission et perdu le droit moral d'y rester".  Les responsables azerbaïdjanais voient dans cette loi une atteinte à la liberté d'expression en France. A l'issue de la première adoption de cette proposition de loi en décembre par l'Assemblée nationale, le ministre azéri des affaires étrangères Elmar Mammadyarov avait estimé que si la France s'intéressait aux génocides, elle devrait aussi s'intéresser au massacre de Khojaly en février 1992 au cours duquel les forces arméniennes auraient tué entre 500 et 1000 civils azéris selon Human Rights Watch, ce que Bakou considère comme un génocide. L'initiative anti-turque de la France est mal vue en Azerbaïdjan qui partage avec Ankara le même substrat culturel. Ce matin, le Centre de la la diaspora internationale d'Azerbaïdjan et l'Organisation pour la Liberté du Karabakh manifestaient devant l'ambassade de France à Bakou pour exiger le retrait de la France du Groupe de Minsk, pour le gel de relations économiques franco-azerbaïdjanaises et pour le retrait de Total des puits de pétrole de ce pays.

 

Mais, paradoxalement, le vote de la loi française et ses effets sur les tensions nationalistes dans le Caucase pourraient bénéficier à la paix du peuple iranien, car, non seulement il complique les relations franco-turques et franco-azerbaïdjanaises, mais il relance aux Etats-Unis le débat sur la reconnaissance du génocide turc promise par Barack Obama. Le Comité national arménien d'Amérique (ANCA) a demandé par la voix de son directeur Aram Hamparian hier à Washington d'imiter la France en reconnaissant à son tour le génocide. Si leur demande était suivie d'effets, au moins sous la forme d'une proposition de résolution au Congrès, la position de Barack Obama - déjà enclin ces derniers temps à avancer des offres de négociation à Téhéran plutôt que de suivre les néoconservateirs - aurait en plus à gérer les effets d'une dégradation de ses rapports avec Ankara, ce qui donnerait un répit supplémentaire à l'Iran.

 

 

Repost 0
Published by Atlasaltern - dans Caucase
commenter cet article
20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 12:29

Le Times a révélé hier le plan du gouvernement britannique pour envoyer de nouvelles troupes aux îles Malouines. Cette mesure a fait suite à la récente montée des tensions avec les pays voisins et notamment avec l'Argentine qui revendiqe l'archipel. Déjà  2 000 soldats britanniques stationnent sur l'île ( pour 2 800 habitants). Le premier ministre David Cameron à l'issue d'une réunion de son Conseil national de sécurité le 18 janvier n'avait pas hésité à accuser l'Argentine de "colonialisme" (une attaque qu'on pourrait croire humoristique quand on sait que le Royaume Uni fut la plus grande puissance coloniale de l'histoire, responsable à ce titre de crimes nombreux).

 

Le 20 décembre l'association de pays d'Amérique du Sud Mercosur avait manifesté sa solidarité avec l'Argentine et adopté une mesure d'interdiction des navires battants pavillon des Malouines dans les ports sud-américains (le pavillon des Malouines est un pavillon de complaisance accordé à diverses nationalités, 25 bateaux seraient concernés dont des bateaux de pêche). Les pays bolivariens comme - le Venezuela, l'Equateur, la Bolivie - mais aussi des pays d'Amérique centale comme le Panama et le Honduras ont aussi soutenu cette mesure. Le lendemain l'ancien chef d'état major de la marine britannique suggérait l'envoi d'un sous-marin nucléaire dans la région et le 17 janvier le "gouvernement autonome" des Malouines a interdit à 3 500 passagers (dont beaucoup d'Argentins) d'un paquebot entre le Chili et le Brésil de faire escale dans l'archipel au motif que certains auraient eu une gastro-antérite.

 

La guerre des Malouines en 1982 dont on fête bientôt le trentième anniversaire a causé la mort de 649 soldats argentins et 255 Britanniques. Les Malouines font régulièrement l'objet de débats aux Nations-Unies, en tant que territoire où le respect du droit à l'autodétermination fait problème (comme Guam, Porto Rico, le Sahara occidental etc). En 1833 le Royaume-Uni avait expulsé les Argentins de l'archipel. Il tire prétexte aujourd'hui du fait que la population des Malouines exclusivement britannique refuse les négociations pour exclure toute discussion bilatérale avec Buenos Aires (en juin dernier Cameron avait même parlé avec arrogance de "point final de l'histoire", en violation de la résolution 31/49 de l'assemblée générale des Nations-Unies du 1er décembre 1976).

 

Dans un discours du 20 décembre la présidente argentine Cristina Fernandez-Kirschner a donné au dossier une dimension propre à mobiliser tous les pays du Sud derrière elle en déclarant que les Malouines n'étaient pas un enjeu national argentin mais un thème "global". Elle a souligné que dans le monde actuel les pays qui ont la force iront chercher les ressources naturelles "où qu'elles soient et comme ils veulent". Contraindre Londres à négocier répond donc à un objectif de justice planétaire selon elle pour ne pas cautionner la loi du plus fort.

 

La Grande-Bretagne surexploite les ressources pétrolières et piscicoles de la région. Dans les années 1980-1990 l'activité de pêche organisée par le gouvernement autonome pro-britannique a profondément détrioré le milieu naturel entraînant la disparition de 90 % des pingouins. Les réserves pétrolières de l'archipel sont quant à elles évaluées à un potentiel de 3,5 millions de barils par jour (exploitées par Argos Resources, Borders and Southern, Falkland Oil & Gas Limited (FOGL), Desire Petroleum, FOGL & Hardman et Rockhopper Exploration).

 

Par ailleurs il convient de rappeler que les Malouines doivent recevoir 4,6 millions d'euros au titre du Fonds européen de developpement (EDF) entre 2008 et 2013, soit 232 euros par habitant d'après les calculs de la commission, environ 20 fois plus que la Polynésie française ou la Nouvelle Calédonie. Le 22 décembre le président de la chambre des députés argentine a saisi le président du parlement européen Jerzy Buzek en visite à Buenos Aires pour demander à son parlement de reconnaître l'existence d'un litige territorial entre Londres et Buenos Aires. Le but est de faire retirer les Malouines du Traité de Lisbonne qui reconnaît aux Malouines le statut de territoire d'outre-mer du Royaume Uni.

 

Djibril Cissoko

 

 

Repost 0
9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 10:29

Les pays à fort potentiel économique comme les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) ne sont pas les seuls à résister aux diktats occidentaux. C'est aussi le cas de petits pays pauvres qui bordent la mer des Caraïbes (lesquels d'ailleurs profitent indirectement de l'émancipation des BRICS).

 

On a cité en 2011 le rapprochement du Surinam et du Guyana avec le Venezuela. La dernière initiative remarquable dans le même registre est celle de la Jamaïque.

 

Le nouveau premier ministre de cette île Mme Portia Simpson-Miller, du Parti  national du peuple (PNP) qui a remporté les élections du 29 décembre dernier face aux travaillistes (centre droit), a déclaré jeudi lors de sa prise de pouvoir son intention de faire sortir son pays du Commonwealth pour en faire une république, ce qui signifie que la reine d'Angleterre cessera d'en être la souveraine.

 

"J'aime la reine (Elizabeth II) qui est une femme excellente (…), une femme sage et remarquable (…) Mais il est temps d'achever le processus d'accession à l'indépendance", a déclaré Mme Simpson-Miller.

 

En France le quotidien de droite Le Figaro (le 8 janvier), qui qualifie ce premier ministre de "populiste" note que "cette volonté de rompre les liens avec l'ex-empire apparaît comme un camouflet pour les Britanniques, aux premiers jours de l'année du jubilé de diamant d'Élisabeth II". "Le sentiment républicain progresse en Jamaïque depuis plusieurs décennies, ajoute le quotidien conservateur. En 1975, la chanson de Bob Marley No Woman, no Cry était censée faire référence à la reine." Un référendum devrait prochainement entériner cette réforme constitutionnelle.

 

Au lendemain de sa prise de fonction le 6 janvier, la chef du gouvernement de la Jamaïque a reçu le vice-président du Conseil d'Etat cubain Esteban Lazo Hernández. L'agence de presse cubaine Granma qui relate cette nouvelle rappelle que l'ancien premier ministre  Percival Patterson qui gouverna l'île de 1992 à 2006 et qui appartient au même parti que Mme Simpson-Miller était lui-même un "ami de Cuba". En 2001 il s'était prononcé contre l'exclusion de Cuba du CARICOM (organisation régionale pro-occidentale) qui frappait La Havane depuis plusieurs décennies. Sous son mandat, la Jamaïque avait intégré Petrocaribe, le projet qui permet à la Jamaïque de bénéficier du pétrole bon marché et de prêts à 1 % d'intérêt en provenance du Venezuela. Hugo Chavez a immédiatement appelé Mme Simpson-Miller après son élection pour l'inviter à Caracas. Celle-ci a répondu : "Je suis avec vous et avec le véritable esprit bolivarien" (cf AVN).

 

La Jamaïque bénéficie des soins attentionnés de nombreux médecins cubains : la Mission miracle, déployée gratuitement par les services médicaux cubains à travers le monde pour traiter les problèmes ophtalmologiques, a soigné 20 000 Jamaïcains, des bons offices qui sont en concurrence avec ceux des pays du Nord comme la mission floridienne Don Daly financée par la Sandals Foundation (la Fondation philanthropique de la chaîne hotelière de luxe Sandals Resorts International qui possède Air jamaica et multiplie les profits malgré la crise économique que connaît l'île).

 

La Chine est aussi impliquée pour aider le non-alignement jamaïcain. Le 7 janvier la premier ministre et des membres de son gouvernement ont rencontré l'ambassadeur chinois Zheng Qingdianqui pour discuter du prêt de 400 millions d'euros que Pékin va octroyer au Programme jamaïcain d'urgence pour l'emploi (PEEP).

 

L'élection de Mme Simpson-Miller (qui avait déjà été premier ministre en 2007) a été acquise à une très large majorité (elle détient 42 sièges sur 63 au Parlement). Dans ce pays de 2,8 millions d'habitants où la dette atteint 130 % du PIB, le premier ministre, qui est née dans un ghetto de Kingston, s'est engagée à combattre la pauvreté et créer des emplois. Elle a aussi des positions plus ouvertes que ses adversaires sur des thèmes sociétaux comme l'homosexualité (ce qui lui vaut des accusations au sein de son propre parti d'être financée par des groupes homosexuels étrangers et lui a valu une mise en garde et l'incitation du pasteur Wellesley A Blair membre du PNP dans un de ses prêches pour qu'elle préserve la souveraineté du pays à cet égard aussi).

 

A une autre échelle, Haïti, malgré le terrible tremblement de terre qui l'a ravagée en 2010, et malgré l'occupation militaire d'une mission de "maintien de la paix" de l'ONU depuis le renversement d'Aristide par les Français et les Américains, tient tête elle aussi aux exigences occidentales en poursuivant son projet de reconstruire un armée de métier pour se défendre.En novembre dernier, le Canada qui est devenu un auxiliaire important de l'ingérence des pays du Nord en Amérique latine (il était monté au créneau aussi après la réélection de Daniel Ortega au Nicaragua à l'automne dernier), avait fait savoir qu'il s'opposait à la recréation de cette armée en raison du coût de l'opération. Quelques jours plus tard tous les Occidentaux avaient déclaré qu'ils ne paieraient pas pour financer ce projet. même l'ancien président costaricain et prix nobel de la paix Oscar Arias avait été mobilisé pour dissuader le Président haïtien Michel Martelly de rétablir l'armée, après que celui-ci eût précisé dans une conférence de presse à la Havane (ce n'est sans doute pas un hasard) où il devait rencontrer  Raul Castro, qu'il était prêt à former 500 hommes, pour un coût de 25 milions de dollars qui pourraient être prélevés sur le budget de la police. Une commission a été chargée d'examiner le projet et a rendu un rapport favorable, rendu public le 1er janvier à l'occasion du 208e anniversaire de l'indépendance du pays. Pour beaucoup d'Haïtiens le remplacement de la force de l'ONU par une armée nationale est indispensable à la dignité et à la souveraineté du pays.

 

Les relations d'Haïti avec le Venezuela et Cuba, comme celle de la Jamaïque avec ces deux pays, sont au beau fixe. Le Venezuela a été le premier pays (juste devant les Etats-Unis en volume) pour les promesses de don à Haïti après le tremblement de terre de 2010, les dons alimentaires en provenance de Caracas ont afflué tout au long de l'année 2010, et les installations énergétiques qui traitent le pétrole vénézuélien bon marché dans le cadre de l'accord Petrocaribe représenterait un cinquième de la consommation d'énergie électrique du pays. Des centaines de médecins cubains officient à Haïti, l'Ecole latinoaméricaine de Médecine (Elam) de Cuba a également formé quelque 700 médecins haïtiens et 300 autres sont en cours de formation dans une annexe de l'Elam à Santiago de Cuba.

 

Delphine Jaen

 

 

 

 

Repost 0
5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 11:07

jeu_dames.jpgLe  New-York Times du 3 janvier 2012 titrait "Les ouvertures aux islamistes égyptiens inversent la politique de long terme des Etats-Unis" (Overtures to Egypt's Islamists Reverse Longtime US Policy). L'article de David D. Kirpatrick et Steven Lee Myers souligne que Washington désormais s'accommode des Frères musulmans en Egypte depuis que ceux-ci se sont engagés à respecter les règles démocratiques, le libéralisme économique et les traités avec Israël, tandis qu'ils accumulent les frustrations à l'égard du régime militaire qu'ils accusent de vouloir confisquer le pouvoir.

 

Récemment John Kerry, ex candidat aux présidentielles face à Bush, et aujourd'hui président de la commission des affaires étrangères du Sénat et l'ambassadrice Anne W. Patterson ont rencontré trois hauts responsables du Parti de la justice et de la liberté (Frères musulmans) égyptien, Essam El-Erian, Mohamed Saad Katani et Mohamed Morsi à Washington le 10 décembre dernier. Selon l'administration Obama il s'agirait là d'une nouvelle forme de Realpolitik comme lorsque Reagan a engagé des négociations avec l'URSS sur la course aux armements. Ce renversement d'alliance s'est d'ailleurs illustré lundi dernier lorsque les Etats-Unis ont adressé un ultimatum au gouvernement militaire au sujet des perquisitions chez les ONG pro-occidentales.

 

En réalité le chemin pour le rapprochement avec les Frères musulmans égyptiens avait été balisé dès le mois de février par le directeur du Renseignement national (National Intelligence) James Clapper, qui, devant la Commission du renseignement de la chambre des représentants, avait présenté les Frères musulmans comme un "groupe hétérogène", "largement laïque", et qui refusait la violence.

 

Les convergences entre les Frères musulmans et les intérêts américains ne se limitent pas à l'Egypte puisque Washington comme les islamistes ont eu un intérêt commun au renversement du régime de Kadhafi en 2011 et des régimes relativement laïcs d'Algérie et de Syrie aujourd'hui.

 

Selon certains analystes, la nouvelle stratégie américaine intègrerait même une alliance ponctuelle avec des islamistes sunnites plus radicaux de la mouvance Al-Qaida, qui ont été actifs dans la guerre de Libye (avec notamment le gouverneur militaire de Tripoli Abdelhakim Belhaj et le guide spirituel cheikh Ali Al-Salibi) et aujourd'hui dans l'encadrement de l'Armée syrienne libre (selon le reportage de Daniel Iriarte dans le quotidien espagnol ABC du 17 décembre 2011, deux lieutenants d'Abdelhakim Belhaj dirigeraient cette structure).

 

Un opérateur de l'alliance entre les Etats-Unis et les Frères musulmans est l'émirat du Qatar. En 2011 ce pays a financé les rebelles libyens de Benghazi, fait passer la motion de la Ligue arabe pour les soutenir, fourni de la logistique depuis les talkie-walkie jusqu'aux Chevrolet SUV, puis des missiles anti-tank français Milan, entraîné des miliciens (encore aujourd'hui il existe un programme d'entraînement de soldats libyens en France financé par le Qatar), lancé une chaîne TV anti-Kadhafi Libya al-Ahrar. Le Qatar aujourd'hui exerce une influence perçue comme de plus en plus encombrante sur le gouvernement libyen (voir Time Magazine du 2 janvier), et pourtant l'émirat ne s'arrête pas là. En Algérie, il finance la chaîne de TV d'Oussama Madani, un des fils de Abassi Madani, ancien président du Front islamique du Salut. En Syrie il a fait passer la motion suspendant le gouvernement de Bachar El Assad de la Ligue arabe et aujourd'hui son premier-ministre cherche à discréditer les témoignages des observateurs de la Ligue arabe à Damas parce que ceux-ci ont relevé que le gouvernement syrien était confronté à des groupes armés. Selon le site Debkafiles du 27 décembre, le Qatar a monté de toute pièce en accord avec l'Arabie saoudite une force mobile d'intervention de 2 5000 hommes dont la moitié est composée de combattants du Groupe combattant islamique en Libye (Islamic Fighting Group in Libya-IFG) et des terroristes du Ansar al-Sunna irakien (responsable d'attentats sanglants), les a convoyés de l'Irak et de Libye jusqu'en Turquie pour suivre un entraînement militaire, et assure la logistique de leurs infrastructures de communication, avec la complicité de l'OTAN.

 

Le Qatar est d'aileurs de plus en plus imbriqué dans les structures militaires et civiles occidentales. Le fonds souverain qatarien Qatar Holding multiplie les prises de participation dans le capital des grandes entreprises européennes- Hochtief, Volkswagen, Iberdrola, Veolia, ou encore Vinci. Il a porté en décembre sa part d'actions de 7,6 à 10,07% dans le capital du fabricant d'armes français Lagardère (qui contrôle aussi les grands médias de l'hexagone) et lorgnerait vers EADS (voir L'Expansion du 3 janvier 2012)

 

Mais la nouvelle politique pro-islamiste d'Obama, qui correspond à la tradition démocrate (Jimmy Carter a aidé les islamistes en Afghanistan, Bill Clinton en Bosnie-Herzégovine) heurte les Républicains adeptes du choc des civilisations et leurs alliés en Europe et en Israël.

 

Divers blogs républicains ont rappelé que les Frères musulmans continuent de vouloir appliquer la charia et à ce titre ne méritent pas d'être taxés de laïques (secular). Les Républicains reprochent aussi à Hillary Clinton d'avoir reçu, du 12 au 15 décembre, à huis clos à Washington des représentants de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) pour discuter de la mise en oeuvre la résolution 16/18 du Conseil des droits de l'homme de l'ONU relative à la lutte contre l'intolérance, la stigmatisation, la discrimination et la violence à l'encontre des personnes sur la base de leur religion ou de leur croyance. Selon eux, le vote de la résolution en mars dernier avait permis de préserver la notion de liberté d'expression, ce que risque de menacer le droit de regard que Mme Clinton accorde à l'OCI au niveau de la mise en oeuvre. 

 

En Europe José Maria Aznar, ancien Premier ministre espagnol et allié important de George W. Bush pendant la guerre d'Irak, invité du blog de CNBCa révélé le 9 décembre 2011 qu’Abdelhakim Belhaj était un des suspects dans les attentats du 11 mars 2004 à Madrid. L'ex-ambassadeur israélien Dore Gold président du Jerusalem Center for Public Affairs a complaisamment relayé l'information dans le Jerusalem Post tout en mettant en garde le public américain contre le fait que les Frères musulmans pourraient un jour s'allier à l'Iran si elle venait à prendre le leadership du Proche-Orient, comme l'avait fait le gouvernement lié aux Frères musulmans du Soudan dans les années 1990.

 

L'alliance entre Obama et les Frères Musulmans (voire avec certaines tendances d'Al Qaida), dans une relation triangulaire avec les pétro-monarchies est aussi de nature à inquiéter l'Iran et ses alliés du Hezbollah libanais, car nul doute que la force mobile créée par les Qatariens si elle parvenait à s'implanter en Syrie serait aussi d'une grande utilité contre eux. La carte du choc des civilisations chrétiens/musulmans tend ainsi à se transformer dans l'esprit des stratèges en choc chiites/sunnites...

 

La version audio de ce billet (Radio M) :

 

 

Repost 0
Published by Atlasaltern - dans Proche-Orient
commenter cet article
3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 17:16

flag_egypt.pngDimanche lors d'une conférence de presse les ministres égyptiens du Plan et de la Coopération internationale Fayza Aboul Naga et de la Justice Adel Abdel Hamid Abdallah ont présenté le point de vue officiel après les protestations internationales contre les perquisitions de locaux de 17 ONG, dont trois américaines (le National Democratic Institute, l'International Republican Institute et Freedom House ) et une allemande (la fondation Konrad Adenauer). Ces associations sont accusées de ne pas avoir obtenu les autorisations nécessaires pour exercer leur activité et recevoir des financements étrangers. Les ministres ont insisté sur le fait que c'est la Justice égyptienne qui a été à l'origine de ce actions.

 

Le lundi 2 janvier les Etats-Unis ont sommé sans ménagement le gouvernement militaire égyptien de mettre fin aux perquisitions budgétaires et restituer aux ONG les documents confisqués. En arrière plan de cet avertissement, la campagne de certains sénateurs pour la suspension de l'aide (1,3 milliards de dollars par an) versée par les Etats-Unis depuis les accords de Camp David.

 

Dans le journal Al-Gomhuria le 2 janvier, le rédacteur adjoint d'Al Arabiya.net Farrag Ismail, s'indignait du manque de respect pour la souveraineté de la justice égyptienne que constituait le ton de l'avertissement lancé par le secrétaire à la Défense Leon Panetta au maréchal Mohamed Hussein Tantaoui (le numéro un du nouveau régime égyptien).

 

Les défenseurs des ONG eux soutiennent que celles-ci se sont bornées à faire de la surveillance électorale sans participer à la campagne et accusent la ministre Faiza Aboul Naga, qui appartenait aux gouvernements antérieurs de Moubarak, de jouer un rôle clé dans l'action anti-ONG tandis que des groupes salafistes eux-mêmes financés par l'étrager ne seraient pas inquiétés. Les attaques contre Faiza Aboul Naga ne sont toutefois pas claires. Certes celle-ci a fait parti du comité politique du Parti national démocratique présidé par Gamal Moubarak le fils du dictateur, mais cette ancienne conseillère de Boutros Ghali à l'ONU, diplomate de carrière, qui cite Arafat, Bouteflika, Mandela et Castro parmi ses modèles semble avoir une sensibilité ouverte au non-alignement, et en octobre dernier ses adversaires du Réseau arabe pour l'Information  sur les droits de l'homme à l'inverse l'accusaient au contraire de vouloir "saboter la société civile" (c'est-à-dire les associations non financées par USAID) en collaboration avec l'ambassade des Etats-Unis. Quant au rôle des ONG mentionnées, il n'est pas si anodin qu'il n'y paraît. Un article du présent blog le 6 octobre dernier avait par exemple souligné l'action politique de la fondation Konrad Adenauer aux côtés d'USAID pour soutenir la Ligue pour la Défense de l'Environnement en Bolivie.

 

Le blogueur américain de gauche David Swanson interviewé par Russia TV commentait quant à lui en ces termes le rôle des ONG : "Nous parlons ici au sujet de beaucoup d'O.N.G.s qui ont différents ordres du jour, certaines parmi les ONG américaines ont des liens avérés avecla CIA et ont tenté d'influencer les résultats des élections dans d'autres pays." "Ce ne sont pas des groupes à travers lesquels les étrangers armés de bonnes intentions peuvent essayer d'aider le peuple de l'Egypte. C'est au peuple de l'Egypte qu'il appartient d'établir une société civile de haut niveau dans son propre pays" a-t-il conclu.

 

L'Egypte, actuellement engagée dans un processus électoral complexe qui devrait déboucher sur la rédaction d'une nouvelle constitution et l'élection d'un président de la République en juin, est dans une position très vulnérable à l'égard de ses mentors occidentaux alors que le pays s'enlise dans le marasme économique. En juin dernier le gouvernement militaire avait refusé une avance du FMI de 3 milliards d'euros car il ne souhaitait pas augmenter la dette du pays sans mandat populaire, mais cette ligne ne pourra pas être tenue très longtemps. La visite d'une délégation du FMI a été plusieurs fois repoussée.

 

Delphine Jaen

 

Repost 0
Published by Atlasaltern - dans Proche-Orient
commenter cet article
23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 17:39

Le 16 décembre à l'occastion du vingtième anniversaire de l'indépendance du Kazakhstan, des émeutes ont éclaté dans la ville Janaozen causant de nombreux morts chez les manifestants et les forces de l'ordre

 

Dans une interview du 21 décembre 2011 sur KPRF-TV, Viacheslav Titiokine, membre du comité central du Parti communiste de la fédération de Russie, livrait ses impressions en ces termes sur les événements au Kazakhstan :

 

"Le Kazakhstan est un des 20 plus grands producteurs de pétrole au monde. Il exploite plus d'un million de barils par jour, et avec une population de 16 millions de personnes, cela pourrait sans doute lui permettre de vivre à un haut niveau de vie. En même temps, nous avons reçu des informations en provenance du Kazakhstan selon lesquelles, malgré la prospérité apparente et le luxe que représente la nouvelle capitale qu'ils ont construite sur un mode assez artificiel au coeur du pays, en réalité les problèmes sociaux s'accumulaient, et le facteur déclencheur a été précisément ces contradictions internes au pays. Les gens qui sont montés pour ainsi dire sur les barricades ont fait face aux forces de l'ordre au Kazakhstan avaient sans doute des motifs pour démontrer leur indignation : ils reçoivent des salaires bas, il y a eu des licenciements massifs. Ca les a aussi gêné de voir que les Chinois qui travaillent là sont mieux payés que les employés locaux. Il y a eu un facteur de discrimation nationale, qui heurte la sensibilité. Au Kazakhstan a surgi très vite une classe sociale de "nouveaux riches". Il y a déjà une demi-douzaine de multimillionnaires (...) alors qu'une couche de la population vit dans la misère absolue. Les gens qui travaillent dans le secteur pétrolier ne perçoivent pas un salaire digne. Pour cela l'accumulation de contradictions sociales d'une manière inévitable a débouché sur cette explosion sociale. (...)

 

Mais nous devons aussi prêter attention à la manière dont les protestations se sont développées dans les pays du Proche-Orient. Bien sûr dans ces pays il existait encore plus de conditions pour que surgisse une tention sociale. Néanmoins depuis le début tous les observateurs ont signalé l'influence extérieure. Des forces extérieures sont intervenues immédiatement dans les événements. Pourquoi ces forces ont-elles intérêt à déstabiliser le Kazakhstan? Parce que la destabilisation ou le chaos organisé comme ils l'appellent est le moyen pour eux de contrôler ce pays. Le Kazahstan a une grande importance pour l'Occident. C'est une des grandes puissances extractrices de pétrole, qui a gardé des liens forts avec la Russie. (...) Ces forces étrangères ont utilisé l'indignation légitime des gens afin de déstabiliser le Kazakhstan et de l'entraîner dans l'orbite d'influence occidentale. (...) Les forces de l'oligarchie internationale agissent par l'intermédiaire des services secrets de l'OTAN. Et nous avons vu comment ces services ont agi en Yougoslavie, en Ukraine, en Géorgie et ailleurs. C'est la même signature du Renseignement occidental."

 

 

Le ministre des affaires étrangères chinois Zhang Hanhuy est allé dans le même sens. Il a manifesté son soutien au gouvernement kazakh et stigmatisé avant-hier les pays extérieurs à la région qui interfèrent dans les affaires des pays asiatiques "sous divers prétextes, les soi-disant droits de l'homme, la démocratie et ainsi de suite de temps en temps". "Le seul résultat d'un tel soin est le chaos, la destruction de la stabilité, a-t-il ajouté. Voyez ce qui se produit le Moyen-Orient et en Afrique du Nord où les personnes armées ont renversé un gouvernement légitime. Et qu'ont-ils donné au peuple, excepté les victimes, le désordre, la pauvreté et le chaos ? Rien !"

 

Le 19 novembre dernier, le président Nazerbaïev qui pourtant entretient d'excellentes relations avec les Etats-Unis avait condamné les ingérences étrangères en Libye et en Syrie et avait refusé toute action contre l'Iran. En octobre le ministre des affaires étrangères du Kazakhstan en visite à Téhéran s'était aussi opposé à toute intrusion étrangère dans les affaires des pays riverains de la Caspienne pour l'exploitation des ressources (notamment pétrolières) de cette mer.

 

Mais pour l'heure la présence d'éventuels agents provocateurs étrangers dans les événements de Janaozen n'est pas démontrée. On note seulement les initiatives de Human Right Watch, liée au multi-millionnaire américain Soros, dans la dénonciation de la répression.

 

 

Repost 0
Published by Atlasaltern - dans Asie centrale
commenter cet article
19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 18:53

flagcongo.pngLe 9 décembre (soit avec quatre jours d'avance sur le calendrier prévu), la commission électorale congolaise (CENI) proclamait le président sortant Joseph Kabila vainqueur du scrutin électoral par 49 % des voix contre 33 à Etienne Tshisekedi, 79 ans, ancien premier ministre de la transition démocratique sous Mobutu (mais aussi ministre de l'intérieur de Mobutu peu après l'assassinat de Lumumba) et président de l'Union pour la Démocratie et le progrès social (UDPS), lequel a immédiatement contesté ces résultats.

 

Vital Kamerhe, autre candidat malheureux a saisi la cour suprême. Selon Kamerhe, 3 000 à 5 000 cartes d'électeurs ont été distribuées à des mineurs par des kabilistes. En outre, des centaines de PC électoraux prouveraient les bourrages d'urnes. Sur le bureau de vote « Collège Jean Calvin » à Lubumbashi (Code/BV: 12001/C), par exemple, la commission électorale accorde 369 voix sur les 494 exprimées à  Joseph Kabila contre 74 attribuées à Etienne Tshisekedi, alors que le procès verbal "authentique" signé par les membres du centre présenté par Vamerhe le crédite  Kabila de seulement 169 voix.

 

Semblant pencher en faveur de Tshisekedi, le 14 décembre, les Etats-Unis ont dénoncé de "graves irrégularités" par la voix de la porte-parole du département d'Etat Victoria Nuland.

 

A l'inverse, le 16 décembre, alors que la Cour Suprême de Justice ne s’était pas encore prononcée, les chefs d’État des pays de la région des Grands Lacs, réunis à Kampala, rendaient leur verdict: l’Ouganda, le Kenya, la Tanzanie, la Zambie, le Burundi, la République Centrafricaine, ont reconnu (à l'exception du Rwanda qui a attendu plus longtemps) la réélection du président Joseph Kabila et appelé «ceux qui ne sont pas satisfaits du résultat de l’élection à l’accepter et à travailler pour reconstruire le pays.» L'Afrique du Sud s'est jointe à eux assez rapidement,  probablement pour contrer les tentations d'ingérence des Etats-Unis.

 

En Belgique,  la diaspora congolaise, qui n'a pas le droit de voter au Congo lorsqu'elle a la double nationalité, a largement manifesté en faveur de Tshisekedi. Parmi eux le 17 décembre beaucoup brandissaient des drapeaux nationalistes flamands ainsi que le portrait du chef de la droite indépendantiste flamande, Bart De Wever. Tony Busselen du Parti du travail belge rappelait, quant à lui, dans un reportage du 13 décembre les liens de Tshisekedi avec la dictature de Mobutu, et estimait que malgré ses concessions aux Occidentaux Kabila, qui reste sur une ligne de coopération avec la Chine et les pays émergents, demeurait le seul candidat crédible de la mouvance lumumbiste, de la gauche congolaise et  du refus de l'ingérence occidentale.

 

Le scepticisme des Occidentaux semble se nourrir de certaines dérives autoritaires du régime de Kabila qui avait été pourtant leur homme pendant une décennie (soutenu notamment par le Rwanda après l'assassinat de son père). L’enrichissement de son entourage. La répression de journalistes et d’opposants. L’assassinat en 2010 de Floribert Chebeya, militant des droits de l’homme. Puis l’imposition d’un scrutin présidentiel à un seul tour pour favoriser le chef d’Etat sortant.

 

Il est peu probable toutefois, compte tenu de l'équilibre des forces sur le continent africain, que Washington et les Européens se rallient d'emblée aux prétentions de Tshisekedi (qui a appelé l'armée a lui obéir doit prêter serment parallèlement à Kabila au stade des Martyrs de Kinshasa vendredi). Certains plaident pour une partage du pouvoir entre le président sortant et son principal opposant comme cela s'est fait en 2007 au Kenya et en 2008 au Zimbabwe. L'ancien ministre belge Louis Michel s'est prononcé en ce sens.

 

Delphine Jaen

Repost 0
15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 11:02

Les mauvaises nouvelles s'accumulent pour le gouvernement algérien ces derniers temps.

 

Non seulement le pays est désormais entouré de gouvernements islamistes au Maroc et en Tunisie (la Tunisie qui d'ailleurs se rapproche d'Israël en ce moment), mais l'armée algérienne a intercepté dans la nuit du 11 au 12 décembre deux 4×4 libyens chargés d’armes (des armes semi-automatiques, lance-roquette et des roquettes) sur son territoire au nord de la région de Djanet. Ces mouvements clandestins d'armes en provenance de Libye dont la destination est inconnue sont de mauvais augure pour l'avenir de la région.

 

Une autre menace semble se dessiner du côté du Qatar (qui a été dans les affaires libyenne et syrienne un des bras armés des Occidentaux). Selon le site électronique libanais «Libnanews», «l’opposant» algérien Saad Djebbar est régulièrement reçu par l’émir du Qatar qui l’a désigné comme son avocat personnel. Au même moment, Oussama Madani, un des fils de Abassi Madani (l'ancien président du Front islamique du Salut emprisonné après 1991), ouvre une chaîne de télévision, qui, selon le journal Le Temps, serait financée par la Qatar (où il vit, et maintient par ailleurs des liens avec le CNT libyen) et c'est de Doha la capitale de l'émirat que le numéro 2 du FIS a fait savoir qu’il envisage de poursuivre l’Algérie devant des instances judiciaires internationales pour ne pas avoir accepté le retour, sur la scène politique nationale, de son parti politique.

 

Lors du vote de la Ligue arabe suspendant la Syrie de cette organisation, le chef  de la diplomatie qatariote Cheikh Hamad bin Jassem bin Jabr Al Thani aurait lancé à son homologue algérien «ne défendez  pas trop la Syrie car quand votre tour arrivera, vous aurez certainement besoin de nous». Doha serait donc en train de rassembler les forces islamistes algériennes contre le régime militaire.

 

Dans les colonnes du journal Elkhabar le 13 décembre (en arabe ici), le syndicaliste trotskiste américain Alan Benjamin met en cause Washington (il est bizarrement présenté comme le "dirigeant de l’union syndicale des travailleurs" - algérienne ? - aux Etats-Unis mais sa fonction syndicale aux Etats-Unis est en réalité "membre du San Francisco Labor Council", et à ce titre il s'est aussi impliqué contre la guerre d'Irak). A l'issue de la conférence internationale sur les ingérences et les guerres d’occupation, tenue à Alger,il affirme que son pays aurait déjà anticipé la transition démocratique en Algérie, qu'il existerait déjà un "CNT algérien dans les tiroirs de la Maison blanche" et que des personnalités algériennes ont été déjà contactées pour le former. Hélas des noms jusqu'ici n'ont pas été mentionnés. M. Benjamin ne semble pas avoir publié d'éléments concrets sur ce thème, ni en langue en anglaise ni en français.

 

Louisa Hanoune, secrétaire générale du parti des travailleurs algérien (PT) et résistante historique de la guerre de décolonisation, a de son côté condamné, les manœuvres extérieures auxquelles doit faire face l’Algérie, en citant « la révolution du 17 septembre », appel lancé sur Facebook (et qui serait selon le quotidien Ennahar l'oeuvre de l'écrivain Bernard-Henri Lévy qui est né en Algérie, mais aucune preuve n'est apportée sur ce point - le ministre de l'intérieur M. Ould Kablia dans le même journal met en cause aussi Israël du fait que le 17 septembre est l'anniversaire des accords de Camp David, mais là encore les preuves font défaut). Dans son rapport d'ouverture, en marge de la session ordinaire du bureau politique, organisée au siège de son parti, elle a estimé que cet appel est lancé par une source inconnue qui veut déstabiliser l'union du pays. Elle a accusé, dans ce cadre, les lobbies qui veulent servir les intérêts étrangers et qui œuvrent pour diviser le pays.

 

Selon Samira Azzegag du journal le Temps, évoquant la situation actuelle en Libye, Mme Hanoune a précisé que ce qui se passe dans le pays voisin n'est pas une révolution, mais une anarchie totale, dictée par une force étrangère et dont l'avenir est incertain. Cette incertitude inquiète l'oratrice qui n'a pas manqué de mettre en garde contre les répercussions «cruciales» de cette crise et de «l'intervention militaire de l'Otan». Et d'enchaîner : «L'Algérie, en tant que pays, ne doit pas reconnaître la légitimité du CNT. Abondant dans ce sens, la première dame du PT est convaincue que la priorité du CNT est de préserver l'intérêt de la France». La reconnaissance de ce conseil n'est autre, aux yeux de Mme Hanoune, qu'une «légitimation de la guerre et de la présence des forces d'occupation étrangères».

oil_well.jpgLes infiltrations d'armes, et les rumeurs d'ingérence extérieure ne sont en tout cas pas faites pour arranger les relations entre la Libye et l'Algérie, d'autant que les deux pays sont en rivalité sur la question pétrolière : la Libye ayant annoncé qu'elle augmentera sa production pourrait nuire au quota de production au sein de l'OPEP de l'Algérie qui est sa concurrente directe, dans un contexte où tous les producteurs sont enclins à produire plus, et où la consommation occidentale pourrait décroître avec la crise, tirant ainsi les prix vers le bas. Pour lever un sujet de contentieux avec les Libyens et les Occidentaux, les autorités algériennes vont en tout cas cesser d'héberger sur leur territoire Aïcha Kadhafi, qui pourrait prendre la tête d'une chaîne de télévision au Venezuela.

Djibril Cissoko

 

Repost 0