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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 20:46

ocean-indien.jpgLe 7 février dernier les forces militaires et la police se sont solidarisées avec les manifestations de protestation populaires, et ont renversé le président des Maldives Mohamed Nasheed qui avait été régulièrement élu en 2008. Mohamed Nasheed, surnommé dans certains milieux environnementalistes le "Mandela de l'Océan indien" avait par ailleurs attiré l'attention internationale en menant une croisade contre les effets du réchauffement climatique sur son archipel.

 

Les Etats-Unis et l'Inde ont immédiatement reconnu le nouveau président (l'ex-vice-président de Nasheed) soutenu par l'ancien dictateur Gayoom (lequel avait bénéficié en 1988 d'une intervention militaire de l'Inde pour le remettre au pouvoir après son renversement) et par l'industrie hôtelière. Mohamed Waheed Deen, ministre de la justice de Nasheed et patron Bandos Island Resort a été nommé vice-président (cf Daily Telegraph). Les partisans de Nasheed ont été battus par la police et arrêtés. La "communauté internationale" a opté pour un mutisme prudent devant ce coup d'Etat. Le secrétaire général Ban Ki-Moon a seulement formulé des voeux pour une "solution pacifique".

 

Si le président Nasheed avait, sur le plan intérieur, inquiété l'industrie du tourisme par sa campagne anti-corruption. Cependant sa politique économique avait pour le moins manqué de cohérence, puisqu'il avait aussi privatisé l'aéroport, ainsi qu'une partie de la sécurité sociale, tandis que sa politique favorable aux offices de massage provoquait la colère des islamistes (l'île est majoritairement musulmane sunnite). Il a par ailleurs fait l'objet d'accusations de corruption au profit de son propre camp. De même en politique étrangère : en décembre dernier il avait à la fois milité pour les sanctions économiques contre la Syrie (après son entrée au comité des droits de l'homme de l'ONU) et contre l'ingérence internationale dans le processus d'enquête sur les crimes de guerre au Sri Lanka (où il est d'ailleurs actuellement réfugié). Il était par ailleurs proche d'Israël et après son renversement aurait même tenté, selon Rajje News proche du parti d'opposition (DRP fondé par Gayoom), de faire pression sur Tel-Aviv, via l'homme d'affaire, Ismail Saadiq, pour pousser les Etats-Unis à ne pas reconnaître le nouveau président. Nasheed avait aussi fait venir des infirmiers israéliens à l'hôpital Indira Gandhi ce qui avait provoqué la colère du DRP, lequel avait crié au risque de trafic d'organes.

 

Cette orientation politique explique sans doute que les adversaires traditionnels des coups d'Etat oligarchiques (Venezuela, Cuba, Bolivie), n'aient pas manifesté de solidarité avec le président maldivien déchu. The Times of israel quant à lui affirme sans détour qu'Israël perd un de ses rares alliés dans le monde musulman.

 

Des élections présidentielles sont prévues pour 2013 où la fille de Gayoom sera candidate.

 

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 13:38

bearus.jpgLes pays de l'UE ont convenu le 29 février dernier d'élargir la liste des fonctionnaires biélorusses soumis à des "mesures restrictives". La Biélorussie a rappelé mardi son représentant permanent auprès de l'UE et son ambassadeur en Pologne, puis la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a annoncé que "tous les ambassadeurs des pays-membres de l'UE en Biélorussie seront rappelés pour consultations en signe de solidarité et d'unité".

 

La Russie qui a pourtant entretenu l'an dernier des relations difficiles avec Minsk qu'elle pousse à libéraliser son économie, a haussé le ton aujourd'hui et annoncé par la voix du vice-premier ministre russe Dmitri Rogozine qu'elle apportera son entier soutien à la Biélorussie en cas de durcissement des sanctions européennes à son encontre.

 

En janvier 2011 une pétition avait été signée par le préfacier de l'Atlas alternatif et un de ses contributeurs contre l'ingérence occidentale en Biélorussie. Au même moment la Biélorussie avait pointé le bout de son nez dans le débat politique français. Le journaliste aux convictions européistes de Libération Jean Quatremer sur son blog le 20 janvier 2011 avait reproché au président du Front de gauche JL Mélenchon de s'être abstenu de voter avec son groupe une résolution du Parlement européen demandant un durcissement des sanctions économiques vis-à-vis du régime biélorusse et de son président à la suite des arrestations brutales et arbitraires des opposants qui ont suivi sa réélection, le 19 décembre dernier. Le leader du Front de gauche lui avait répliqué sur son propre blog le 24 janvier : "Quelles sanctions refusons-nous ? Celles qui gèlent les « aides du FMI et de l'UE », selon le texte de la résolution de la droite. En effet nous sommes opposés au régime des sanctions financières contre les peuples, d’une façon générale. Mais là il s’y ajoute de surcroit que nous sommes opposés aux « aides du FMI » et au système même de l’ingérence du FMI dans la conduite de la politique des pays. En quoi cette position est-elle un soutien au régime en place ? Ce n’est pas tout. Quelles autres propositions de cette résolution de la droite notre texte refusait il encore de soutenir ? Celle qui "invite la Commission à soutenir, par tout moyen financier et politique, les efforts déployés par la société civile biélorusse, les médias indépendants (y compris Belsat, Radio européenne pour la Biélorussie, Radio Racyja et d’autres. » En effet "Balsat TV" est une TV …. polonaise ! Et de surcroit financée par le gouvernement polonais.  Nous sommes contre ce type d’ingérence d’un gouvernement contre un autre qui sont des facteurs de tensions internationales évidents et spécialement dans ce cas une incitation à la confrontation, compte tenu du poids de l’histoire dans la zone".

 

Aux Etats-Unis en juillet dernier le représentant Ron Paul s'était aussi élevé contre la reconduction du “Belarus Democracy Act” qui prévoyait le renforcement de l'aide à l'opposition biélorusse - cf son discours traduit en français ici.

 

Tout au long de l'année 2011 le lobbying pour le durcissement de la politique européenne à l'égard de Minsk n'a pas faibli. Le 3 novembre 2011, dans Le Monde, l'écologiste interventionniste Daniel Cohn-Bendit, l'ex-ambassadeur Stéphane Hessel, auteur d' "Indignez vous", la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) et Jonathan Littel, auteur des "Bienveillantes", très en pointe sur la Syrie, le Soudan et le Congo, demandaient à l'Union européenne de mener une politique diplomatique "ferme" suite à l'inculpation d'Ales Bialiatski responsable du Centre des droits de l'homme "Viasna" (Printemps), lauréat du Prix danois de la liberté Politiken (Politiken Freedom Prize)en 2011, pour évasion fiscale (condamné trois semaines plus tard à quatre ans et demi de prison en première instance). Bialiatski est lui même vice président de la FIDH. De passage à Paris en mars 2011, il avait appelé à l'étranglement économique du gouvernement biélorusse qui selon lui avait "l'estomac à la place du cerveau". Les autorités biélorusses l'accusent d'avoir soustrait au contrôle du fisc 40 000 dollars reçus d'organisations étrangères.

 

En ce qui concerne les turpitudes des ONG anti-gouvernementales à Minsk, les gens qui lisent le russe peuvent aussi se reporter à l'article d'Elena Pustovoitova sur le site de la Fondation pour la culture stratégique à propos notamment du "Théâtre libre de Biélorussie" fondé selon elle par des membres de l'Eglise de Scientologie et qui n'avaient aucun succès à Minsk, mais qui ont reçu des prix importants en Europe et aux USA et qui ont réussi à faire croire qu'ils étaient persécutés parce qu'en 2007 la police leur a rendu visite sur plainte des voisins parce qu'il y avait des coups de feux (le théâtre jouait la pièce "Onze Débardeurs" d'Edward Bond où les acteurs tirent des coups de feu). "Depuis lors, Kolyada et Khalézine  présentent cette affaire comme une action planifiée et l'exemple de la répression systématique contre leur équipe.", note Pustovoitova.Les organisations des droits de l'homme occidentales listent une trentaine de prisonniers politiques en Biélorussie. Le point de vue des partisans de Loukachenko sur une partie de ces personnes est accessible sur le site Predatelli.com. Pour une lecture de la situation économique et sociale favorable au modèle de développement socialisant conservé par la Biélorussie, on peut se reporter au témoignage (en anglais) de l'américaine Michèle Brand sur Counterpunch.org.

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 10:51

En septembre dernier le blog de l'Atlas alternatif a attiré l'attention des lecteurs sur le sort de la ville libyenne essentiellement peuplée de Noirs (ancien centre de trafic d'esclave où vivaient les descendants d'esclaves libérés) de Tawergha (ou Tawarga selon les conventions transcriptions retenues) apparemment victimes de nettoyage ethnique (les villages de Tomina, de Kararim ont également été vidés).

 

En février dernier une vidéo a circulé sur Internet parfois présentée comme montrant des habitants de cette ville faits prisonniers et traités de façon humiliante (parqués dans une cage, traités de chiens - insulte suprême pour un musulman - et forcés à manger l'ancien drapeau libyen).

 

 

Selon Russia Today, les Noirs libyens qui n'ont pu fuir le pays seraient 5 000 dans des centres de détention.

 

Le 16 février dernier Amnesty International a publié un rapport sur ce sujet. Selon Donatella Rovera en janvier et début février, des délégués d'Amnesty se sont rendus dans onze centres de détention contrôlés par les ex-rebelles dans le centre et l'ouest de la Libye et dans dix d'entre eux les prisonniers ont fait état de tortures.

 

En janvier un rapport d'ONG arabes  " Report of the Independent Civil Society Fact-Finding Mission to Libya" a été publié qui, tout en détaillant la répression à balles réelles du "Printemps libyen" et les crimes de guerre commis par les kadhafistes à Misrata et Zawiya notamment, dénonçait l'absence de système judiciaire dans la "nouvelle Libye" post-Kadhafi, critiquait la détention sans jugement de 28 prisonniers qui n'ont pas été des hauts responsables de l'ancien régime à Sibrata, les tortures au centre de Zawiya (om se trouvent des dizaines d'ex soldats noirs d'origine malienne et tchadienne). A propos de Tawergha ce rapport précise que si certains de ses anciens résidents se sont rendus coupables d'atrocités aux côtés des forces kadhafistes, notamment contre Misrata (cf l'exemple de la vente d'une fille de Misrata comme esclave à 7 000 dinars) la population a été victime de "rumeurs" et d'un "mythe urbain" instaurant une culpabilité collective sur cette ville, légitimant ensuite toutes les exactions des rebelles contre elle. Il confirme le rapport de Human Rights Watch sur l'existence d'un nettoyage ethnique systématique dans cette ville, et aborde aussi le problème des victimes directes des frappes de l'OTAN.

 

Un "comité international des juristes pour la Défense des Libyens" composé d'intellectuels qui ont souvent manifesté leur sympathie pour l'ancien régime libyen (et dirigé par avocat de l'ex-Premier ministre libyen Baghdadi Mahmoudi) devait quant à lui se réunir le 10 mars à Tunis pour évoquer les violations des droits de l'homme en Libye.

 

La barbarie des milices libyennes ne vise pas seulement les Noirs mais aussi les alliés occidentaux du Conseil national de Transition. Le 29 février une vidéo sur YouTube a été téléchargée montrant la profanation par des miliciens du cimetière de guerre anglais et italien de Benghazi.

 

Par ailleurs à Barqa le 6 mars dernier un "congrès" a nommé un Conseil suprême chargé de gouverner la nouvelle entité baptisée Cyrénaïque. La présidence du Congrès a été confiée au cheikh Ahmed Zoubaïr, cousin de l'ancien roi Idriss al-Senoussi renversé par Kadhafi. Le président du CNT les a accusés d'être financés par des pays arabes, mais Zoubaïr a démenti cette accusation.En tout cas M. Adnane Manser, consul de Tunisie à Benghazi était présent à la réunion de ce congrès, ce qui lui a valu d'être rappelé par son gouvernement à titre de sanction aujourd'hui 15 mars. Le ministre algérien des Affaires étrangères Mourad Medelci a déclaré quant à lui que son pays restait engagé à soutenir l'intégrité territoriale de la Libye comme celle du Mali.  

 

Tout en manifestant son attachement formel à l'unité libyenne dans un cadre fédéral, le gouvernement autoproclamé de Cyrénaïque s'est doté de sa propre armée et certains experts affirment que son but est de priver le reste de la Libye des dividendes pétroliers de cette région. 

 

Malgré cela les autorités centrales du CNT à Tripoli minimisent les risques d'anarchie dans le pays. La production de pétrole représente 75 % de ce qu'elle était à l'époque de Kadhafi et la petite bourse de Tripoli (un marché de 3 milliards de dollars contre 65 milliards au Caire) vient de réouvrir après un an de fermeture. Des élections législatives sont prévues pour le mois de juin.

 

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 16:22

jeu_dames.jpgLors d'une audition devant le Congrès des Etats-unis, l'amiral Robert Willard commandant des forces américaines dans le Pacifique a révélé que des forces spéciales américaines étaient stationnées en Inde, au Nepal, au Bangladesh, au Sri Lanka et aux Maldives dans le cadre de la "lutte anti-terroriste" (face à des groupes comme Lashkar-e-Taiba).

 

Le vendredi 2 mars, le ministre des affaires étrangères indien, interpellé à ce sujet par le parti communiste (PCIM très anti-impérialiste qui a condamné le dernier vote de l'Inde sur la Syrie au Conseil de sécurité de l'ONU en février), a démenti la présence permanente de ces forces et précisé qu'elles n'avaient participé en Inde qu'à des exercices d'entraînement pour une période limitée. Les gouvernements des Maldives, du Népal et du Sri Lanka et l'ambassadeur américain au Bangladesh ont aussi démenti la déclaration de Willard.

 

Le journal The Hindu du 3 mars observe toutefois que le ministère des affaires étrangères n'a pas répondu lorsqu'on lui a demandé si ces forces pouvaient être stationnées dans les ambassades ou les consulats américains en Inde pour mener à bien des opérations de sabotage ou d'assassinats ciblés. Il ajoute que les déclarations des officiers américains devant le Congrès sont faites sous serment, et qu'un amiral est peu susceptible de confondre une présence permanente avec une période courte d'entraînement.

 

Le rapprochement militaire entre l'Inde et les Etats-Unis continue d'inquiéter les milieux pacifistes en Asie. Selon l'Okinawa Times, le destroyer indien Ranjit était dans les eaux du nouveau port de Naha près d'Okinawa au Japon les 28 et 29 février dernier. Un soldat indien en assurait la garde armé sur le quai en violation de la loi japonaise ce qui a provoqué l'émotion des syndicats de travailleurs du port. La coopération navale indo-américano-japonaise s'inscrit dans un objectif d'encerclement de la Chine.

 

L'Inde fait par ailleurs l'objet de pressions occidentales fortes en ce moment pour stopper ses échanges commerciaux avec l'Iran, après que les Occidentaux soient parvenus à la dissocier du bloc des BRICS (Brésil-Russie-Inde-Chine-Afrique du Sud) à l'ONU sur la question syrienne.

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 14:09

drones.jpgLe 9 mars dernier, l'aviation israélienne a assassiné à Gaza Zouheir al-Qaïssi secrétaire général des Comités de résistance populaire (comme elle avait tué son prédecesseur) et  Ahmad al-Khanini, haut responsable de cette organisation récemment libéré lors de l'échange de prisonniers contre Shalit. (Rappelons que de 12002 à 2008, 387 Palestiniens ont été ainsi tué dans des assassinats ciblés selon une étude du rapporteur spécial de l'ONU sur les exécutions extrajudiciaires Philip Alston de 2010 qui essaie de poser des critères de nature à limiter cette pratique).

 

Les Comités de résistance populaire et le Djihad islamique (mais pas le Hamas) ont répliqué par l'envoi de 200 roquettes sur Israël. Selon Asia Times Online qui reprend les chiffres gouvernementaux israéliens 85 % ont été arrêtées par le système "Dome de Fer" (Iron Dome), un bouclier anti-missile de 200 millions de dollars livré par l'administration Obama. (L'agence russe Ria Novosti, elle, retient elle le chiffre de 35 % sur 120 roquettes envoyées, mais aucun autre média n'a retenu ce chiffre qui semble faux). De sorte qu'aucun civil israélien n'a perdu la vie. En revanche 21 à 25 Palestiniens ont été tués par des drones israéliens en représaille dont 6 civils y compris 2 enfants.

 

L'association propalestinienne Europalestine parle en outre de 80 blessés (chiffre corroboré par d'autres sources), et rappelle aussi au passage la poursuite de violences en Cisjordanie le weekend dernier (80 oliviers déracinés, raids de nuit et incursions au domicile de Palestiniens dans 19 camps de réfugiés, villes et villages palestiniens, arrestations brutales de 15 Palestiniens)

 

Le premier ministre israélien a menacé de passer à l'offensive terrestre. Pour l'heure un accord de cessez-le-feu a été signé mais son respect reste incertain.

 

Dans la presse israélien, Haaretz tente de faire porter la responsabilité de l'activisme des tireurs de roquettes à l'Iran et à la Syrie, protecteurs du Djihad islamique. Il laisse entendre que le secrétaire général du Djihad islamique Ramadan Shallah toujours basé à Damas (et protégé par Bachar El-Assad) pourrait inciter ses partisans à poursuivre les lancements de roquettes pour accroître la visibilité de son mouvement face à un Hamas accusé de renoncer à la résistance, et paralysé en ce moment entre sa dépendance contradictoire à l'égard de l'Iran (qui achemine l'aide économique mais aussi humanitaire à Gaza), de la Syrie (qui l'héberge) et des pétromonarchies du Golfe.

 

Les partis proches des Frères musulmans dans les pays où ils sont majoritaires ont réagi vivement. Ainsi le gouvernement tunisien  a "dénoncé la nature hostile de l'entité sioniste", il condamne les crimes contre les civils et "exhorte l'Organisation des Nations Unies à prendre conscience de l'ampleur des dangers qui guettent la région" Lundi l'Assemblée populaire égyptienne (Chambre basse du Parlement) a appelé d'un commun accord à l'expulsion de l'ambassadeur d'Israël au Caire en raison de la poursuite des raids aériens sur la bande de Gaza. Les députés ont par ailleurs demandé au gouvernement de cesser immédiatement les exportations de gaz vers Israël en raison des violations des droits de l'Homme commises par Israël dans son agression des civils palestiniens. Des manifestations de solidarité avec Gaza ont eu lieu dans le Sinaï.

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 13:50

usmarine.jpgLe 2 mars dernier un "officier de la CIA" aurait été tué lors d'une attaque dans la province d'Aden par le groupe Ansar al-Charia. Ansar al-Charia (les "supporters de la charia") est un groupe nouveau, dont on ignore s'il est distinct d'Al Qaida, qui controle dans le sud Shawa et Abyan, et fournit dans ces zones une aide importante aux pauvres tout en imposant une version dure de la loi islamique. Le Pentagone a reconnu qu'une "équipe de sécurité" américaine a été la cible de tirs, ce qui pose la question d'une présence militaire américaine cachée, alors qu'Obama a toujours démenti toute intention d'envoyer des troupes dans ce pays.

 

La nouvelle intervient alors que les Etats-Unis et leurs alliés saoudiens et qatariens poursuivent leur bras de fer avec le mouvement populaire yéménite.

 

Le 27 février dernier, après un an de manifestations populaires (et d'une répression qui a fait plus de 2 000 morts), le président sortant Ali Abdallah Saleh a démissionné, en application d'un accord signé avec ses voisins et alliés, les pétromonarchies du Golfe, du 23 novembre dernier, en échange du maintien de son impunité judiciaire. Une transition en douceur bien différente de celle que l'OTAN a imposée en Libye. Tandis que les Occidentaux s'indignaient de voir Bachar-El-Assad organiser un référendum constitutionnel en Syrie, ils faisaient avaliser par le peuple sur un mode plébiscitaire l'élection à la présidence du Yémen pour deux ans d'Abd Rabbo Mansour Hadi, un officier originaire du Sud formé par les britanniques et qui a été le vice-président de Saleh depuis 1994 Abd Rabbo Mansour Hadi - il a été élu avec 99,8 % des voix, et une participation de 65 % (officiellement).

 

Les Etats-Unis, qui ont reproché à Saleh de laisser Al-Qaida et Ansar-al-Charia gagner du terrain dans le Sud et l'Est pour se donner le rôle du défenseur de l'unité menacée du pays, espèrent ainsi orchestrer une remise en ordre du pays.

 

Mais le peuple yéménite ne l'entend pas forcément de cette oreille. Les séparatistes du Yémen du Sud (ancienne république communiste qui a rejoint son voisin du Nord il y a vingt ans) et les rebelles chiites Zaidi (Houthis) du Nord ont boycotté le scrutin. Et le peuple à Sanaa lui-même continue de protester contre le fait que les forces de sécurité restent entre les mains des fils et neveux de Saleh.

 

Selon la TV iranienne le 1er mars 2012, des soldats sont descendus dans la rue pour demander la démission du brigadier-général Hussein Khairan et du commandant de l'aviation Mohammed Salah al-Ahmar (le demi-frère de Saleh) accusés de corruption. Les manifestants scnadaient aussi des slogans anti américains et antisaoudiens. Une dépêche occidentale confirme la manifestation qui réunissait 500 soldats, mais fait l'impasse sur les slogans anti-occidentaux que la presse iranienne rapporte.

 

Selon l'expert panafricaniste Abayomi Azikiwe, le gouvernement américain va désormais payer directement les militaires yéménites pour contourner la corruption des généraux ce qui est une étape supplémentaire dans le processus d'ingérence.

 

Les soldats ne sont pas les seuls à manifester. Le 29 février, photographies à l'appui, la TV iranienne faisait état de manifestations à Sanaa brûlant le drapeau américain l'éphigie de l'ambassadeur Gerald Michael Feierstein  et exigeant son départ. En décembre Feierstein, qui se comporte en proconsul au Yémen, comme l'avait fait Anne Patterson au Pakistan, s'était déjà attiré les foudres du peuple en qualifiant de "non pacifique" une marche populaire entre Taiz et Sanaa. Une manifestation anti-américaine se serait aussi déroulée à Taiz ville-martyr au Sud-Ouest du pays, qui est le coeur de la révolution yéménite. Le nombre de participants n'est pas connu. Par ailleurs juste avant les élections un millier d'employés du pétrole de Petro Masila s'étaient mis en grève bloquant la production dans l'Hadhramout (Sud-Est) - mais l'activité a repris le 29.

 

Les Etats-Unis se heurtent à un véritable casse-tête au Yémen aussi bien pour neutraliser les mouvements populaires non-violents que pour liquider les guérillas. Leur volonté de miser sur les ONG financées par USAID a échoué car aucun expert occidental ou pro-occidental n'accepte de se rendre au Yémen. Donc aucun programme de "smart power" ne fonctionne. Sur le plan militaire la seule alternative à l'intervention au sol est l'envoi de drones, une spécialité américaine désormais, mais qui, comme au Pakistan, tue beaucoup de civils innocents et ne fait qu'accroître l'hostilité à Washington dans ce pays.

 

Pour mémoire au Yémen la moitié de la population vit avec moins de 2 dollars par jour.

 

F. Delorca

 

------ Cet article est également publié sur Actualutte.info

 

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 10:47

syrie.png Le 24 février s'est tenue à Tunis la conférence des "Amis de la Syrie" réunissant 70 pays, y compris l'Inde, qui a décidé d'y assister après avoir reçu une aide pétrolière de Riyad, mais en l'absence de la Russie et de la Chine. Le groupe a reconnu le Conseil national syrien (CNS) comme "un représentant légitime des Syriens qui cherchent un changement démocratique pacifique". Il s'est engagé à fournir "un soutien effectif" à l'opposition, sans plus de précisions et prôné l'instauration de couloirs humanitaire vers Homs pilonnée par l'armée syrienne.

 

Parallèlement à cette réunion, selon le Canard enchaîné du 29 février des représentants des services de renseignements américains, britanniques, français, turcs, saoudiens et qataris ont participé à  une réunion secrète pour préparer un coup d'Etat à Damas pour lequel un budget serait prévu, avec une forte mobilisation des services français, sans garantie toutefois de pouvoir rallier des hauts gradés syriens à ce projet.  

 

De leur côté, les partisans du régime syrien affichent leur optimisme. Le 14 février un article de la  Komsmolskaia Pravda égrainait une série de nouvelles triomphalistes : "Le 7 février, une importante délégation russe, incluant les plus hauts responsables du renseignement extérieur, est arrivée à Damas où elle a été accueillie par une foule en liesse (...)Une série d’accords a été conclue pour le retour à la paix. La Syrie a restitué 49 instructeurs militaires faits prisonniers par l’armée syrienne. La Turquie est intervenue pour faire libérer les ingénieurs et les pèlerins iraniens enlevés, y compris ceux qui étaient détenus par les Français (au passage, le lieutenant Tlass qui les séquestrait pour le compte de la DGSE a été liquidé). La Turquie a cessé tout soutien à l’ « Armée syrienne libre », a fermé ses installations (hormis celle située sur la base de l’OTAN à Incirlik), et a livré son chef, le colonel Riad el-Assad. La Russie, qui s’est portée garante des accords, a été autorisée à réactiver l’ancienne base soviétique d’interception du mont Qassioum." Puis "les armées nationales non seulement de la Syrie, mais aussi du Liban, ont donné l’assaut des bases de la Légion wahhabite. Au Nord du Liban, un gigantesque arsenal a été saisi à Tripoli et quatre officiers occidentaux ont été faits prisonniers dans le Akkar dans une école désaffectée de l’UNRWA transformée en QG militaire. En Syrie, le général Assef Chawkat en personne a commandé les opérations. Au moins 1 500 combattants ont été faits prisonniers, dont un colonel français du service technique de communication de la DGSE, et plus d’un millier de personnes ont été tuées."

 

Ces informations ne sont pas toutes fiables. Ainsi par exemple celle selon laquelle le colonel Riad El-Assad a été livré par la Turquie est directement démentie par la dépêche publiée par  Le Point quinze jours plus tard qui interviewe ledit colonel... Toutefois l'embarras des Occidentaux et leurs hésitations à suivre les wahabites saoudiens et qatariens dans leurs projets d'intervention en Syrie sont sensibles depuis la réunion de Tunis. Il ne semble pas y avoir de stratégie de rechange sérieuse après la position ferme adoptée par les Russes et les Chinois.

 

Par ailleurs, divers éléments confirment que le soutien militaire des pétromonarchies et des Occidentaux à l'opposition syrienne armée ne fait pas l'unanimité au Proche-Orient y compris même parmi les alliés potentiels des opposants à Bachar El-Assad. Ainsi dans l'Ouest de l'Irak, alors qu'Al Qaida a appelé au Djihad en Syrie, les chefs tribaux sunnites hostiles au gouvernement de Damas sont beaucoup plus modérés. Al Arabiya aujourd'hui cite les cheikhs Khaled Khalifa, Hnein, et Ali Ayed qui tous soulignent que l'aide à la guérilla nuira au peuple syrien et que les pétromonarchies devraient plutôt exercer des pressions politiques sur le régime syrien. Au Liban, le Quotidien  L'Orient-le-Jour cite aujourd'hui les propos du chef de l'église maronnite Mgr Béchara Raï. Celui-ci, qui se défend de soutenir le régime syrien, mais condamne le soutien à la rébellion armée. « La Syrie, comme d’autres pays, a besoin des réformes que le peuple réclame et que même son président, Bachar el-Assad, avait annoncées depuis mars dernier », estime-t-il. « Il est vrai que le régime du Baas est une dictature, mais il en existe plusieurs sur son modèle dans le monde arabe », a-t-il poursuivi en enchaînant : « Dans tous les pays arabes, la religion de l’État est l’islam, sauf en Syrie où l’on indique seulement que le président doit être musulman sans considérer l’État comme étant islamique. » « La Syrie est la plus proche d’une démocratie » ajoute-t-il en faisant référence à la liberté religieuse qui y règne. Faisant état de « plans destructeurs établis dans le cadre des politiques internationales », Mgr Raï estime que ce sont « des États et non pas les peuples qui soutiennent financièrement, militairement et politiquement les mouvements intégristes ». Le patriarche maronite libanais est certes accusé par certains sites de dépendre de Damas mais sa position, comme celle du général Aoun, traduit pour le moins une division des chrétiens libanais sur le dossier syrien (alors que ceux-ci sont traditionnellement proches des positions occidentales).

 

Pendant ce temps les combats contre les déserteurs de l'Armée de Libération syrienne se poursuivent à Homs et Rastane.

 

Pour mieux comprendre la situation syrienne, on peut se reporter au rapport d'une mission organisée par le Centre international de recherche et d’études sur le terrorisme et d’aide aux victimes du terrorisme (CIRET-AVT) et le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) présenté lors d'une conférence de presse à Paris le 10 février dernier (devant des médias arabes notamment, mais L'Humanité était le seul médias français à y assister). Ce rapport, tout en étant sans concession à l'égard du régime répressif syrien, montre clairement les enjeux géopolitiques extérieurs qui se sont greffés sur le cas syrien (notamment l'ingérence des Occidentaux et des pétromonarchie), venant compromettre sciemment les chances d'une démocratisation pacifique du pays. Il est en ligne ici.

 


 

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 12:43

Depuis le 17 janvier dernier une guerre ouverte violente oppose le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) à l'armée malienne dans le Nord de ce pays. Le MNA créé en novembre 2010 se présentait comme un mouvement souhaitant « défendre et valoriser la politique pacifique » et disait « rejeter et condamner la violenceet le terrorisme sous toutes leurs formes ». Mais en octobre 2011 avec la chute de Kadhafi, il a fusionné avec les mercenaires touaregs de l'ex-guide libyen dans un "mouvement de libération nationale" armé.

 

De l'avis de commentateurs comme Cheick Tandina du journal Le Prétoire, le gouvernement malien peinerait à obtenir des soutiens de ses voisins qui ont reçu comme instruction des Occidentaux de combattre en priorité Al Qaïda au Maghreb Islamique(AQMI) responsable de nombreux enlèvements.

 

Au Mali, on va même jusqu'à avancer que la France aurait une sympathie pour le MNLA. Sekou Kyassou Diallo, dans une contribution à Maliweb explique : "Les fondateurs du MNLA auraient contacté, par le biais de certaines hautes personnalités maliennes à Bamako, le Quai d’Orsay qui leur aurait accordé une audience. Au cours de cet entretien, ils auraient promis de pouvoir lutter contre AQMI et de faire libérer les otages français retenus dans le nord malien sans versement de rançon. Ils auraient dit au passage que les autorités de Bamako, que Paris soupçonne d’ailleurs d’être impliquées dans les prises d’otages et autres, seraient les complices de AQMI au Sahel. / Très enchanté par leurs promesses de mettre fin au désordre dans le septentrion malien, le Quai d’Orsay aurait promis de se ranger sur leurs positions pour un départ. C’est cela qui explique d’ailleurs le fait que le ministre français des affaires étrangères, Alain Juppé, a fait publiquement l’éloge des premiers « succès » de ces bandits (des atrocités qu’un ministre d’Etat commente avec plaisir !). Comme pour lancer un signal fort (expression qu’il aime) à Koulouba qu’il y a bien d’autres alternatives de lutter contre les ravisseurs d’otages et leurs complices tapis dans l’ombre. /Cela explique aussi le fait que Paris a accepté d’accueillir les rebelles sur le sol français, de leur donner la possibilité de s’exprimer dans les médias français champions de l’intox et du mensonge, et de leur permettre même de manifester."

 

Oumar Babi dans Le Canard Déchaîné du 13 février 2012 va dans le même sens : selon lui lorsque M. Juppé le 7 février a déclaré que « la rébellion touareg a remporté, récemment, d’importants succès militaires » et appelé à un cessez-le-feu immédiat, il a apporté "de l’eau au moulin de ceux qui pensent, mordicus, que la France n’est pas étrangère à la crise du Nord-Mali". Le Mali au moment de son indépendance a opté pour une voie socialiste non-alignée. Si dans les années 70 le régime militaire a quelque peu dévié de cette voie, depuis la démocratie une partie de la majorité gouvernementale continue de défendre cette option ce qui s'est notamment traduit en 2009 par la résistance du Mali à signer l'accord migratoire que le gouvernement de MM. Sarkozy-Fillon voulait lui imposer.

 

Il semble que les guérillas soient de plus en plus interpénétrées au Sahel occidental, ce qui logiquement devrait inciter la France à ne pas les soutenir (c'est d'ailleurs la position officielle du ministre de la coopération français). Le gouvernement de Bamako a fait état d’une connexion avérée entre les rebelles touaregs du MNLA et l'AQMI. Les soupçons qui pèsent concernant la collaboration entre les Touaregs et les djihadistes (que le MNLA dément) tiennent notamment à la manière dont les soldats maliens ont été exécutés par eux après la prise des villes. Le Mali accuse aussi le Front Polisario sahraoui d'être le principal vecteur du trafic de drogue et des rapts d’Occidentaux pour le compte d’Al Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi). Une activité lucrative qui est devenue indispensable pour le Polisario depuis la chute de Kadhafi, son ancien allié et fournisseur en devises.

 

Pour l'heure on ne trouve pas en France de soutiens importants affichés pour le MNLA. Leur responsable des droits de l'homme est journaliste à France culture et à Radio France internationale. Des mouvements régionalistes comme Corsica Libera ou certains milieux occitanistes ont proclamé leur sympathie, mais il ne semble pas y avoir de lobby réellement puissant derrière ces Touaregs maliens (de même que le soutien que leur porterait le gouvernement mauritanien - ainsi qu'à l'Aqmi - n'est pas démontré). L'évolution des prises de positions de la France à leur égard doit en tout cas être suivie en gardant à l'esprit la possibilité de convergences d'intérêt entre leurs velléités sécessionnistes et le besoin qu'a Paris de renforcer sa présence militaire au Sahel (et donc la possibilité pour la France de les utilités face à la souveraineté du Mali et du Niger).

 

Sans doute pour limiter les effets de contagion, le gouvernement du Niger voisin, qui a vu se mettre en place un front kadhafiste sur son territoire à la fin de l'an dernier a procédé à l'arrestation de Saadi Kadhafi, un des derniers fils vivants du guide libyen. Le refus de l'extrader vers Tripoli a valu au Niger l'expulsion humiliante de son ambassadeurs sous les huées de jeunes miliciens islamistes (cf vidéo ci-dessous). L'effet domino possible sur ce pays où sévit aussi un mouvement de libération touareg n'est pas négligeable, de même qu'au Burkina Faso.

 

 

La Libye quant à elle en ce moment est abandonnée au règne des milices. L'autorité du Conseil national de transition n'y est pas reconnue. Le 26 janvier Médecins sans frontières a dénoncé 115 cas de torture à Misrata. Le gouvernement officiel ne cesse de décevoir ses mentors occidentaux. Il y a cinq jours son ambassadeur a provoqué l'indignation à la commission des droits de l'homme de l'ONU en déclarant  que les gays affectaient "la perpétuation et la reproduction du genre humain".

 

Une guerre des communiqués a opposé hier les pro-kadhafistes annonçant la mort de la journaliste Hala al-Misrati (cf ci-dessous) et les autorités de Tripoli qui ont démenti.

 

 

 

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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 11:02

Cette semaine offre aux Occidentaux une source de satisfaction et un motif d'inquiétude au Proche-Orient.

 

syrie.pngHier l'Assemblée générale des Nations-Unies a adopté par 142 voix pour (et non 137 comme initialement annoncé soit 9 de plus que lors d'un vote similaire en décembre dernier), et 12 abstentions (au lieu de 17 annoncées initialement) une résolution condamnant la répression menée par le régime de damas. La Russie, la Chine, le Venezuela (actuellement menacé de sanctions pour avoir livré du diesel à Damas), l'Equateur, le Cambodge, la Bolivie, le Nicaragua, Cuba, l'Iran, le Zimbabwe, la Corée du Nord et la Syrie. La Chine a fait savoir qu'elle condamnait la répression et appuyait les aspirations du peuple syrien mais qu'elle souhaitait une évolution dans le respect de la loi et expliquait son vote par le refus d'une politique de "changement de régime" (regime change) dictée de l'extérieur.  La Russie a dénoncé un document "non-équilibré". L'Algérie, l'Arménie, l'Angola, le Liban, la Tanzanie, le Surinam, les Fidji, le Vietnam, l'Ouganda, le Cameroun, le Népal se sont abstenus (d'après ArabSaga et sous réserve des dernières révisions de vote). Certains pays qui ont voté pour la résolution ont fait savoir que ce vote ne devait pas servir de base à une action militaire - telle fut par exemple la position de la Grenade. L'Inde, qui s'était attirée des critiques en s'abstenant sur la Syrie au comité des droits de l'homme de l'ONU en novembre, a voté pour la résolution cette fois-ci (il n'y a donc plus d'unité des BRICS sur ce dossier), de même que l'Argentine, l'Afrique du Sud et le Brésil qui pourtant défendent souvent le non alignement. Le représentant indien comme celui de la Grenade s'est cependant déclaré hostile à une ingérence extérieure. Le vote "pour " de certains pays  attire l'attention : la Serbie (pourtant en délicatesse avec les Occidentaux sur le Kosovo), l'Azerbaïdjan (allié important des Occidentaux en cas de guerre contre l'iran), le Myanmar (qui scelle ainsi sa nouvelle alliance avec les USA), le Kirghizstan (pays peu démocratique mais important pour l'OTAN en Asie centrale), le Soudan, le Sri Lanka (lui aussi exposé à des ingérences sur son processus de réconciliation nationale, et qui avait été initialement compté comme abstentionniste) et même l'Irak (réputé proche de Téhéran et qui soutenait la Syrie l'an dernier).

 

Parallèlement le Parlement européen votait une résolution demandant le gel des relations des 27 avec Damas et l'arrêt des livraisons militaires russes à Bachar El-Assad, mais résistait aux options maximalistes comme celle de l'eurodéputée socialiste belge Véronique de Keyser qui demandait l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne comme en Libye (dispositif militaire qui avait permis le soutien des bombardiers de l'OTAN aux milices de Misrata et Benghazi).

 

La France a annoncé son intention de créer un fonds d'urgence humanitaire pour la Syrie doté d'un montant d'un million d'euros, après une rencontre avec des ONG impliquées dans ce pays et prépare avec la Ligue arabe dirigée par le Qatar un projet de résolution au conseil de sécurité de l'ONU impliquant la création de corridors humanitaires. La France a aussi favorisé la mise en place d'un groupe "d'amis de la Syrie" qui se réunira en Tunisie le 24 février (la Syrie a expulsé récemment l'ambassadeur de Tunisie) et se rapproche à nouveau du Royaume-Uni (après quelques semaines de tension), un rapprochement qui pourrait avoir des prolongerments militaires opérationnels en cas d'intervention directe.

 

Le gouvernement syrien qui continue la répression des milices armées à Homs, Hama, Deraa, a procédé à l'arrestation d'un journaliste et d'une blogueuse hier. Il a par ailleurs annoncé la tenue d'un référendum le 26 février sur une réforme constitutionnelle qui abrogera le rôle dirigeant du parti Baas dans l'Etat et dans la société et limitera le mandat présidentiel à deux septennats. Le Comité de coordination pour le changement national et démocratique (opposition de l'intérieur) a appelé au boycott du référendum.

 

flag_egypt.pngSi les Occidentaux ont remporté un succès diplomatique à l'ONU, leur situation se complique en Egypte. Comme nous l'avions indiqué début janvier, fin décembre 17 locaux d'ONG égyptiennes et internationales de défense des droits et de promotion de la démocratie avaient été perquisitionnés au Caire.  44 personnes, dont 19 Américains (dont le fils du ministre des transports américain) et d'autres étrangers, accusées de financement illégal d'organisations non gouvernementales ont été arrêtées. Les Etats-Unis ont haussé le ton en menaçant l'Egypte de couper l'aide militaire si ces personnes n'étaient pas relâchées, mais contre toute attente, les Frères musulmans égyptiens, avec lesquels le démocrate John Kerry avait pourtant pris contact en décembre, font bloc aujourd'hui avec le conseil militaire de transition sur ce dossier. Hier 16 février, Essam El-Erian, nouveau président de la commission des affaires étrangères de la Chambre du Peuple et vice-président du Parti de la liberté et de la justice (Frères musulmans), a déclaré à une agence de presse occidentale que l'aide militaire américaine faisait partie des accords de paix de Camp David signés en 1979 avec Israël.

 

Les membres du Congrès des Etats-Unis de leur côté ont multiplié les menaces ces derniers jours, le représentant démocrate Gary Ackerman disant même que Washington et le Caire "étaient en train d'approcher du précipice au delà duquel nos relations bilatérales pourraient subir un dommage définitif". "Si les gens ici [aux Etats-Unis] concluent que l'Egypte n'est pas sur le chemin de la démocratie, mais qu'elle est au contraire en voie de devenir un autre Iran, nos relations bilatérales n'y survivront pas, a-t-il ajouté. Nous n'en sommes pas encore à ce point, mais nous nous en rapprochons chaque jour".

 

Selon un récent sondage 70 % des Egyptiens ne veulent pas de l'aide économique et militaire américaine. Mercredi un important prédicateur salafiste égyptien a demandé que l'aide américaine soit remplacée par des dons des citoyens. Le même jour Rashad Bayoumi, autre haut responsable des Frères musulmans, a déclaré que l'aide américaine étaot une "chaine qui limite la liberté " de l'Egypte, la qualifiant d' "aide humiliante" et il a critiqué l'ambassadrice américaine Anne Patterson rappelant qu'elle avait eu un passé douteux ("questionable") au Pakistan et l'accusant d'avoir été nommée en Egypte au mois d'août dernier pour y développer les mêmes méthodes. Il reprenait les accusations du prédicateur Mazhar Shaeen formulées en septembre 2011 selon lesquelles Mme Patterson aurait favorisé la "sédition" au Pakistan (en 2010 Wikileaks avait révélé les intrigues de l'ambassadrice américaine à Islamabad).

 

L'Egypte et le Pakistan qui sont avec l'Indonésie parmi les trois plus grandes puissances musulmanes alliées des Etats-Unis sont en ce moment en froid avec ce pays. En Egypte le débat sur l'aide américaine fait sauter un tabou. Ses conséquences sont désormais imprévisibles.

 

 


 

 

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 12:49

usaaf.jpgHier les membres de la sous-commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants des Etats-Unis sous la présidence du député républicain de Californie Dana Rohrabacher organisait une séance d'auditions d'une heure sur le thème des violations des droits de l'homme au Baloutchistan. Le Baloutchistan est une région largement désertique et pauvre qui couvre une partie de l'Iran, de l'Afghanistan et surtout du Pakistan face face auquel elle a organisé plusieurs rébellions depusi 60 ans.

 

Dans le cadre de cette audience, qui a provoqué la colère du gouvernement pakistanais, se sont explimés une universitaire, Christine Fair (plutôt pro-pakistanaise et méfiante à l'égard de l'initiative des Républicains), un responsable d'Amnesty International, T. Kumar, Ali Dayan Asan, directeur de Human Rights Watch au Pakistan, et Ralph Peter. Aucun représentant baloutche n'était convié mais on peut trouver sur le blog du journaliste Malik Siraj Akbar un historique du lobbying baloutche en Occident depuis 2006.

 

Dana Rohrabacher, un libertarien atypique (qui a parfois des positions provocantes comme sa dénonciation du rôle de la Géorgie dans le déclenchement de la guerre de 2008, ou sa demande à l'Irak de rembourser les frais de l'occupation militaire en 2011) est très impliqué sur le dossier pakistanais. Le 3 février, il avait déposé une proposition de loi pour attribuer la nationalité étatsunienne au docteur Shakil Afridi, le médecin qui a organisé une campagne de vaccination à Abbottabad pour permettre des prélèvements d'ADN qui ont permis aux Américains de vérifier que Ben Laden s'y trouvait et l'arrêter et qui, aujourd'hui, est menacé de procès pour haute trahison à Islamabad.Rohrabacher était portant un fervent partisan des Talibans à l'époque de Bill Clinton...

 

Le projet de favoriser la sécession du Baloutchistan est dans les cartons des stratèges du Pentagone depuis l'époque de George W. Bush : il avait été présenté en 2006 par le lieutenant-colonel Ralph Peter (présent à l'audition d'hier). Il a été ressorti à demi-mot le mois dernier par le représentant républicain du Texas Louie Gohmert qui a cosigné un article proposant un soutien aux Baloutches pour bloquer les fournitures d'armes aux talibans.

 

La porte parole du Département d'Etat (démocrate) Victoria Nuland a pris ses distances à l'égard de cette réunion et a précisé que les Etats-Unis ne souhaitaient pas l'indépendance du Baloutchistan. Mais déjà le mois dernier ce même Département d'Etat avait appelé le gouvernement pakistanais à dialoguer avec les militants balouches pour faire avancer cette question ("take the Balochistan issue forward"). Pour beaucoup le Baloutchistan est à tout le moins en train de devenir un Kosovo entre les mains des Américains  pour faire pression sur Islamabad.

 

Après que l'OTAN ait tué 24 militaires pakistanais dans des frappes aériennes en novembre dernier, le gouvernement pakistanais avait rompu les discussions avec l'alliance militaire occidentale et bloqué son approvisionnement militaire en Afghanistan. Parallèlement Islamabad s'était engagé sur la voie de la coopération énergétique et monétaire  avec l'Iran malgré la loi adoptée par le Congrès américain en décembre imposant des sanctions à toute institution financière travaillant avec l'Iran.

 

Les discussions avec l'OTAN ont repris hier, alors que l'administration Obama envisage de dialoguer avec les talibans qui ont ouvert un bureau au Qatar.

 

Une vingtaine de personnes ont été tuées cette semaine par des drones américains au Waziristan Nord (territoire pakistanais). Les victimes sont régulièrement présentées par les militaires américains comme des militants de la guérilla talibane mais aucune preuve n'est fournie.

 

Djibril Cissoko

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