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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 16:57

Suite à l’expulsion de terres occupées par une communauté paysanne qui a mal tourné et fait 17 morts (11 paysans et 6 policiers dont le frère du chef de la sécurité du président) dans des circonstances assez confuses, une enquête est en cours et plusieurs ministres ont démissionné.

 

Les parlementaires, parmi lesquels le président Fernando Lugo, premier président de gauche du Paraguay en 62 ans, ne jouissait que d'une très faible majorité, ont voté pour mettre en accusation celui-ci pour "manquement à ses devoirs durant cette crise. La menace de mise en accusation avait déjà été soulevée par l'opposition à vingt trois reprises. Le président Lugo a répliqué dans une vidéo à la nation affirmant qu’il ne démissionnerait pas. Le Sénat sans attendre l'issue de l'enquête a élu à la présidence Federico Franco, vice-président de Lugo.

 

Selon Walter Goobar dans le quotidien Miradas al Sur, ce coup d'Etat parlementaire pourrait avoir été fomenté par les grands propriétaires latifundiaires (représentés par le Partido Colorado) en laision avec la multinationale Monsanto en prévision d'une éventuelle montée des revendications des paysans sans terre qui n'ont pas encore obtenu la réforme agraire promise par Lugo.Le journaliste se fondant sur les travaux de Idilio Méndez Grimaldi rappelle par ailleurs  qu'une bataille était engagée entre le groupe Monsanto (qui avait ses entrées dans le journal de droite ABC Color) et le mouvement social paysan sur la question de l'introduction de graines de coton transgénique. Le lobby pro-Monsanto (Unión de Gremios de Producción) avait accusé le 7 juin le président du Service national de qualité et de sûreté des semenses (Seneva, un organisme d'Etat) qui refusait d'homologuer ce coton transgénique de népotisme.

 

Les pays d'Amérique latine (Mercosur et Unasur) font bloc pour l'instant et refusent de reconnaître le nouveau président. Les Occidentaux pour leur part sont plutôt sur une ligne indulgente. Le gouvernement américain n'a pas parlé de coup d'Etat et s'est seulement dit "préoccupé". Le ministre allemand de la coopération économique Dirk Niebel a pour sa part qualifié le coup d'Etat parlementaire de "processus normal de changement".

 

Le 22 juin 300 policiers boliviens en grève ont saccagé vendredi des locaux officiels à deux pas du palais présidentiel de La Paz et attaqué à coup de pierres le siège du commandement de la police. Ces policiers grévistes réclament  un salaire minimum supérieur à ce qu'ils perçoivent actuellement, la retraite à taux plein et l'annulation d'une loi leur interdisant de manifester. Malgré la signature d'un accord le 24 avec le syndicat de police Anssclapol qui correspond largement aux attentes des grévistes, des policiers de base dans 8 villes ont annoncé poursuivre la lutte. Selon la ministre de la communication Amanda Dávila, il existerait un "plan Tipnis" pour faire converger les demandes de la police avec les revendications des indigènes en colère contre un projet de construction d'autoroute (cf notre billet du 6 octobre 2011) et provoquer l'affrontement avec l'armée pour motiver un coup d'Etat. L'accusation de projet de coup d'Etat a ensuite été reprise par le chef d'Etat Evo Morales lui-même. Le vice ministre du régime intérieur bolivien Jorge Pérez sur Telesur a dénoncé la présence parmi les grévistes de policiers déjà impliqués dans des actes de mutinerie antérieurs et des personnes liées à l'opposition qui ont intérêt à plonger le pays "dans le chaos".

 

 

Par ailleurs il convient de signaler que le fondateur de Wikileaks Julian Assange, poursuivi par le pouvoir judiciaire suédois, s'est réfugié à l'ambassade d'Equateur à Londres et demandé l'asile politique au motif que selon lui, les Etats-Unis sont susceptibles de faire pression sur la Suède pour obtenir son extradiction et l'incarcérer dans des conditions non respectueuses des droits de l'homem comme ils l'ont fait avec un de ses informateurs Bradley Manning.

 

 

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16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 16:09

congo-map.pngLa guerre dans les deux Kivu à l'Est du Congo a connu une recrudescence au cours des derniers mois.  Aux conflits liés à la présence de  les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), des hutus rwandais exilé au Congo  - par exemple dans la nuit du 13 au 14 mai dernier, dans un village du Sud-Kivu à l’est de la RDC, 32 personnes dont 6 enfants ont été sauvagement massacrés par les combattants d’une milice rebelle hutue - s'est ajoutée au Nord Kivu la guerre qui oppose depuis le début du printemps l’armée congolaise (FARDC) aux mutins du M23 (mouvement du 23 mars) dirigés par le colonel Sultani Makenga, ex numéro-deux du général Bosco Ntaganda (poursuivi par la Cour pénale internationale) et composée d'ex-rebelles tutsis du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkunda. Les combats ont provoqué le déplacement de milliers de population dans la région, avec le lot habituel de meurtre, viols, pillages, l'enrôlement d'enfants-soldats et les décès liés à l'appauvrissement des personnes déplacées (notamment les épidémies). De nouveaux affrontements ont notamment opposé jeudi 14 juin les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) au M23, dans cette province. Le M23 récemment créé revendique l'application des accords du 23 mars 2009 entre la rébellion du CNDP et les autorités congolaises qui prévoyaient notamment la transformation du CNDP en formation politique et l'intégration de ses éléments dans les institutions politiques locales et nationales, ainsi que dans l' armée.

 

On craint aussi une déstabilisation de la province Orientale voisine où une rebellion ituri pourrait se soulever sous les ordres de Bosco Ntaganda. Les mai-Mai Simba et l'Armée de résistance du seigneur y sévissent déjà.

 

Une fois de plus les ingérences étrangères ne sont pas absentes de ce conflit, et le président rwandais Paul Kagame, allié des Etats-Unis est pointé du doigt.

 

Le Conseil de sécurité de l'ONU a demandé le 16 juin une enquête sur les soutiens extérieurs dont bénéficient les groupes armés dans l’est de la République démocratique du Congo. Il soupçonne le Rwanda, sans le citer nommément, d’être impliqué dans le soutien aux groupes armés qui déstabilise le pays dans la région du Kivu. Le défenseur des droits de l’homme congolais, Dimas Kitenge, estime sur RFI que le Conseil de sécurité doit condamner clairement le Rwanda : « A partir du moment où nous avons de plus en plus de preuves que les soldats rwandais sont là, il est très important que la communauté internationale puisse avoir un langage clair et ferme vis-à-vis de tous ces pays, y compris le Rwanda qui veut encore troubler la paix. »

 

Selon Salem-News le président rwandais Kagame utilise l'Ouganda comme base arrière pour exfiltrer les criminels de guerre M23 et les mettre à l'abri d'enquêtes de l'ONU. Paul Kagame ancien ami de George  Bush jouit de soutiens importants aux Etats-Unis, où il est souvent invité pour recevoir diverses récompenses, ce qui suscite parfois une mobilisation de ses opposants pour empêcher les remises de prix (voir ici). En 2009 dans une tribune publiée en janvier 2009  dans «The New York Times», reprise dans la rubrique «Kiosque» de «Jeune Afrique» n°2502-2503, l’ancien secrétaire d’Etat adjoint chargé des Affaires africaines de George W Bush, Herman Cohen estimait que le rétablissement de l’autorité de Kinshasa au Nord et Sud Kivu équivaudrait pour le régime rwandais à «renoncer» à des «ressources» qui représentent une bonne part de son «produit intérieur brut». Selon lui, il importait de prendre en compte la «dimension économique» du conflit. D’où l’idée d’«un projet de Marché commun» incluant six pays de la sous-région dite des Grands Lacs. A savoir : le Burundi, la RD Congo (l’Est), le Kenya, l’Ouganda, Rwanda et la Tanzanie. De même le président français Sarkozy avait fermé les yeux sur les ambitions du Rwanda sur le Kivu en lançant une politique de rapprochement avec Kigali.

 

La journaliste belge Colette Braeckman épingle aussi le rôle des ONG qui en demandant l'inculpation de Bosco Ntaganda rallié à Kabila ont aussi contribué à enflammer la situation au Kivu.

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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 15:56

drapeau-vietnam.pngLe secrétaire d'Etat à la défense américain Leon Panetta a visité dimanche dernier la base militaire vietnamienne jadis utilisée par les soviétiques de la baie de Cam Ranh pour examiner avec ses partenaires locaux la possibilité d'utiliser davantage ce port pour le stationnement et la maintenance des navires de guerre américains, en application d'un accord de coopération militaire signé entre les deux pays l'an dernier. La veille devant des responsables militaires de 28 pays, le ministre américain avait annoncé la volonté de Washington de faire passer la répartition des forces navales US entre l'Atlantique et le Pacifique d'un rapport de 50/50 à un rapport de 40 % contre 60 % illustrant le basculement des priorités stratégiques pour le Pentagone.

 

La mise américaine sur le Vietnam pour contrer la présence de la Chine dans le Pacifique n'est pas exempte d'arrière-pensée. Fin mai un blog vietnamien Dan Lam Bao (les gens font les nouvelles), a publié ce qui est présenté comme un rapport des services secrets vietnamiens sur des propos tenus par l'adjointe au chef de mission diplomatique des Etats-Unis au Vietnam Claire Pierangelo selon lequel la diplomate dénonçait la corruption du régime d'Hanoï, se réjouissait du fait qu'il n'était plu lié à la "culture chinoise" et prédisait la fin du système communiste dans ce pays dans les vingt ans qui viennent du fait de l'évolution économique actuelle. L'authenticité de ce document est contestée, mais les propos relatés révèlent une opinion très répandue dans les milieux libéraux anglo-saxons.

 

Le Vietnam quant à lui a aussi laissé entrevoir la possibilité de remettre Cam Ranh à disposition des navires de guerre russes pour lutter contre les pirates du Pacifique et de l'Océan indien, parallèlement au renforcement des liens économiques avec Moscou (la Russie envisage notamment de construire une centrale nucléaire au Vietnam). Les Russes avaient dû fermer Cam Ranh en 2002 quand Hanoï avait décidé de demander à Moscou un loyer annuel de 200 millions de dollars pour l'utlisation de cette base.

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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 09:58

syrie.jpgLes 25 et 26 mai derniers, le village syrien de Houla (centre du pays) a été la cible d'une attaque qui a fait plus de 100 morts, dont une moité d'enfants, attaque dans un premier temps imputée par l'opposition armée et par leurs soutiens inconditionnels dans le médias occidentaux par des "bombardements" perpétrés par l'armée syrienne. La plupart des victimes ont été abattues par des balles tirées à courte distance, les autres ayant péri sous des obus d'artillerie. Dans un premier temps (cf communiqué du 27 mai et non pas "sans désigner de coupables" comme le rapportent des sources pro-Assad) le Conseil de sécurité avait condamné les tirs d'artillerie et de chars de l'armée loyaliste, puis le Haut commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme a mis en cause des "miliciens pro-régime". Le conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève le 1er juin a demandé à la commission d'enquête internationale, qui agit sous mandat du Conseil depuis août 2011, "de conduire une enquête spéciale exhaustive, indépendante et sans entrave en accord avec les standards internationaux sur les évènements de Houla" par 41 voix contre 3 (Chine, Russie et Cuba) et 2 abstentions (Ouganda, Equateur). La mission d'enquête gouvernementale syrienne mandatée par le gouvernement de Damas, sous la direction du général de brigade Qasseem Suleiman a rejeté la responsabilité des massacres sur une bande de 600 à 700 hommes armés qui auraient pris d'assaut simultanément cinq postes loyalistes (*). Des sources pro-Assad renvoient à une émission de la Chaîne Rossiya 24 que Global Research (dont les contributeurs sont loin d'avoir toujours été crédibles) aurait retranscrite en anglais sur le sujet. Mais il ne s'en trouve pas de trace ailleurs sur le Net. Cette émission reprend la version de la commission de Qasseem Suleiman en donnant des détails sur les 600 à 700 hommes responsables selon elle des meurtres de civils.

 

Le 7 juin Mazraat al Kabir un nouveau massacre d'ampleur comparable a été commis dénoncé par l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) et le Conseil national syrien (CNS basé à Istanbul) comme provoqué par les mêmes mêmes miliciens (alors pourtant que le village est principalement peuplé de minorités proches du régime et de sunnites loyalistes). Les présomptions de manipulation par l'OSDH et le CNS, directement reprises par les grands médies occidentaux, sont assez sérieuses sur les deux massacres.

 

L'opposition armée a annoncé son désengagement du plan Annan dès l'annonce du massacre d'Houla. Le plan Annan adopté le 4 mai dernier qui prônait l'arrêt des violences du côté des rebelles comme des forces gouvernementales (une symétrie entre les Occidentaux refusaient jusque là) et le retrait des armements lourds. Ce plan a régulièrement été torpillé depuis un mois tant par les forces gouvernementales que par les rebelles.

 

Selon le  New York Times, les Etats-Unis ont préparé un plan de sortie de crise, qui prévoirait le départ de Bachar el-Assad - plan calqué sur celui qui a mis fin en février 2012 à la présidence d’Ali Abdallah Saleh au Yémen (c'est-à-dire avec une impunité pour lui et ses proches), mais la Russie s'en tient au soutien au plan Annan qu'elle veut faire cautionner à une conférence internationale, et estime que le départ d'Assad ne peut que provenir d'une décision du peuple syrien sans ingérences étrangère. Mais les chances de succès de cette conférence, qui ne substituera pas en tout état de cause au Conseil de Sécurité de l'ONU, sont faibles, des controverses apparaissant déjà autour de la présence de l'Iran en son sein.

 

A défaut d'obtenir le feu vert de la Russie pour une intervention militaire à la libyenne en Syrie qui leur permettrait d'affaiblir l'axe chiite pro-iranien au Proche-Orient, les Occidentaux et les pétro-monarchies semblent résolus à jouer la carte de l'échec du plan Annan et du développement de la guerre civile ("conflit de basse intensité") dans ce pays, une guerre civile dont la population paie un prix très élevé. Par exemple, l'agence de presse du Vatican Agenzia Fides le 4 juin citait ce témoignage de Mgr Philippe Tournyol du Clos Archimandrite Grec-Catholique Melkite, ancien membre de la Fraternité Saint Pierre (traditionnaliste): "[A Homs] Le spectacle qui s’offre maintenant à nos yeux est celui de la plus absolue désolation : l’église de Mar Élian est à demi détruite et Notre-Dame de la Paix saccagée (près de laquelle on a trouvé plusieurs personnes égorgées) est encore occupée par les rebelles. Les maisons, très endommagées par les combats de rue sont entièrement vidées de leurs habitants qui ont fui sans rien emporter ; le quartier d’Hamidieh constitue encore aujourd’hui le refuge inexpugnable de bandes armées indépendantes les unes des autres, fournies en armes lourdes et en subsides par le Qatar et l’Arabie Saoudite. Tous les chrétiens (138’000) ont pris la fuite jusqu’à Damas ou au Liban ; ceux qui n’y avaient pas de parents se sont réfugiés dans les campagnes avoisinantes, chez des amis, dans des couvents, jusqu’au Krak des Chevaliers. Un prêtre y a été tué ; un autre, blessé de trois balles dans l’abdomen, y vit encore ainsi qu’un ou deux autres, mais ses cinq évêques se sont prudemment réfugiés à Damas ou au Liban"

 

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(*) Le rapport des autorités signale aussi que font partie des victimes l'épouse d'Abdulmuti Michib (deuxième secrétaire de l'assemblée nationale syrienne récemment élu) et ses enfants, son frère et sa famille entière, ainsi qu'un proche de cette épouse Mu'aweyah As-sayed, officier du centre de police du Houla ainsi que toute sa famille.

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Published by Atlasaltern - dans Proche-Orient
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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 11:12

800px-LocationAfrica.pngLe 12 avril dernier, dans l'entre-deux tours des élections présidentielles, le président intérimaire de la Guinée-Bissau (voisine du Sénégal) Raimundo Pereira et le Premier ministre Carlos Gomes Junior (favori du  second tour) ont été arrêtés par un «commandement militaire» basé à l'état-major de l'armée, qui dénonçait la signature d'un accord secret avec l'Angola.Les militaires ont ensuite engagé des discussions avec d'ex-opposants pour former un gouvernement d'"union". Le  coup d'Etat a suscité des condamnations internationales unanimes y compris de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) qui a décidé d'envoyer une force de maintien de l'ordre dans ce pays.

 Le 7 mai lors de la réunion du conseil de sécurité des Naitons-Unis, le Rwandais Joseph Mutaboba, chef du Bureau intégré des Nations unies pour la consolidation de la paix en Guinée-Bissau (Uniogbis) révélait dans un langage codé la lutte d'influence entre Angola et Nigéria qui se joue en Guinée-Bissau. « La communauté internationale se doit d'être unie dans son engagement. Il est essentiel que tous les partenaires internationaux se mettent d'accord sur une réponse commune », expliquait-il. De l'avis de nombreux analystes l'Angola s'emploie via la CPLP (la Communauté des pays de langue portugaise) à faire condamner les putschistes tandis que le Nigeria a convaincu la Cedeao  (et notamment les francophones - Sénégal et Burkina Faso) de leur être plus favorable.

 

L'Angola en 2011 a soutenu discrètement Laurent Gbagbo en Côte d'ivoire. Des accords commerciaux ont été signés avec la Guinée-Bisau, qui prévoyaient notamment qu'une société angolaise qui exploite un gisement de bauxite construise un port en eau profonde ainsi qu'une ligne de chemin de fer vers le Mali, risquant ainsi de concurrencer le port de Dakar.


Des soldats angolais (Missang) puis des armes lourdes (y compris de schars d'assaut) ont été acheminées dans ce pays sans que l'armée bissau-guinéenne n'en soit avertie. Voyant dès avant les élections présidentielles que cette présence inquiétait l'armée bissau-guinéenne coutumière des coups d'Etat Luanda avait annoncé un possible retrait.

 

Le 18 mai soit le jour même où un contingent de la Cedeao (plus de 600 hommes) débarquait en Guinée Bissau, l'Angola et le Portugal faisaient adopter à l'unanimité au Conseil de sécurité une résolution sanctionnant les auteurs du coup d'Etat bissau-guinéen (alors que jusqu'ici l'ONU avait pris l'habitude de laisser la Cedeao agir en première ligne pour ensuite s'aligner sur elle (sur l'affaire malienne). Boundi Ouoba du journal bukinabe Le Pays laisse entendre qu'il y a là une instrumentalisation dangereuse du Conseil de Sécurité de l'ONU par l'Angola.

 

L'épisode illustre la montée en puissance de l'Angola dans la région.

 

L'Angola défend une position ambiguë depuis quelques mois à l'égard des puissances occidentales. Hostile à la reconnaissance du Conseil national de Transition libyen en septembre 2011, il s'est abstenu sur la résolution qui condamne le régime syrien, comme sur celle qui prône une enquête au Sri Lanka, allant en cela moins loin que son allié traditionnel cubain par exemple. Il compte d'ailleur envoyer 3 000 hommes pour combattre les islamistes en Somalie aux côtés de l'Ethopie, alliée des USA. En novembre dernier, le président angolais avait annoncé son intention d'acheter des parts dans des grands groupes industriels portugais comme Energias de Portugal et REN (alors pourtant que deux tiers des Angolais vivent avec moins d'un dollar par jour ou que seuls 25 % des enfants sont scolarisés). La banque angolaise BIC a acheté le Banco Português de Negócios et une société de Luanda s'est procuré la principale fabriquant de meubles du Portugal (le Brésil aussi, premier employeur en Angola, investit massivement au Portugal). L'Angola est aujourd'hui une des économies les plus dynamiques du Golfe de Guinée avec le Nigéria et le Ghana.

 

Se dirige-t-on en Afrique de l'Ouest vers une opposition ponctuelle entre un bloc luso-brésilo-angolais d'une part et les anglophones et les francophones d'autre part ?

 

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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 15:31

L'émirat du Qatar, sous-traitant des opérations occidentales en Libye et en Syrie, fer de lance avec les pétromonarchies voisine de la répression du "printemps arabe" au Bahrein, qui ne cesse de racheter des actifs en Europe et de propager sa propagande via la chaîne Al-Jazeera, est aussi actif au Sahel.

 

oil_well.jpgSelon le journal malien l'Indépendant, le vendredi 6 avril dernier (le lendemain de l'enlèvement du consul d'Algérie par le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest), un cargo qatariote a atterri à l’aéroport de Gao pour livrer des armes et des stupéfiants aux rebelles. Un comité d’accueil a été formé autour de l’appareil sous la conduite d’Iyad Ag Ghaly, leader touareg du mouvement islamiste salafiste Ansar Eddine qui contrôle Tombouctou et Kidal en coopération avec l'AQMI. Celui-ci, ancien consul du Mali à Djeddah (Arabie Saoudite), avait profité dans les années 2000 de son statut de diplomate pour nouer des relations avec des organisations islamiques de la région. Au point que l’Arabie Saoudite, son pays d’accréditation, l’avait menacé d’expulsion en 2010. Revenu au Mali il y a organisé le développement de l'islamisme. Selon d'autres sources maliennes, juste après la prise de Tessalit le 10 mars 2012 par les nationalistes touaregs du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), un avion cargo  du Qatar avait aussi atterri dans cette localité avant de déverser une importante quantité d’armes sophistiquées, des munitions et des 4×4 pour le compte des assaillant, probablement lorsque Ansar Eddine a évincé le MNLA de la région.

 

Depuis lors des islamistes affluent du Sud du Niger, du Tchad et du Nigeria (Boko Haram) dans le Nord du Mali, plaçant l'Algérie par principe non-interventionniste dans la position délicate d'accepter soit le développement de l'insurrection islamiste à sa frontière sud, soit une intervention militaire de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) très contrôlée par les Etats-Unis et la France. Le nouveau régime malien, issu d'un coup d'Etat récent mené par des mutins proches de Washington, lui, est déjà engagé dans les négociations avec la CEDEAO pour la restitution du pouvoir aux civils et le règlement de la crise du Nord.

 

Outre son engagement au Mali, le Qatar fait aussi pression sur la Mauritanie voisine. En janvier dernier il se brouillait avec l'homme fort de Mauritanie, le président Ould Abdel Aziz, en tentant de lui donner des leçons de droits de l'homme (ce qui n'est pourtant pas le fort de l'émir du Qatar). Le Figaro du 12 janvier dernier, plus précis relate même ainsi les faits : "L'émir a voulu donner certaines directives au président Abdel Aziz, usant d'un ton quasi comminatoire, et menaçant d'utiliser sa chaîne al-Jazeera pour faire éclater une révolution en Mauritanie, comme en Tunisie et en Egypte. Le chef de l'Etat mauritanien, un militaire, a alors explosé et a congédié l'émir"... Ce faisant Ould Abdel Aziz (dont le geste a été salué par des groupes non-gouvernementaux mauritaniens comme l'initiative nationale pour la sauvegarde de la constitution  de Salka Mint Sid'Ahmed) compromettait provisoirement le développement d'un projet de prospection pétrolière mené dans ce pays conjointement avec Total (la coopération Total-Qatar est ancienne et remonte à 1936...). Mais Total et le Qatar pourraient bien utiliser les pressions de la rue en Mauritanie pour imposer à nouveau leurs desiderata : hier des milliers de jeunes manifestaient à Nouakchott pour exiger le départ du président. Un de ses principaux organisateurs, le petit parti (5 députés sur 95) islamiste Tewassoul bizarrement qualifié de "modéré" par les agences occidentales, a appelé au "Djihad politique" le 21 avril.

 

L'odeur du pétrole pourrait bien motiver également l'action du Qatar au Mali, car le bassin pétrolier de Taoudéni dont les réserves ont été découvertes récemment couvre les deux pays ainsi que le Niger (1,5 million de kilomètres carrés)... Total et Sipex, filiale internationale de la Sonatrach, société nationale algérienne, ont signé en 2011 un accord visant à unir leurs forces pour obtenir des concessions dans ces pays du Sahel.

 

Ainsi le chaos sahélien ne serait pas une perte pour tout le monde...

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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 10:37

Copie-de-gas-20pipeline.jpgLa présidente argentine Kristina Fernandez-Kirchner l'avait déclaré à propos de l'exploitation pétrolière britannique aux Malouines en décembre 2011 : les pays qui ont la force iront chercher les ressources naturelles "où qu'elles soient et comme ils veulent" et avait souligné à cette occasion la nécessité pour les pays du Sud de préparer leur défense. Lundi dernier elle a annoncé sa décision d'exproprier YPF filiale de la compagnie pétrolière espagnole Repsol (une mesure anti-libérale qui s'ajoute au contrôel des changes instauré en novembre 2011). Mme Kirchner a expliqué qu'YPF sous-exploitait les ressources argentine alors que ce pays serait le troisième au monde pour ses réserves de gaz, condamnant, pour la première fois depuis 17 ans l'Argentine à devenir un importateur d'hydrocarbures ce qui pèse très lourdement sur la balance commercial du pays alors que les exportations agricoles diminuent, et sur le fonctionnement de l'industrie qui dépend beaucoup du gaz.

 

La privatisation d'YPF avait été conduite dans les années 1990 par le parti peroniste auquel Mme Kirchner appartient. déjà en 2011 des gouvernement provinciaux (qui devraient détenir un quart des actions d'YPF après la nationalisation) avaient déjà commencé à annuler des concessions de Repsol-YPF du fait de la baisse de la production. Elle représente un tiers de l'exploitation pétrolière nationale.

 

Les réactions des Etats et technostructures occidentales ne se sont pas faites attendre.

 

Les Etats-Unis se sont dits mercredi "très préoccupés", la chef de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton, a qualifié la décision du gouvernement argentin de "très mauvais signal", tandis que le président du conseil espagnol de droite Mariano Rajoy (cette semaine en voyage chez les alliés latino-américains de Washington : le Mexique et la Colombie) a exigé des sanctions financières, mais son ministre des affaires étranges José Manuel García-Margallo a dû fare part de son "profond malaise" devant le manque d'enthousiasme d'Hillary Clinton sur ce dossier, tandis que l'Union européenne elle aussi a refusé de suivre Madrid sur la voie des représailles commerciales.

Le 30 mars,l'Union européenne et douze pays aux côtés des Etats-Unis, avaient exprimé devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC) "leurs inquiétudes permanentes et croissantes sur la nature des mesures restrictives pour le commerce prises par l'Argentine".Les agences occidentales rappellent que sur 46 litiges en attente de règlement au Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements de la Banque mondiale, 25 concernent l'Argentine, le pays qui en a le plus, devant le Venezuela (20).

 

Malgré les menaces, cette semaine l'opinion publique argentine fait bloc derrière sa présidente. Au Sénat, une large part de l'opposition s'est ralliée au vote de l'ordonnance qui permettra à la présidente de nationaliser YPF.

 

chavez-et-cristina.jpg

En Amérique latine, le président du Venezuela, Hugo Chavez, qui lui même avait nationalisé une filiale d'Exxon dans son pays, a félicité par téléphone Mme Kirchner. Le président bolivien Evo Morales qui a aussi nationalisé ses hydrocarbures a soutenu l'initiative de l'Argentine. Pas de réaction de la présidente brésilienne Dilma Rousseff pour l'heure, mais son ministre des Mines et de l'Energie, Edison Lobao, a rappelé devant le Sénat de son pays que "chaque pays a sa souveraineté et le droit de prendre ses decisions".

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 13:44

Dans un article publié dans  Congo Libre aujourd'hui, le journaliste Nile Bowie, explique les enjeux de la nouvelle présence militaire américaine en Ouganda et les pressions sur l'Est du Congo.

 

800px-LocationAfrica.pngSelon lui, le prétexte officiel à cette présence, la lutte contre l'Armée de Résistance du Seigneur ne résiste pas à l'examen des faits  : ce groupe fanatique dont l'ampleur des exactions pourrait bien être exagérée par la presse occidentale. Bowie rappelle d'ailleurs à juste titre d'où est née cette guérilla, au sein d'une ethnie, les Acholi, persécutée sous la dictature d'une ancien homme de main des britanniques Amin Dada, parce qu'elle avait sympathisé avec l'ancien président socialiste renversé en 1971 Milton Obote, puis par le régime pro-occidental de Museveni (qui a lui aussi contribué au renversement d'Obote). "Le régime de Museveni a déplacé environ 1,5 million d’Acholis et tué au moins 300 000 personnes en prenant le pouvoir en 1986 selon la Croix Rouge. En plus d’être accusé d’utiliser le viol comme arme de guerre et d’avoir laissé mourir des milliers de personnes dans des camps d’internements insalubres, Museveni a été accusé de terrorisme d’état à l’encontre du peuple Acholi dans un rapport d’Amnisty International de 1992. ", souligne Bowie.

 

Museveni, qui a été un allié de poids pour les Etats-Unis en portant au pouvoir Kagame au Rwanda, est aujourd'hui un atout important por que Washington puisse mener une nouvelle guerre : celle des minerais, qui est menée contre le Chine.

 

"Afin de contrer l’ascension économique de la Chine, explique Bowie, Washington a lancé une croisade contre les restrictions chinoises d’exportations de minéraux qui sont des composants essentiels de produits de consommation électroniques comme les écrans plats, les smart phones, les batteries d’ordinateurs portables et quantités d’autres produits. Dans un livre blanc de 2010, la Commission Européenne parle du besoin urgent de constituer des réserves de tantale, cobalt, niobium, et tungstène entre autres ; le livre blanc du département de l’Energie des Etats-Unis de 2010, "Stratégie pour les minéraux indispensables aux Etats-Unis", a aussi reconnu l’importance stratégique de ces composants clés. Comme par hasard, l’armée étasunienne essaie aujourd’hui d’augmenter sa présence dans le pays qui est considéré comme le plus riche en matières premières, la République Démocratique du Congo."  La RDC détient plus de 30% des réserves mondiales de diamants et 80% du coltan mondial dont la plus grande partie est exportée en Chine pour en faire des poudres et des fils de tantale pour la fabrication électronique.

 

Selon Bowie, "l'intensification de la présence étasunienne en Afrique centrale, n’est pas seulement destinée à s’assurer des monopoles sur les réserves de pétrole nouvellement découvertes en Ouganda ; la légitimité de Museveni repose sur le soutien de l’étranger et son aide militaire massive — les forces étasuniennes au sol n’ont pas pour mission d’obtenir de juteux contrats de pétrole de Kampala. La pénétration dans le coeur de l’Afrique a pour but de déstabiliser la République Démocratique du Congo et de mettre la main sur des réserves de cobalt, tantale, or et diamants. Plus précisément, les Etats-Unis se proposent d’utiliser la politique de la terre brûlée en créant une situation de guerre au Congo qui chassera tous les investisseurs chinois. A l’image du conflit libyen, où les Chinois, quand ils sont revenus après la chute de Kadhafi, ont trouvé un gouvernement fantoche qui ne voulait faire des affaires qu’avec les pays occidentaux qui les avaient portés au pouvoir.".

 

La thèse de Bowie sur la "surestimation" des crimes de l'Armée de résistance du seigneur (LRA) est à prendre avec précaution, mais il est clair que la propragande anti-LRA (autour d'une vidéo appelant à l'arrestation de son chef Joseph Kony pour enlèvement d'enfants) en ce moment est jugée très biaisée par les Acholis comme l'a révélé une dépêche d'agence occidentale il y a quinze jours. L'ONG Invisible Children qui sert de cheville ouvrière à cette campagne est largement subventionnée par les fondamentalistes chrétiens américains. Elle demande une implication militaire croissante de Washington jusqu'à l'arrestation de Kony, n'hésite pas à critiquer dans une lettre à Obama du 7 mars dernier le Congo qui minimise les exactions de la LRA, mais ne dit rien des autres armées de la région, notamment celles alliées des Etats-Unis, qui elles aussi emploient des enfants-soldats comme la LRA. Ainsi Invisible Children pourrait être un nouveau rideau de fumée humanitaire et moralisateur destiné à aveugler (volontairement et involontairement) l'opinion publique occidentale pendant que le Pentagone renforce sa présence militaire, et que les multinationales poursuivent leur guerre des minerais (sans oublier la nouvelle colonisation des terres africaines, en Ouganda comme ailleurs, pour les biocarburants)...

 

  ps : une excellente vidéo humoristique australienne en anglais à ce sujet résume l'enjeu

 

 

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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 15:02

0023.jpgLe vendredi 16 mars comme tous les ans à Riga, des vétérans de la Légion lettone de la Waffen SS et leurs sympathisants ont déposé des fleurs devant le Monument à la Liberté Ils étaient 1500 selon une agence occidentale

 

La Commission européenne avait pourtant condamné cette manifestation comme incompatible avec les valeurs de l'Union.

 

Les manifestations de vétérans SS jouissent d'une assise institutionnelle forte en Lettonie. Au printemps 2010 une cour administrative avait annulé un arrêté de la mairie de Riga interdisant cette marche, et le président du parlement avait lui-même pris position contre cet arrêté. Le ministre des affaires étrangères lui aussi s'est exprimé pour que cette manifestation puisse continuer.Selon l'ONG "Monde sans nazisme", les responsables politiques lettons cette année n'ont fait aucun effort pour se désolidariser de cette marche, le président letton Valdis Dombrovskis estimant même que le monde devrait "courber la tête" devant ces "libérateurs" de la Lettonie (où 90 % des Juifs ont été exterminés sous l'occupation allemande...).

 

Beaucoup d'anti-SS dans les pays baltes estiment aujourd'hui que leur position est affaiblie par le refus constant des Occidentaux de voter les résolutions de l'Assemblée générale des Etats-Unis condamnant la nostaligie du nazisme. Le 23 décembre 2010 129 pays à l'ONU ont voté une résolution russe condamnant la glorification du nazisme. Les Etats-Unis ont voté contre. L'année suivante, le 19 décembre 2011, une résolution A/66/460 sur “Le caractère inadmissibie de certaines pratiques qui contribuent à nourrir des formes conteporaines de racisme, de discriminations raciales, la xénophobie et les intolérances du même type”  qui exprimait notamment " une inquiétude profonde devant la glorification du mouvement nazi et d'anciens membres de la Waffen SS" a été votée par 134 pays aussi différents qu'Israël, la Syre, l'Iran, la Biélorussie,l'Inde,la Corée du Nord ou le Venezuela. 24 pays ont voté contre, dont les Etats-Unis et les pays européens. Le représentant des Etats-Unis a souligné que la résolution ne distinguait pas assez nettement ce qui devait relever du délit et ce qui procédait de la liberté d'expression.

 

En outre, les diplomates occidentaux ont parfois d'étranges positions sur le sujet, comme le montre un courrier de l'ambassadeur britannique à Riga daté du 1er mars dernier et publié ici. En réponse à une lettre de Monica Lowenberg qui a réuni 6 000 signatures dans le monde contre la marche des SS du 16 mars, celui-ci estime que la pétition reproduit "la vieille propagande soviétique réchauffée sur la 'Lettonie fasciste' " et  souligne que, selon lui, les SS lettons n'ont jamais commis de crimes de guerre et n'ont pas été réellement partisans de l'idéologie nazie (dont les symboles sont selon lui absents des commémorations du 16 mars).

 

La Russie quant à elle reste en pointe sur le dossier du révisionnisme balte. Le ministre des affaires étrangères Sergueï Lavrov a déclaré aujourd'hui "honteux" le vote des Occidentaux à l'ONU et rappelé que ceux-ci doivent appliquer la jurisprudence de Nüremberg. La banalisation du nazisme en Lettonie entre en résonnance avec la politique d'exclusion des citoyens de langue russe. 16 % des habitants de la Lettonie souvent de condition très modeste et très liés au souvenir de l'URSS sont aujourd'hui apatrides du fait qu'ils sont d'origine russe. Le pays, par référendum a refusé le 18 février dernier d'ériger le russe en langue officielle aux côtés du letton, alors qu'un quart des électeurs soutenait cette proposition (en plus des 16 % privés du droit de vote). De même le 1er mars le Parlement letton a refusé de reconnaître le Noël orthodoxe comme jour férié, ce qui signifie par exemple qu'à Riga où la moitié de la population environ est de culture orthodoxe (russes, ukrainiens, biélorusses) celle-ci doit prendre un congé le 7 janvier pour célébrer son noël.

 

Sur le dossier de la minorité russe l'Union européenne demeure aussi hésitante que sur les manifestations d'anciens SS. Ainsi les efforts de l'eurodéputée Tatiana Jdanoka de l'Alliance libre européenne (qui inclut les Verts français) pour que le russe soit reconnu comme langue de l'Union au même titre que le gaélique par exemple (puisqu'il y aurait plus de locuteurs russes dans les Pays baltes que de locuteurs en gaélique en Irlande) n'ont pour l'heure toujours pas abouti et la Commission s'est excusée auprès des autorités lettones pour avoir publié par erreur un texte dans la langue de Tolstoï le 10 mars dernier.

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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 11:21

onu.pngHier le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a voté à la demande des Etats-Unis une résolution appelant le Sri Lanka à poursuivre les auteurs présumés de crimes de guerre lors du conflit contre les Tigres de libération de l'Eelam Tamoul (LTTE) qui s'est terminé en mai 2009.

 

Le texte est commenté en ces termes par  le Temps de Genève : "Les termes du texte demeurent fort mesurés, et celui-ci n’impose aucune commission d’enquête indépendante aux autorités sri-lankaises. Mais ce vote n’en a pas moins une portée symbolique forte, d’une part parce qu’il induit une reconnaissance des victimes du conflit, d’autre part parce qu’il constitue une forme d’acte expiatoire pour le CDH. Au terme d’une session spéciale consacrée au Sri Lanka en mai 2009, l’assemblée avait en effet adopté une résolution des plus complaisantes à l’égard de Colombo"

 

Tamara Kunanayakam, ambassadrice du Sri Lanka auprès du Conseil des droits de l'homme a estimé que Washington cherchait à obtenir un "regime change" (un changement de régime) à Colombo. Elle a fait état de menaces de mort dont elle a été victime aujourd'hui, tandis qu'ils semble qu'à l'opposé les militants d'ONG occidentales disent faire eux aussi l'objet d'attaques à Colombo. Le ministre des droits de l'homme du Srio Lanka  Mahinda Samarsinghe avait pour sa part mis en garde "ceux qui vivent dans une maison en verre" (les Occidentaux) contre les risques de jeter de l'huile sur le feu que présenterait cette résolution.

 

800px-flag_of_sri_lanka_svg.pngLa résolution du Conseil a été immédiatement dénoncée comme une ingérence inadmissible et une tentative de dynamiter le processus de réconciliation nationale par l'ensemble des journaux sri-lankais. Le leader du parti marxiste JVP,  qui a quitté la coalition gouvernementale (qui rassemble largement des communistes aux centristes) a condamné l' "impérialisme" occidental tout en reprochant au gouvernement de Colombo de n'avoir pas assez rapidement restauré la démocratie dans le nord du pays, faisant ainsi le jeu des pressions européennes et américaines (*).

 

Le vote du Conseil des droits de l'homme présente quelques surprises (**). Outre le suffrage favorable des alliés traditionnels des Etats-Unis en Europe, en Amérique (Mexique, Guatemala), et en Afrique (le Nigéria, et le nouveau régime libyen), on observe le ralliement inattendu de l'Inde (qui a beaucoup d'influence sur le Sri Lanka), ce qui confirme son détachement du bloc des BRICS déjà amorcé sur la Syrie. Même des régimes "de gauche" comme le Pérou et l'Uruguay votent avec les USA. Le Cameroun plus réservé sur la Libye et la Syrie rejoint les Occidentaux

 

On note une grande prudence des pays africains (Angola, Botswana, et même Djibouti, le Burkina et le Sénégal) qui avaient manifesté leurs résistance à l'ingérence en Libye. Certains même comme l'Ouganda (qui pourtant héberge des troupes américaines sur son sol), le Congo-Brazzaville et la Mauritanie rejoignent le bloc du "non"

 

Un bloc du "non" composé des traditionnels opposants à l'ingérence de l'ALBA (Cuba, Equateur), de la Russie et de la Chine, mais aussi beaucoup de pays riverains de l'Océan indien (Thaïlande, Bangladesh, et Maldives malgré le renversement du dernier président en ce moment exilé au Sri Lanka), et même, une fois n'est pas coutume, les trois pétromonarchies du Golfe persique (Qatar, Arabie Saoudite et Koweit). Le Qatar a souligné que le Sri Lanka "en tant que membre des non-alignés" a déjà fourni "d'énormes efforts" pour "promouvoir la réconciliation" à la fin du conflit et le Koweit a estimé qu'on ne pouvait exiger des poursuites judiciaires seulement trois ans après la fin de la guerre civile.

 

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(*) Cette nuance que le JVP manifeste par rapport aux autres partis de gauche sri lankais suscite des interrogations car le JVP par ailleurs s'oppose à l'autonomie des provinces tamoules) - le JVP s'était distingué en 2005 par sa campagne contre les ONG occidentales, mais a discuté récemment avec les responsables d'USAID.

 

(**) Oui 24

Autriche, Belgique, Bénin, Cameroun, Chili, Costa Rica, Rep tchèque, Guatemala, Hongrie, Inde, Italie, Libye, Maurice, Mexique, Nigeria, Norvège, Pérou, Pologne,Moldavie, Roumanie, Espagne, Suisse, Etats-Unis, Uruguay

Abst 8

Angola, Botswana, Burkina, Djibouti, Jordanie, Kyrghizistan, Malaisie, Sénégal

Non 15

Bangladesh, Chine, Congo, Cuba, Equateur, Indonésie, Koweit, Maldives, Mauritanie, Philippines, Qatar, FR de Russie, Arabie saoudite, Thaïlande, Ouganda

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