
Les valeurs de gauche semblaient marquer des points au Népal depuis le renversement de
la monarchie le 29 mai dernier, qui devait conduire à la formation d'un gouvernement dirigé par les ex-rebelles maoïstes. Mais c'était compter sans la méfiance que cette perspective éveille dans le
reste du monde, notamment aux Etats-Unis qui maintiennent le parti maoïste sur leur liste des "organisations terroristes".
Les parlementaires népalais n'ont pas réussi, samedi 19 juillet, à élire le premier président du pays. Depuis sept semaines, la plupart des décisions politiques ont été paralysées par le blocage
sur le choix du président (qui n'aura pourtant qu'un rôle honorifique) et le ton commence à monter entre les trois principaux partis qui conduisent le processus de passage à la République.
Pushpa Kamal Dahal 'Prachanda' leader du parti maoïste a mis en garde le parti de Congrès népalais, le parti communiste-marxiste léniniste, et le Madhesi Janadhikar Forum (représentant les
habitants de la plaine du Terai) contre toute alliance "contrenature" entre eux. Netra Bikram Chand, membre du secrétariat central du comité central du parti maoïste, dans un discours prononcé
à Birgunj samedi, a dénoncé une conspiration d'éléments extérieurs contre l'arrivée au pouvoir des maoïstes et n'a pas exclu un retour à la lutte armée (
http://www.nepalnews.com/archive/2008/jul/jul19/news09.php).
Officiellement pourtant les puissances occidentales semblent soutenir le consensus des partis politiques népalais. Lord Malloch Brown ministre britannique des affaires étrangères chargé
de l'Afrique et de l'Asie en visite au Népal samedi dernier s'est dit attaché à ce que les partis népalais travaillent ensemble (
http://www.nepalnews.com/archive/2008/jul/jul19/news03.php).
Netra Bikram Chand avait déjà développé la thèse d'un complot en juin dernier."Le Parti du Congrès népalais est devenu la marionnette (
stooge) des étrangers et son objectif final est de
désintégrer le pays" avait-il déclaré "Les impérialistes et les forces féodales se serrent les coudes (
have joined hands) pour marginaliser la victoire du peuple népalais ". (Weekly
Telegraph 29 juin 2008
http://telegraphnepal.com/news_det.php?news_id=3644)
L'attaque viserait surtout l'Inde. Certains analystes font remarquer que l'Inde entretenait des relations positives avec les maoïstes népalais au moment de l'abolition de la monarchie, notamment
par l'intermédiaire de Sitaram Yachuri, membre du bureau politique du parti communiste indien, qui servait de courroie de transmission entre Delhi et les ex-guérilleros
népalais (
http://www.peoplesreview.com.np/2006/040506/index.html). Mais le 9 juillet dernier le Parti communiste d'Inde
(marxiste) a retiré son soutien au gouvernement indien de centre-gauche en raison de sa détermination à ratifier l'accord nucléaire avec les Etats-Unis annoncé par le président Bush en
2007(
http://www.washtimes.com/news/2008/jul/09/communists-leave-coalition/). La fin de la médiation du PC indien
aurait accéléré la prise de distance entre les maoïstes et l'Inde.
On serait ainsi dans un schéma où l'Inde, après avoir joué la carte des partis de gauche au Népal, tout en resserrant ses rapports sur la scène internationale avec les Etats-Unis (notamment
contre la Chine), entrerait désormais dans une logique d'affrontement avec les maoïstes népalais, devenant ainsi l'instrument des intérêts féodaux népalais et des intérêts occidentaux dans la
région (qui n'ont rien à gagner à la mise en oeuvre d'une vraie politique de gauche égalitariste et souverainiste au Népal).
FD