Afrique de l'Est - Grands lacs

Vendredi 19 janvier 2007
Un premier bilan des opérations militaires états-uniennes en Somalie commence à paraître. Le journal belge solidaire, à partir des dépêches de Reuters, évalue à plusieurs centaines de paysans le nombres des victimes des bombardements US (http://www.anti-imperialism.net/lai/texte.php?langue=1&section=BW&id=25198 ).

Le bilan des pertes causées par l'invasion éthiopienne soutenue par Washington n'est pas chiffré.

La répression contre les militants des "Cours islamiques" (des groupes disparates qui, comme le confirme un ex-enseignant dans Il Manifesto, jouissaient du soutien de la population http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/09-Gennaio-2007/art39.html ) vient de faire un dommage collateral : la liberté de la presse, puisque la chaîne pluraliste indépendante arabe Al Jezira et diverses radios ont été quelques jours interdites d'émission. La Fédération internationale des journalistes a protesté (http://www.larepublica.es/spip.php?article3681 ) .

On apprend par ailleurs que la création d’un nouveau commandement militaire états-unien pour l’Afrique est à l'étude (source Antonio Garcia RFI cité par http://www.anti-imperialism.net/lai/texte.php?langue=1&section=CMBF&id=24888&spes=  ). "Les Etats-Unis disposent actuellement d’une seule base militaire en Afrique qui est installée à Camp-Lemonier, en République de Djibouti, rappelle l'article. 1 800 militaires américains y sont stationnés, dans le cadre de la force conjointe pour la Corne de l’Afrique (Combined Joint Task Force Horn of Africa), qui a surtout la vocation à des missions «préventives», visant notamment la détection de groupes terroristes en liaison avec les réseaux du Proche-Orient. Cette base aurait été utilisée dans le cadre des opérations clandestines en Somalie pour soutenir les chefs de guerre, qui s’opposaient à l’avancée des Tribunaux islamiques.

Les Etats-Unis ont organisé à plusieurs reprises des exercices militaires, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et le banditisme transfrontalier. Près de 300 soldats américains ont ainsi participé aux manœuvres «Flintlock» en juin 2005 au Mali. Des militaires de sept autres pays (Tchad, Niger, Algérie, Sénégal, Mauritanie, Tunisie et Maroc) ont aussi été présents dans cet exercice. Des militaires américains, notamment des marines, ont également participé aux manœuvres «Natural Fire» conjointement avec des soldats kényans, tanzaniens et ougandais. Les Etats-Unis étaient également très présents dans les premières manœuvres de la nouvelle force réactive de l’Alliance Atlantique qui ont eu lieu en juin dernier dans l’archipel du Cap-Vert. "
Par Atlasaltern
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Samedi 10 mars 2007

 

Une centaine de parachutistes des forces françaises basés au Gabon est arrivée dimanche dernier à Bangui, en renfort des 200 soldats stationnés dans la capitale de Centrafrique. Le même jour des affrontements ont eu lieu entre l'armée française et les rebelles de l'Union des forces démocratiques pour le changement, à Birao, une ville stratégique située nord-est du pays (http://www.congoplus.info/article_congoplus-2654.html). L'action militaire de la France au soutien du gouvernement centrafricain se poursuit depuis quelques mois déjà (http://www.congoplus.info/tout_larticle.php?id_article=1651).

L'affaire n'est pas totalement séparée de celle du Darfour à propos de laquelle l'inénarrable procureure de la Cour pénale internationale, ex procureure du TPIY, Louise Harbour déploie en ce moment son activisme (http://fr.news.yahoo.com/08032007/5/darfour-les-viols-continuent-selon-l-onu.html).

C'est ainsi toute la zone sahélienne entre la Libye et Bangui qui est plongée dans l'instabilité par différentes luttes de factions et qui pourrait échapper progressivement au contrôle de Paris tandis que les Etats-Unis y poursuivent leur implantation (cf un article d'analyse à ce sujet sur http://paris.indymedia.org/article.php3?id_article=74763).


 

Par Atlasaltern
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Mardi 22 mai 2007

Le Rwanda a intenté en avril une action devant la Cour internationale de justice (CIJ) contre la France  qu'il accuse d'enfreindre le droit international en cherchant à poursuivre le président Paul Kagamé et certains de ses proches. (Reuters 19 avril 2007)

Un débat complexe - mais peu médiatisé - se poursuit dans les cercles de spécialistes et au Tribunal pénal international - TPI Rwanda (une instance encore plus contestable dans son fonctionnement que le TPI Yougoslavie, c'est tout dire) sur la nature du régime politique instauré par le Front Patriotique rwandais, allié des Etats-Unis qui a conquis le Rwanda en 1994 et porté la guerre au Congo. Celui que certains accusent d'être un "Khmer noir" (http://www.voltairenet.org/article3136.html ) serait à l'origine de l'assassinat des présidents hutus rwandais et burundais en avril 1994, comme l'avait suggéré l'article de Chris Black sur le Congo dans l'Atlas alternatif. Le volumineux rapport du juge Bruguières, dont une partie est accessible sur http://www.lexpress.fr/info/quotidien/actu.asp?id=7301  en Français et sur http://cirqueminime.blogcollective.com/blog/_archives/2006/12/16/2577762.html  en anglais, va dans ce sens.

Par ailleurs en mai se déroule le procès à la cour d'assise de Bruxelles du major Bernard Ntuyahaga, accusé d`avoir participé au massacre de 10 paras belges le 7 avril 1994 à Kigali. Il fait l'objet d'une médiatisation importante, notamment via la presse angolaise (AngolaPress), dans les milieux de réfugiés hutus (http://www.rdrwanda.org/) qui souhaitent y faire entendre leur propre version de l'histoire.

Par Atlasaltern
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Mardi 22 mai 2007
La bataille de Mogadiscio menée par les troupes éthiopiennes en Somalie le mois dernier contre les milices islamistes n'a guère fait l'objet d'une couverture médiatique en Occident. Elle a pourtant été d'une intensité dramatique, contraignant 400 000 habitants à fuir la ville dans la détresse et le dénument. L’Allemagne, actuellement présidente de l’UE, a fait écrire par son ambassadeur en Somalie, Walter Lindner une lettre condamnant l’usage indiscriminé de frappes aériennes et d’artillerie lourde dans les zones densément peuplées de la capitale, le blocage délibéré d’aliments et de fournitures humanitaires dont il y a un besoin urgent, et le bombardement d’hôpitaux, mais les Occidentaux s'apprêteraient à valider à nouveau dans le cadre des Nations-Unies en juin l'ingérence éthiopienne comme ils l'avaient fait en décembre. Human Rights Watch a détaillé la manière dont le Kenya et l’Éthiopie ont transformé la corne de l'Afrique en "Guantánamo africain", selon une expression du Guardian, par les kidnappings, les transferts extraordinaires, les prisons secrètes et le grand nombre de disparus (http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2522&lg=fr).  
Par Atlasaltern
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Jeudi 7 juin 2007

Le lobby de la guerre en Irak - les néo-conservateurs, les évangélistes, les sionistes, les deux grands partis politiques des Etats-Unis (dont le Congrès a appelé à l'intervention contre le "génocide" dès 2004 à la presque unanimité http://news.bbc.co.uk/2/hi/africa/3918765.stm), M. Blair, M. Kouchner et son nouvel ami M. Sarkozy - sont mobilisés ce printemps pour provoquer une intervention militaire au Darfour. Cible de l'opération : le gouvernement trop "non-aligné" de Khartoum, et, derrière lui, la Chine.

M. Sarkozy est chargé aujourd'hui, le 7 juin, de présenter son projet de "corridors humanitaires" devant le G8, et d'infléchir la doctrine européenne, jusque là plutôt réservée sur l'intervention au Soudan (http://www.alterinfo.net/index.php?action=breve&id_article=652760).

Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, fidèle vassal de Washington, y est allé aussi de son petit geste, en nommant au poste de conseiller spécial pour la prévention des génocides (AFP 30 mai) le professeur Francis Deng, un Soudanais du Sud, directeur du Sudan Peace Support Project à l'Institut américain pour la paix (U.S. Institute of Peace, USIP, financé par le gouvernement américain, M. Bush nomme des membres de son comité directeur - http://www.danielpipes.org/usip.php), directement lié aux lobbies interventionnistes (voir par exemple sa conférence au Musée de l'Holocauste de Washington à l'invitation de la Coalition for Darfur le 19 octobre 2005 http://www.warandfaithinsudan.com/links.htm)

Dans un article récent, F. William Engdahl, un spécialiste du pétrole publié chez l'excellent éditeur de gauche anglais Pluto Press, démontait l'accusation de "génocide" adressée au gouvernement de Khartoum, et révélait les enjeux pétroliers de l'interventionnisme américain dans cette guerre civile (http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2876&lg=fr).

Sur le terrain, de nombreuses ONG humanitaires s'opposent au dispositif militaire des corridors. Le Tchad aussi, bien qu'allié à la France, et qui accueille de nombreux réfugiés, a fait connaître son refus (Reuters 5 juin). Le gouvernement soudanais quant à lui négocie avec l'Union africaine un aménagement de la force de paix que l'UA entretient déjà sur place (Reuters 6 juin).

Du coup, les interventionnistes occidentaux semblent hésiter. Si Washington demande toujours un durcissement des sanctions, le Dr Kouchner vient de reconnaître, concernant le système des couloirs humanitaires, qu'il n'est "pas du tout sûr qu'on puisse le faire" (AFP 6 juin)... 

Par atlasaltern
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Mardi 7 août 2007
Le Conseil de sécurité de l'Onu (à partir d'un projet présenté par la France et l'Australie) a autorisé mardi 31 juillet le déploiement de 26.000 soldats et policiers au Darfour et a approuvé le recours à la force pour protéger les civils dans cette région de l'ouest du Soudan.Le Soudan a promis de coopérer avec la nouvelle force, baptisée Mission des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour (Unamid), et qui incorporera 7.000 soldats de l'UA déjà sur place. Khartoum a participé aux discussions sur la rédaction de la résolution de l'Onu. La résolution est passée grâce au soutien de la Chine (http://www.darfurpeaceanddevelopment.org/article.php?ID=1576&Section=news). Le texte est plus modéré que ne l'espéraient les Occidentaux puisqu'il ne permet plus à la force d'interposition de confisquer des armes et n'est pas assortie de menaces de sanctions contre le gouvernement de Khartoum en cas de refus de coopérer (Le Quotidien du peuple - Chine http://english.peopledaily.com.cn/90001/90777/90855/6230954.html).

Les groupes rebelles du Darfour ont tenu à Arusha (Tanzanie) leur première réunion en commun pour tenter d'unifier leurs positions avant de négocier avec le gouvernement soudanais.

Les diplomates de l'Onu et de l'Union africaine (UA) qui parrainaient cette réunion espèraient voir les factions, unifiées, convenir d'une date et d'un lieu pour de futurs pourparlers de paix avec Karthoum.

Le Soudan a accusé la France de ne pas avoir suffisamment encouragé le chef de l'Armée de libération du Soudan (SLA), Abdel Wahed Mohamed el Nour.

Selon Reuters, Nour ne dispose que de peu de combattants, mais, en tant que représentant de l'ethnie Four, majoritaire au Darfour, il jouirait d'un large soutien dans la population, notamment parmi les 2,5 millions de réfugiés. Il avait subordonné sa venue à Arusha à la mise en place d'un programme "pétrole contre nourriture" et à l'interdiction de survol du Darfour sur le modèle irakien.

A Karthoum, l'ambassadeur de France a été convoqué samedi afin d'expliquer pourquoi Paris n'avait pas davantage encouragé Nour - qui vit en France - à participer à la rencontre.

"Le gouvernement a été choqué par l'échec de la France à faire venir le seul chef rebelle présent sur son territoire à une réunion destinée à mettre un terme aux souffrances des habitants du Darfour", peut-on lire dans un communiqué du ministère soudanais des Affaires étrangères que Reuters a pu consulter (Reuters Dimanche 5 août, 16h57).

La documentation sur le mouvement de Nour est rare. Son objectif avoué est le renversement de gouvernement soudanais  (http://www.darfurpeaceanddevelopment.org/article.php?ID=1131&Section=news). Il n'existe pas sur Internet d'article d'analyse de ses rapports avec les Etats-Unis ni avec la France.

 

Etaient présents à Arusha :

-JEM/Khalil Ibrahim - Les chefs militaires de ce groupe en proie à d'incessantes divisions affirment avoir écarté Ibrahim, ce que nie ce dernier. Selon des observateurs, le JEM n'est pas un acteur important sur le terrain mais a été intégré aux discussions pour qu'il ne les sabote pas. Les Etats-Unis ont sanctionné Ibrahim pour avoir entravé le processus de paix
- Djar el Neby et Souleiman Maradjane - Basés au Nord-Darfour, ces deux chefs sont des personnalités importantes disposant de nombreux combattants au Darfour. Ils avaient réclamé une conférence à vocation fédératrice avant Arusha mais ont décidé de prendre part à la réunion.
- Front uni pour la libération et le développement (UFLD)/Cherif Harir - Un dirigeant du Front, Khamis Abdallah, a formé avec trois autres petites factions une nouvelle alliance le mois dernier en Erythrée. Ces factions n'ont guère de poids sur le terrain individuellement, mais elles ont obtenu un siège à la réunion en s'unissant
http://www.boursorama.com/pratique/actu/detail_actu_politique.phtml?&news=4474562

L'accord obtenu entre les chefs de guerre et politiciens d'opposition devrait permettre d'obtenir un cessez-le-feu sur le terrain et d'améliorer la situation humanitaire.

Selon le quotidien du Peuple, la Chine va participer à la force de maintien de la paix (http://english.people.com.cn/90001/90780/91343/6231475.html) au Darfour, ce qui sera une première pour l'Afrique. Cette implication obéit, semble-t-il, à des demandes occidentales (http://www.humanite.fr/2007-02-02_International_La-Chine-priee-de-s-ingerer-au-Darfour).

Par Atlasaltern
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Samedi 1 décembre 2007

Ci-joint un article publié dans une version légèrement remaniée dans le journal La Lettre de Bastille-République-Nations n°34 du 27 novembre 2007 (et reproduit avec l'aimable autorisation de son rédacteur en chef) :
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La zone sahélienne au Sud-Est du Sahara traverse depuis un quart de siècle des convulsions dramatiques sur fond de désertification, de rivalités pétrolières, et d’engagement néo-colonial de la France, du Royaume-Uni et des Etats-Unis.  800px-LocationAfrica.png

L’épicentre de la crise, qui se diffuse de plus en plus dans les pays voisins, est le Soudan anglophone, un des plus grands pays d’Afrique mais aussi un des plus fragiles, où coexistent des populations très diverses (572 langues y sont parlées), avec un clivage important entre les populations musulmanes arabophones du nord et les populations noires chrétiennes ou animistes du sud. Ravagé depuis 1983 par la guerre civile qui opposait les rebelles sudistes de l’Armée populaire de libération du Soudan aux forces régulières (un conflit à peine apaisé par un accord de paix précaire officiellement conclu le 9 janvier 2005 après qu’1,5 million de personnes aient perdu la vie), il doit faire face depuis février 2003 au développement d’une nouvelle guérilla dans sa partie occidentale, le Darfour.

Dans la guerre du Sud l’enjeu de la distribution de la manne pétrolière n’était pas négligeable. Le contrôle de l’or noir, découvert dans les provinces méridionales en 1980, était à l’arrière plan de la revendication autonomiste. Il n’est pas absent non plus du Darfour dont une partie couvre une concession pétrolière chinoise. L’eau est aussi  au centre des conflits : les éleveurs arabes de chameaux, de plus en plus privés de pâturages, poussent de plus en plus vers le Sud, où ils entrent en compétition pour les terres avec les fermiers et les éleveurs sédentaires locaux, dans une province dont la population a doublé en vingt ans.

L’Etat fédéral soudanais, appauvri par la guerre et par les régimes draconiens imposés par le FMI (avec une dette de 29 milliards de dollars, le Soudan est douze fois plus endetté en proportion de son PNB que le Nigeria, quatre fois plus que le Tchad et que l’Ethiopie), tente difficilement de préserver une politique de souveraineté et de non-alignement sous l’impulsion d’un gouvernement à dominante islamiste depuis 1989. Il est aujourd’hui une proie facile pour des politiques impériales « décomplexées »

Les Etats-Unis qui, à partir de 1993, ont classé Khartoum dans la liste des « Etats voyous » (rogue states), ne se sont pas privés d’armer la guérilla sudiste, d’infliger au gouvernement fédéral des sanctions économiques à partir de 1997, et même un bombardement en 1998 contre l’unique usine pharmaceutique du pays, privant de médicaments une bonne partie de la population déjà soumise à l’embargo. La construction d’un oléoduc en 1999 par les Malaisiens, les Canadiens et les Chinois (qui importent 60 % du pétrole soudanais chaque année), et les royalties qu’elle génère, ont redonné une bouffée d’oxygène au pays. Mais Washington, qui avait été contraint de prêter main forte au processus de paix dans le Sud pour empêcher que TotalFinaElf soit le seul à tenir tête aux Chinois pour décrocher de nouveaux contrats pétroliers dans cette zone, a trouvé un moyen de peser à nouveau sur l’avenir du Soudan en s’ingérant lourdement sur le conflit du Darfour. Les lobbies évangélistes et sionistes, qui étaient actifs sur le front du Sud, ne cessent depuis quelques années d’accuser Khartoum d’organiser un « génocide » au Darfour, une position à laquelle s’est ralliée la quasi-unanimité du Congrès états-unien en juillet 2004, mais que ne partage pas le reste du monde.

En alliance avec les Britanniques, l’administration Bush a mené un lobbying insistant au sein des instances internationales pour l’intervention militaire au Darfour. Dès le 3 février 2005,  le secrétaire général de l’OTAN a déclaré que son organisation était « prête à jouer un rôle » dans cette province. Le 1er septembre 2006, les anglo-américains ont obtenu du Conseil de Sécurité l’envoi de 20 000 casques bleus de l’ONU en remplacement des 7 000 soldats de la force d’interposition de l’Union africaine au Darfour. Depuis lors les pressions sur le gouvernement de Khartoum se poursuivent, des ingérences favorisées par la nomination au sein de l’administration onusienne d’amis de George W. Bush comme Francis Deng, un Soudanais du Sud, directeur du Sudan Peace Support Project à l'Institut américain pour la paix, au poste de conseiller spécial pour la prévention des génocides auprès du secrétaire général de l’ONU. Mais la partie n’est pas gagnée d’avance face aux pays du Tiers-Monde (notamment africains), à la Russie et à la Chine de plus en plus résolus à contrer, là comme ailleurs, l’hégémonisme occidental.

Le conflit du Darfour est d’autant plus difficile à gérer qu’il met en présence des groupes rivaux eux-mêmes subdivisés en factions : le Mouvement de libération du Soudan (MLS), présidé par l’avocat basé en France Abdel Wahid Mohamed el Nour, défenseur des tribus Four, un dur qui prône la mise en place d'un programme "pétrole contre nourriture" et l'interdiction de survol du Darfour sur le modèle irakien en vue du renversement final du gouvernement soudanais ; le Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE), présidé par le docteur Khalil Ibrahim, un islamiste dissident qui plaide pour les intérêts du Soudan central ; le Front uni pour la libération et le développement (UFLD) ; ainsi que des chefs de guerre non affiliés à des mouvements comme Djar el Neby et Souleiman Maradjane, Cela complique les négociations menées à l’échelle régionale (la dernière en date en octobre dernier sous le patronage du colonel Kadhafi à Tripoli fut boycottée par le MLS et par sept factions du MJE).

Les effets « collatéraux » sur les voisins du Soudan – le Tchad, et la République centrafricaine – sont sensibles : sur les 2 millions de personnes déplacées depuis 2003 pour échapper aux tueries, 200 000 se sont réfugiées au Tchad ; et les frontières poreuses permettent des incursions armées de part et d’autre. Le gouvernement tchadien du président Idriss Déby (qui appartient lui-même à l’ethnie zaghawa également présente au Darfour), s’étant rallié aux rebelles du Darfour après avoir soutenu le gouvernement soudanais, doit maintenant affronter une Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), groupe armé du  général Mahamat Nour directement appuyé par Khartoum. En République centrafricaine où se sont réfugiés 36 000 civils du Darfour, le régime de François Bozizé doit affronter une Union des forces démocratiques pour le rassemblement dont toutefois les liens avec la crise du Darfour sont loin d’être établis.

Jusqu’à très récemment, la France de Jacques Chirac a défendu deux axes d’action dans cette région du monde. Au Darfour elle a tenté de contribuer à la pacification en faisant entendre des nuances par rapport à ses alliés anglo-américains, refusant de parler de « génocide », et s’opposant à la création d’un tribunal ad-hoc (sur le modèle rwandais et yougoslave) pour juger les crimes de guerre. Dans les pays voisins, elle a poursuivi sa politique traditionnelle de soutien aux gouvernements vassaux du Tchad et de République centrafricaine (auxquels elle est liée par des accords de défense), jusqu’à même s’impliquer lourdement dans des combats d’un autre siècle (à l’abri des projecteurs médiatiques et en dehors de tout débat public). Ainsi en avril 2006, fournissait-elle un soutien logistique à l’armée tchadienne aux portes de N’Djamena. En novembre 2006, puis à nouveau en mars dernier, l’armée française prenait directement part à la bataille de Birao contre l'Union des forces démocratiques pour le rassemblement en République centrafricaine.

Le tandem Sarkhozy-Kouchner a sensiblement modifié cette orientation chiraquienne. Sur le dossier du Darfour, Paris s’est aligné sur l’axe anglo-américain. Certes le docteur Kouchner n’a pu pour l’heure faire triompher son projet de « couloirs humanitaires » pour acheminer l’aide aux civils, paravent chimérique d’une invasion militaire véritable (puisqu’il faudrait une infanterie nombreuse pour les sécuriser), mais la France a fait voter le 31 juillet dernier au Conseil de Sécurité de l’ONU en association avec l’Australie une résolution autorisant le déploiement de 26 000 soldats et policiers au Darfour dans le cadre de la Mission des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour (Unamid) et l’usage de la force pour protéger les civils. En échange la France espérait obtenir une implication de ses partenaires européens dans l’ensemble de la zone. Ce vœu est déjà partiellement exaucé, puisque Paris, au cours de la session spéciale du Conseil de sécurité de l'ONU le 25 septembre dernier, a pu faire adopter à l’unanimité par le Conseil de Sécurité des Nations Unies l'envoi, au Tchad et en République centrafricaine, d'une force pouvant comporter jusqu'à 4 000 soldats.  L'opération comporte deux volets : l'un, policier, relevant de l'ONU (300 policiers onusiens appuieront environ 850 policiers tchadiens devant être déployés dans les camps de réfugiés fuyant le Darfour voisin) ; l'autre militaire, sous l'égide de l'Union européenne (UE), dont le contingent aura pour mission de "sécuriser "des zones parcourues de milices armées, dans l'est du Tchad et le nord-est de la République centrafricaine. Un général irlandais en prendra bientôt le commandement.

L’idée s’inspire des précédents congolais (BRN du 23 mai 2006), mais aussi, dans un sens, macédonien et afghan, où le contribuable européen fut lourdement sollicité pour éteindre des braises de conflits en partie suscités par Washington, et suppléer l’US Army pour la défense des intérêts économiques occidentaux dans ces régions. Il n’est pas exclu qu’elle fasse bientôt école dans d’autres parties de l’Afrique. Ainsi, le jour même du vote sur l’envoi d’une force européenne au Tchad, le ministre des affaires étrangères britannique Kim Howells a-t-il attiré l’attention des Nations-Unies, sur le problème des réfugiés du Zimbabwe – un pays dans le collimateur de Londres du fait de sa politique de redistribution des terres. L’expérience toutefois demeure pour le moment d’une portée limitée, du fait des réticences émises par le Tchad (de plus en plus méfiant à l’égard de la France, pas seulement à cause de l’affaire de l’Arche de Zoé), par certaines ONG, mais aussi par les partenaires européens de la France peu désireux d’engager leurs armées dans la protection de régimes issus du dispositif de la Françafrique.


Frédéric Delorca

Par Atlasaltern
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Vendredi 4 janvier 2008

L'annonce de la réélection du président sortant Mwai Kibaki au Kenya à l'issue des élections du 27 décembre dernier a plongé le pays dans le chaos. Le bilan des violences s'élèverait à plusieurs centaines de morts et 70 000 déplacés selon la Croix Rouge (AFP/ Reuters 2 janvier 2008). Les dépêches parlent volontiers de "Violences tribales". Le correspondant du Monde à Nairobi dans un article intitulé "Les démons libérés du Kenya", Jean-Philippe Rémy écrit :

"Le président Mwai Kibaki appartient au groupe des Kikuyu, le plus important numériquement du pays (20 % de la population), influent depuis la période coloniale, fort d'entrepreneurs prospères qui finiraient presque par faire oublier que ses rangs comptent aussi des hordes de miséreux. En face, l'opposition est menée par Raila Odinga, un Luo de l'ouest du pays. Depuis l'indépendance, les Luo attendent impatiemment le jour où l'un des leurs deviendra président, offrant aux siens la promesse d'accéder, accrochés à une gigantesque cordée, à la corne d'abondance du pouvoir. Pour l'anecdote, le père de Barack Obama, le candidat démocrate américain, est un Luo.

Autour gravitent de nombreuses autres ethnies, dont les leaders jouent, depuis quatre décennies, un jeu complexe d'alliances et de trahisons au gré de leurs fortunes personnelles, maquillées sans vergogne en confrontations ethniques. Et la manipulation fonctionne, comme l'ont analysé les auteurs, David Throup et Charles Hornsby, d'un livre de référence sur la politique kényane (Multi-Party Politics in Kenya) : "Depuis le début du multipartisme au Kenya, l'appartenance ethnique s'est révélée nettement plus importante que les idéologies pour déterminer les loyautés politiques." (Le Monde 5 janvier 2008 - http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3212,36-995925@51-993693,0.html)   800px-Flag-of-Kenya-svg-copie-1.png

En réalité, selon certains observateurs (cf notamment http://www.newstatesman.com/200801030024), la grille de lecture ethnique cache une fois de plus un problème de classe intimement lié à la mondialisation capitaliste/néo-libérale.

A y regarder d'un peu plus près en effet, et notamment au vu des résultats des élections législatives qui ont eu lieu au même moment, dans de nombreuses circonscriptions kikuyu, beaucoup d'électeurs de cette ethnie ont voté pour le candidat luo ou kalenji ("comme si des électeurs blancs pauvres aux Etats-Unis avaient voté pour Malcom X" ajoutait un commentateur anonyme de cet article). Il s'agit là d'un vote-sanction très fort contre la classe dominante. Une vingtaine de ministres et lieutenants de Kibaki n'ont pas été réélus. Ce vote révèle que la jeunesse kenyane (où la moyenne d'âge est de 18 ans) est prête à évincer une vieille classe politique malgré le respect traditionnel en Afrique à l'égard des anciens.

Depuis quelques années le président Kibaki attirait les capitaux étrangers, et son mode de gestion du pays, qui apportait une croissance soutenue, lui a valu les félicitations des grandes puissances néo-coloniales.

Pourtant cette gestion faite pour plaire à l'Occident (le gouvernement kenyan est même allé jusquà interdire de fumer dans les rues de sa capitale, ce que même en Europe on n'ose pas faire) a laissé les plus pauvres s'enfoncer dans la misère (2/3 des habitants de Nairobi vivent dans des bidonvilles), tandis que régnait la corruption au plus haut niveau de l'Etat.

Le résultat est qu'aujourd'hui le Kenya n'est plus vu comme un pays stable et exemplaire qui attirait 1 million de touristes des pays riches par an, mais comme une "nouvelle Yougoslavie" plongée dans les prémices d'une guerre civile meurtière. Les deux parrains du régime kenyan, le gouvernement britannique et celui des Etats-Unis ont exprimé leur préoccupation devant le peu de crédit qu'inspirent les résultats annoncés par la commission électorale (http://news.bbc.co.uk/2/hi/africa/7164890.stm). Le 2 janvier le premier ministre britannique Gordon Brown, s'est entretenu par téléphone avec MM. Kibaki et Odinga, dans l'espoir qu'ils acceptent de "se rejoindre au sein d'un gouvernement d'union nationale". Le président du Ghana et de l'Union africaine, John Kufuor, doit entamer une médiation commune avec le chef de la mission du Commonwealth, Ahmed Tejan Kabbah (AFP Reuters 2 janvier).

            Frédéric Delorca

(article importé du blog de Frédéric Delorca)

Par Atlasaltern
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Dimanche 20 janvier 2008

Après l'accélération du conflit opposant, dans la province du Nord-Kivu, l’armée régulière de la République Démocratique du Congo, les soldats insurgés fidèles au général dissident Laurent Nkunda, des milices hutus et tutsies rwandaises, et plusieurs groupes armés congolais alliés, du nom de Maï-Maï, une conférence de paix s'est réunie le 9 janvier à Goma (http://www.lepotentiel.com/afficher_article.php?id_article=58132&id_edition=4225). 

En France le Réseau voltaire (http://www.voltairenet.org/article153877.html), qui est un site d'information internationale très visité, avait publié en décembre une interview parue dans la presse suisse (http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=646&print=1&no_cache=1) de Mgr. Maroy Rusengo, archevêque de Bukavu (Sud Kivu) qui dénonçait l'ingérence du gouvernement FPR rwandais de Paul Kagame au soutien des troupes du rebelle Laurent Nkunda, et l'utilisation du viol systématique des femmes civiles comme arme de guerre. Cette interview a été reprise également cette semaine par le site "La Banlieue s'exprime" (http://labanlieuesexprime.org/article.php3?id_article=2445). maroy-copie-1.jpg

Le nouvel archevêque nommé en 2006 a déployé une intense activité auprès de l'ambassade de France en 2007. Cet activisme lui a valu une salve d'attaques de la part d'alliés du gouvernement rwandais souvent basés aux Etats-Unis (par exemple Dorcas Lokendo http://www.africatime.com/rdc/nouvelle.asp?no_nouvelle=330733&no_categorie=) qui déjà appellent à son inculpation préventive devant la justice internationale : "si jamais la présente campagne de haine ethnique conduisait à des massacres contre les Tutsis, l’archevêque de Bukavu devrait alors être considéré comme un des principaux responsables. En conséquence, il devrait faire face à la justice internationale, comme tout autre criminel de guerre ou responsable de crimes contre l’humanité", écrit Sébastien Bakatu, directeur du clergé international de l'archevêché de New Brighton (USA) - cf http://www.stjohnnb.com/Forerunner/2006/Forerunner9_06_8.html -, dans un article qui illustre toutes les ambiguïtés de l'utilisation de la justice internationale dans le cadre de conflits politiques (http://www.spcm.org/Journal/spip.php?article12063).

Près de 2 millions de personnes sont mortes pendant la guerre civile congolaise qui a prolongé la guerre civile du Rwanda (http://news.bbc.co.uk/2/hi/africa/2582239.stm). Les tensions au Nord-Kivu mettent en péril une fois de plus la souveraineté du Congo. A la clé les ressources de cette province riche en minerais précieux comme la cassitérite, le coltan, la wolframite et l’or. Une étude de « Pole Institute » du mois de juillet 2007 a révélé la liste des sociétés qui exportent frauduleusement les minerais vers des pays voisins pour être vendus en Afrique du Sud, aux Pays-Bas,  en Allemagne, aux Emirats Arabes Unis, en Belgique, et en Chine - http://www.africatime.com/rdc/nouvelle.asp?no_nouvelle=345597&no_categorie=. Ce trafic permet de financer la guerre dans cette région sans que les grandes puissances occidentales ne cherchent à s'y opposer. En outre, de source tanzanienne, on apprend que les forces spéciales américaines seraient sur le terrain aux côtés du FPR et de Nkunda (mail C. Black).

F. D. 

(Voir dans l'Atlas alternatif l'article de Chris Black sur le Congo)

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Vendredi 21 mars 2008

"Un sous-marin américain a tire deux missiles Tomahawk au début du mois sur une maison de Dobley, une petite localité du sud de la Somalie à environ six kilomètresde la frontière avec le Kenya. La maison a étédétruite.  Trois personnes blessées, trois vaches et un âne tués. Ce bombardement est le quatrième en territoire somalien officiellement reconnu par le Pentagonedepuis décembre 2006.  D’autres informations, que les autorités américaines refusent de commenter, font état de la présence en Somalie d’unités relevant du Commandement desopérations spéciales (US SOCOM)."

Ainsi commence un intéressant article publié sur http://www.geopolitique.com/editorial/etats-d-ame-sur-le-front-somalien-de-la-guerre-contre-la-terreur-391-2.html à propos de la troisième guerre menée par les néo-conservateurs états-uniens (après celles d'Irak et d'Afghanistan), une guerre en partie faite par procuration (en instrumentalisant l'armée éthiopienne) dont on parle fort peu et qui, pourtant, selon ce même article se solde par des chiffres terribles : un million de personnes déplacées par la violence et 1,4 millions qui ont besoin d’une aide humanitaire - la crise humanitaire en Somalie « est la pire du continent africain et probablement dans le monde », déclare même un haut responsable de l'ONU, on attend toujours que MM. Kouchner, Finkielkraut, Glucksman ou BH Lévy s'y intéressent...

Là comme ailleurs, les Etats-Unis et leurs alliés sont enlisés. Là comme ailleurs la guérilla islamiste est loin d'être désarmée. Les services secrets français, mais aussi d'autres pays européens sont sur place ou au Kenya voisin, participant à des interrogatoires de présumés "islamistes" avec souvent de graves méprises sur les gens qu'on emprisonne sans autre forme de procès - voir le reportage "Mission secrète : enlèvement" de Dan Edge et Stephen Grey rediffusé sur Arte le 18 mars 2008 à 22 h 20 http://plus7.arte.tv/fr/detailPage/1697660,Grid=4904.html). De quoi précipiter toute une jeunesse somalienne dans la résistance... Une problématique liée à celle des prisons secrètes de la CIA en Europe - voir aussi le lien http://www.dailymotion.com/video/x4sblc_documentaire-cia-mission-secrete-en_news.

  FD

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