Balkans

Vendredi 19 janvier 2007

Dans la perspective des élections législatives serbes qui auront lieu dimanche prochain, un média français s'intéresse à la situation désastreuse des Serbes du Kosovo (mais celle des Roms et  des autres non-Albanais ne vaut guère mieux, sauf exceptions)   : http://fr.mediaframe.yahoo.com/launch?lid=wmv-300-p.1547268,rnv-300-p.1547269&.small=1&.intl=fr&c=dualpane&bw=http://&dw=http://fr.news.yahoo.com/video/datawindow.html&f=&a=0,30) que  le journaliste belge Michel Collon notamment dans une vidéo de 2002 "Les damnés du Kosovo" décrivait déjà comme un des plus grands scandales humanitaires de l'Europe contemporaine (http://www.michelcollon.info/damnes_du_kosovo.php).

La situation reste indécise dans cette province sur laquelle les Serbes cristallisent non seulement leurs traditions nationales, mais aussi le souvenir de la politique cynique des grandes puissances occidentales à leur encontre, au soutien des nationalistes albanais, en 1998-99.

Malgré un raidissement récent de la Russie sur ce sujet, l'Union européenne semble résolue à faire passer en force avant la fin de la présidence allemande une "indépendance limitée"  du Kosovo sur le modèle bosniaque, malgré l'adoption par la Serbie, il y a peu, d'une constitution réaffirmant la souveraineté serbe sur cette province (http://www.b92.net/eng/news/politics-article.php?yyyy=2007&mm=01&dd=18&nav_category=92&nav_id=39129). Le Kosovo deviendrait ainsi le premier Etat européen à naître de la sécession d'un Etat unitaire (les sécessions issues de l'effondrement du Pacte de Varsovie et de l'éclatement de la Yougoslavie n'avaient jusque là concerné que des Etats fédéraux). Ceci risque de créer un précédent dont pourraient s'inspirer d'autres minorités comme les russophones de Moldavie (Transdniestrie), les Abkhazes et diverses autres minorités dans le Caucase, des Albanais aussi dans trois districts de Serbie du Sud hors Kosovo, en Macédoine ainsi qu'au Montenegro, sans oublier les Serbes de Bosnie dont un grand nombre (et probablement la majorité) conteste la légitimité de l'Etat auquel ils sont rattachés contre leur gré.

L'incapacité des  gouvernement occidentaux à refermer la boîte de Pandore des revendications nationales qu'ils ont eux-mêmes ouverte en encourageant les sécessionnismes en Yougoslavie et ex-URSS se double d'une propension à appliquer une règle du "deux poids deux mesures", dictée par des intérêts à court terme. Une source de problèmes infinis qui ne semble guère de nature à stabiliser les marches orientales de l'Empire européen et qui condamne les grandes puissances à entretenir indéfiniment une présence militaire coûteuse dans les Balkans.

En attendant, les multinationales investissent de plus en plus sur la Serbie, noeud stratégique du développement balkanique, dont le gouvernement n'a jamais été aussi favorable aux intérêts des pouvoirs occidentaux : privatisations et coopération militaire avec les Etats-Unis ont été le credo politique de Belgrade depuis cinq ans. La croissance économique est au rendez-vous, et, bien que les inégalités augmentent, la promesse d'une intégration dans l'Union européenne peut permettre aux chancelleries occidentales d'empêcher la victoire d'une droite nationaliste (le Parti radical) qui, pourtant, capitalise depuis quelques années sur le mécontentement des laissés-pour-comptes du néo-libéralisme (même si son score progresse, il est peu probable qu'il soit en mesure de gouverner seul). 

Toujours plus coloniser pour toujours mieux anesthésier. Telle semble être la recette des technostructures occidentales dans les Balkans. Anesthésie et consommation. L'Union européenne n'a que cela à offrir.

 

Par Atlasaltern
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Samedi 27 janvier 2007

- Serbie

Comme la Serbie passionne moins les foules qu'en 1999-2000, le ton des médias, quoiqu'hostile à ce pays, est demeuré plus sobre. Au cours des derniers jours de la campagne électorale,  le journaliste du Monde Christophe Châtelot, toujours allergique à toute forme de patriotisme serbe (il l'a montré dans divers articles), s'est certes efforcé de peindre un tableau sombre de ce pays : "La Serbie, elle, patauge. Son taux de croissance (5,5 % en moyenne depuis 2000) n'absorbe pas un taux de chômage de 31 %. Elle est isolée politiquement sur la scène internationale en raison, notamment, du manque d'empressement du gouvernement serbe à collaborer avec le TPIY"  écrivait-il dans l'édition du 21 janvier 2007 (http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-857593@51-857710,0.html) - constat pourtant souvent démenti par l'appellation "Balkan Tiger" souvent appliquée à ce pays (http://en.wikipedia.org/wiki/Serbia) et le constat du journal Libération du 22 janvier  :  "Le taux de croissance est l'un des plus élevés de la région (environ 6 %), l'inflation a été stoppée, le dinar relevé par rapport à l'euro et le salaire moyen tourne autour de 250 à 300 euros" (Helene Despic Popovic http://www.liberation.fr/actualite/monde/230065.FR.php). Mais les attaques ne sont guère allées plus loin.

Dimanche, la progression d'un point des radicaux aux élections législatives (28 %) a permis à Reuters de faire un titre à sensation sur la victoire des "ultra-nationalistes" et permis au représentant de la diplomatie européenne et ex-secrétaire général de l'OTAN Javier Solana de frapper du point sur la table en déclarant : "I hope very much there will be a speedy formation of a speedy government that will be in line with the European Union" (http://www.b92.net/eng/news/politics-article.php?yyyy=2007&mm=01&dd=22&nav_category=90&nav_id=39190) c'est à dire un gouvernement sans alliance avec les radicaux. Mais dans l'ensemble on reste en deçà de la grande haine des années 90.

Le parti-pris anti-serbe de nos médias a refait surtout surface vendredi quand il est apparu que le mot "indépendance" ne figurerait pas dans le rapport du procurateur de l'ONU au Kosovo Martti Ahtisaari . Il s'agirait plutôt en effet d'une large autonomie qui permettrait à cette province de siéger à l'ONU mais exclurait qu'elle puisse avoir une armée, maintiendrait une tutelle occidentale institutionnalisée, comme en Bosnie et en Macédoine ,et autoriserait une autonomie des zones serbes, en matière policière notamment (une façon de reconnaître que le gouvernement albanais ne pourrait ou ne voudrait pas protéger cette minorité). Ce compromis, destiné notamment à obtenir le vote de la Russie à l'ONU a ressuscité les ardeurs guerrières de nos medias. Bruno Cadet au journal de France Culture de 18 h vendredi (26 janvier) rappelait que la Russie avait soutenu le "projet de Grande Serbie que Milosevic voulait réaliser dans le sang" dans les années 1990 (en fait, comme l'a montré Diana Johnstone, le gouvernement de Belgrade a surtout cherché à défendre une "petite Yougoslavie" et non à promouvoir une "Grande Serbie" cf sur ce point l'article de D.Johnstone dans l'Atlas alternatif et son livre La Croisade des Fous). Libération, dans un langage codé mais très clair, en présentant la Russie comme la "protectrice panslave de la Serbie" accuse Moscou à demi-mots de cultiver l'idéal impérial ethniciste du XIX ème siècle (sans se demander si la Russie ne se défend pas tout simplement contre l'ingérence de l'OTAN à ses frontières, et ne défend pas une vision plus équilibrée des rapports interculturels que les pouvoirs occidentaux). Le journal reproche au passage à Moscou de retarder la décision finale sur le Kosovo qu'elle oppose à l'impatience des Albanais (http://www.liberation.fr/actualite/monde/231321.FR.php) décrite en longueur dans ses colonnes depuis plusieurs années. La défense du sécessionnisme albanais contre le droit de la République de Serbie à conserver son intégrité est une constante dans la grande presse occidentale depuis plusieurs années, et les conséquences de ce choix sur la pérennité des frontières des autres pays d'Europe de l'Est (Roumanie, Macédoine, Monténégro, Bulgarie etc) ne sont pratiquement pas débattues.

La Serbie pour sa part s'est engagée dans une bataille procédurale à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe pour amender un projet de résolution favorable à l'indépendance. Elle ne peut guère compter que sur le soutien de la Roumanie, de la Grèce et de la Russie (http://www.b92.net/eng/news/politics-article.php?yyyy=2007&mm=01&dd=24&nav_category=92&nav_id=39235).

 

- Macédoine

Le 16 avril va commencer au Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie (tribunal ad hoc instauré par les puissances occidentales et financé par elles) le premier procès concernant la Macédoine. Ljube Boskoski, ex ministre de l'intérieur, et Johan Tarculovski, son garde du corps, seront jugés pour une attaque des forces spéciales de police contre le village albanais de Ljuboten près de Skopje survenue le 12 August 2001 et qui avait entrainé la mort de sept personnes, l'incendie de quatorze maisons et des arrestations massives. Cette opération policière musclée dans le contexte de guerre civile ressemblait à celles de la police serbe au Kosovo dans les années 1990. Elle avait fait suite à une attaque contre les forces de polices macédoniennes avec des mines anti-char (http://www.b92.net/eng/news/globe-article.php?yyyy=2007&mm=01&dd=21&nav_category=123&nav_id=39179)

Dans cette affaire on accuse à nouveau le Tribunal pro-occidental de faire preuve de complaisance à l'égard des nationalistes albanais. C'est le ministre de l'intérieur (slave) qui est inculpé tandis que Ali Ahmeti fondateur de la première Armée de libération du Kosovo (UCK) albanaise en Serbie,et de la seconde qui provoqua la guerre civile en Macédoine, considéré comme l'auteur de crimes de guerres, chef de trafics divers clandestins (http://www.humanite.presse.fr/popup_print.php3?id_article=39109 ) jouit tranquillement de ses prérogatives de député de l'Union démocratique pour l'intégration (UID), tout comme son homologue albano-kosovar ex-commandant de l'UCK Agim Ceku reste solidement cramponné à son fauteuil de premier ministre à Pristina, sans être inquiété par le TPI, malgré les massacres de civils commis par l'UCK.

 

Par Atlasaltern
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Samedi 10 mars 2007

 

26 février 1992 : quelques semaines après la reconnaissance de l’indépendance de la Slovénie par la Communauté européenne, les autorités de la plus prospère des républiques yougoslaves biffent secrètement les noms de dizaines de milliers d’habitants des registres d’état civil. Ces « effacés » vont bientôt réaliser qu’ils ont perdu des pans entiers de leur existence : emploi, sécurité sociale, retraite, permis de conduire, parfois même leur logement ou leur droit à fréquenter l’école.

 

Le crime qui justifie un tel châtiment ? Ils n’ont pas, à la fin de l’année précédente, demandé la nationalité slovène, par ignorance de la procédure ou par attachement à la fédération yougoslave, dont l’agonie n’en était encore qu’à ses débuts. Précisons aussi que les membres de l’« ethnie slovène » n’ont pas dû faire une telle démarche, pas plus que les membres des minorités italienne et hongroise ou les citoyens étrangers. Etaient donc clairement visés les personnes originaires des autres républiques yougoslaves, les « sudistes », en majorité Roms, Croates, Bosniaques, Serbes et Albanais du Kosovo. En outre, parmi ceux qui avaient demandé la nationalité, certains ont essuyé des refus, notamment des employés et des retraités de l’armée yougoslave, sous prétexte que les requérants auraient pu être des ennemis de l’indépendance. Ce « nettoyage ethnique administratif » fut tellement rondement mené qu’il passa inaperçu dans les médias, alors que les Balkans s’enfonçaient dans une guerre vivifiée et prolongée par les interventions « humanitaires » des grandes puissances.

Le nombre des effacés n’est pas connu avec précision. Le gouvernement de Ljubljana a admis, des années plus tard, un chiffre de 18.305, alors que des associations évaluent leur nombre à plus de 100.000 dans un pays comptant moins de 2 millions d’habitants. La plupart d’entre eux étaient nés ou vivaient depuis de nombreuses années en Slovénie, république où tout Yougoslave était libre de s’établir et de travailler. Aussi, malgré leur disparition administrative, nombreux furent ceux qui choisirent de rester envers et contre tout, ayant perdu toute attache dans leur république d’origine (ou celle de leurs parents), que guerre ou blocus économique avaient en outre rendue peu habitable.

A partir de 1999, alors que la Slovénie s’efforçait de remplir le « cahier des charges » du bon candidat à l’Union européenne, la Cour constitutionnelle a imposé des amendements aux lois utilisées pour supprimer administrativement une partie de la population. Ainsi, à trois reprises, entre 1999 et 2004, des arrêts de la Cour ont entraîné des changements législatifs permettant à chaque fois à quelques milliers d’effacés d’obtenir la nationalité slovène ou, au moins, un permis de séjour. Bien que le gouvernement ait interprété de la manière la plus restrictive possible les exigences de la Cour – s’en tenant au principe du « cas par cas » et en réclamant la preuve d’une résidence ininterrompue dans le pays depuis l’indépendance -, l’opposition de droite s’est déchaînée contre ces « hors-la-loi » et ces « traîtres » qui osaient réclamer le droit de vivre sur ce que les dépliants touristiques décrivent comme le « versant ensoleillé des Alpes ». Le principal argument avancé était que les demandes de compensation des « régularisés » ruineraient la Slovénie. L’opposition (actuellement au gouvernement) a même organisé en avril 2004 un référendum : 95 % des votants se sont déclarés hostiles à la dernière loi adoptée par le parlement. Mais le taux de participation a été plutôt faible : 31 %.

Quinze ans plus tard, seule une partie des effacés a réussi à régulariser sa situation, mais aucun n’a touché la moindre compensation, malgré des années de privation de travail, de retraites, de scolarité, et en corollaire un plongeon dans la plus noire des misères. Des milliers d’autres ont quitté la Slovénie, sont revenus dans leur république d’origine ou partis au-delà. Certains ont été déportés ou ont été refoulés à la frontière après un séjour à l’étranger. D’autres, encore, sont tout simplement décédés, un phénomène amplifié par le stress et le déni de soins médicaux. Détail sordide : morts, les effacés n’ont pas le droit d’être inhumés dans la terre slovène, juste celui d’être incinérés…

Enfin, plusieurs milliers de personnes continuent à vivre « sans papiers », espérant qu’une hypothétique loi restitue à tous ceux qui résidaient dans le pays lors de l’indépendance le droit de continuer à y séjourner. Mais, depuis 2004, les régularisations se font au compte-gouttes et aucun nouveau projet de loi n’est à l’horizon. Et les déportations n’ont pas cessé. Le cas de la famille Berisha, un couple de Roms nés au Kosovo et leurs cinq enfants, l’a récemment montré. Effacé en 1992, le mari avait déjà été déporté l’année suivante, vers… l’Albanie, qui l’avait renvoyé en Slovénie. Il a ensuite tenté sa chance en Allemagne, où il a rencontré son épouse. Leur demande d’asile ayant été finalement rejetée, ils ont été menacés d’expulsion vers… le Kosovo, où les Roms sont un des peuples les plus persécutés depuis que la province serbe est sous contrôle OTAN et ONU. Ils sont alors revenus en Slovénie, vivant dans un centre d’accueil de Ljubljana, pour être finalement déportés vers l’Allemagne ce 1er février.

Annexée au cours des siècles par l’Italie, l’Autriche et la Hongrie, la Slovénie peine à consolider son identité. Ce n’est que durant la Yougoslavie royaliste de l’entre-deux-guerres que l’enseignement du slovène y a été autorisé. Malgré un développement économique favorisé par les investissements fédéraux et les matières premières bon marché des autres républiques yougoslaves, l’élite communiste slovène a enfourché le cheval sécessionniste, mettant en avant les transferts financiers bénéficiant aux républiques moins développées, à ces « paresseux du sud ». Convertie au néolibéralisme, cette élite a ainsi distillé dans la population un nationalisme étroit et égoïste, imprégné de xénophobie. Avec le miroir aux alouettes européen en point de mire, le rejet de la Fédération socialiste a presque naturellement entraîné celui des « sudistes », symbolisant un héritage que certains préfèrent oublier.

Georges Berghezan

 

 

 

 

 

 Journaliste, contributeur de l'Atlas alternatif 

 

Un crime qui ne sera jamais jugé à La Haye

Lors de son accession à l’indépendance, la Slovénie a été agitée par une courte guerre entre l’armée yougoslave, déployée aux frontières internationales de la fédération, et des policiers et paramilitaires aux ordres des autorités sécessionnistes. Lors d’un de ces affrontements, le 28 juin 1991, un cameraman de la chaîne autrichienne ORF a filmé ce qui paraît être l’exécution de trois jeunes conscrits yougoslaves qui déployaient un drap blanc en signe de reddition. Selon les Conventions de Genève, abattre des prisonniers relève du crime de guerre et cet épisode, au poste de Holmec, à la frontière autrichienne, serait dès lors le tout premier cas de crime de guerre enregistré lors du démantèlement sanglant de la Yougoslavie qui s’étendra tout au long des années ’90.

Il fallut attendre près de huit ans pour que la séquence vidéo soit diffusée par la télévision slovène. Une enquête sera expédiée, concluant à l’inexistence de tout crime qui aurait pu ternir la guerre d’indépendance : les soldats auraient simulé leur exécution. L’affaire aurait été définitivement enterrée si une ONG slovène de défense des droits humains, le Helsinki Monitor (HMS), et sa présidente, Neva Miklavcic Predan, ne s’en étaient emparées et n’avaient entamé elles-mêmes leur propre enquête. Ainsi, avec l’aide de la presse et d’ONG d’autres républiques ex-yougoslaves, le HMS réussit à identifier des survivants de la fusillade et des proches des victimes, un Croate d’Herzégovine et deux Serbes de Vojvodine.

Craignant que leur mythe fondateur –  la glorieuse guerre de libération de 1991 – ne soit entaché de pratiques hélas communes à toutes les guerres, les autorités slovènes ont réagi avec hargne à la quête du HMS pour que les auteurs du crime – toujours non identifiés – aient à répondre de leurs actes. Les attaques dans la presse, les procès, les saisies, les menaces et même les agressions physiques se sont multipliées après que Miklavcic Predan ait accusé l’ancien président Kucan d’avoir menti lors de son témoignage à La Haye en 2003 contre son homologue serbe, Slobodan Milosevic, qui avait évoqué les exécutions de Holmec.

Actuellement, la présidente du HMS fait l’objet de quatre procès, accusée de diffamation ou de corruption, dans des affaires concernant Holmec ou les « effacés », un autre centre d’activité de l’association. Après qu’elle ait été acquittée en première instance dans l’une d’entre elles, le Premier ministre Janez Jansa a, en juin dernier, exigé que « les organes d’état prennent des mesures à l’encontre de ses mensonges absurdes et pathologiques ». Deux semaines plus tard, le procureur faisait appel. En matière de séparation des pouvoirs, le « modèle slovène » laisse percevoir certaines failles…

 

 

 

 

NB : Cet article vient d'être publié dans le journal La lettre de Bastille-République-Nation (BRN) http://lereseaubrn.free.fr/ / amisbrn@yahoo.fr,  

 

Par Georges Berghezan
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Mercredi 21 mars 2007

 

 

 

La dernière série de pourparlers entre représentants serbes et kosovars albanais s’est achevée le 10 mars et, comme prévu, aucun accord n’a été conclu. La « proposition » de résolution du statut du Kosovo de l’émissaire de l’ONU, Martti Ahtisaari, a été acceptée par Pristina, qui y voit le pas décisif vers l’indépendance de la province, et rejetée par Belgrade, refusant l’amputation de 15 % de son territoire.

 

Car, même si son document ne cite pas le mot « indépendance », c’est bien ce qui est offert par Ahtisaari : le Kosovo se verrait octroyer tous les attributs réservés aux Etats souverains : constitution, hymne, drapeau, droit d’adhérer à des organisations internationales, comme l’ONU, et de créer une armée, bien que devant être « légèrement armée ».

 

Jusqu’à présent, le processus s’est passé anicroche, ou presque. Géré sous la responsabilité de l’ONU, occupé par une force sous commandement de l’OTAN (KFOR), le Kosovo n’en était pas moins resté, depuis 1999, une partie intégrante de la Serbie, qui a continué à y déployer des structures administratives dans les régions où subsistent des Serbes et d’autres minorités. Pendant ce temps, la majorité albanaise – de plus en plus écrasante en conséquence d’un implacable nettoyage ethnique – attendait avec une impatience croissante la matérialisation des promesses d’indépendance faites par les leaders occidentaux dans la foulée des bombardements de l’OTAN de 1999.

 

On ne pourra pas reprocher à l’ancien président finlandais d’avoir caché son jeu : déjà, la veille de la première série de « négociations » serbo-albanaises, en février 2006, Ahtisaari avait manifesté toute son impartialité en se prononçant pour l’indépendance du Kosovo dans une interview au Spiegel allemand. Dès lors, ces « négociations » ne pouvaient aboutir au moindre rapprochement entre les parties, la position albanaise – l’indépendance et seulement l’indépendance – étant bétonnée par le « médiateur », lui-même porte-parole des grandes puissances occidentales, tandis que la proposition serbe d’une autonomie maximale n’était jamais prise en compte.

 

Une première version du « plan Ahtisaari » a été rejetée à la mi-février par le parlement serbe, lors de sa session inaugurale, trois semaines après des élections ayant confirmé la polarisation de l’échiquier politique : le Parti radical, nationaliste, est resté le principal parti de Serbie, mais est condamné à l’opposition face à une probable coalition autour du Parti démocrate, pro-occidental, et Parti démocrate serbe du Premier ministre sortant Kostunica. Jusqu’à présent, la question du Kosovo continue de faire l’unanimité de l’essentiel de la classe politique serbe.

 

A Pristina, malgré une violente manifestation de partisans de l’indépendance sans négociation, le leadership albanais kosovar a accueilli favorablement le plan Ahtisaari. Sur le plan international, les membres occidentaux du Groupe de contact[1], l’Union européenne, Washington et l’OTAN ont également exprimé leur satisfaction. Seule la Russie manifeste clairement son opposition, arguant que le nouveau statut du Kosovo doit être accepté par les deux parties, Pristina, mais aussi Belgrade.

 

Légèrement amendée suite à la dernière série de pourparlers entre Belgrade et de Pristina, la proposition d’Ahtisaari vient d’être transmise au Conseil de sécurité de l’ONU. Celui-ci pourrait en discuter en avril, sous présidence britannique, et produire une résolution qui consacrerait l’indépendance du Kosovo et donnerait un nouveau mandat à une présence internationale. Cette étape semble indispensable car une précédente résolution du Conseil, la 1244 ayant mis fin aux bombardements de l’OTAN contre la Yougoslavie en 1999[2], avait non seulement placé le Kosovo sous tutelle de l’ONU et de l’OTAN, mais également consacré la souveraineté serbe sur la province.

 

Une indépendance très théorique

 

Telle que prévue, l’indépendance du Kosovo ne changerait pas grand-chose à son statut de protectorat, à court terme du moins. En effet, la tutelle de l’ONU passerait à l’Union européenne et des pouvoirs étendus seraient octroyés à un « Représentant civil international », faisant également office de « Représentant spécial de l’UE » qui, sur le modèle du « Haut représentant » contrôlant la Bosnie-Herzégovine depuis près de douze ans, aurait le droit d’annuler toute décision des autorités du Kosovo et de démettre tout responsable, élu ou non. En Bosnie, les plus hauts responsables serbes et croates ont été victimes des pouvoirs exorbitants de cette sorte de vice-roi balkanique, essentiellement parce qu’ils étaient accusés de freiner les réformes centralisatrices exigées par la « communauté internationale ». Sur le plan militaire, le Kosovo continuerait à être occupé par une force de l’OTAN, comptant actuellement 17.000 hommes et dont aucune réduction du niveau n’est prévue dans un avenir proche. Quant à l’indépendance économique, elle relève de la grande illusion : les industries sont toujours à l’arrêt, les services publics ont été démantelés ou souffrent de graves carences par manque de personnel qualifié, le taux de chômage se situe entre 50 et 70 % et serait encore plus élevé sans les nombreux postes et subsides dépendant de l’ONU et de la multitude d’organisations internationales qui s’activent à « construire un Etat », une grande partie du PIB provient du secteur « informel », y compris la grande criminalité et la contrebande dont les profits ont explosé depuis 1999. En outre, la privatisation des entreprises publiques, menée à la va-vite, a été dénoncée par Belgrade, car ce sont les biens de l’Etat serbe qui ont été vendus ou bradés au bénéfice du privé.

 

Comme pour les autres fragments du puzzle ex-yougoslave, Bosnie et Macédoine en tête, l’indépendance du Kosovo n’aurait que peu en commun avec une pleine souveraineté. Cependant, un pas supplémentaire serait franchi : cette fois-ci, ce n’est plus une entité fédérale qui se séparerait, comme l’a encore fait en mai dernier le Monténégro, permettant paradoxalement à la Serbie d’accéder à une indépendance non demandée. Avec la province du Kosovo, c’est une partie intégrante de la Serbie qui ferait sécession, créant incontestablement un précédent. Les conséquences d’une telle décision sont encore difficiles à mesurer, mais les Serbes de Bosnie, dotés de leur propre entité, ont déjà annoncé qu’ils organiseraient un référendum d’indépendance. Côté albanais, cela encouragerait les mouvements centrifuges en Macédoine (où les relations avec la majorité slave restent tendues), voire au Monténégro ou en Grèce. L’objectif d’une « Grande Albanie » (ou d’un « Grand Kosovo ») est loin d’avoir été abandonné par les milieux nationalistes qui considèrent l’indépendance du Kosovo comme une première étape.

 

Une épidémie sécessionniste ?

 

Ce n’est pas un hasard si, au sein de l’UE, les Etats les plus « compréhensifs » envers la position serbe sont, outre le traditionnel allié grec, la Roumanie, l’Espagne et Chypre, des pays confrontés aux revendications autonomistes de leurs minorités. Mais c’est assurément sur le sol de l’ex-URSS que le précédent kosovar aurait des conséquences les plus immédiates. Depuis plusieurs mois, Moscou argue que la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo pourrait être logiquement suivie de celle d’autres régions connaissant des situations similaires, bien que moins médiatisées, notamment l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud (deux « républiques autonomes » de Géorgie en rébellion depuis plus d’une décennie), la Transnistrie (faisant partie de la Moldavie) et le Nagorny Karabakh (enclave arménienne en Azerbaïdjan). Quant à la Chine, qui devrait s’aligner sur la position russe au Conseil de sécurité, elle s’inquiète que l’exemple soit retenu par Taiwan, ses indépendantistes tibétains, voire ouïgours. Et la liste des candidats qui, en Asie ou en Afrique, se sentiraient encouragés par l’accession à l’indépendance du Kosovo pourrait presque indéfiniment être allongée, d’autant plus que les Etats-Unis, en Irak par exemple, encouragent le dépeçage d’Etats jugés trop grands à leur goût.

 

Reste qu’un tel scénario pourrait buter sur un veto russe au Conseil de sécurité, ou une menace de veto qui ajournerait indéfiniment la résolution consacrant l’indépendance. Le nouveau mandat de l’UE au Kosovo serait remis en question, alors que la mission de l’ONU est pratiquement en train de boucler ses valises. Dans l’état actuel des relations entre Moscou et Washington – le pire depuis vingt ans – et avec la multiplication des déclarations de la diplomatie russe rejetant toute solution n’ayant pas l’aval des deux parties, une telle éventualité ne peut être écartée.

 

On en viendrait alors au « plan B », avec déclaration unilatérale d’indépendance par Pristina, indépendance qui serait immédiatement reconnue par les Etats-Unis et certains de leurs alliés européens. L’UE se retrouverait profondément divisée et renoncerait à gouverner la province. De nouvelles violences viseraient le personnel et les installations de l’ONU et les enclaves des minorités, forçant la KFOR à intervenir contre les foules albanaises, ou à se retirer… Ce « plan B » a déjà été évoqué par divers diplomates états-uniens, dont récemment par Richard Holbrooke, le « peacemaker » bosniaque, qui n’hésite pas à prédire une nouvelle guerre dans les Balkans, dont il rejette bien entendu la responsabilité sur la Serbie et, surtout, la Russie.

 

Une autre approche serait de mettre en cause les promesses d’indépendance faites par les responsables occidentaux aux leaders albano-kosovars, au moins depuis les pourparlers de Rambouillet, qui servirent de prétexte aux bombardements de 1999. Belgrade et Moscou ne font que suivre la logique du droit international, garantissant l’intégrité des Etats. Les Etats-Unis restent, eux et plusieurs de leurs alliés dans l’OTAN, fidèles à une logique d’interventionnisme dans les affaires balkaniques, n’ayant mené qu’à l’exacerbation des conflits causés par l’effondrement de la Yougoslavie socialiste. Et dont la longue liste n’est peut-être pas close…

 

Georges Berghezan

Journaliste, contributeur de l'Atlas alternatif

 



 

[1] Le Groupe de contact réunit les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, l’Italie et la Russie à propos de certains dossiers concernant l’ex-Yougoslavie.

[2] Rappelons que c’est le même Martti Ahtisaari qui fut alors chargé de transmettre au président Milosevic les conditions mises par l’OTAN pour l’arrêt de ses frappes.

Cet article a été publié dans Alerte OTAN ! n° 25 (mars 2007), du Comité de surveillance OTAN (CSO, Bruxelles, www.csotan.org/

Par Georges Berghezan
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Mercredi 25 juillet 2007

Une résolution ferme a été adoptée par 217 voix contre 12 dans la nuit du 24 au 25 juillet 2007 par le Parlement de Serbie pour faire face au chantage à la violence des nationalistes albano-kosovars qui menacent de proclamer l'indépendance de leur province avec le soutien unilatéral de certaines puissances occidentales (http://www.b92.net/eng/insight/strategies.php?yyyy=2007&mm=07&nav_id=42611).

La coalition néo-libérale au pouvoir, le Parti radical de Serbie, le Parti socialiste de Serbie et le Parti des Roms ont voté cette motion. Seul le Parti libéral démocrate a voté contre.

La Serbie, qui a fait pourtant toutes les concessions requises par l'Occident pour livrer d'importants officiers militaires, et des dirigeants politiques au Tribunal pénal pénal international, privatiser ses industries et aligner toute sa relecture de l'histoire sur la rhétorique de l'OTAN (intégrant même le Partenariat stratégique avec l'Alliance atlantique) se trouve aujourd'hui le dos au mur, menacée dans son intégrité territoriale.

George W. Bush lors de sa visite en Albanie en juin dernier avait défié la communauté internationale en annonçant que les Etats-Unis reconnaîtraient unilatéralement l'indépendance du Kosovo (une option aujourd'hui artificiellement adoucie sous la forme d'une reconnaissance "coordonnée" de UE et des USA), montrant par là, comme pendant la guerre d'Irak, son mépris pour les Nations-Unies. Cette déclaration est intervenue alors que le Kosovo ne remplit même pas les critères de protection des droits des minorités longtemps avancés comme une condition sine qua non de son indépendance. Des pays comme la Russie, la Chine, mais aussi (et on ne le dit jamais en Occident) des membres non permanents du Conseil de sécurité de l'ONU comme l'Afrique du Sud, l'Indonésie, et le Ghana (http://byzantinesacredart.com/blog/2007/04/ahtisaari-proposal-dead.html) se sont clairement opposés à la remise en cause de la souveraineté de la République de Serbie.

Pourtant, le 25 juillet au matin (ce matin), les médias dominants inversaient les rôles, et faisaient croire que c'étaient la petite Serbie, tenue en otage économiquement et politiquement de l'Occident, et son allié moscovite, qui menaçaient le monde. "Belgrade défie une nouvelle fois la communauté internationale sur le Kosovo" titrait Euronews (http://fr.news.yahoo.com/euronews/20070725/twl-belgrade-defie-une-nouvelle-fois-la-115566a_1.html). Les Occidentaux poursuivent ainsi obstinément leur politique constante depuis 1990 de soutien aux séparatismes en ex-Yougoslavie au risque (et parfois dans le but) de provoquer de nouveaux conflits dans les Balkans.

Le Kosovo n'est pas la seule province serbe en cause. Hier le journal albanais Korrieri daily a révélé qu'Ismail Prentić, le leader de l'Armée de Libération du Sandžak (un groupe djihadiste wahhabite basé dans la région de Novi Pazar au sud-ouest de la Serbie - http://www.freerepublic.com/focus/f-news/1820573/posts), tué par les forces spéciales serbes en avril avait sa base arrière au nord de l'Albanie, après s'être réfugié pendant un temps au Kosovo et en Macédoine. Des bombes ont été retrouvées récemment dans sa cachette albanaise (http://www.b92.net/eng/news/in_focus.php?id=119). L'effet domino d'une indépendance du Kosovo dans la région, en Serbie, mais aussi en Macédoine, au Montenegro (où les Albanais peuvent faire sécession), et en Bosnie-Herzégovine (où les Serbes peuvent faire de même) demeure imprévisible.

 

Par Atlasaltern
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Vendredi 7 septembre 2007

Dans les Balkans les Occidentaux gardent deux objectifs : intégrer la Serbie dans l'OTAN et obtenir l'indépendance du Kosovo.

Pour atteindre le premier objectif, toujours le même élément de chantage : pas d'entrée dans l'Union européenne (UE), sans adhésion préalable à l'OTAN. L'adhésion préalable de la Serbie : c'est-à-dire l'installation de bases américaines sur son territoire, l'obligation pour son gouvernement d'investir de l'argent dans la modernisation de l'armée pour que ce pays pauvre puisse appuyer l'effort de guerre américain en Afghanistan ou ailleurs.

Le haut-fonctionnaire européen catalan Josep Lloveras, ex-éminence de l’Union européenne au Centrafrique (http://www.delcaf.cec.eu.int/fr/quoideneuf/changement_personnel_DCCE.htm) aujourd’hui représentant de l’UE en Serbie, chaud partisan apparemment de la fusion euro-étatsunienne a affirmé cette semaine : “Les intégrations européennes et atlantiques sont des processus cohérents et complémentaires et doivent être perçus comme tels » (http://www.b92.net/eng/news/politics-article.php?yyyy=2007&mm=09&dd=07&nav_category=92&nav_id=43591). Pourtant Belgrade trouve encore un peu la force de résister aux sirènes atlantistes. Le 5 septembre Vuk Jeremić, ministre serbe des affaires étrangères, qui présentait les objectifs du programme du Partenariat pour la Paix à Bruxelles s’est bien gardé de faire figurer l’adhésion à l’OTAN parmi les points de son programme, préférant s’en tenir à une participation active au Partenariat pour la Paix déjà existant « La Serbie ne pourra jamais oublier les événements tragiques de 1999 » a-t-il eu la dignité de dire à ses interlocuteurs de l’OTAN (en 1999 l’OTAN a gratuitement détruit les infrastructures de la Serbie, tué 2 000 civils et diabolisé ce pays sur des bases mensongères devant l’opinion publique mondiale). http://www.b92.net/eng/news/politics-article.php?yyyy=2007&mm=09&dd=05&nav_category=90&nav_id=43521 

En ce qui concerne l'indépendance du Kosovo, le chantage à l'adhésion européenne ne suffit pas non plus, car il faut aussi convaincre Russes et Chinois au Conseil de Sécurité. O certes, le président Bush comme à son habitude est prêt à reconnaître le Kosovo sans passer par l'ONU. Mais tout de même un Kosovo, reconnu seulement par la moitié des pays de la planète, cela ferait désordre - surtout si d'autres provinces sécessionnistes (la Transnistrie par exemple …) obtiennent la même chose ailleurs...

A Belgrade, on commence à rappeler certaines évidences : que le Kosovo étant une province serbe, si les nationalistes albanais proclament une indépendance unilatérale le 10 décembre comme ils l’ont annoncé, rien ne s'opposera à l'entrée de l'armée serbe dans la province pour y maintenir l'ordre. C'est ce qu'a déclaré le secrétaire d’Etat, Dušan Proroković membre du parti du premier-ministre Koštunica, dans l’International Herald Tribune mercredi 5 septembre, tandis que le ministre des affaires étrangères Vuk Jeremić, membre du parti, plus pro-occidental, du président Tadić, quant à lui, démentait le propos de son subordonné. Malgré le démenti, l'évidence juridique énoncée par Dušan Proroković ne plait guère aux Occidentaux qui entendent tenir en respect la petite Serbie. Tom Casey, le porte parole du Département d’Etat  américain a annoncé son intention de demander à Belgrade des « éclaircissements ». Cristina Gallach, porte-parole du représentant de la diplomatie européenne Javier Solana (ex politicien socialiste espagnol, et ex secrétaire général de l’OTAN qui pilotait le volet politique des bombardements sur la Serbie en 1999), a mis en demeure la Serbie d’éviter le “vocabulaire incendiaire” (http://www.b92.net/eng/news/politics-article.php?yyyy=2007&mm=09&dd=07&nav_category=92&nav_id=43576) – pareille mise en demeure n’a évidemment pas été adressée en des termes semblables aux séparatistes albanais qui ont pourtant été les premiers à agiter la menace d’une action unilatérale.

Le diplomate autrichien Wolfgang Petritsch, qui était émissaire de l’Union européenne à Rambouillet sur le Kosovo, et dont le pays a tant fait pour l’éclatement de la Yougoslavie (cf l’article de Diana Johnstone dans l’Atlas alternatif) a justifié dans Die Presse cette semaine la position européenne en ces termes : depuis 1999 "une thèse internationale s’est développée à propos de la responsabilité de chaque Etat de protéger ses citoyens". Selon lui, « la Serbie a directement enfreint cela au Kosovo dans les années 1990 par l’expulsion systématique de 850 000 Albanais, qui avait été manifestement planifiée » (or en réalité, la thèse de l’expulsion planifiée des Albanais a été démentie dans de nombreux ouvrages, et invalidée devant le Tribunal pénal international – et ce mensonge permet de faire oublier les milliers de Serbes, Roms, et autres membres de minorités persécutés, non protégés par la KFOR et le gouvernement nationaliste albanais depuis 1999), et « quelqu’un à Belgrade devra expliquer ce qu’ils ont à offrir aux deux millions de citoyens de la province, pour l’abandon de la recherche de l’indépendance » (pour mémoire on rappellera cependant que dès le début des années 1990 les nationalistes albanais du Kosovo sont entrés dans un processus de refus des institutions yougoslaves, et de création d’une société parallèle, que Milošević en 1999 a proposé de restaurer l’autonomie en vigueur dans les années 1980, qui avait pourtant généré de nombreux abus, et que le gouvernement néo-libéral qui lui a succédé a continué de soutenir l’idée d’une autonomie élargie).

Petritsch s’est laissé aller à l’expression de regrets devant le fait que l’Occident n’ait pas pu arracher le Kosovo à la Serbie dès 1999, ce qui lui aurait évité de devoir l’enlever à l’actuel gouvernement pro-occidental de Belgrade. Mais il a reconnu, un brin nostalgique, qu’hélas la Russie ne l’aurait pas permis même à l’époque d’Eltsine (http://www.b92.net/eng/news/politics-article.php?yyyy=2007&mm=09&dd=07&nav_category=92&nav_id=43575)

Mais la réécriture de l’histoire ne suffit pas à assurer le consensus au niveau européen sur l’affaire serbe. L’Espagne et la Grèce ne sont toujours pas prêtes à reconnaître l’indépendance du Kosovo comme les presse de le faire Washington. Il est vrai que Madrid ne tient pas à ce que le Kosovo indépendant (ou tout autre pays dans le monde) en retour reconnaisse l’indépendance de la Catalogne… L’aveuglement euro-états-unien après avoir semé le chaos au Proche-Orient va-t-il provoquer à nouveau le désordre au sein même du continent européen ?

Par Atlasaltern
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Mardi 29 janvier 2008
Copie-de-gas-20pipeline-copie-1.jpg  L'intransigeance des Occidentaux sur la question du Kosovo a déjà fait une victime collatérale : la politique énergétique des Etats-Unis en Europe.

Le président serbe Boris Tadic et le premier ministre Vojislav Kostunica ont signé vendredi dernier à Moscou un accord pour trente ans qui vend à la compagnie russe Gazprom 51 % des parts de la compagnie gazière d'Etat serbe NIS, et ce au prix qu'avaient demandé les Russes. Dans le cadre de cet accord, un gazoduc de 10 milliards de mètres cubes sera construit à travers la Serbie, et Gazprom contrôlera 78 % du marché de détail des carburants dérivés du pétrole dans ce pays, 12 % allant à un autre géant russe, Loukoil . Pour compléter le dispositif, Gazprom a signé avec la compagnie autrichienne OMV un accord prévoyant le transfert au monopole russe du gaz de 50% de Central Europe Gas Hub (CEGH), filiale d'OMV Gas International, et dont le siège se trouve dans la ville autrichienne de Baumgarten. Il ne manque plus à Gazprom qu'un accord avec la Hongrie, pour espérer pouvoir mettre en service son dispositif de gazoduc South Stream. Budapest va donc pouvoir faire monter les enchères. Si la Hongrie ne parvient pas à s'entendre avec Moscou, Gazprom peut utiliser un itinéraire alternatif passant de la Bulgarie en Grèce puis, par la Méditerranée, en Italie. Mais, dans ce cas, le projet de gazoduc en Serbie sera dans l'impasse (http://www.kommersant.com/p846202/r_500/natural_gas_pipelines/).

Les autorités américaines ont manifesté une inquiétude particulière au sujet du développement de la coopération énergétique entre la Russie et la Serbie et rappelé à l'Union européenne leur préférence pour le projet de gazoduc de Nabucco, destiné à acheminer du gaz en Autriche via la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie. Peut-être pour apaiser l'interventionnisme états-unien, les autorités iraniennes la semaine dernière ont annoncé être prêtes à accorder des ressources pour Nabucco... (http://fr.rian.ru/business/20080128/97862287.html).

Face à cela l'offre de l'Union européenne à l'égard de la Serbie (qui pourtant depuis un siècle regarde davantage vers l'Ouest que vers la Russie) reste timide. Alors que l'Autriche avait convaincu en 2006 l'Union de ne plus exiger de la Croatie la coopération avec le TPIY pour intégrer l'Empire européen, les Pays-Bas, dans un bel élan anti-fédéraliste, ont maintenu, contre les autres Etats de l'Union, un veto sur la signature d'un accord de stabilisation et d'association tant que le général Ratko Mladic n'était pas livré à ce tribunal (source : RFI). Ce veto néerlandais fait l'affaire du nationaliste Tomislav Nikolic, vainqueur du premier tour de l'élection présidentielle serbe, qui dit ne rien attendre de l'Union européenne tant que celle-ci veut arracher le Kosovo à la Serbie et affirme même regretter que la Serbie "ne soit pas une province de la Russie" (http://www.dw-world.de/popups/popup_printcontent/0,,3087792,00.html). (NB : En dépit de ces appels du pied de M. Nikolic, V. Poutine continue toutefois de soutenir Boris Tadic.)

Les Européens, présidés en ce moment par les Slovènes, ont malgré tout proposé un accord réduit aux Serbes (sur les visas, le dialogue politique), leur promettant même à demi-mots une entrée à terme dans l'Union, pourvu qu'ils ne votent pas pour M. Nikolic. La question pèsera lourd sur l'issue du second tour du scrutin, y compris sur les conditions du soutien du premier ministre Kostunica à son frère ennemi Tadic.

Du côté états-unien, les menaces contre la Serbie et la Russie ne sont pas l'apanage des néo-conservateurs. Dans un article publié dans le Guardian du 28 janvier 2008, Morton Abramowitz suggère que l'OTAN augmente sa présence militaire au Kosovo pour empêcher les Serbes de cette province de faire sécession en cas de déclaration unilatérale d'indépendance de la part des représentants albanais, et exorte à s'opposer aux positions de Moscou si la Russie dans la foulée reconnaît l'indépendance de l'Abkhazie (hypothèse pourtant exclue par la Russie http://fr.rian.ru/world/20080129/97954887.html). Morton Abramowitz, fondateur de l’International crisis group et surtout éminence grise de l’administration Clinton pendant la guerre du Kosovo auprès de l’UÇK, soutient en ce moment Barak Obama à l'élection présidentielle. Richard Holbrooke, lui, qui fut l'artisan de la politique clintonienne pro-UÇK à Rambouillet en 1999, et qui conseille maintenant Hillary Clinton, expliquait dans Le Monde du 25 janvier : "Notre défi,
c'est assurer un leadership (des Etats-Unis), mais sans hégémonie" (
http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2008/01/25/richard-holdbrooke-l-administration-bush-ne-pourra-pas-attaquer-l-iran_1003828_829254.html#ens_id=904503). La nuance sémantique n'est pas énorme... Les électeurs états-uniens n'ont guère le choix qu'entre les auteurs des bombardements contre la Serbie, et les promoteurs de la guerre d'Irak. undefined

La situation actuelle dans les Balkans ne cesse cependant de provoquer des inquiétudes qui s'expriment dans des forums peu médiatisés. Ainsi par exemple l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe le 22 janvier dernier a-t-elle très sérieusement contesté un projet de résolution élaboré par le représentant britannique Lord Russell-Johnston jugé trop favorable au point de vue occidental. A l'occasion des débats de cette assemblée, la représentante du PC tchèque Katerina Konecna a comparé l'enlèvement du Kosovo à la Serbie au démantèlement de la Tchécoslovaquie par les accords de Munich. La délégation d'Azerbaïdjan à cette occasion a dénoncé le risque que la sécession du Kosovo ait des effets désastreux sur un autre conflit "gelé" de l'ère post-soviétique, celui du Nagorny-Karabakh (http://www.kommersant.com/p844517/r_527/PACE_Kosovo_EU/ ).

A l'heure où la marine russe reprend ses patrouilles dans l'Atlantique et en Méditerrannée pour la première fois depuis 1992 (http://fr.rian.ru/defense/20080129/97934362.html), l 'Europe et son allié états-unien avancent chaque jour davantage dans une logique de guerre froide, qui pourrait, en de nombreux points, dégénérer en conflits ouverts.

FD
Par Atlasaltern
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Dimanche 17 février 2008

Les principales puissances de l'Union européenne et les Etats-Unis d'Amérique ont franchi le Rubicon ce weekend par un double coup de force contre le droit international.

Tout d'abord dans la nuit de vendredi à samedi, à minuit, l'Union européenne a approuvé l'envoi d'une mission de policiers et de juristes au Kosovo en violation de la résolution 1244 du Conseil de Sécurité des Nations Unis en vertu de laquelle seule l'ONU peut décider de l'envoi de forces dans cette province serbe. Cette mission prendra ainsi la relève sans l’accord du Conseil de Sécurité de la Mission de l'ONU au Kosovo (MINUK), qui administre la province depuis 1999. monastere.jpg

Puis, second coup de force, aujourd'hui l'Union européenne et les Etats-Unis, en violation de la Charte des Nations Unies ont laissé le gouvernement du Kosovo (et même l’ont poussé à) proclamer son indépendance, contre l’avis de l’Etat serbe dont dépendait cette province, avec en prime une promesse de reconnaissance par Washington, Paris, Londres, Berlin. Seules Chypre, la Grèce, Slovaquie, l’Espagne, la Bulgarie et la Roumanie ont renoncé à participer à cette forfaiture, en annonçant qu’elles ne reconnaîtront pas le gouvernement de Pristina (http://www.b92.net/eng/news/politics-article.php?yyyy=2008&mm=02&dd=16&nav_id=47745 ).

Jeudi dernier, les partisans de l'indépendance du Kosovo étaient minoritaires au cours de la réunion extraordinaire du Conseil de sécurité de l'ONU. Seuls cinq des 15 pays membres du Conseil de sécurité s'étaient prononcés en faveur du plan de Martti Ahtisaari octroyant au Kosovo un statut d'indépendance selon le principe ethnique, selon le représentant permanent de la Fédération de Russie auprès de l'ONU Vitali Tchourkine (http://fr.rian.ru/world/20080216/99388377.html ). Le Conseil de Sécurité est à nouveau saisi dimanche après midi. L’an dernier outre la Russie, la Chine, l'Afrique du Sud, l'Indonésie, et le Ghana avaient pris position pour le point de vue serbe (http://atlasalternatif.over-blog.com/article-6971276.html).

Le pathétique journal Le Monde sous la plume de Christophe Châtelot (hélas un habitué de ce genre d'exercice) dans un article du 16 février intitulé « Le Kosovo à l'heure de l'indépendance », tente de masquer l’atteinte au droit international renverser les rôles en présentant le chef des nationalistes albanais Hashim Thaci comme un démocrate qui invite les Serbes expulsés en 1999 dans leur province à revenir au Kosovo, tandis que les Serbes du Kosovo seraient les intolérants revanchards qui proclament un « parlement » sécessionniste à Mitrovica, tandis que Kostunica serait en tort quand il qualifie Thaci de « terroriste ».

Le Monde oublie juste que Thaci, ex-chef de l’UCK, une organisation effectivement classée comme terroriste par les Etats-Unis jusqu’en 1998, qu’il a lui-même participé à des crimes de guerre en cette qualité, et ne doit son salut qu’à la partialité pro-albanaise du TPIY qui a fait échec à son inculpation. Le Monde fait aussi l’impasse sur les pogroms anti-serbes de juin 1999 et mars 2004, et sur le coup de force anti-juridique des nationalistes albanais et de l’UCK contre tous les principes de l’ONU dans cette affaire.

L’éditorial du journal du 17 février reconnaît toutefois le dangereux effet-domino que tout cela annonce : « l'Europe joue à contre-emploi. Fondée sur le dépassement des nationalismes, elle donne l'impression de récompenser le nationalisme kosovar. Au nom de quoi refusera-t-elle l'autodétermination des Serbes de la région de Mitrovica, au nord du Kosovo, voire celle des Serbes de la Republika Srpska en Bosnie-Herzégovine ? Au nom de la raison d'Etat ? ». Mais il en tire une fausse conclusion : l’Europe doit s’impliquer encore plus dans les Balkans. Cette conclusion lui en fait inspirée par l’attitude des néo-conservateurs de la Maison blanche, qui précisément, après avoir soufflé sur les braises en poussant les Albano-Kosovars à la sécession, espèrent bien se décharger du fardeau balkanique sur leurs alliés européens, qui doivent stabiliser à tout prix les marches orientales de l’Empire.

Et dire que tout aurait pu se conclure autrement, par une paix plus équilibrée incluant une large autonomie pour le Kosovo, ou à la rigueur une partition négociée, sans l’ingérence lourde , ininterrompue depuis 20 ans, des impérialistes occidentaux…

Face à l’agression, la Serbie s’organise comme elle le peut. Des ministres du gouvernement de Belgrade devaient se rendre dans les enclaves serbes du Kosovo où l’on redoute que les extrémistes albanais ne renouvellent les pogroms de 2004, pour manifester leur solidarité avec les civils et leur refus de l’ingérence de la police de l’Union européenne. Le gouvernement devait rappeler son ambassadeur à Paris « en consultation » ainsi que ses diplomates dans toutes les capitales qui reconnaissent l’indépendance de Pristina. Le gouvernement serbe a annulé la déclaration d’indépendance albanaise aujourd’hui. Sans mâcher ses mots, le premier ministre Vojislav Kostunica, a rappelé l’attaque de l’OTAN contre la Serbie en 1999 : « La vérité sur les raison pour laquelle la Serbie a été sauvagement détruite par les bombes de l’OTAN en n’a jamais été aussi claire». Il a ajouté que « les intérêts militaires de l’OTAN se tiennent derrière la proclamation de ce faux Etat » et que « les Etats-Unis ont humilié l’Union européenne en la forçant à transiger avec les principes sur lesquels elle est fondée » (http://www.b92.net/eng/news/politics-article.php?yyyy=2008&mm=02&dd=17&nav_id=47781) - ce qui est une façon indulgente d’atténuer la responsabilité de Sarkozy, Merkel et Brown. 
 
Les organisations communautaires serbes de France appelaient à une manifestation dimanche 17 février à 15 h à République à Paris (http://afp.google.com/article/ALeqM5j9xZc1acH78knCoSM4YOq746gRyw).

Le Kosovo devient ainsi le théâtre d’un nouveau « conflit gelé » comme en connaissent Chypre, la Moldavie, la Géorgie, l’Azerbaïdjan. Dans l’ex-sphère soviétique, l’unilatéralisme occidental plae Moscou dans la position de pouvoir légitimement reconnaître l’indépendance des républiques autoproclamées d'Abkhazie, d'Ossétie du Sud et de Transnistrie, comme l’a reconnu samedi l'ex-premier ministre slovaque Jan Carnogursky (http://fr.rian.ru/world/20080216/99395574.html ).

Dans les Balkans, le spectre de la grande Albanie ressurgit puisque le premier ministre de Tirana vient de déclarer dans une interview au Frankfurter Allgemeine Zeitung du 16 février que le Kosovo et l’Albanie s’unifieront dès qu’ils auront tous deux intégré l’Union européenne – de quoi donner aussi des idées aux sécessionnistes albanais du Monténégro et de Macédoine (http://www.b92.net/eng/news/region-article.php?yyyy=2008&mm=02&dd=16&nav_id=47749). Il est vrai que sans rattachement à l’Albanie, la Kosovo n’est pas viable et ne peut vivre que des subsides du contribuable européen. Déjà une conférence des donateurs de la Banque mondiale et de l’Union européenne est prévue pour l’été prochain. Le quotidien algérien Al Wattan avance les chiffres : "La communauté internationale n’est pas parvenue à relancer l’économie de ce qui était, jusqu’à présent, une province du sud de la Serbie, après le conflit de 1998/1999 entre les forces serbes et les séparatistes albanais. L’UE aurait dépensé pour le Kosovo — reconstruction, dons, projets de développement — de 2 à 3 milliards de dollars par an jusqu’en 2004, selon diverses évaluations et en l’absence de réelles statistiques officielles. Mais, selon des estimations officieuses, le chiffre serait plutôt de l’ordre de 11 milliards de dollars, en tenant compte des sommes envoyées par la diaspora albanaise." A qui ont profité ces sommes, et à qui profitera l'indépendance ? Aux clans qui dirigent le pays répond le général italien Fabio Mini, ex-commandant des forces de l’Otan au Kosovo dans le journal Corriere della Sera samedi. L’indépendance « conviendra à ceux qui commandent : Hashim Thaçi (Premier ministre) qui fait des affaires avec le pétrole, Ramush Haradinaj (ex-Premier ministre) qui est jugé devant le Tribunal pénal international (TPI) de La Haye, Agim Ceku (ex-chef du gouvernement) qui veut devenir généralissime, Behgjet Pacolli (homme d’affaires) qui a besoin d’un endroit pour mettre l’argent de son empire ». Et le général de conclure : « Je comprends la hâte des Kosovars (pour l’indépendance). Je ne comprends pas celle de la communauté internationale » (http://www.elwatan.com/spip.php?page=article&id_article=87444).  

Si la Turquie, l'Albanie et l’Arabie saoudite ont clairement annoncé leur intention de reconnaître le Kosovo, la Croatie et la Macédoine ont simplement fait savoir qu’elles suivront les orientations de l’Union européenne (laquelle, comme on l’a vu, reste divisée sur la question et en débattra lundi). En Bosnie Herzégovine, les représentants de la Republika Srpska ont annoncé qu’ils empêcheront une reconnaissance par le gouvernement de Sarajevo.

Des actions citoyennes sont attendues désormais en Europe pour empêcher la reconnaissance du nouvel Etat. Déjà en République tchèque l’ancien premier ministre Miloš Zeman, et l’ancien chef de la diplomatie Jan Kavran ont lancé un appel à l’opinion publique internationale pour qu’elle se tienne aux côtés de la Serbie pour défendre le principe de la souveraineté des Etats (http://www.dailynews.cz/articles/20080117_vyzva_k_solidarite_en.html).

F. D.

Par Atlasaltern
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Vendredi 4 avril 2008
Les Etats-Unis, le Canada et les pays d'Europe centrale voulaient élargir l'OTAN à l'Ukraine et à la Géorgie. La France et l'Allemagne, soucieuses de ménager la Russie, ont fait échouer le projet au sommet de l'OTAN de Bucarest cette semaine.


Le ministre des affaires étrangères français, M. Kouchner à la tribune de l'Assemblée nationale mardi où il plaidait pour l'envoi de près d'un millier de soldats français dans les zones de combat en Afghanistan ( http://www.lcpan.fr/rattrapage_eve_afg_010408.asp?tc=eve_afg_010408), nouvelle idole de l'acteur américain pourtant hostile à la guerre d'Irak George Clooney qui souhaite qu'il soit un jour Président de la République(http://www.tvmag.com/article/Film/36598/EXCLUSIF_TV_Magazine_a_rencontre_George_Clooney.html), a déclaré que la position de la France à Bucarest serait la preuve que Paris peut encore s'opposer à Washington - ce qui pourrait laisser penser qu'il s'agit d'un rideau de fumée pour cacher l'alignement de la France sur Washington sur d'autres dossiers, notamment celui de l'entrée dans le commandement intégré promise pour l'horizon 2009.

Une dépêche d'Associated Press aujourd'hui voyait dans cette division de l'OTAN un succès pour M. Poutine. La Géorgie et l'Ukraine, déçues ont laissé entendre que la dépendance énergétique de la France et de l'Allemagne à l'égard de Moscou expliquait leur position anti-Washington sur ce dossier (http://wiredispatch.com/news/?id=113378). Des sondages récents montraient qu'en Ukraine 60 % de l'opinion publique était hostile à l'entrée du pays dans l'OTAN et le président de ce pays avait promis un référendum sur ce thème (http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/04/02/l-adhesion-a-l-otan-divise-l-ukraine-geographiquement-et-politiquement_1029991_3214.html#ens_id=1020072).

La France et l'Espagne se sont opposées par ailleurs conjointement, par solidarité avec la Grèce, à l'entrée de la Macédoine dans l'OTAN tant qu'elle ne modifie pas son nom (El Mundo http://www.elmundo.es/elmundo/2008/04/03/internacional/1207216253.html).

L'OTAN sera donc étendue dans un premier temps seulement à la Croatie et à l'Albanie. Le jour même de l'annonce de cette extension, le tribunal pénal international publiait l'acquittement de Ramush Haradinaj (Reuters 3 avril), chef de clan albanais du Kosovo, ancien commandant de l'UCK, et ancien premier-ministre du Kosovo impliqué dans des crimes de guerre en 1999 - une mesure qui montre le soutien inconditionnel des Occidentaux aux Albanais, et risque d'accroître le ressentiment nationaliste en Serbie. On notera que Le Conseil d'Etat français, statuant sur un recours contre la décision du 16 mai 2006 du Conseil d'Administration de l'Office Français de protection des réfugiés et apatrides établissant une liste complémentaire de pays d'origine sûrs, a, par décision du 13 février 2008, annulé partiellement cette seconde liste, en procédant au retrait de l'Albanie et du Niger (http://www.ofpra.gouv.fr/annonce.html?dtd_id=16&xmld_id=3117), ce qui signifie en clair que les juridictions françaises ne considèrent pas l'Albanie comme un pays qui accorde des garanties de sécurité politique suffisantes à ses ressortissants (qui peuvent donc avoir plus de chances d'obtenir l'asile politique en France).

La Moldavie, dont les troupes participent à l'occupation de l'Irak, a aussi discrètement fait savoir son intérêt pour une éventuelle adhésion à l'OTAN. Son président Vladimir Voronin était présent au sommet, au grand dam des Transnistriens (http://www.tiraspoltimes.com/news/moldova_at_nato_summit_with_bush_condi.html).

Si le climat se réchauffe entre Washington et Chisinau, il se tend entre M. Bush et M. Loukachenko : Washington mécontent de la création d'une coentreprise pétrolière biélorusso-vénézuélienne qui exploite le gisement de pétrole de Guara Este  au Vénézuéla (d'après ce qu'affirme le gouvernement biélorusse) a bloqué les comptes du groupe pétrochimique public Belneftekhim et de ses filiales. En représailles, il y a dix jours, Minsk a demandé à Washington de réduire les effectifs de son ambassade en Biélorussie (http://fr.rian.ru/world/20080324/102091344.html). Les services de renseignement biélorusses ont dénoncé le 25 mars l'existence d'un réseau d'espionnage américain sur leur sol (http://fr.rian.ru/world/20080325/102191410.html).

FD
Par Atlasaltern
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Vendredi 20 juin 2008
Bien que le président français Sarkozy ait déclaré à Prague (Le Monde du 17 juin 2008) qu'il excluait tout élargissement de l'Union européenne (notamment à la Croatie) si le traité de Lisbonne n'était pas ratifié (un propos tenu pour faire pression sur les Tchèques, réticents à enterrer le "non" irlandais au traité), la perspective d'élargissement continue à restructurer la vie politique de la Serbie. L'ancien parti de Slobodan Milosevic, le Parti socialiste de Serbie (SPS) et le parti pro-occidental, le Parti démocratique (DS) qui l'a chassé du pouvoir en 2000 seraient prêts à former un gouvernement après l'échec des tractations avec les partis souveraintistes (le DSS de Vojislav Kostunica et le SRS de Tomislav Nikolic).

La cause de ce revirement d'alliance est la promesse faite par Bruxelles à Belgrade de signer un Accord d'association avec elle, prélude à une adhésion possible de la Serbie à l'UE si les pro-occidentaux dirigent le gouvernement. Le SPS, dont l'appui est nécessaire aux pro- ou aux anti-européens pour avoir la majorité au Parlement voit dans le ralliement à l'européisme une occasion de se réhabiliter au regard des pouvoirs occidentaux (comme l'avait déjà tenté du reste Slobodan Milosevic à plusieurs reprises, notamment en signant les accords de Dayton sur la Bosnie en 1995).

Dans une déclaration Večernje novosti, aujourd'hui 20 juin, le leader du Parti radical (SRS) tirait déjà les leçons des dernières semaines de négociation et imputait la défection du SPS au Premier ministre sortant Vojislav Kostunica. Selon lui, puisque le leader du SPS Ivica Dačić était au départ d'accord pour une alliance avec les souverainistes, Kostunica aurait dû dialoguer davantage avec le Parti des retraités associés et Serbie unie, qui étaient coalisés avec le SPS et ont été les premiers à lui demander de rechercher plutôt l'alliance avec les pro-occidentaux. Nikolic estime dans cette interview que Kostunica "n'a pas vraiment voulu" former un gouvernement avec son parti et le SPS, et fait également sa propre autocritique sur le score plus modeste que prévu du SRS aux élections, notamment en Voïvodine (http://www.b92.net/eng/news/politics-article.php?yyyy=2008&mm=06&dd=20&nav_id=51246). Les membres de la coalition d'opposition DSS-SRS-NS considèrent toutefois que le clivage avec le SPS ne s'est pas fait sur la question de l'Accord d'association, mais sur le fait de savoir si Belgrade accepterait de le signer alors que celui-ci ne prévoit pas explicitement que le Kosovo reste dans sa juridiction. La volte-face du SPS obscurcit en tout cas le sens du dernier scrutin législatif qui avait donné la majorité aux partis favorables au maintien de la question du Kosovo au centre des négociations avec l'Union européenne (http://www.b92.net/eng/news/politics-article.php?yyyy=2008&mm=06&dd=22&nav_id=51288).

FD
Par Atlasaltern
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