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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 10:44

En août 2013, les Occidentaux (notamment M. Fabius pour la France) avaient accusé le régime de Bachar El-Assad d'avoir lancé une attaque au gaz sarin sur une banlieue de Damas (La Ghouta), causant entre 322 et 1729 morts. Cette attaque fut prétexte à une menace d'intervention militaire qui ne put être interrompue que grâce à une médiation russe conduisant à un accord pour l'élimination des armes chimiques du gouvernement syrien sous contrôle international.

 

Les autorités occidentales (en particulier les Français, très en pointe sur ce dossier) n'ont cessé d'affirmer que les conclusions du rapport d'enquête de l'ONU rendues en septembre, qui pourtant n'avaient pas pour mandat de désigner des coupables plaidaient dans le sens de leurs accusations.

 

Dans le silence des médias occidentaux (sauf quelques exceptions comme L'Humanité Dimanche du 6-12 mars 2014, p. 68), un rapport a été produit par Richard Lloyd ancien expert auprès de l'ONU et Theodore Postol du Massachussets Institute of Technology souligne que les missiles GRAD porteurs de gaz toxiques ont été tirés de zones tenues par les rebelles et non pas de zones contrôlées par le régime.

 

Aujourd'hui Seymour Hersh dans la London Review of Books du 6 avril 2014 révèle en se fondant sur le témoignage de responsables du renseignement que l'échantillon prélevé par  les Russes aux lendemains de l'attaque du 21 août et livré aux services anglais montre que le gaz utilisé ne correspondait pas à celui dont dispose d'ordinaire l'armée régulière syrienne. Dès le 20 juin 2013 un rapport de l'Agence américaine de renseignement militaire (Defense Intelligence Agency) avait fait état de la production par les djihadistes (le Front Al-Nosra) de gaz sarin avec l'aide de la Turquie et de l'Arabie Saoudite. En mai 2013 dix membres d'Al Nosra avaient été arrêtés dans le Sud de la Turquie avec 10 Kg de sarin sur eux. Les services de renseignement américains fournissaient chaque jour un rapport sur les filières d'approvisionnement des rebelles en armes chimiques et de leur utilisation, mais Denis McDonough, chef du personnel de la Maison Blanche en avaient limité la diffusion sur injonction de lobbys politiques qui avaient intérêt à ce qu'Obama accepte l'intervention militaire et abandonne sa définition de la "ligne rouge" à ne pas franchir.

 

Le montage du 21 août devait conduire à la mise en branle d'un plan de bombardement comparable à celui actionné en Serbie il y a 15 ans : attaque à partir du 2 septembre des centrales électriques, des réservoirs d'essence et des batiments militaires avec des Tomahawks et des bombes de B52, avec pour objectif la destruction totale de l'armée régulière syrienne après que la Maison Blanche ait refusé un dispositif initial de seulement 35 cibles jugé trop modeste. François Hollande avait mis ses Rafales à disposition comme pendant la guerre de Libye sous Nicolas Sarkozy. Seuls la collaboration entre les Russes et le MI6 britannique et les rapports des services de renseignement américains faisant état du fait que le bombardement de la Syrie causerait un embrasement généralisé au Proche-Orient ont pu enrayer la machine de guerre et faire changer d'avis le président Obama.

 

Seymour Hersh va plus loin dans la mise en cause des Etats-Unis et de la Turquie. Il précise qu'une voie d'approvisionnement des djihadistes syriens, "the rat line" existait sous la direction du patron de la CIA David Petraeus depuis un poste clandestin de la CIA à Benghazi (Libye) qui s'approvisionnait directement dans les arsenaux de Kadhafi, ce qui a été révélé par une annexe secrète (distribuée seulement aux collaborateurs de la rédaction et à huit membres du Congrès) au rapport de la commission du renseignement du Sénat examiné en janvier dernier à propos de l'attaque des milices contre le consulat américain et le poste de la CIA à Benghazi en septembre 2012. La Turquie et l'Arabie Saoudite finançaient les achats d'armes et leur transport. L'approvisionnement par la CIA a pris fin en septembre 2012, mais la "rat line" a continué de fonctionner sans contrôle américain. Depuis le printemps, le premier ministre turc Erdogan qui voyait les rebelles perdre la guerre avait besoin de faire bouger l'administration américaine. Selon Hersh le responsable des renseignements qui s'est confié à lui a fait état d'un dîner à la Maison blanche (en présence de Kerry, Donilon conseiller à la sécurité, Davutoglu le ministre des affaires étrangères turc, et Fidan le patron du MIT) en mai où Erdogan a insisté auprès d'Obama sur le fait que Bachar El Assad avait franchi la "ligne rouge" justifiant l'intervention américaine. Selon les confessions de Donilon, Obama dans une conversation pleine d'animosité aurait accusé ouvertement Erdogan de soutenir les djihadistes tout en le laissant poursuivre un programme d'enrichissement "pétrole contre or" avec l'Iran. La Turquie de plus en plus seule à aider les rebelles syriens après la rupture des voies d'approvisionnement par la Jordanie avait besoin de prouver que la "ligne rouge" était franchie. L'attaque du 21 août (juste au moment de la présence d'inspecteurs de l'ONU arrivés en Syrie le 18) à la Ghouta aurait donc été une opération turque sous faux drapeau. Les rapports de la DIA selon Hersh ont établi un faisceau l'indices à ce sujet, et l'enregistrement des conversations d'officiels turcs qui se réjouissaient du massacre au lendemain du 21 août tendent à le démontrer. Dans le même ordre d'idée un enregistrement de conversation sur un projet d'attaque turque sous faux drapeau près d'Alep contre la tombe de Souleyman Shah pour provoquer une guerre turco-syrienne a été révélé sur You Tube fin mars 2014 (un post qui a justifié le blocage de l'accès à You Tube en Turquie).

 

F. Delorca

 

 

 

 

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Published by Atlasaltern - dans Proche-Orient
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