Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 11:12

800px-LocationAfrica.pngLe 12 avril dernier, dans l'entre-deux tours des élections présidentielles, le président intérimaire de la Guinée-Bissau (voisine du Sénégal) Raimundo Pereira et le Premier ministre Carlos Gomes Junior (favori du  second tour) ont été arrêtés par un «commandement militaire» basé à l'état-major de l'armée, qui dénonçait la signature d'un accord secret avec l'Angola.Les militaires ont ensuite engagé des discussions avec d'ex-opposants pour former un gouvernement d'"union". Le  coup d'Etat a suscité des condamnations internationales unanimes y compris de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) qui a décidé d'envoyer une force de maintien de l'ordre dans ce pays.

 Le 7 mai lors de la réunion du conseil de sécurité des Naitons-Unis, le Rwandais Joseph Mutaboba, chef du Bureau intégré des Nations unies pour la consolidation de la paix en Guinée-Bissau (Uniogbis) révélait dans un langage codé la lutte d'influence entre Angola et Nigéria qui se joue en Guinée-Bissau. « La communauté internationale se doit d'être unie dans son engagement. Il est essentiel que tous les partenaires internationaux se mettent d'accord sur une réponse commune », expliquait-il. De l'avis de nombreux analystes l'Angola s'emploie via la CPLP (la Communauté des pays de langue portugaise) à faire condamner les putschistes tandis que le Nigeria a convaincu la Cedeao  (et notamment les francophones - Sénégal et Burkina Faso) de leur être plus favorable.

 

L'Angola en 2011 a soutenu discrètement Laurent Gbagbo en Côte d'ivoire. Des accords commerciaux ont été signés avec la Guinée-Bisau, qui prévoyaient notamment qu'une société angolaise qui exploite un gisement de bauxite construise un port en eau profonde ainsi qu'une ligne de chemin de fer vers le Mali, risquant ainsi de concurrencer le port de Dakar.


Des soldats angolais (Missang) puis des armes lourdes (y compris de schars d'assaut) ont été acheminées dans ce pays sans que l'armée bissau-guinéenne n'en soit avertie. Voyant dès avant les élections présidentielles que cette présence inquiétait l'armée bissau-guinéenne coutumière des coups d'Etat Luanda avait annoncé un possible retrait.

 

Le 18 mai soit le jour même où un contingent de la Cedeao (plus de 600 hommes) débarquait en Guinée Bissau, l'Angola et le Portugal faisaient adopter à l'unanimité au Conseil de sécurité une résolution sanctionnant les auteurs du coup d'Etat bissau-guinéen (alors que jusqu'ici l'ONU avait pris l'habitude de laisser la Cedeao agir en première ligne pour ensuite s'aligner sur elle (sur l'affaire malienne). Boundi Ouoba du journal bukinabe Le Pays laisse entendre qu'il y a là une instrumentalisation dangereuse du Conseil de Sécurité de l'ONU par l'Angola.

 

L'épisode illustre la montée en puissance de l'Angola dans la région.

 

L'Angola défend une position ambiguë depuis quelques mois à l'égard des puissances occidentales. Hostile à la reconnaissance du Conseil national de Transition libyen en septembre 2011, il s'est abstenu sur la résolution qui condamne le régime syrien, comme sur celle qui prône une enquête au Sri Lanka, allant en cela moins loin que son allié traditionnel cubain par exemple. Il compte d'ailleur envoyer 3 000 hommes pour combattre les islamistes en Somalie aux côtés de l'Ethopie, alliée des USA. En novembre dernier, le président angolais avait annoncé son intention d'acheter des parts dans des grands groupes industriels portugais comme Energias de Portugal et REN (alors pourtant que deux tiers des Angolais vivent avec moins d'un dollar par jour ou que seuls 25 % des enfants sont scolarisés). La banque angolaise BIC a acheté le Banco Português de Negócios et une société de Luanda s'est procuré la principale fabriquant de meubles du Portugal (le Brésil aussi, premier employeur en Angola, investit massivement au Portugal). L'Angola est aujourd'hui une des économies les plus dynamiques du Golfe de Guinée avec le Nigéria et le Ghana.

 

Se dirige-t-on en Afrique de l'Ouest vers une opposition ponctuelle entre un bloc luso-brésilo-angolais d'une part et les anglophones et les francophones d'autre part ?

 

Par Atlasaltern - Publié dans : Maghreb - Afrique occidentale - Communauté : Géopolitique
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